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  • il y a 20 heures
Clivante, scandaleuse ou franc succès ? La cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris a fait couler beaucoup d'encre (et de larmes).
Retour sur ces éloges et ces polémiques : pourquoi - et surtout comment
- ont-elle émergé ?

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Transcription
00:00Les médias étrangers sont dithyrambiques ce matin, tour d'horizon de la presse internationale avec par exemple le Washington Post
00:06qui titre « Un spectacle joyeux enflamme la scène ».
00:09On a eu le droit pendant une heure, alors là, à une cérémonie qui a sombré dans l'idéologie woke.
00:15La France elle est magnifique ! Le public c'est ça notre trésor en fait ! C'est génial !
00:21Un moment extrêmement irrespectueux pour les chrétiens selon Elon Musk.
00:25Magnifique ! Incroyable ! Incroyable ! Je suis heureux !
00:29Bienvenue tout le monde pour cette nouvelle saison de Populaire, l'émission qui analyse la culture populaire pour le journal
00:34l'Humanité.
00:35On espère que vous avez passé un été pas trop cuisant, parce que là on va direct revenir sur un
00:39des événements qu'il a le plus marqué.
00:41Un petit événement de rien du tout qu'on appelle les JO.
00:45Mais plus précisément un de ses aspects les plus culturels, leur désormais fameuse cérémonie d'ouverture.
00:50Pourquoi elle a fait couler autant d'encre et autant de larmes parfois bien salées ?
00:55C'est ce qu'on va voir tout de suite.
00:57Bonsoir ! Bienvenue à Paris !
01:09Alors le moins qu'on puisse dire de cette cérémonie créée par le metteur en scène Thomas Joly,
01:13c'est que la magie du spectacle a bien bien opéré.
01:17Tout le monde, y compris à l'international, en a parlé.
01:19Beaucoup avec un sacré enthousiasme, d'autres un peu interloqués.
01:24Et vous avez vu, même des gens qui depuis des mois étaient sur le mode,
01:27alors moi j'emmerde les JO, j'espère que ce sera le sbeu, le Macron explosion.
01:31D'un coup, on mit ça de côté pour dire, ah ouais tiens ok, ça c'est pas mal.
01:36Et puis alors, bien sûr, d'autres ont juste lâché la rampe.
01:40Après effectivement, c'est pareil, c'est vrai qu'il y avait ce monsieur, cette dame, je sais pas comment
01:43l'appeler,
01:45sur le pont là, qui rampait.
01:48Ça m'avarde.
01:48Oui, je pensais que c'était Chewbacca, vous savez.
01:51Alors ici, on va pas tant y aller de notre petit avis sur tel ou tel aspect de la cérémonie,
01:56mais plutôt sur les réactions à celle-ci,
01:58en ce qu'elles disent de plus intéressant sur notre moment culturel que la cérémonie elle-même.
02:04Réaction étant dans beaucoup de cas un terme particulièrement approprié,
02:07tant elle semble avoir vraiment provoqué des réflexes conservateurs, voire réactionnaires.
02:12La cérémonie d'ouverture des JO est une honte.
02:15Nous avons le suicide de notre pays devant le monde entier.
02:18La scène avec les drag queens et la décapitation de Marie-Antoinette ajoute l'infamie à la laideur.
02:23La France de Macron et du wokisme n'est pas la France.
02:25Tout ça révèle en quoi un objet culturel de ce type, eh ben c'est un exercice intéressant.
02:31Son objectif, c'est quoi au fond ?
02:32Mettre en imaginaire, pour lui-même et pour les autres,
02:35le pays organisateur à ce moment de son existence, en l'occurrence, la France.
02:40Donc en soi, c'est un exercice généraliste.
02:43C'est la France qui est mise en scène.
02:45D'où une rengaine qu'on connaît bien, c'était trop politique.
02:49Ça n'était ni le lieu, ni le moment pour ça.
02:51Mais comme on l'a vu avec l'épisode sur cet autre grand événement culturel qu'est le Festival de
02:56Cannes,
02:56ceux qui font mine de reprocher le trop politique,
02:59reprochent en réalité que c'était pas politique comme eux ils voudraient.
