00:00Bonjour maître Antoine Vey, merci déjà de nous recevoir pour cette réaction
00:07par rapport à la décision qui est tombée du coup ce matin de la justice britannique
00:11puisque contre toute attente, Julian Assange n'est pas extradé vers les Etats-Unis.
00:17La juge Vanessa Barretzer, qui pour l'instant laissait percevoir un avis favorable,
00:26a finalement refusé cette extradition.
00:28Donc tout d'abord, quelle est votre réaction par rapport à ce verdict ?
00:31C'est un immense soulagement parce que les enjeux de ce verdict étaient très très importants sur le plan humain.
00:38L'argument de l'état de santé d'Assange était véritablement ce qui a été mis en avant,
00:43non pas seulement pendant le procès, mais également depuis plusieurs années.
00:47Je rappelle que le commissaire des droits de l'homme au niveau des Nations Unies
00:52a clairement lui employé le terme de torture institutionnelle et psychologique sur la personne d'Assange.
00:57Il y a des tribunes de médecins qui, l'année dernière, 140 médecins qui ont mis en avant son état
01:03de santé.
01:04Et donc que la justice britannique accepte sur le motif, notamment de son état de santé,
01:08de faire échec à la demande des États-Unis est un soulagement.
01:11Maintenant, on sait aussi que le combat n'est pas terminé.
01:14La juge, bien qu'acceptant de rejeter l'extradition,
01:18n'a pas fait droit aux arguments d'Assange sur le volet politique du dossier.
01:21Et donc, on rentrera maintenant dans une phase qui est plus que jamais politique,
01:25dans laquelle on espère que les États-Unis, notamment le nouveau président ou l'ancien président,
01:30on ne sait pas trop aujourd'hui, mais va avoir un nouveau regard sur le dossier.
01:35Alors, soit avant son départ, Trump décidera de le gracier,
01:39ce qui serait très étonnant sur le plan des principes.
01:42Ça voudrait dire que la vie d'un homme repose finalement sur la volonté d'un autre.
01:46Mais soit le nouveau président pourra s'appuyer sur notamment les arguments
01:53qu'on trouve dans la décision britannique pour mettre un terme définitif
01:56à cette cabale et à cette persécution dont Assange est victime depuis plusieurs années.
02:01C'est quoi exactement la décision du coup britannique ?
02:04Est-ce que vous pouvez la résumer ?
02:06Elle a deux volets.
02:07Le premier volet, c'est de répondre à l'argumentaire américain
02:11et à l'existence ou non d'une accusation dite à but politique.
02:16Et sur ce point, la justice britannique ne donne pas raison à Assange.
02:19Elle estime que l'argumentaire américain est suffisamment bien calibrée
02:23et que la justice américaine est indépendante
02:26et qu'un procès pourrait se produire dans des conditions
02:28qui ne seraient pas uniquement politiques.
02:31Donc, sur ce premier point, il faudra rester vigilant
02:33et rappeler en réalité la vacuité des charges,
02:36le fait qu'on le met en avant, enfin on le met en cause
02:39pour le fait d'avoir informé l'opinion publique.
02:42Donc, on a beaucoup de travail encore à fournir.
02:44Et le deuxième volet, celui sur lequel on se réjouit
02:48parce que la justice britannique a renseigné à l'exemple
02:50ouverte les yeux sur la vérité de la situation,
02:52c'est un volet médical, humanitaire,
02:55dans lequel, au regard des éléments qui ont été fournis dans le dossier,
02:59on regarde la situation de Assange,
03:00la justice britannique dit que l'extradition ne peut avoir lieu.
03:03Donc, à la fois, il n'y a pas de raison de se réjouir
03:06que l'état de santé de quelqu'un soit si grave
03:09qu'il ne puisse permettre l'extradition.
03:12Mais pour aujourd'hui, on a juste une décision de justice
03:15qui va dans notre sens, sur le fond.
03:17On va présenter une demande de mise en liberté dès à présent
03:21qui va être étudiée dans les prochains jours.
03:23Et le nouvel enjeu de ce dossier, dès aujourd'hui,
03:25c'est la remise en liberté d'Assange.
03:28Justement, est-ce que dans combien de temps, à peu près,
03:30on peut s'attendre à ce qu'il y ait une réaction
03:32de la part du gouvernement américain pour faire appel ou non ?
