- il y a 11 heures
Pascal Maurieras, l’un des marins de la Flottille pour Gaza, est rentré en France mercredi 18 juin au soir avec le journaliste de « Blast », Yanis Mhamdi. Pour « l’Humanité », il raconte ses conditions d’incarcération au micro de Théo Bourrieau.
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NewsTranscription
00:00La première chose qu'ils ont faite, quand ils sont montés à bord, c'est d'arracher le drapeau palestinien.
00:07Donc en fait, on efface tout ce qui est palestinien.
00:11Ça n'existe pas.
00:13Et puis après, ils ont coupé le câble d'Internet, évidemment.
00:16Mais c'est vrai que cette théorie de « on enlève tous les signes de soutien à la Palestine »,
00:21ça pourrait un petit peu aller avec la communication que l'armée israélienne a essayé de développer,
00:26puisque les premières images, nous, à l'extérieur qu'on a vues,
00:32dans les premières images, c'était vous regrouper au milieu avec des soldats israéliens
00:37qui vous tendent à boire, qui vous tendent à manger.
00:40Et donc, on se dit, si l'objectif de l'armée israélienne, c'est de montrer des images un petit
00:46peu d'orchestrer,
00:48enfin pas d'instrumentaliser, mais de montrer les images qui leur conviennent,
00:51c'est de montrer qu'ils vous traitent bien,
00:53et surtout de ne pas montrer aux images des symboles de soutien à la Palestine.
00:58Tout à fait, tout à fait.
00:59Mais je pense même que, en fait, le message qu'il y avait derrière,
01:06c'est presque qu'ils ont fait de l'humanitaire.
01:07On va peut-être parler de votre incarcération,
01:11puisque toujours pareil, en France, les informations étaient un peu contradictoires.
01:15On nous disait, en fait, par exemple, Greta Thunberg a été libérée
01:19parce qu'elle a accepté de signer un document où elle disait
01:23« Oui, je suis entrée illégalement sur le territoire israélien »,
01:25alors que ce n'était pas le cas.
01:26Vous l'avez dit au début, vous avez été arrêtée dans l'île internationale.
01:31Et donc, on se disait, mais ça veut dire que les autres n'ont pas signé.
01:33Enfin bref, les informations étaient un petit peu contradictoires.
01:37Vous, vous avez refusé de signer ce document.
01:40Oui.
01:40Voilà.
01:43Mais, en fait, on a l'impression que ce document n'a pas été présenté
01:46ou n'a pas été proposé à tous les membres de l'équipage.
01:51Alors là, vous m'amenez une information.
01:53Non, je ne sais pas, parce que, par exemple, Greta Thunberg,
01:56il me semble, dit dans ses interviews…
01:57Alors, mais pour la petite histoire, j'ai appris que Greta,
02:01alors bon, c'est à vérifier, je n'ai pas eu Greta depuis,
02:06mais, en fait, a dit qu'en fait, elle acceptait de signer,
02:12mais elle est partie et en fait, elle n'a pas signé le document.
02:17D'accord.
02:19C'est la petite histoire.
02:20Oui, oui.
02:21Donc, effectivement, voilà.
02:23Donc, oui, la question du chat, c'était,
02:25est-ce que vous en avez discuté avant entre vous ?
02:27Mais en fait, vous étiez…
02:28On en avait discuté avant entre nous, oui, bien sûr.
02:30Et en fait, on s'était mis d'accord pour ne pas signer.
02:35Après, je pense que de façon concrète,
02:40on n'avait pas forcément détaillé de dire quel type de document c'était
02:44et ainsi de suite.
02:45Et en fait, il y a des gens qui…
02:47Et puis, en plus de ça, je veux dire,
02:50les réalités des vies sont toutes différentes.
02:54Oui, bien sûr.
02:54Moi, je suis célibataire.
02:56Enfin, je veux dire, il n'y a personne qui m'attend à la maison
03:00et ainsi de suite.
03:01Donc, ce n'est pas la même chose que quand on a une vie de couple
03:05avec des enfants et qu'il y a toute la famille qui s'inquiète.
03:11Donc, le but n'est pas de pointer du doigt ceux qui ont signé,
03:16ceux qui n'ont pas signé, ni quoi que ce soit.
03:21D'ailleurs, je me souviens avoir une discussion avec Baptiste,
03:29qui était le médecin à bord et qui était aussi un deuxième Marseillais.
03:34et il disait, moi, je vais signer.
03:37Et je dis, mais oui, bien sûr, tu as deux filles, tu as ta compagne et ainsi de suite.
03:42Non, mais vas-y, personne ne t'en voudra.
