00:00Bonjour Sophie Vénétité.
00:02Bonjour.
00:02Vous êtes secrétaire générale adjointe du SNES-FSU, le syndicat des enseignants du second degré.
00:07Alors hier soir, lors de son allocution, Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des collèges et lycées
00:13durant deux semaines, ainsi que des vacances scolaires communes sur l'ensemble du territoire.
00:18Alors selon vous, ce scénario difficile pour les élèves, les parents, mais également les enseignants,
00:23aurait-il pu être évité ?
00:25Oui, bien sûr, ce scénario aurait pu être évité.
00:28Il aurait dû être évité parce qu'on n'est jamais content de fermer les établissements scolaires
00:32et de ne plus voir nos élèves.
00:34Et c'est d'ailleurs pour éviter ce scénario que depuis des mois, on fait des propositions
00:39pour sécuriser les établissements scolaires d'un point de vue sanitaire.
00:43On en a fait dès le mois d'août.
00:44On a même interpellé le président de la République le 21 septembre pour lui dire qu'il y avait urgence
00:50vraiment à sécuriser les établissements scolaires pour éviter la fermeture.
00:54On a fait des propositions à chaque étape de la crise sanitaire et jamais Jean-Michel Blanquer n'a voulu
01:00les entendre.
01:01Il a toujours balayé d'un revers de la main la réalité de la situation sanitaire dans les établissements scolaires.
01:07Il s'est enfermé dans une forme de déni de réalité dont on paie aujourd'hui les conséquences.
01:12Et c'est vrai qu'aujourd'hui, quand on voit que les établissements scolaires vont fermer pendant quelques jours,
01:19il y a forcément beaucoup d'amertume parce qu'on aurait pu faire autrement, on aurait dû faire autrement.
01:25Et aujourd'hui, le gouvernement et Jean-Michel Blanquer en particulier portent une très lourde responsabilité dans cette situation.
01:31Alors, on aurait pu, on aurait dû faire autrement. Qu'aurait-on dû faire selon vous ?
01:35Très, très rapidement. Dès le début de l'année scolaire, il aurait fallu prendre des mesures sur la cantine scolaire.
01:41Nous, on avait fait des propositions dès la fin du mois d'août.
01:43On savait que c'était le moment un peu tendu de la journée d'un collégien ou d'un lycéen,
01:48puisque c'est le moment où ils ne portent pas de masque.
01:50Jamais ces propositions n'ont vraiment été étudiées.
01:53Très vite, on a aussi pointé du doigt avec l'aide de scientifiques la question de l'aération dans les
01:59salles de classe
02:00et la nécessité d'équiper les établissements scolaires en détecteur de CO2.
02:05Jean-Michel Blanquer a là aussi refusé, se réfugiant derrière une étude scientifique qui datait d'il y a plusieurs
02:12années.
02:12Puis, au fur et à mesure que les mois passaient et que la situation sanitaire s'aggravaient,
02:18on a mis l'accent aussi sur la nécessité de tester beaucoup plus massivement les élèves
02:22pour justement casser les chaînes de contamination plus rapidement.
02:26Et là encore, on avait ce double discours avec d'un côté Olivier Véran qui nous disait
02:31« mais c'est formidable, la France fait quatre tests à la seconde,
02:35on a une stratégie testée, alertée, protégée » qui est très efficace.
02:39Sauf que dans les collèges et les lycées, il n'y a quasiment pas de test.
02:43Il n'y a pas de test salivaire par exemple dans les collèges et les lycées.
02:46Donc, si vous ne pouvez pas tester, toute votre stratégie alertée, protégée, isolée,
02:53tracée des cas de contact, elle tombe à l'eau, elle n'existe pas.
02:56Et encore très récemment, on demandait la mise en place de demi-groupe dans les collèges
03:01pour limiter le brassage.
03:03Et ça aussi, ça n'a jamais été entendu, ça n'a jamais été suivi.
03:08Donc, des propositions, il y en avait.
03:10Le ministre de l'Éducation nationale a fait le choix de ne pas les écouter,
03:15de s'enfermer dans sa vision de la situation sanitaire qui était erronée.
03:20Et aujourd'hui, on en paye le prix fort.
03:22Alors, l'enseignement à distance va démarrer dès mardi prochain.
03:26Est-ce que celui-ci a été mieux anticipé suite à l'expérience difficile du premier confinement
03:32il y a un peu plus d'un an ?
03:34Alors, en tant qu'enseignant, en tant que personnel de l'Éducation nationale,
03:38on a tiré les leçons de ce confinement.
03:42On sait ce qu'il faut faire, ce qu'il faut peut-être éviter de faire.
03:45On sait aussi comment les élèves peuvent avoir des difficultés dans l'enseignement à distance.
