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  • il y a 1 semaine
Comment raconter l'Histoire, comment analyser la façon dont l'histoire nous influence, mais aussi dans quelle mesure notre regard influence le récit ? Réponse avec Nicolas Offenstadt, historien et professeur à l’université Paris I Panthéon Sorbonne.

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Transcription
00:00Nicolas Offenstadt, bonjour. Vous êtes historien à l'université parien Panthéon-Sorbonne.
00:07Dans votre carrière, vous avez abordé le Moyen-Âge, la Grande Guerre.
00:11Vous vous intéressez également aux traces dans l'ex-RDA.
00:16Est-ce que l'on raconte ces différentes époques de la même manière du point de vue de l'historien
00:22?
00:22Il y a quand même, je pense, des questions communes.
00:24Il y a des questions communes qui peuvent se poser sur n'importe quel terrain historien.
00:28C'est d'abord à qui on parle quand on écrit l'histoire.
00:31Donc du coup, il y a plusieurs degrés d'écriture.
00:33C'est-à-dire que vous n'écrivez pas la même chose quand vous vous adressez à un public de
00:37pair,
00:38c'est-à-dire vos collègues historiens qui connaissent, qui parfois connaissent les langues.
00:41Ne serait-ce que par exemple pour le Moyen-Âge, le latin, est-ce qu'on traduit ou est-ce
00:45qu'on ne traduit pas ?
00:45Pour l'Allemagne, est-ce qu'on traduit ou pas l'allemand ?
00:48Donc il y a même des choses d'accessibilité qui se posent en fonction de votre public.
00:51Donc il y a différents types d'écriture de l'histoire qui dépendent du public auquel vous vous adressez.
00:56L'autre élément évidemment aussi, et ça c'est un vrai débat,
01:00et de plus en plus chez les historiens, c'est comment on va raconter l'histoire.
01:03Et là aussi c'est transpériode, et ce n'est pas tellement une question de savoir si c'est le
01:06Moyen-Âge ou la guerre de 1914,
01:08c'est quel type de récit vous voulez bâtir.
01:10Et ce qui me frappe depuis peut-être une quinzaine ou une vingtaine d'années, parfois plus,
01:14c'est que les historiens aujourd'hui sont de plus en plus réflexifs.
01:18Enfin c'est le terme qu'on emploie.
01:19C'est-à-dire qu'ils se disent comment je raconte l'histoire et quels sont les effets de ma
01:23personnalité ou de mes choix sur le récit.
01:24Donc je pense que le point commun entre les différentes périodes,
01:27il y a aussi des différences, je y reviendrai éventuellement,
01:31mais le point commun aujourd'hui je pense que beaucoup d'historiens c'est de se demander finalement
01:34quelle est ma place dans le récit ?
01:36Quel rôle en tant qu'historien je vais jouer pour adapter tel ou tel récit, mettre en scène tous les
01:40tels personnels ?
01:41Donc pour nous en fait le récit ce n'est pas quelque chose qui va de soi, c'est devenu
01:44une vraie question.
01:44C'est quoi un récit d'historien ? Quels sont les enjeux politiques, sociaux, épistémologiques,
01:49c'est-à-dire qui ont trait à notre discipline quand vous écrivez l'histoire ?
01:52Donc vous voyez la question elle est finalement au-delà même de la période.
01:55Quand on travaille sur le Moyen-Âge, les sources sont à peu près maintenant toutes connues,
01:59on n'en découvre pas toutes les semaines, donc ça c'est limité.
02:02Mais quand vous travaillez sur l'époque plus contemporaine,
02:05là les sources elles sont encore à chercher, à trouver.
02:10Oui alors effectivement, deux choses.
02:13Pour la fin du Moyen-Âge en tous les cas qui est ma période d'étude, on trouve encore des
02:16sources.
02:17Par exemple moi j'ai travaillé sur la ville de Lens à la fin du Moyen-Âge,
02:20notamment je me suis intéressé à l'histoire d'un crieur public.
02:22Les crieurs publics c'est très important au Moyen-Âge, c'est ceux qui annonçaient toutes les nouvelles.
02:25Donc aussi bien l'arrivée du roi qu'un changement de règlement sur l'utilisation des animaux dans la ville.
02:31Donc c'était des personnages chantereaux les crieurs publics.
02:32J'ai travaillé sur ce crieur public et j'ai découvert des documents qui n'avaient jamais été utilisés.
02:37Alors ils n'étaient pas inconnus au sens où ils étaient inventoriés,
02:40mais personne quasiment n'avait cité et utilisé ces documents.
02:43Donc vous voyez, même pour l'histoire du Moyen-Âge, on peut encore découvrir des choses.
02:46Et j'ajouterais quelque chose, vous savez, sur les grands événements de l'histoire,
02:50bien sûr que les documents, vous avez raison, sont limités.
02:52On ne va pas retrouver, il y a très peu de chances qu'on trouve des choses sur le baptême
02:55de Clovis
02:56ou même sur certains épisodes de la guerre de Cent Ans.
