00:00C'est extrêmement important pour nous, pour le collectif École pour tous, en cette veille de rentrée scolaire,
00:04de rendre visibles ces 100 000 enfants qui, demain, ne feront pas leur rentrée.
00:10Chacun de ces ballons porte le prénom d'un enfant qui a subi une expulsion habitative,
00:16qui s'est retrouvé à la rue sans solution de relogement et qui a été empêchée de continuer son parcours
00:20scolaire.
00:20Moi, j'ai fait partie de ces 100 000 enfants. J'ai été l'une d'entre eux, l'une
00:26d'entre elles.
00:27Je m'appelle Anina Chuchou, je suis d'origine randroumaine.
00:31Je pense que c'est très important que le ministre de l'Éducation, en cette veille de rentrée,
00:35prenne conscience de cette difficulté et qu'il nous invite à commencer à travailler sur les solutions à mettre en
00:42place
00:42parce qu'elles existent, ce n'est pas une fatalité.
00:44Et notamment, la première d'entre elles, c'est la trêve scolaire qu'on demande aujourd'hui.
00:47C'est la suspension des expulsions habitatives pendant l'année scolaire pour les enfants et leurs familles qui sont scolarisées.
00:53C'est en fait une extension de la trêve hivernale qui existe déjà.
00:57Et c'est extrêmement important parce qu'en réalité, quand on vit dans un bidonville, ça a été mon cas,
01:01qu'on se retrouve mis à la rue, devoir dormir dans la rue, dans un camion, comme ça a été
01:06le cas pour nous, pour ma famille.
01:09Ça devient très difficile de pouvoir continuer d'aller à l'école.
01:11Et c'est ça qu'on veut empêcher avec la trêve scolaire.
01:24C'est les enfants qui vivent en bidonville, en squat, en hôtel social, à la rue parfois, malheureusement.
01:29C'est aussi les enfants des gens du voyage, aujourd'hui en France, qui sont français depuis des générations et
01:34des générations.
01:35C'est aussi les enfants de Guyane, de Mayotte.
01:38Et c'est aussi les mineurs non accompagnés et jeunes majeurs qui arrivent en France sans leurs parents
01:42et qui éprouvent de très grandes difficultés à accéder à la protection de l'enfance
01:46et à pouvoir continuer leurs études au-delà des 18 ans.
01:51Parce que leur protection se termine et qu'ils se retrouvent à la rue le jour de leurs 18 ans
01:55sans aucune solution pour pouvoir terminer leurs études.
01:59Aujourd'hui, la loi nous donne totalement raison.
02:02En réalité, c'était déjà le cas puisque le droit à l'éducation est garanti à tous les enfants, sans
02:06discrimination,
02:07dont la Constitution de la France, dont la Convention internationale des droits de l'enfant.
02:11Donc c'est un droit incontestable.
02:13Mais nous nous sommes battus avec le collectif École pour tous pour obtenir,
02:17à ce que ce soit précisé justement dans le Code de l'éducation,
02:20nous avons obtenu l'article 16 dans la loi École pour la confiance
02:24qui simplifie les pièces exigibles lors de l'inscription scolaire et son décret d'application
02:29qui précise qu'aucun refus d'inscription scolaire ne peut être justifié
02:34parce qu'il manque un justificatif de domicile.
02:37Une attestation sur l'honneur suffit.
02:39Donc aujourd'hui, aucun maire ne peut plus prendre ce prétexte
02:42pour refuser l'inscription à l'école des enfants.
02:44Malheureusement, cette loi, elle n'est encore pas appliquée aujourd'hui
02:47et à l'heure où je vous parle, il y a encore des enfants
02:49qui sont vus refuser leur inscription scolaire.
02:52On est en train de préparer justement des recours collectifs en justice
02:56pour faire cesser ces discriminations.
02:58Et grâce à la loi que nous avons obtenue, on sait qu'en quelques jours,
03:01la situation sera réglée une fois que ça passera devant le juge
03:04parce qu'on fait des référés de liberté.