03:47Et donc, voilà.
03:51Effectivement, c'est des choses dont nous avions parlé.
03:54Parce qu'en fait, il faut savoir que tous les jours, on se réunissait
03:59et puis on envisageait les différents scénarios
04:03qui partaient de se faire bombarder par un drone.
04:07Mais là, pour le coup, sur un bateau de 18 mètres,
04:10ce n'est pas un bateau de 69 mètres.
04:12Donc, en fait, si on se fait bombarder,
04:14enfin, si on a des roquettes ou des trucs comme ça sur le bateau,
04:16il y a tout le monde qui est mort.
04:18Il y avait la solution qui était de se faire aborder
04:24par des soldats, mais qui tirent.
04:27Et là, en fait, potentiellement, il pouvait y avoir des morts.
04:31Et puis, il y avait la solution que moi, j'espérais,
04:36celle que j'avais connue en 2018,
04:37et c'est celle, effectivement, que nous avons eue,
04:41qui était de se faire arraisonner.
04:43Et nous, nous avions choisi de toute façon
04:47de ne pas rentrer dans la violence
04:52et de rester dans une action pacifiste.
04:57Pacifiste presque.
05:00Parce qu'il y a un copain, quand même, qui est...
05:03Vous allez nous raconter des choses.
05:06Oui, il y a un copain qui, à un moment donné,
05:09il y avait le drone qui était au-dessus,
05:11et il y avait, comment, les dinguis,
05:15enfin, les dinguis, comment, les Zodiacs,
05:17les militaires qui arrivaient, et ainsi de suite.
05:20Il trouve une tombe en plastique.
05:22Il a visé un drone.
05:25Le drone a reculé.
05:27Il s'est payé un câble de haut banc,
05:29enfin, qui sert à soutenir le mât.
05:32Et le drone est tombé à la flotte.
05:35Et bien voilà, c'est au moins ça que l'armée israélienne
05:37n'aurait plus un drone.
05:38Finalement, deux euros de plaquettes en plastique,
05:41où on fout à la mer un engin qui coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros.
05:47Vous l'avez déjà raconté cette anecdote,
05:48parce que c'est assez drôle quand même.
05:51Oui, oui.
05:52Mais alors, le pire, c'est que moi,
05:53j'ai entendu l'exclamation du copain en question.
05:57Oui.
05:57Mais moi, je regardais ailleurs,
05:59parce qu'en fait, on avait vu qu'il y avait le bateau qui arrivait,
06:02enfin, le Zodiac avec des militaires qui arrivaient sur le tribord,
06:07donc sur la droite du bateau.
06:08Oui.
06:08Et mon expérience de 2018, c'est qu'ils arrivent des deux côtés, quoi.
06:12Enfin, ils encerclent.
06:13Donc, j'étais en train de regarder et je n'ai pas vu.
06:16Alors là, ça, c'est mon grand rêve.
06:17Mais quand on me la racontait, après, j'étais mort de rêve.
06:21Il faudra transmettre cette histoire par la parole.
06:24Ce sera la seule manière qu'elle perdure.
06:27En tout cas, vous l'avez raconté à plusieurs centaines de personnes sur ce chat.
06:31Donc, je suis sûr.
06:31Au moins, voilà, c'est le début de la transmission.
06:35D'accord.
06:38Je reprends un peu le fil de mes questions.
06:40Alors, il est 10h37.
06:41On n'a déjà plus beaucoup de temps.
06:43Évidemment, j'aimerais que ça dure encore plusieurs heures.
06:46J'aimerais un peu qu'on discute de votre incarcération.
06:49Alors, vous l'avez pas mal fait dans l'entretien que vous avez accordé à l'Humanité,
06:52qui est publié la semaine dernière, je crois.
06:54Mais il y a quelques éléments qui m'ont un peu interpellé.
06:58Vous parlez notamment de la notion du temps.
07:00En fait, vous ne vous rendiez pas compte quelle heure il était,
07:04le nombre de jours qui étaient passés.
07:05Et que de temps en temps, il y avait un gardien qui acceptait de vous donner l'heure.
07:09Et du coup, en calculant l'heure qu'il était avec les rayons du soleil,
07:12vous essayez d'estimer un peu le nombre d'heures que vous aviez passées en prison, etc.
07:17C'est quand même...
07:19Alors, ce n'était pas tant le nombre d'heures qu'on avait passées en prison.
07:22C'était surtout, en fait, là où on en était dans la journée.
07:25Ah oui, d'accord.
