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Habitants de bidonvilles, fils ou filles d’itinérants, mineurs étrangers… au moins 100 000 enfants n’ont toujours pas accès à l’école. Malgré la loi, l’absence d’habitation et de statut stable se répercute encore trop souvent sur les parcours scolaires.

Jassem Issouf est un élève modèle : bac scientifique avec près de 19 de moyenne, premier prix de concours d’éloquence, puis prépa mathématiques. « Un parcours exemplaire, mais une exception à Mayotte », souligne le grand gaillard de 24 ans qui se souvient encore comment, à son entrée au lycée, on lui avait expliqué : « Tu n’auras pas de place. Elles sont réservées aux Français. »

Ce « mur du refus », il n’est pas le seul à s’y heurter. Selon le décompte du collectif #EcolePourTous, au moins 100 000 enfants sont encore privés de scolarité en France. Et encore, ces estimations datent d’avant la crise du Covid, qui a été particulièrement ravageuse pour ces enfants éloignés de l’école et qui ont payé cher l’absence de continuité pédagogique. Leurs profils sont tous liés à une instabilité due à leur statut ou leur origine, qu’ils soient issus de la communauté des gens du voyage, habitants de bidonvilles et de squats, notamment dans les territoires d’outre-mer, hébergés dans des hôtels sociaux ou mineurs étrangers isolés.

Sur le plan légal, la situation s’est pourtant améliorée. L’article 16 de la loi sur l’école de la confiance adoptée en juillet 2019 et la circulaire le mettant en place ont rappelé aux maires leur obligation d’inscrire à l’école tout enfant présent sur leur territoire, quel que soit son statut. « Malgré cela, il y a encore aujourd’hui des maires qui refusent cette inscription pour des raisons discriminatoires, au prétexte par exemple que les familles sont dans l’incapacité de fournir une attestation de domicile », dénonce Anina Ciuciu, la marraine du collectif, en tant que Rom de Roumanie, a elle aussi dû se battre pour avoir accès à l’école et devenir l’avocate qu’elle est aujourd’hui. Pour obtenir le droit à l’école, de nombreuses familles sont encore contraintes de saisir la justice en urgence.

Au-delà du refus d’inscription, les obstacles sont nombreux. Ritchy Thibault, qui a brillamment décroché son bac, évoque par exemple le racisme qu’il a rencontré à l’école en tant que membre de la communauté des gens du voyage et les risques de décrochage scolaire liés à cet ostracisme. Avec le collectif, il appelle l’éducation nationale à mettre en place des formations à la non discrimination et à embaucher plus de médiateurs sociaux pour accompagner ces élèves et leur famille. « Aujourd’hui, pour 80 000 enfants comme moi, la seule solution proposée est le Cned, qui se contente d’envoyer des cartons sans aucun support pédagogique, alors qu’on est dans des familles éloignées ,depuis des décennies, de l’institution scolaire », souligne-t-il.
L’instabilité ou l’absence de logement est pour beaucoup le premier obstacle à une scolarité continue. Chaque expulsion, chaque changement de lieu en

