00:00Alors nos conditions de travail dans ce luxueux bâtiment château classé
00:06sont ceux des EHPAD abus lucratifs qu'on voit pour l'instant dénoncés dans l'ouvrage Les Fossoyeurs
00:14et bientôt dans le reportage choc d'Élise Lucet.
00:18Très souvent sous-effectifs, des contraintes managériales extrêmes
00:23et des contraintes au niveau des restrictions du matériel alimentaire, etc.
00:30Donc au quotidien, très difficile à vivre.
00:41Les dysfonctionnements qu'on rencontre de manière courante, c'est le manque de personnel.
00:47On a beaucoup d'absentéisme.
00:50On est souvent, souvent, souvent contraints de pallier à ces absences.
00:56Donc ceux qui sont là pallient et finissent par physiquement être éprouvés et psychologiquement être éprouvés.
01:02Donc au niveau des résidents, ça se ressemble.
01:05Ça veut dire qu'ils vont avoir une prise en charge qui va être retardée, une prise en charge qui
01:09va être altérée.
01:11Concrètement, ça veut dire qu'un résident qui est censé déjeuner au maximum à 9h30
01:15parce qu'il aura dîné à 18h, donc l'amplitude horaire est énorme,
01:19c'est un résident qui va déjeuner à 11h du matin.
01:22C'est un résident qui va avoir sa toilette très tardivement, très rapidement, très brusquement.
01:29Et c'est une succession de gestes un peu mécaniques qui vont faire que de toute façon,
01:34n'ayant pas le choix et qu'il faut rattraper ce temps et qu'il faut,
01:38on va laisser ce résident sans se soucier de comment s'est passé la nuit pour lui,
01:49comment ça va ce matin, etc.
01:50parce qu'on sera toujours dans la rapidité.
01:53Et ce qui sera important pour nous, c'est de faire le soin et pas forcément se soucier de l
01:58'humain.
01:59Et quand on finit des journées comme ça, on n'est pas bien parce que nous, on ne fait pas
02:04ces métiers pour ça.
02:14Moi, je suis une soignante dans l'âme, je pense.
02:17Je suis une soignante dans mon caractère, dans ma vie, dans mon quotidien.
02:22Donc, c'est un prolongement de ma vie, c'est-à-dire que j'aime prendre soin de l'autre.
02:27Et quand je n'y trouve pas mon compte, je ne suis pas en harmonie avec moi-même.
02:32Et ces dernières années, c'est ce que j'ai ressenti.
02:36Et heureusement qu'on a à l'intérieur de l'établissement des collègues avec qui on trouve des stratégies,
02:41qu'on trouve des contournements et qu'on arrive à faire les choses comme on souhaiterait les faire.
02:45Mais force est de constater qu'on n'est pas aidé et que, bien au contraire,
02:50ces valeurs qu'on porte et qu'on souhaite faire perdurer,
02:53elles se délitent avec un système capitaliste qui ne veut qu'engranger des bénéfices.
03:03Et c'est en contradiction avec le cœur de notre métier.
03:14Des fois, je les vois désespérées.
03:15Je passe, je ramène une résidente que je raccompagne et je vais discuter un petit peu,
03:21deux minutes, cinq minutes avec une famille.
03:23Manque de bol, si ma direction me voit, on va me dire,
03:26Amélie, qu'est-ce que vous faisiez ? Vous n'avez pas à parler aux familles ?
03:28Qu'est-ce que vous leur avez dit ?
03:32C'est horrible.
03:33C'est horrible d'autant...
03:34C'est comme ça, même avec les résidents.
03:35C'est comme ça, même avec les résidents.
03:37Dès qu'on nous voit avec un résident en train de parler, ça y est, c'est...
03:40Qu'est-ce que vous faites ? Qu'est-ce que vous avez dit ?
03:42Même mes collègues, quand ils me trouvent en train de parler à un résident,
03:44ils disent, là, pourquoi tu parles ?
03:46Moi, je me dis, c'est des êtres humains, les résidents, c'est des êtres humains,
03:49c'est pas des objets qu'on a entre les mains.
03:51Donc ça me met vachement en colère.
03:53Et à chaque fois, je suis en train de me prendre la tête avec mes collègues
03:56et mes collègues me disent, mais en fait, on a du taf.
03:59Bah ouais, on a du taf.
04:00C'est notre taf.
04:02Pour moi, on a choisi ce métier.
04:04Et si on l'a choisi, c'est qu'on l'aime.
04:06Et qu'on aime être auprès des personnes qu'on soigne.
04:09Je me suis déjà retrouvée dans des unités seules,
04:11de 7h jusqu'à 13h.
04:13Je dois faire les toilettes, je dois faire les petits déjeuners,
04:16je dois mettre la table, je dois donner les repas.
04:20Et je suis là, je suis en train de faire quand même des douches
04:22et d'essayer de prendre soin d'eux au maximum.
04:25Et on me regarde et on me dit, mais pourquoi tu as fait des douches ?
04:37On a affaire à des employeurs qui vraiment sont au-dessus de tout.
04:41Donc c'est la première fois, ça fait 23 ans que je travaille en maison de retraite
04:46et que je suis amenée à aller négocier dans ce genre de conflit.
04:50Et c'est la première fois que je vois une direction qui est aussi méprisante,
04:53le mot est faible, et qui ne respecte ni la convention collective
04:57et qui, je pense, est au-dessus des lois.
04:59En termes de négociation, je vais plutôt vous parler en termes de négociation,
05:03ce qui a été demandé, c'est des augmentations de salaire,
05:06parce qu'effectivement, elles ont des salaires très bas,
05:08mais là, on nous renvoie au Ségur de la santé,
05:11on nous renvoie à la prime Covid.
05:13Donc à aucun moment, elles ne parlent de son argent à elles,
05:16elles parlent d'argent public.
05:22On est dans un système où on a laissé le privé à but très, très lucratif,
05:27prendre le marché sur nos EHPAD.
05:29Moi, je travaillais en associatif il y a 23 ans
05:31et j'ai été rachetée par un grand groupe
05:33et j'ai senti la différence.
05:35Ça fait plus de 20 ans que ce business est en place
05:37et qu'on le dénonce.
05:38À plusieurs reprises, on est sortis,
05:40on a dénoncé, on a fait des grèves,
05:42on a fait appel à l'ARS,
05:43qui pour moi est complice de ce qui se passe dans nos maisons.
05:47Parce qu'à aucun moment, on n'a reçu de l'aide.
05:48À aucun moment, on n'a reçu de l'aide.
05:50Et aujourd'hui, il y a un livre qui sort.
05:52Tant mieux, tant mieux que ça puisse réveiller les consciences
05:55et que politiquement, ça puisse peut-être changer les choses.
05:58J'espère qu'aujourd'hui, on va prendre des vraies décisions.
06:01Des vraies décisions et qu'on va les inscrire dans le marbre.
06:03Voilà, que ça ne passera pas.