03:50Mais il n'y a pas eu vraiment de préparation à l'échelle de l'institution.
03:55Il n'y a pas eu de préparation collective.
03:56Il n'y a pas eu vraiment un bilan tiré de cette situation.
04:00Et pour reprendre l'une des expressions favorites de Jean-Michel Blanquer,
04:03qui se plaît à répéter qu'on est prêt ou qu'on est préparé à tout.
04:07Non, aujourd'hui, on n'est pas prêt à ce nouveau passage d'école à distance.
04:11En tout cas, on n'y est pas prêt par rapport à l'institution.
04:14Alors, il y a toujours des questions qui se posent, par exemple, en termes d'équipement,
04:18notamment des élèves et des élèves les plus défavorisés.
04:21On l'a vu ces derniers jours, puisqu'il y a déjà des établissements qui commençaient à fermer.
04:26Et il y avait toujours cette question de l'équipement des élèves,
04:30de l'équipement informatique, de la connexion informatique.
04:32Tout ça, c'est des questions qui sont encore un peu des angles morts de la stratégie ministérielle.
04:39Et donc, aujourd'hui, c'est ce passage à l'enseignement à distance.
04:43Il montre encore une fois que les choses n'ont pas été bien anticipées, pas bien préparées.
04:48Il faut savoir que, nous, depuis le début de l'année scolaire, on disait aux ministres,
04:52mais il faut anticiper toutes les hypothèses.
04:55Même si elles ne se réalisent pas, il faut les anticiper,
04:57parce que si jamais il y en a une ou plusieurs qui deviennent une réalité,
05:01il sera plus simple, en tout cas moins compliqué de les appliquer.
05:05Et c'est notamment le cas de cette question de la fermeture des écoles.
05:09On a souvent dit qu'on ne le souhaitait pas,
05:11mais que si jamais on y est arrivé, il fallait y être préparé.
05:14Et jamais le ministère de l'Éducation nationale n'a ouvert de travail
05:20sur la façon d'anticiper cette hypothèse.
05:22Comment souhaitez-vous préparer la reprise d'un point de vue sanitaire ?
05:25Je pense notamment aux épreuves du bac, qui vont arriver très vite, fin mai, début juin.
05:31Oui, la reprise en présentiel, après cette période, va être cruciale,
05:35elle va être très importante.
05:37Il faut dès maintenant la préparer, la préparer d'un point de vue sanitaire.
05:40C'est-à-dire qu'il faut se donner les moyens de reprendre dans de bonnes conditions sanitaires
05:46et éviter que le virus circule une nouvelle fois de manière trop active
05:50dans les établissements scolaires.
05:52Ça veut dire très concrètement planifier toute une politique de tests
05:58qui, cette fois, doivent être massifs pour vraiment surveiller la circulation du virus
06:03sur plusieurs semaines à cette reprise.
06:06Il faut très certainement envisager du travail en demi-groupe également
06:10dans les collèges et les lycées.
06:11Il va falloir clairement accélérer sur la vaccination.
06:14Et puis, au-delà des questions sanitaires,
06:17il y a effectivement des questions pédagogiques très importantes qui se posent.
06:21On voit bien que là, il est complètement improbable
06:26de pouvoir tenir le grand oral dans de bonnes conditions.
06:29Cette fameuse épreuve qui est un peu le totem du bac Blanquer
06:32à laquelle ils s'attachent depuis le début, à laquelle ils s'accrochent depuis le début.
06:37Mais là, on voit bien que les lycéens n'étaient déjà pas forcément
06:41dans de très bonnes conditions pour le préparer ces dernières semaines.
06:44Ils ne vont pas l'être davantage dans les quatre prochaines semaines.
06:48On a vraiment constaté une rupture d'égalité dans les conditions de préparation
06:53des élèves ces derniers mois, puisque les lycées pouvaient fonctionner
06:57un peu comme ils le souhaitaient, en hybride ou pas.
06:59Là, maintenant, on passe sur de l'école à distance qui génère, on le sait,
07:02beaucoup d'inégalités.
07:04Donc oui, il y a aussi des mesures d'urgence à prendre d'un point de vue pédagogique,
07:07à commencer par l'annulation du grand oral.
07:10Et puis, il va falloir aussi penser à moyen terme.
07:13Il va falloir penser à la rentrée 2021,
07:16quand on va recommencer une année avec nos élèves,
07:19après une année scolaire qui aura été compliquée,
07:22où les inégalités se seront creusées.
07:23Et il va falloir, par exemple, revenir sur ces 1883 suppressions de postes.
07:29Ça paraît là aussi assez surréaliste
07:32qu'on supprime toujours plus d'emplois dans les collèges et les lycées,
07:36alors qu'il y a un vrai besoin dans l'éducation nationale.
07:40Merci Sophie Benéquittet.
07:42Merci.