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Transcription
00:00C'est extrêmement important pour nous, pour le collectif École pour tous, en cette veille de rentrée scolaire,
00:04de rendre visibles ces 100 000 enfants qui, demain, ne feront pas leur rentrée.
00:10Chacun de ces ballons porte le prénom d'un enfant qui a subi une expulsion habitative,
00:16qui s'est retrouvé à la rue sans solution de relogement et qui a été empêchée de continuer son parcours
00:20scolaire.
00:20Moi, j'ai fait partie de ces 100 000 enfants. J'ai été l'une d'entre eux, l'une
00:26d'entre elles.
00:27Je m'appelle Anina Chuchou, je suis d'origine randroumaine.
00:31Je pense que c'est très important que le ministre de l'Éducation, en cette veille de rentrée,
00:35prenne conscience de cette difficulté et qu'il nous invite à commencer à travailler sur les solutions à mettre en
00:42place
00:42parce qu'elles existent, ce n'est pas une fatalité.
00:44Et notamment, la première d'entre elles, c'est la trêve scolaire qu'on demande aujourd'hui.
00:47C'est la suspension des expulsions habitatives pendant l'année scolaire pour les enfants et leurs familles qui sont scolarisées.
00:53C'est en fait une extension de la trêve hivernale qui existe déjà.
00:57Et c'est extrêmement important parce qu'en réalité, quand on vit dans un bidonville, ça a été mon cas,
01:01qu'on se retrouve mis à la rue, devoir dormir dans la rue, dans un camion, comme ça a été
01:06le cas pour nous, pour ma famille.
01:09Ça devient très difficile de pouvoir continuer d'aller à l'école.
01:11Et c'est ça qu'on veut empêcher avec la trêve scolaire.
01:24C'est les enfants qui vivent en bidonville, en squat, en hôtel social, à la rue parfois, malheureusement.
01:29C'est aussi les enfants des gens du voyage, aujourd'hui en France, qui sont français depuis des générations et
01:34des générations.
01:35C'est aussi les enfants de Guyane, de Mayotte.
01:38Et c'est aussi les mineurs non accompagnés et jeunes majeurs qui arrivent en France sans leurs parents
01:42et qui éprouvent de très grandes difficultés à accéder à la protection de l'enfance
01:46et à pouvoir continuer leurs études au-delà des 18 ans.
01:51Parce que leur protection se termine et qu'ils se retrouvent à la rue le jour de leurs 18 ans
01:55sans aucune solution pour pouvoir terminer leurs études.
01:59Aujourd'hui, la loi nous donne totalement raison.
02:02En réalité, c'était déjà le cas puisque le droit à l'éducation est garanti à tous les enfants, sans
02:06discrimination,
02:07dont la Constitution de la France, dont la Convention internationale des droits de l'enfant.
02:11Donc c'est un droit incontestable.
02:13Mais nous nous sommes battus avec le collectif École pour tous pour obtenir,
02:17à ce que ce soit précisé justement dans le Code de l'éducation,
02:20nous avons obtenu l'article 16 dans la loi École pour la confiance
02:24qui simplifie les pièces exigibles lors de l'inscription scolaire et son décret d'application
02:29qui précise qu'aucun refus d'inscription scolaire ne peut être justifié
02:34parce qu'il manque un justificatif de domicile.
02:37Une attestation sur l'honneur suffit.
02:39Donc aujourd'hui, aucun maire ne peut plus prendre ce prétexte
02:42pour refuser l'inscription à l'école des enfants.
02:44Malheureusement, cette loi, elle n'est encore pas appliquée aujourd'hui
02:47et à l'heure où je vous parle, il y a encore des enfants
02:49qui sont vus refuser leur inscription scolaire.
02:52On est en train de préparer justement des recours collectifs en justice
02:56pour faire cesser ces discriminations.
02:58Et grâce à la loi que nous avons obtenue, on sait qu'en quelques jours,
03:01la situation sera réglée une fois que ça passera devant le juge
03:04parce qu'on fait des référés de liberté.
03:05C'est très rapide.
03:07Malheureusement, je pense que pour tous les enfants et surtout pour tous les parents
03:11qui nous regardent et qui sont en train de préparer la rentrée de leurs enfants,
03:14ils ne reviendraient pas à l'idée qu'ils doivent passer devant un tribunal
03:17pour pouvoir inscrire leurs enfants à l'école.
03:19Ce n'est pas une situation normale.
03:20Ce n'est pas une situation acceptable.
03:22Et aujourd'hui, c'est le cas pour les familles qui sont le plus en difficulté,
03:25pour lesquelles passer devant un tribunal, ça demande énormément d'efforts et de moyens
03:29qu'ils n'ont très souvent pas.
03:31Donc c'est une situation qui ne peut pas durer en France.
03:35Et c'est pour ça qu'on demande aux ministres de l'Éducation
03:36de prendre un acte fort sur ce sujet, de demander aux maires de respecter cette loi.
03:42Aujourd'hui, le seul dispositif existant pour assurer une scolarisation itinérante à ces enfants,
03:47c'est le CNED, Centre National d'Enseignement à Distance,
03:50qui se contente sans caricaturer d'envoyer des cartons de cours sans aucun accompagnement.
03:56Nous sommes comme des millions de Français,
03:57comme la majorité des Français dans d'autres échelles et sur des questions différentes,
04:02des oubliés.
04:02Les oubliés aujourd'hui dans notre pays,
04:05on ne va pas forcément entrer dans des connotations idéologiques,
04:09mais les intérêts de celles et ceux qui sont tout en bas de la pyramide,
04:13comme nous, qui galèrent, qui ont des parcours difficiles,
04:15ne sont pas forcément les intérêts qui sont priorisés.
04:17Et nous, nous pensons fondamentalement que cette conception-là des choses,
04:22elle est faussée, elle est biaisée, et elle conduit droit à l'échec notre pays.
04:25Parce que justement, c'est en investissant, c'est en ayant confiance en ces jeunes
04:29que la France va s'enrichir sur tous les points de vue, sur tous les plans.
04:33Et on en témoigne avec nos parcours aujourd'hui.
04:35Si on nous donne les moyens de réussir, on réussit facilement.
04:38Donnez-nous les clés et on arrivera à aller où on le souhaite.
04:41Et donc oui, effectivement, il faut rompre avec cette pensée
04:44qui consiste à ne pas faire l'effort de donner des moyens à ces gens-là,
04:47parce que soi-disant, ce n'est pas la priorité.
04:49Si donner accès à l'éducation à tous les enfants, c'est une priorité.
04:56J'ai habité sur deux bidonvilles depuis que je suis en France.
05:00Et la première fois, j'ai habité à Voilins, dans le 91.
05:07Et la pause a fait que le jour de l'expulsion, c'était aussi le jour de mon examen
05:11pour passer dans une classe normale.
05:14Ma mère, elle a fait énormément d'efforts pour qu'on puisse déménager avant cette expulsion,
05:19pour que moi, je puisse passer mon examen et continuer d'y aller à l'école.
05:22Mais ce n'est pas le cas de tout le monde.
05:24Et toutes les histoires qui sont là, en fait, c'est des histoires des enfants
05:27qui ont été expulsés une, deux, trois ou nombreuses fois dans leur parcours
05:32et qui n'ont pas pu continuer à l'école ou qui ont eu des énormes lacunes dans leur scolarité.
05:38Malgré le fait que j'ai eu plein de difficultés dans mon parcours,
05:40j'ai réussi d'avoir mon bac avec Mathieu Biens.
05:44J'ai fait un bac ST2S.
05:47Et par la suite, j'ai été acceptée à l'université Paris 8
05:51pour une licence en sciences politiques que je vais reprendre cette année.
05:56École pour un, école pour tous.

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