03:35Alors, je crois que le gouvernement américain a déjà annoncé
03:37qu'il allait faire appel.
03:39Et je crois que la décision sur la demande de mise en liberté
03:42pourra être attendue d'ici mètre d'année.
03:44Donc, c'est la grosse prochaine bataille aujourd'hui,
03:47maintenant, c'est de demander la libération de Julian Assange
03:50après presque deux ans, maintenant, passé en prison ?
03:52Oui, sa libération est tout à fait capitale, d'abord,
03:55pour des motifs de santé, puisque ça lui permettrait de se soigner,
03:59ça lui permettrait de voir ses proches, ça lui permettrait de sortir
04:02de l'isolement dans lequel il a été placé.
04:04Et puis, deuxièmement, pour des objectifs de défense pure.
04:07En réalité, on est maintenant à l'isolement,
04:09on l'a muselé et personne n'a pu entendre la voix d'Assange.
04:13Or, la voix d'Assange est importante, elle est importante
04:15pour qu'on comprenne ce dont il a été accusé,
04:18pour que lui-même puisse faire valoir ses arguments directement,
04:22et puis qu'on se rend compte, en fait, de la cruauté
04:24dont il a été la victime depuis plusieurs années.
04:28Dernière question, par rapport au soutien international
04:31qu'a pu recevoir peut-être Julian Assange,
04:33même s'il n'a pas été, on va dire, majoritaire et important
04:38dans un certain nombre de pays.
04:39Est-ce qu'aujourd'hui, malgré le verdict qui est tombé ce matin,
04:43justement, c'est primordial que cette mobilisation se poursuive
04:46pour faire libérer Julian Assange ?
04:48Tout à fait, plus que jamais, parce que,
04:50quoi qu'on pense aujourd'hui de la décision,
04:52et même si on s'en réjouit, on est avant tout dans une affaire
04:55qui est politique, dans laquelle la communauté internationale
04:58a son mot à dire, qui est la défense de quelqu'un,
05:01alors qu'on le qualifie de journaliste ou pas de journaliste,
05:03peu importe, quelqu'un qui a diffusé des informations
05:05d'intérêt public et qui a informé.
05:07À partir de ce moment-là, si on l'appelle journaliste,
05:09il doit être plus protégé que tout compte,
05:11et si on l'appelle éditeur de presse ou quelque chose d'autre,
05:13de toute façon, le droit à l'information est un droit
05:16absolument essentiel dans notre démocratie.
05:18Donc, dans le sillage de l'Allemagne,
05:20qui a pris position il y a quelques jours,
05:22tout à fait et de manière significative dans le dossier,
05:24on peut attendre que seul le dialogue international politique,
05:29ou seule la prise de conscience, d'ailleurs,
05:31du président américain, un gouvernement élu,
05:33pourra mettre un terme à cette accusation
05:35et à cette torture qui s'abat sur Assange
05:38depuis maintenant plusieurs années.
05:41Et est-ce que, justement, la France a aussi un rôle à jouer
05:44dans cette bataille ?
05:46Bien évidemment, et j'ai envie de dire plus que jamais,
05:49la France, qui est la patrie des droits de l'homme,
05:51qui est quand même un moteur dans la défense des libertés,
05:55il est assez étrange, dommageable, regrettable,
05:59qu'elle n'ait pas pu faire valoir une voix
06:02au soutien à minima de la protection des droits fondamentaux d'Assange,
06:05d'une part, et de l'importance du droit à l'information
06:08et des protections que ce dernier doit générer, d'autre part.
06:12Donc, ça va être notre travail de continuer à essayer d'informer,
06:16à essayer d'apporter à l'État français tous les éléments
06:19pour qu'elle puisse avoir un choix éclairé.
06:21Je pense qu'aujourd'hui, il y a une politique
06:23qui était une politique de prudence,
06:25une politique de diplomatie aussi vis-à-vis de la Grande-Bretagne
06:28et des États-Unis, mais on pense que cette politique
06:31n'est pas incompatible avec une prise de position
06:33en faveur des libertés, ce que nous apprend de nos voeux
06:37et peut-être que la nouvelle année aidant,
06:39on va avoir une nouvelle position aussi.
06:41Merci beaucoup en tout cas pour votre disponibilité
06:44et pour la suite.
06:46Bonne journée.
06:46Merci.