02:59Mais ce qui est frappant, c'est que les historiens ont toujours la capacité,
03:02selon leur questionnaire du présent, de relire les mêmes documents.
03:05Le nombre de débats, moi je vois, je suis frappé par exemple pour le baptême de Clovis,
03:08il y a des choses qui sortent tout le temps.
03:09Pourtant les documents sont les mêmes.
03:10Donc vous voyez, on peut renouveler quand même l'histoire avec un stock de documents
03:14qui soit limité, voire qui soit toujours le même.
03:16Mais c'est le regard de l'historien qui change, c'est ce qu'on disait tout à l'heure.
03:19Absolument, le regard de l'historien change, c'est pour ça qu'il faut en être conscient.
03:22Donc l'idée qu'il y aurait une forme d'histoire absolue,
03:25c'est-à-dire qu'il suffirait de bien travailler, de bien connaître la documentation,
03:28de bien être capable de la lire et de bâtir un récit qui serait neutre, objectif et froid
03:33et qui ne dépendrait pas de l'époque, ça c'est une illusion complète.
03:35Donc le regard de l'historien, il est évidemment central.
03:37Mais quand je dis qu'il est central, ça ne veut pas dire qu'il faut non plus se laisser
03:40porter à son regard.
03:41Un historien, ce n'est pas quelqu'un qui, en quelque sorte, fait une surinjection de subjectivité dans son sujet.
03:46Vous n'êtes pas là pour dire voilà comment moi je vois le sujet.
03:49Ce n'est pas le plus important.
03:50Ce qu'il faut savoir, c'est que votre regard est déterminé par qui vous êtes,
03:53mais ensuite vous mettez de la distance.
03:55Être un historien, c'est mettre de la distance avec le passé.
03:57C'est dire bon voilà, bien sûr que mon regard il est déterminé,
03:59mais moi je vais quand même essayer de faire comprendre aux gens comment ça s'est passé autrefois.
04:03Et donc il faut que j'ai une certaine distance.
04:04Donc vous voyez, c'est un travail en permanence entre vous et le passé.
04:07Mais ça ne peut pas être en quelque sorte de laisser votre regard se promener librement.
04:10Sinon c'est de la subjectivité permanente et ce n'est pas passionnant.
04:14Ce que pense un historien du passé, ce n'est pas le plus important.
04:17Que ce regard joue un rôle, oui, mais pas pour autant qu'il soit omniprésent dans son récit.
04:22Mais ça reste une nécessité de transmettre l'histoire.
04:26Là, le débat du jour est là-dessus.
04:30Les modalités de transmission de l'histoire par des canaux de réseaux sociaux,
04:35de chaînes YouTube, de bandes dessinées, de livres,
04:38dont vous êtes l'auteur de plusieurs livres.
04:40Ça aussi c'est important dans la dimension de l'historien, la transmission,
04:44pas seulement le dialogue entre les pères ou la transmission aux étudiants.
04:49Bien sûr, mais il y a manière et manière de transmettre.
04:53Transmettre, c'est simplement transmettre un récit un peu sec, aride,
04:57où il faudrait connaître une succession chronologique.
04:59C'est notamment toute une vision très réactionnaire, conservatrice de l'histoire,
05:03qui est très à la mode, très revivifiée à droite,
05:06et parfois malheureusement aussi un peu à gauche,
05:08avec l'idée de dire, oui, il faut connaître son histoire,
05:10il faut s'ancrer dans le passé, il faut s'ancrer dans la chronologie de son pays.
05:14Moi, ce n'est pas du tout le type de transmission qui m'intéresse.
05:16Bien sûr qu'il faut le faire, bien sûr qu'il faut connaître des choses.
05:18Mais dans toute discussion, il faut connaître une base.
05:19Moi, ce qui m'intéresse, c'est de transmettre l'histoire comme une interrogation sur le passé.
05:23J'ai envie que quand je fais de l'histoire avec mes étudiants,
05:26ou quand je le fais dans un espace public plus large, ça pose des questions.
05:29Parce que raconter des événements, je peux le faire,
05:31plus ou moins bien selon le moment, selon le public,
05:35où les choses passent ou passent pas, ou passent moins bien.
05:37Mais ce qui me paraît toujours très important, c'est de laisser un questionnaire.
05:40En disant, on a parlé des soldats en 14-18, qu'est-ce que ça pose comme question ?
05:43Qu'est-ce que ça pose comme question sur la manière dont on adhère ou pas à un conflit ?
05:47Sur la manière dont on est solidaire dans les tranchées ?
05:49Ces questions-là, elles me paraissent, si vous voulez, plus importantes,
05:53comme des questions critiques, que de savoir positivement tout ce qui s'est passé.
05:56Il faut les deux.
05:57Mais pour moi, une transmission aride, sèche,
06:00où il s'agirait juste d'apprendre la chronologie pour s'inscrire dans un passé,
06:03ça me paraît sans importance pour le présent.
06:05Sous-titrage Société Radio-Canada
06:10Sous-titrage Société Radio-Canada

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