03:02Parce que là, ça a révélé de manière spectaculaire, au sens strict, une problématique fondamentale.
03:08Oui, la France.
03:10Mais quelle France ?
03:11C'est quoi la France ?
03:12On doit donc faire un truc consensuel alors qu'il n'y a pas de réponse consensuelle à ça.
03:16Vu comme ça, à n'en pas douter, la version qu'auraient préféré voir certains à la place de celle
03:21de Thomas Joly
03:21n'en aurait pas été moins politique.
03:23Grâce à Hitler, l'Allemagne échappe à la menace communiste.
03:26La prise de la Bastille ?
03:27Une vulgaire émeute qui nuit aux commerçants.
03:29La colonisation ?
03:31C'est la faute à Voltaire.
03:32Voici le type d'aberrations et de caricatures que vous pouvez trouver si vous allez visiter la cité de l
03:37'histoire.
03:37Le président d'Amaclio a donc décidé de nommer à la tête de sa cité de l'histoire, Franck Ferrand.
03:43Franck Ferrand, c'est un animateur dit historien qui participe aussi bien à des médias tels que Valeurs Actuelles ou
03:49Européens
03:49ou bien sur le service public.
03:51Le problème de Franck Ferrand, c'est aussi par exemple qu'il se dit grand admirateur d'Éric Zemmour.
03:57Il n'hésite pas en fait à présenter un roman national au service d'une droite très très à droite.
04:02Sauf que ça montre que c'est pas juste une différence de vision au sens « bon, on n'a
04:07pas les mêmes rêves, les goûts, les couleurs, tout ça ».
04:09Non, là se confrontent des imaginaires qui diffèrent à un niveau fondamental.
04:14Je m'explique.
04:15Bien sûr que, par exemple, ériger des statues à des femmes de l'histoire de France, c'est un acte
04:21politique.
04:21Tout comme c'était un acte politique qu'elle n'ait jamais eu de statue érigée.
04:26Mais un imaginaire conservateur peut faire comme si ce n'était pas le cas puisque c'était comme ça,
04:31donc c'était normal, c'était le statu quo.
04:34Sans mauvais jeu de mots.
04:35Pour un imaginaire conservateur, quelque chose d'aussi riche et complexe qu'une idée comme la France,
04:40mais ça vaudrait pour un peu tout, en fait c'est très simple.
04:43C'est figé et essentialisé.
04:45C'est naturalisé même.
04:46C'est comme ça et pas autrement.
04:48Et ça a toujours été comme ça.
04:49Et donc, tout ce qui relève de cette vision, c'est pas politique, c'est juste la France.
04:54Tout ce qui en relève pas, par contre, c'est militant.
04:57Et ça n'a rien à faire là.
04:58Voir, faudrait même revenir à une France fantasmée d'encore avant,
05:01ce qui est le principe de la vision dite réactionnaire.
05:04Résultat, c'était pas assez consensuel.
05:06C'était carrément, pas vraiment, la France.
05:09La drag queen ne constitue pas aujourd'hui, alors peut-être en 2020...
05:12Mais il n'y a pas que ça sur la liberté.
05:19D'abord, on pourrait développer un argument d'intérêt artistique.
05:22Les visions consensuelles et conservatrices sont, par définition,
05:26peu adaptées à des visions artistiques un peu innovantes, un peu marquantes,
05:30qui cassent les codes, comme là, ça a été clairement le cas.
05:33On pourrait même défendre une cérémonie un peu avant-gardiste, pas très traditionnelle,
05:37qui serait pas sur un imaginaire typiquement franco-français classique.
05:41Mais là, même pas besoin d'aller sur ce terrain, en fait.
05:43Je suis désolé.
05:45Objectivement, et oui, je dis bien objectivement,
05:47c'est un des trucs les plus français que j'ai jamais vus de ma vie.
05:52Ils ont tout mis.
05:53Ça fait plaisir !
05:54Ouais, donc je me suis dit, à la base, j'avais trop envie de faire un truc,
05:57analyser toutes les séquences, toutes les petites références hyper précises et tout.
