00:00Je suis noir, je suis noir, je suis nègre, je suis un putain de nègre !
00:10On essaye de mettre des mots sur les choses.
00:12Le film s'appelle Tout Simplement Noir, d'une part grâce au groupe de rap des années 90,
00:18mais aussi parce que lorsqu'on discute beaucoup avec des blancs en France,
00:22ils ont du mal à dire le mot noir, ils disent black.
00:25Donc déjà, le film, par son titre, veut dire qu'on dit Tout Simplement Noir,
00:29donc on veut nommer les choses, arrêter de dire black, dites noir.
00:33Et ce qui est intéressant aussi dans le film, c'est qu'on dit aussi le blanc, on dit les
00:36arabes.
00:37Pourquoi tu ne nous as pas appelés pour ta marche ?
00:40Vous.
00:41C'est-à-dire ?
00:41Nous, les rebeux.
00:42Et les juifs.
00:43Marcher contre le racisme, marcher contre les discriminations, marcher arabe et noir et juif.
00:48Et j'ai que demain, j'ai que demain.
00:51On nomme les choses, après pour mieux les déconstruire,
00:53mais déjà reconnaître les choses qui existent déjà mais qui sont sous-jacentes,
00:57ça c'est une première étape au débat.
00:58Ta marche, c'est une initiative de dingue.
01:01Elle marche.
01:02Avec John Moix qui est le co-realisateur, on voulait dénoncer une situation.
01:07Voilà, ce n'est pas un secret pour tout le monde que la situation des noirs en France,
01:11elle n'est pas terrible en termes de représentativité.
01:14Qui dans ce salon laisserait sa sœur se mettre avec un noir ?
01:18Qui ?
01:22Je n'ai pas de sœur.
01:23Quand tu es un jeune noir noir, c'est limité dans ton imaginaire.
01:27Parce que tu ne vois pas beaucoup d'acteurs noirs, tu ne vois pas beaucoup de politiciens noirs,
01:30tu ne vois pas beaucoup de...
01:31Tu vois des rappeurs et des acteurs.
01:33Eux, des rappeurs et des footballeurs.
01:36Donc du coup, quand tu es jeune noir aujourd'hui,
01:39ta manière de te projeter dans le monde,
01:41ce n'est pas la même chose que quand tu es un jeune blanc
01:43où tu disais, j'ai envie d'être architecte de design, de cuisine, je ne sais pas, toi.
01:48C'est pas un noir, ça.
01:50Je vous demande de l'Afrique, vous me ramenez mon treuil.
01:52La deuxième chose que je pense, je pense que le film apporte,
01:55c'est que finalement, il montre que dans la pluralité des Renoirs qu'il y a dans le film,
02:00des Noirs qu'il y a dans le film, il y a Fabrice Éboué, il y a Farid, il y
02:03a moi, il y a Eric Géudor,
02:04mais finalement, on se rend compte qu'on est tous noirs et on est différents.
02:08Et qu'en gros, ce n'est pas la couleur de la peau qui fait, qui unit des gens.
02:14Et que finalement, là où nous, on se réunit tous, c'est dans le regard des autres,
02:20quand les autres nous perçoivent comme Renoir.
02:21Les blancs sont interdits à ta marche.
02:23Ils ne sont pas interdits, mais ce n'est pas conseillé.
02:25Ils ne sont pas conseillés.
02:26Ils ne vont pas se faire frapper, mais il n'y aura pas une bonne ambiance.
02:30Je vais faire une marche de mon côté avec les Indiens.
02:33Quand on perçoit l'autre à cause de sa couleur, c'est là que les problèmes arrivent.
02:38Regarde George Floyd, regarde Adam Atrevere, il a été perçu comme Renoir,
02:41donc on s'est permis de lui faire certaines choses.
02:43J'essaye d'être un militant antiraciste, mais il y en a qui le font beaucoup mieux que moi,
02:47qui sont plus engagés que moi.
02:49Moi, j'essaye de le faire à travers mon art, à travers les films, à travers les livres,
02:54à travers plein de choses que je fais.
02:57Mais je sais qu'il y en a qui le font mieux que moi,
02:59mais moi, j'essaye en tout cas de combattre le racisme, comme tout le monde.
03:03Je m'appelle Jean-Pascal, j'ai 38 ans et je suis en colère.
03:05Je suis en colère parce que la situation des Noirs dans ce pays, elle est catastrophique.
03:08C'est pour ça que j'ai décidé d'organiser le 27 avril prochain une grosse marche de protestation noire,
03:13place de la République.
03:14Ce sera celle du peuple noir, de l'homme noir, de l'homme digne.
03:21Et donc, on est parti du prisme du pseudo-militant,
03:25du pseudo-militant qui arrive et qui veut dénoncer certaines choses
03:28et plus l'histoire avance, plus le film avance,
03:31plus on se rend compte qu'il n'est pas si militant que ça
03:34et c'est la lumière qui l'intéresse.
03:35Je regarde vous, je regarde la caméra, je...
03:37Oui, la caméra.
03:38Je regarde la caméra, ok.
03:40Ça fera un espèce de contre-champ face-cam, quoi.
03:43Je suis du métier, les gars, je connais.
03:44Aujourd'hui, on a l'impression aussi que le fait de faire un post sur Instagram,
03:49ça veut dire militer.
03:51Le fait de mettre un truc sur Facebook, ça veut dire militer.
03:53Donc, ça met en perspective un peu qu'est-ce que ça veut dire militer aujourd'hui,
03:57concrètement à l'ère d'Internet.
03:58Et ce désir de célébrité-là,
04:01j'ai l'impression qu'il est partout, quoi.
04:03Quand tu regardes l'énergie 12, la télé, réalité, machin, tout ça,
04:06on a l'impression que la quête ultime, c'est d'être célèbre.
04:08Mets un peu de fond, mets un peu de maturité.
04:11C'est tout.
04:12Ah, ça va.
04:14Je ne suis pas le rappeur préféré des collégiens
04:16qui va me donner des leçons de rap.
04:20Si le film marche,
04:21ça peut être une bonne porte ouverte
04:23à des comédiens noirs,
04:25à des producteurs qui pourront dire
04:26« Ah, on peut investir sur un film avec des noirs et ça marche. »
04:31Alors, voilà, je ne sais pas si ça va ouvrir des portes,
04:34mais je sais que si ça marche,
04:35c'est bon pour tout le monde.
04:36Tous les acteurs noirs,
04:38les producteurs noirs,
04:39les réalisateurs noirs.
04:39s'ils marchent,
04:41c'est toute la société qui en bénéficie.
04:43En fait, si le film marche,
04:45je sais pas,
04:46il y a des jeunes renouins qui vont voir ça
04:47et qui vont se dire « Mais putain, je peux être acteur. »
04:49Les États-Unis,
04:50il y a eu Martin Luther King.
04:51En Afrique du Sud,
04:52il y a eu Nelson Mandela.
04:53Si en France, il n'y a personne.
04:54Bon, j'y vais !
04:58Il y aura Jean-Pascal Zaddy.