03:05C'est très rapide.
03:07Malheureusement, je pense que pour tous les enfants et surtout pour tous les parents
03:11qui nous regardent et qui sont en train de préparer la rentrée de leurs enfants,
03:14ils ne reviendraient pas à l'idée qu'ils doivent passer devant un tribunal
03:17pour pouvoir inscrire leurs enfants à l'école.
03:19Ce n'est pas une situation normale.
03:20Ce n'est pas une situation acceptable.
03:22Et aujourd'hui, c'est le cas pour les familles qui sont le plus en difficulté,
03:25pour lesquelles passer devant un tribunal, ça demande énormément d'efforts et de moyens
03:29qu'ils n'ont très souvent pas.
03:31Donc c'est une situation qui ne peut pas durer en France.
03:35Et c'est pour ça qu'on demande aux ministres de l'Éducation
03:36de prendre un acte fort sur ce sujet, de demander aux maires de respecter cette loi.
03:42Aujourd'hui, le seul dispositif existant pour assurer une scolarisation itinérante à ces enfants,
03:47c'est le CNED, Centre National d'Enseignement à Distance,
03:50qui se contente sans caricaturer d'envoyer des cartons de cours sans aucun accompagnement.
03:56Nous sommes comme des millions de Français,
03:57comme la majorité des Français dans d'autres échelles et sur des questions différentes,
04:02des oubliés.
04:02Les oubliés aujourd'hui dans notre pays,
04:05on ne va pas forcément entrer dans des connotations idéologiques,
04:09mais les intérêts de celles et ceux qui sont tout en bas de la pyramide,
04:13comme nous, qui galèrent, qui ont des parcours difficiles,
04:15ne sont pas forcément les intérêts qui sont priorisés.
04:17Et nous, nous pensons fondamentalement que cette conception-là des choses,
04:22elle est faussée, elle est biaisée, et elle conduit droit à l'échec notre pays.
04:25Parce que justement, c'est en investissant, c'est en ayant confiance en ces jeunes
04:29que la France va s'enrichir sur tous les points de vue, sur tous les plans.
04:33Et on en témoigne avec nos parcours aujourd'hui.
04:35Si on nous donne les moyens de réussir, on réussit facilement.
04:38Donnez-nous les clés et on arrivera à aller où on le souhaite.
04:41Et donc oui, effectivement, il faut rompre avec cette pensée
04:44qui consiste à ne pas faire l'effort de donner des moyens à ces gens-là,
04:47parce que soi-disant, ce n'est pas la priorité.
04:49Si donner accès à l'éducation à tous les enfants, c'est une priorité.
04:56J'ai habité sur deux bidonvilles depuis que je suis en France.
05:00Et la première fois, j'ai habité à Voilins, dans le 91.
05:07Et la pause a fait que le jour de l'expulsion, c'était aussi le jour de mon examen
05:11pour passer dans une classe normale.
05:14Ma mère, elle a fait énormément d'efforts pour qu'on puisse déménager avant cette expulsion,
05:19pour que moi, je puisse passer mon examen et continuer d'y aller à l'école.
05:22Mais ce n'est pas le cas de tout le monde.
05:24Et toutes les histoires qui sont là, en fait, c'est des histoires des enfants
05:27qui ont été expulsés une, deux, trois ou nombreuses fois dans leur parcours
05:32et qui n'ont pas pu continuer à l'école ou qui ont eu des énormes lacunes dans leur scolarité.
05:38Malgré le fait que j'ai eu plein de difficultés dans mon parcours,
05:40j'ai réussi d'avoir mon bac avec Mathieu Biens.
05:44J'ai fait un bac ST2S.
05:47Et par la suite, j'ai été acceptée à l'université Paris 8
05:51pour une licence en sciences politiques que je vais reprendre cette année.
05:56École pour un, école pour tous.