06:01Il y avait tellement de trucs, en fait, la vidéo, elle durerait trois heures.
06:03Et en plus, en vrai, moi, j'étais obligé d'aimer.
06:06En fait, il suffit juste de regarder toutes les émissions qu'on a faites
06:10pour l'humain avant.
06:11Parce qu'il y a eu les séquences qui ont tourné, etc. et tout.
06:13Mais ils ont tout mis.
06:14C'est-à-dire, ils ont mis Jules Verne,
06:16ils ont mis de la stop motion,
06:18ils ont mis le cinéma Lumière,
06:20ils ont mis les mignons,
06:21ils ont mis Assassin's Creed,
06:22ils ont fait théorie du complot.
06:24Je pense que Thomas Joly regarde cette émission.
06:27Dis-nous, Thomas, en MP, on le dira pas.
06:29Je pense que c'est ça, il s'est inspiré de tout ce qu'on a dit, c'est sûr.
06:32Si on écoute certaines réactions,
06:34la cérémonie, en fait, c'était la Gay Pride,
06:36il n'y avait que des trucs lobby LGBT,
06:39de woke, multiculturel, gauchiste, je sais pas quoi.
06:42Tout ça en se concentrant sur trois séquences
06:44sur quatre heures de spectacle.
06:46Où il y avait, je le répète,
06:48tout, y compris les trucs bleu blanc rouge,
06:51la vie en rose,
06:52le métropolitain, les terrasses,
06:54la patrouille de France,
06:55la Marseillaise, le French Cancan, etc.
06:57Mais si c'était que ça,
06:58même la séquence de quelques minutes,
07:00où il y avait du drag, du voguing, etc.
07:03C'était pas juste la minute queer.
07:05Et pas seulement parce que c'était mélangé
07:06à de la danse traditionnelle, par exemple.
07:08C'est la séquence la nuit, la fête,
07:10les clubs, les DJ, les tubes français,
07:13la mode, le cabaret,
07:14tout ça, là.
07:15C'est turbo français.
07:17Certains en ont peut-être pas conscience,
07:18mais beaucoup de vos compatriotes, si.
07:20Et surtout, le reste du monde.
07:22Il en a bien, bien conscience.
07:24Et c'est valable pour la culture queer, en général,
07:26qui aurait déjà toute sa place en soi.
07:28Mais je suis désolé de vous l'apprendre,
07:30et j'espère que vous êtes bien assis.
07:32Mais la France, et plus encore Paris,
07:34c'est totalement associé à la culture queer,
07:37au fait de jouer avec les normes de genre,
07:39avec la liberté amoureuse, etc.
07:41Tiens, et le transformisme, d'ailleurs,
07:42comme on disait avant,
07:43quand j'étais petit,
07:44il y en avait chez Patrick Sébastien, les gars.
07:46Le plus grand cabaret du monde, vous vous souvenez ?
07:48Succès foudroyant cette année,
07:50les spectacles burlesques, de travestis.
07:52Ce soir, 81 et martyres, chez Huichu.
07:55On a souvent fait une différence entre le drag et le transformisme.
07:58Alors, en fait, le transformisme, c'est une sous-catégorie du drag.
08:01C'est ce qui a fait l'âge d'or du cabaret en France,
08:04l'âge d'or queer du cabaret en France.
08:06Parce que, justement, le transformisme,
08:08c'est se réapproprier tous les codes vestimentaires
08:10de personnalités et artistiques d'une artiste.
08:13Et d'ailleurs, si, l'autre truc,
08:14parce que je voulais quand même dire,
08:14moi, j'ai quand même un problème
08:16avec la séquence des drag queens.
08:17Et je le dis,
08:18c'est qu'il y avait ni Sarah Forever,
08:19ni Lula Srega,
08:20donc il n'y a jamais mes préfets,
08:21et ça commence à me saouler.
08:22Voilà, je tenais à le dire, je dénonce aussi, quand même.
08:24Je ne suis pas lancé de polémique, mais voilà.
08:26Et là, ce que je dis,
08:27ce n'est pas un petit truc méconnu,
08:29c'est de l'ordre du cliché sur la France.