07:27Donc, en fait, selon l'orientation des commandes du soleil et ainsi de suite,
07:32à chaque fois qu'on avait une indication d'heures,
07:34on notait sur les murs,
07:38là où il y a une différence entre le soleil et l'ombre.
07:42Donc, en fait, ça nous donnait une indication au fur et à mesure.
07:45Parce qu'en fait, quand on est rentrés en prison,
07:47on nous a donné un uniforme
07:49et on nous a laissé simplement un caleçon.
07:53D'accord.
07:54C'est-à-dire qu'en fait, nous n'avions pas le droit de prendre quoi que ce soit de
07:58nos sacs,
07:59ni livres, ni montres,
08:02enfin, tout ce qui était montres,
08:04enfin, on était nus, mis à part un slip ou un caleçon.
08:09Et donc, plus de notion du temps.
08:13Moi, j'ai un traitement médical que je suis,
08:16et en fait, je n'avais pas accès à mes médicaments qui étaient dans le sac.
08:22Bon, évidemment, donc, pas de possibilité de lire.
08:27On avait tous amené des livres et ainsi de suite.
08:30Et donc, en fait,
08:37aucune manière de passer le temps, entre guillemets,
08:39si ce n'est ses propres ressources personnelles.
08:43Et là, on n'est pas tous égaux par rapport à ça.
08:47Moi, j'avoue que j'aime assez bien la solitude
08:49donc je m'en sors plutôt pas mal par rapport à d'autres personnes
08:54qui ont l'habitude d'être en groupe et ainsi de suite.
08:58Mais pour ces personnes-là, ça devient très, très vite insupportable.
09:02Vous n'étiez pas seul, il me semble, dans ce que je l'ai lu,
09:05vous avez été séparé entre les hommes d'un côté et les femmes de l'autre,
09:07et vous étiez dans des cellules entre vous.
09:10Oui, mais par contre, on était tous regroupés dans la même cellule.
09:13D'accord.
09:14Donc, vous pouviez continuer un peu à échanger ?
09:17Oui, tout à fait, oui.
09:18Tout à fait.
09:21Et en fait, on s'est aperçu que les autres prisonniers
09:24qui étaient dans les autres cellules, souvent avaient leurs portes ouvertes,
09:29ils pouvaient sortir dans le couloir, aller d'une cellule à l'autre,
09:34avaient leurs propres affaires pour se vêtir et ainsi de suite.
09:38Mais nous, il y en a même auparavant qu'ils avaient installé
09:41pour ne pas qu'on puisse voir nous les cellules d'autres personnes
09:46et réciproquement, les autres personnes ne pouvaient pas nous voir.
09:51Donc, on avait un régime un peu spécial bon.
09:54Et plus, après, des intimidations jour et nuit,
09:59de venir à n'importe quel moment,
10:01et puis obligation de se mettre au garde-à-vous, au fond de la cellule.
10:06Ils nous regardaient et puis ils repartaient.
10:09Et ça, c'était un traitement uniquement pour vous ?
10:13Oui, tout à fait.
10:15C'était des intimidations parce qu'on leur avait bien dit
10:17que vous étiez des militants pour la cause palestinienne, on va dire,
10:22et que du coup, il fallait vous dresser, quoi.
10:24C'est ça.
10:25C'est ça.
10:28Et en plus de ça, enfin bon, je passe un peu du coq à l'âne,
10:31mais ce qui m'a surtout interpellé, c'est le narratif des différentes strates
10:45auxquelles j'ai pu avoir en face de la société israélienne,
10:50un narratif qui réinvente tout, quoi.
10:53C'est-à-dire, en fait, les soldats nous ont dit que nous étions rentrés
10:57dans les eaux de Gaza, et j'ai bien expliqué tout à l'heure
11:00les questions de distance et ainsi de suite.
11:03Donc, indubitablement, nous étions en haute mer
11:07et dans les eaux internationales.
11:11Et donc ça, c'était les soldats.
11:13Ensuite, ça a été aussi les gardiens qui donnaient ce même narratif
11:19comme quoi on était rentrés dans les eaux de Gaza.
11:23Mais de toute façon, les eaux de Gaza, ce n'est pas les eaux israéliennes.
11:25Je ne vois pas ce qu'ils ont à faire.
11:29Et la police aux frontières, pareil, et jusqu'à la juge qui m'a reproché
11:38d'être revenu parce qu'en fait, j'avais une interdiction de 10 ans
11:42de venir sur le sol israélien.
11:46Et je lui ai dit que je ne voyais pas le rapport,
11:49étant donné que la première fois, j'avais été amené de force en Israël
11:52et qu'en fait, il n'y avait pas de commande.