08:31Là, cet événement a fait sortir avec une clarté totale
08:34à quel point ces réactions découlent
08:36d'une vision déconnectée et essentialisante.
08:38Une vision dénuée de références,
08:40dénuée d'historicité.
08:42Ça ne vous gêne pas, cette boîte de nuit,
08:45là, en dessous de chez vous ?
08:48Une boîte...
08:49Une boîte de nuit.
08:50On ne peut plus clair,
08:51avec cet autre moment qui a fait péter des durites,
08:54vous savez, là, la scène de la bibliothèque
08:56avec le trouple de petits jeunes qui vont batifoler.
08:58Bon, ben, t'as beau leur mettre sous le pif
09:0050 œuvres hyper référencées,
09:03fondatrices de la littérature française
09:05qui parlent d'amour,
09:06qui parlent de genre, de sexualité,
09:08de briser les normes,
09:09qui parlent de liberté,
09:10le réactionnaire, lui,
09:11tout ce qu'il y voit, c'est le wokisme.
09:13C'est leur nouvelle mode, là,
09:15ça n'a rien à foutre, là,
09:15c'est pas ma France.
09:17C'est fou, hein,
09:17parce que c'est des gens qui parlent
09:18de culture française en danger H24
09:21qui parlent de racines,
09:22de mémoires,
09:23d'histoires,
09:24de patrimoine,
09:25et dans la pratique,
09:26tu te rends compte que leur vision,
09:27c'est pas une autre culture,
09:29c'est juste aculturelle.
09:30Et ça donne des délires
09:32où face à un travail symbolique
09:34et esthétique hyper précis,
09:36hyper référencé,
09:37t'en as,
09:37ils sont tellement matrixés
09:39qu'ils voient du satanisme.
09:41Vraiment, on est retourné
09:42premier degré au niveau
09:44absurde ta foi en Belzébuth
09:46et tu m'auras pardonné.
09:47Mais tu ne comprends pas le français,
09:49tête de fond !
09:49Parce que quand je dis
09:50que c'est objectivement
09:51un des trucs les plus français
09:52jamais imaginés,
09:54je pèse vraiment mes mots.
09:55Que ça vous plaise ou non,
09:56Aya Nakamura,
09:57Gojira,
09:58Rimka,
09:59tout ça,
09:59c'est les méga-stars françaises
10:01au même titre
10:02que Edith Piaf.
10:03C'est comme ça,
10:04c'est pas moi qui fais les règles
10:05et c'est pas vous non plus.
10:06Et quand je dis
10:07ils ont tout mis,
10:09c'est pareil.
10:09Ce fameux moment avec Aya Nakamura
10:11qui a fait la même polémique raciste
10:14minute 1
10:14où ça a été annoncé.
10:15Ils l'ont pas juste mise comme ça
10:17à la place de ce que
10:19une vraie cérémonie française
10:20devrait montrer.
10:22Ils ont mis Aya Nakamura
10:23à chanter du haznavour
10:24avec la garde républicaine.
10:26Alors oui,
10:27évidemment que c'est fait
10:29pour faire imploser
10:30la section commentaire du Figaro,
10:31ce qui en soi est un noble objectif,
10:33mais ça révèle ce qui fait
10:35imploser ces gens-là.
10:36Pas que ce soit la France
10:37d'Aya Nakamura
10:38contre celle de l'académie.
10:39française mais avec.
10:41Et ça,
10:42c'est déjà trop.
10:43Le voilà le fin mot de l'histoire.
10:45Dans cet énorme mash-up
10:46de culture pop française,
10:48ce qui les dérange,
10:49au fond,
10:49c'est pas qu'il y en ait pas pour eux
10:51puisqu'il y avait tout
10:52pour tout le monde.
10:53Ce qui les dérange,
10:54c'est précisément
10:55qu'il y avait tout
10:56pour tout le monde.
10:57Et grâce à cette cérémonie,
10:58on a encore bien vu
11:00quoi et qui
11:01ils ne voulaient pas
11:02dans leur France.
11:03Alors on va essayer
11:04de prétendre que quand même,
11:05quelle image on donne
11:06au reste du monde.
11:08La presse internationale
11:09fait preuve d'unanimité.
11:10De nombreux titres
11:11saluent la cérémonie
11:12d'ouverture des Jeux de Paris 2024,
11:14un spectacle proposé
11:16par la France
11:16et qui a semble-t-il
11:18atteint son objectif.
11:19Paris a fait vibrer
11:20son public international.
11:22La BBC parle d'une cérémonie
11:24au style unique,
11:25un plan réussi
11:26de manière éclatante.
11:27Enfin, en Espagne,
11:28le quotidien Marca dépeint
11:29la cérémonie
11:30comme la meilleure
11:30de l'histoire des Jeux.
11:32Bon, mais quand même,
11:33cette cérémonie,
11:34elle était clivante,
11:35voire la plus clivante
11:37de l'histoire des Jeux.
11:38Genre, plus que
11:39celle de Berlin en 1936.
11:41Vraiment, allons-y
11:42tant qu'à faire.
11:42Et il faut dire
11:43que selon un sondage
11:44Harris réalisé
11:45le 27 juillet,
11:46c'est-à-dire juste
11:47au lendemain,
11:4886% des Français
11:50l'ont trouvé réussi.
11:53Ah, 86%.
11:54Et 5%
11:55pas du tout réussi.
11:57Alors, je sais,
11:58les sondages,
11:58c'est les sondages.
12:00Enfin, quand même.
12:00Là, même avec une grosse
12:02marge d'erreur,
12:03on tient un joli consensus
12:04pour un truc clivant,
12:05vous trouvez pas ?
12:06Et quand on demande aux gens
12:07de qualifier la cérémonie,
12:09on se retrouve avec des choses
12:10comme innovantes,
12:12spectaculaires,
12:12festives,
12:13mais surtout avec des adjectifs
12:15assez intéressants
12:16à décortiquer
12:17pour le sujet
12:17qui nous concerne.
12:18Inclusive, bien sûr,
12:20vu que ça a l'air
12:20d'en avoir chagriné certains.
12:22Populaire, également.
12:24Historique,
12:25tiens, tiens,
12:25on dirait bien
12:26que la très, très grande
12:27majorité des gens
12:28avaient totalement vu
12:29que la cérémonie
12:30mettait grandement en scène
12:31l'histoire de France.
12:32Il y a des personnes
12:33qui ne sont senties
12:33pas représentées
12:34dans la cérémonie,
12:35qui parlent d'histoire
12:36de France, etc.
12:37Il n'y a que de ça
12:38dans la cérémonie,
12:39il n'y a que des clins d'œil
12:40sur l'histoire de France.
12:41Et d'ajouter que tout ça,
12:42non seulement donne
12:43une bonne image
12:44de la France,
12:45mais aussi respecte
12:46ses valeurs
12:47et, cerise sur le gâteau,
12:49pour trois quarts
12:50des personnes interrogées
12:51nous rend fiers.
12:59un peu comme si,
13:00si tu montres
13:01un spectacle comme ça
13:02aux gens,
13:03aux vrais gens,
13:04pas aux éditorialistes
13:04de plateau
13:05ou aux fous furieux
13:06sur Twitter,
13:07eh ben,
13:07ils sont contents,
13:08ils trouvent ça cool,
13:09ils se sentent représentés,
13:10ils communient
13:11comme ça,
13:12massivement,
13:12dans le kiff,
13:13comme c'est censé être le cas
13:15dans un grand événement populaire.
13:16On est plus nombreux,
13:18je crois,
13:18à vouloir vivre bien ensemble,
13:19mais on est moins bruyants.
13:21Mais,
13:22le soir de la cérémonie,
13:23on a fait du bruit.
13:24Ce bruit-là,
13:24en tout cas,
13:25a été le bruit
13:25qui a pris le pas.
13:28Et,
13:28et c'était,
13:29je crois,
13:31un apaisement.
13:33Parce que là,
13:33on parle quand même
13:34d'un événement
13:34qui a réuni
13:3624 millions de spectateurs.
13:38Et je parle pas non plus
13:38des millions de vues
13:39après coup,
13:40sur les réseaux,
13:41sur YouTube,
13:42etc.,
13:42pour différents moments forts.