11:57Ce n'est pas moi, c'est l'armée israélienne qui m'a amené de force là-bas.
12:02Donc, je n'avais pas...
12:04Et là, c'était la deuxième fois.
12:06Bon, là, j'en ai pris pour 100 ans.
12:08On verra bien pour la prochaine fois.
12:12Il nous reste quelques minutes.
12:15Alors, j'avais encore évidemment plein de questions à vous poser,
12:18mais on va devoir choisir.
12:19On commençait un petit peu à en parler tout à l'heure
12:22sur les critiques et les polémiques autour de la flottille de la liberté
12:26qui serait devenue un objet communicationnel.
12:30J'ai même vu que l'armée israélienne vous surnommait « selfie boat », je crois.
12:34Donc, le bateau fait pour se prendre en photo.
12:38Est-ce que vous vous attendiez à ce traitement médiatique et à ces critiques,
12:42notamment de la part de la droite, de l'extrême droite,
12:44mais pas que, de certains médias aussi et d'autres politiques ?
12:47Est-ce que vous attendiez à ça ? Est-ce que vous le comprenez ?
12:50Qu'est-ce que vous en pensez ?
12:53Si je le comprends, et si je le comprends bien,
12:57c'est qu'en fait, s'il y a eu une médiatisation
13:00avec énormément de critiques de la droite et de l'extrême droite,
13:03c'est parce qu'en fait, ça a amené aussi une médiatisation
13:06qui a aussi permis, qui a participé,
13:11comment a mobilisé les populations par rapport à ce qui se passe à Gaza.
13:17Et quand je regarde toutes les mobilisations qu'il y a eu en France
13:22et dans le monde, ça a été quand même assez faramineux.
13:27Et après, comment de voir les dockers à Fos, à Gênes et ainsi de suite,
13:35qui refusent de charger du matériel militaire,
13:41ça fait du bien, mais ça montre aussi qu'en fait,
13:48il y a eu une médiatisation qui a dépassé même ce que l'on pouvait imaginer.
13:53Mais j'aurais plutôt tendance à dire que c'était plutôt dans le bon sens.
13:58Alors effectivement, il y a les gens de CNews, mais bon, c'est le CNews.
14:04Mais en fait, ils sont extrêmement minoritaires.
14:07Oui, oui.
14:07C'est ça qui est important.
14:08Vous avez plutôt sorti, vous, un soutien populaire,
14:10une mobilisation de la société civile derrière vous ?
14:13Ah, mais complètement.
14:14Complètement.
14:14Alors en plus de ça, dimanche, j'ai mangé le midi avec Bastien.
14:21Oui.
14:22Baptiste, pardon.
14:23Baptiste André, donc le médecin de l'équipage.
14:26Et alors, donc, lui a été beaucoup plus médiatisé que moi,
14:30parce qu'il a fait partie des premières entrées,
14:33il a participé à une manifestation à République, etc.
14:39Voilà, donc il a été très médiatisé.
14:41Mais en fait, quand on se baladait, après le repas,
14:45on a fait un bout de chemin ensemble.
14:47Et en fait, énormément, énormément de gens,
14:51faisaient des signes d'amitié en disant,
14:54enfin, montrant qu'en fait, ils l'avaient reconnu
14:56et qu'en fait, ils étaient solidaires.
14:59Alors bon, après, il essayait de dire que moi aussi,
15:01mais je me suis dit non, non, non.
15:06Vous ne voulez pas devenir une star, vous aussi ?
15:09Non, mais ce qui est important, par contre,
15:12et c'était, ça faisait partie aussi des discussions
15:15que nous avions à bord en préparant notre arrivée
15:19et quelle attitude on devait avoir
15:21et d'être la plus pacifiste possible.
15:25Et moi, mon sentiment, c'était plutôt que de jouer Euro
15:30et puis passer justement 30 secondes chez BFM
15:36et pour dire qu'on était mort,
15:39il valait mieux revenir vivant et pouvoir témoigner.
15:43Et que maintenant, en fait, il y a un autre défi
15:47qui est de continuer la mobilisation,
15:51surtout dans le contexte actuel,
15:52où en fait, la guerre avec l'Iran occulte
15:57ce qui se passe en Palestine
16:02et qu'en fait, les Palestiniens,
16:05ils continuent à s'en prendre plein la gueule.
16:08Et qu'en fait, la mobilisation,
16:10elle a besoin encore de grandir
16:12et de faire que nos gouvernements en Europe,
16:17Macron en premier,
16:18prennent réellement position.
16:19Et puis, on a besoin d'avoir une position.