13:43Ben,
13:44d'où elles sortent
13:45ces polémiques
13:45si elles ne naissent pas
13:47naturellement de la société ?
13:48Ça,
13:48ça révèle un dernier aspect
13:50très intéressant
13:51du moment culturel.
13:53En France,
13:53on appelle ça
13:54de manière un peu chiante
13:56contrefaçon
13:56de mouvements d'opinion
13:57ou des informations
13:58populaires orchestrées,
14:00voire avec un petit
14:01jeu de mots
14:01derrière les fagots,
14:03similitantisme.
14:04Chez les anglo-saxons,
14:05d'où nous viennent
14:05ces phénomènes,
14:06ils ont un terme
14:07plus rigolo.
14:08Astroturf,
14:09du nom d'une marque
14:10de gazon artificiel.
14:11Ce qui s'oppose
14:12au terme grassroots,
14:13littéralement
14:13au niveau de l'herbe,
14:15à la racine,
14:15pour désigner quelque chose
14:17qui vient naturellement
14:18de la base,
14:18un mouvement populaire
14:20authentique.
14:20Cette pelouse synthétique
14:22qui essaie de se faire passer
14:23pour un bout de verdure
14:24tout ce qu'il y a de plus organique,
14:25elle provient
14:26d'un appareil médiatique
14:27et économique
14:28tout à fait rodé
14:29qui se donne les moyens,
14:30et de très gros moyens,
14:32de les faire naître.
14:33Maintenant,
14:34ne soyons pas naïfs.
14:35Cette polémique
14:36est tout sauf spontanée.
14:37L'image en question
14:38n'aurait choqué personne
14:39si certains ne l'avaient pas
14:41faite advenir
14:41en la montrant du doigt.
14:43Et qui ça ont ?
14:44Ceux qui ont intérêt
14:44à cliver,
14:45à séparer,
14:46à désunir.
14:47Ils étaient furieux
14:47de voir que la cérémonie
14:48produisait une émotion
14:49puissante et généralisée.
14:51Ils s'engouffraient
14:52dans la brèche
14:52pour manifester cet art
14:53de détester
14:54dont ils sont les virtuoses
14:55et qu'on leur laisse bien volontiers.
14:57Et attention,
14:58c'est pas une théorie du complot,
14:59c'est tout à fait
15:00public et concret.
15:03Fox a décidé de mener
15:04la bataille culturelle tout seul.
15:05Tout a ses convictions
15:06qu'a tôt bien tradi.
15:07Contre les droits des femmes,
15:09pour les écoles privées
15:10hors contrat,
15:10pour une réécriture tendancieuse
15:12de l'histoire de France.
15:13Il a mis sur pied
15:14une galaxie
15:14qu'il appelle du bien commun,
15:15un fond philanthropique
15:17au service de ses bonnes œuvres.
15:18Drôle de paroissien,
15:20drôle de patriote surtout.
15:21Il a fui le fisc français
15:22pour partir en Belgique en 2012.
15:24L'Institut de formation politique,
15:26l'IREF,
15:27l'IFRAP,
15:28Contribuables associés,
15:29l'Institut des libertés
15:30de Charles Gave
15:31que vous connaissez peut-être,
15:32tous ces trucs-là
15:33font partie du réseau Atlas.
15:35Tout ça au service
15:36d'une stratégie
15:37tout à fait assumée elle aussi
15:38qu'on appelle dans le jargon
15:39la guerre culturelle.
15:42Alors,
15:42quel que soit notre camp politique,
15:43on aime beaucoup parler
15:44de la bataille culturelle.
15:46Je ne vais pas vous refaire
15:47tous les carnets de Gramsci,
15:48mais en gros,
15:48c'est l'idée que pour avancer
15:50des politiques concrètes,
15:51il faut d'abord gagner
15:52la bataille des idées,
15:53des imaginaires,
15:54des représentations, etc.
15:56Donc voilà,
15:57le terrain culturel,
15:58c'est super important.
15:59Mais attention.
16:01C'est un coup !
16:02La guerre culturelle,
16:03c'est une stratégie politique
16:04pensée par les milieux
16:05conservateurs états-uniens
16:06qui s'est largement répandue
16:08dans le monde
16:08et jusqu'à chez nous
16:09par les mêmes
16:10qui reprochent à la gauche
16:11d'importer des concepts états-uniens.
16:13Mais bref.
16:27L'idée est aussi simple
16:29que redoutable.
16:30Quand vous défendez
16:31les intérêts des puissants,
16:33c'est compliqué de vendre aux gens
16:34que vous allez baisser leur salaire
16:36et les impôts des plus riches,
16:38que vous allez leur retirer
16:39les droits par paquets,
16:40que vous voulez qu'on vous laisse
16:41faire du fric sans aucune limite
16:43et qu'ils auront qu'à se démerder
16:44avec les conséquences écologiques et sociales.
16:47Bref,
16:48on n'attrape pas les mouches
16:49avec du vinaigre.
16:50Donc,
16:50faut aller sur un autre terrain,
16:52le terrain culturel.
16:53Aller chercher des marqueurs identitaires,
16:55des choses auxquelles
16:56les gens peuvent s'accrocher
16:57pour des raisons idéologiques,
16:59de tradition,
16:59ou juste affectives.
17:01et tu bourrines.
17:02Vraiment,
17:03tu mâches tous les boutons
17:04que tu peux
17:04de la manière la plus polémique
17:06et incendiaire possible.
17:07Tu fais des tempêtes
17:08dans tous les verres d'eau,
17:09des paniques morales
17:10sur tout et n'importe quoi,
17:12en les exagérant,
17:13voire en les inventant
17:14de toutes pièces.
17:15Le but,
17:16c'est de constamment
17:17occuper le terrain
17:18et monopoliser
17:19le débat public.
17:20Et c'est comme ça
17:21qu'on se retrouve
17:21dans un monde plongé
17:22dans l'urgence climatique,
17:24les guerres,
17:24les génocides,
17:25les crises économiques
17:26et sociales d'envergure,
17:27qui devraient parler
17:28de sa H24
17:29pour essayer au mieux
17:31de relever ses défis existentiels.
17:33Eh ben,
17:33on n'a pas le temps
17:34parce qu'on débat
17:35de savoir
17:35si Philippe Catherine Cunut,
17:36c'est pas un peu la fin
17:37de la civilisation occidentale.
17:39La prestation,
17:40c'était pour moi
17:40autour de ma chanson
17:42qui s'appelle Nus.
17:43Où peut-on cacher un revolver
17:44quand on est tout nu ?
17:45Et qui est une chanson
17:47d'apaisement,
17:48de paix,
17:50P-I-X.
17:51La vision de Thomas Joly
17:52de cette chanson
17:53était autour
17:54de la figure de Johnny Sos.
17:56Et aussi
17:57d'une décadence
17:58comme on peut l'imaginer
17:59les fêtes païènes.
18:00Là où c'est efficace,
18:01c'est que
18:02beaucoup de gens
18:03tombent dans le piège
18:03et participent à cette stratégie
18:05sans même en avoir conscience.
18:07Du style,
18:07tous les types
18:08qui passent leur vie
18:08à polémiquer
18:09sur la couleur
18:09de la prochaine princesse Disney.
18:11Là où c'est redoutable,
18:13c'est qu'en face,
18:13ça force à réagir.
18:15Ça nous oblige
18:16à défendre
18:16une autre vision
18:17de la culture
18:17et de la société.
18:18Et du coup,
18:19Philippe Catherine Cunut.
18:20Et a raison,
18:21parce que ça a beau être culturel,
18:23ça a des impacts concrets
18:24sur la vie des gens
18:25et sur les politiques
18:26qui vont être menées.
18:27Mais en un sens,
18:28c'est aussi
18:29une forme de diversion.
18:30Reprenons cette cérémonie.
18:32Vous avez bien vu
18:32que ce grand spectacle
18:33a totalement déplacé
18:35le débat public
18:36au sujet des JO.
18:37Comment toutes les questions
18:38matérielles
18:38autour de l'événement
18:39ont été mises
18:40entre parenthèses.
18:40Les problématiques
18:41autour de l'impact écologique,
18:43les SDF
18:44et les étudiants virés,
18:45le prix des places,
18:46Paris mis sous cloche,
18:47la surveillance des militants,
18:48les conditions de travail sur site,
18:50j'en passe,
18:50et des meilleurs.
18:51Et au fond,
18:52pas que les JO.
18:53La France elle-même.
18:54Puisqu'évidemment,
18:55un truc comme ça,
18:56ça contribue au soft power
18:57et à l'aura
18:58du pouvoir en place.
18:59Même si, bon,
19:00apparemment,
19:01les gens étaient pas dupes.
19:04Je proclame
19:05ouvert
19:07les Jeux de Paris.
19:09Mais quelque part,
19:09on se retrouve à défendre
19:10l'illusion d'une France
19:12avec un vernis
19:13et tous les washings imaginables
19:15sur la France
19:15de la Macronie
19:16et de l'extrême droite
19:17aux portes du pouvoir.
19:18L'illusion d'une France
19:19sans racisme,
19:21LGBT friendly,
19:22sans violence policière,
19:23sans impérialisme.
19:24On ne devrait pas
19:25abandonner les guerres culturelles,
19:26mais pas non plus
19:27mordre à la pas.
19:28À la place,
19:29on devrait construire
19:30une culture politique
19:31autour d'objectifs communs
19:32qui s'attaquent
19:33aux problèmes concrets.
19:34Une politique organisée
19:35autour de ce qu'on veut construire
19:37pour nous et nos enfants
19:38plutôt qu'autour
19:39de ce qu'on déteste.
19:40Au fond,
19:41cette dissonance
19:42serait résolue
19:42si la France
19:43correspondait toujours
19:44à ce qui nous touche
19:45dans cette mise en scène.
19:46On en parle souvent
19:47avec la panthéonisation,
19:48c'est la même chose.
19:49Manoukian,
19:50on l'adore.
19:50C'est notre mémoire à nous.
19:52Mais en même temps,
19:53quand Macron veut
19:53panthéoniser Manoukian,
19:55ça nous met hors de nous
19:56parce qu'on se dit
19:56qu'il va récupérer
19:57une figure qu'on aime bien
19:58et donc la dénaturer,
19:59etc.
20:00Mais en même temps,
20:01quand on regarde
20:02les livres d'histoire,
20:03on aime être dans l'histoire.
20:04On aimerait que Manoukian
20:05soit dans l'histoire aussi.
20:06Et ça,
20:06ça passe malgré tout
20:07par la panthéonisation notamment.
20:09Donc on est toujours
20:09un peu partagé par ça.
20:10Et les Jeux Olympiques,
20:12c'est la même chose.
20:12C'est une institution
20:14mondiale, internationale.
20:15Et là, c'est la France.
20:16Donc ça touche le pire
20:18de nos affects,
20:18c'est-à-dire qu'on veut
20:19être représenté.
20:19On dit,
20:20waouh,
20:20c'est Jeux Olympiques.
20:21Et donc moi,
20:21mes affects,
20:22quand je vois Aya Nakamura
20:23qui chante Pookie,
20:24je suis trop contente.
20:24Ça, c'est mes affects
20:25de meuf qui veut être représenté.
20:27Et je suis en mode,
20:27waouh, incroyable.
20:28Donc,
20:29on peut se servir
20:30de ses affects
20:30pour se réconforter.
20:32Et on y a droit quand même,
20:33on ne va pas bouder notre plaisir.
20:35Et la popularité
20:36de cette cérémonie
20:36vient sans doute aussi
20:37qu'elle ait été vécue
20:38comme une petite bouffée d'air
20:40dans un moment irrespirable.
20:41Mais pour sortir du piège
20:43de la guerre culturelle,
20:44il faut mobiliser ses affects
20:45pour arrêter de faire semblant
20:47et construire dans le réel.
20:49En faire un horizon
20:50vers lequel on avance,
20:51sans quoi,
20:52eh ben,
20:53c'est pas un horizon,
20:54c'est un mirage.

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