Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 minutes
Presque tous les jours de la semaine, des infirmières et des aides-soignantes du luxueux Ehpad Château de Neuville (Val-d’Oise), se rassemblent devant les grilles de l’établissement et occupent le lieu, manifestant leur mécontentement avec les pratiques de la direction depuis le 3 janvier.

« Nous sommes très souvent en sous-effectif, subissons des contraintes managériales extrêmes, des restrictions de matériel », dénonce Siham Touazi, infirmière depuis 12 ans au Château de Neuville et déléguée CGT, où les résidents sont facturés entre 3 500 et 7 000 euros le mois. Une situation « très difficile à vivre », témoigne-t-elle, et entraînant de « nombreux dysfonctionnements », sur fond de « management toxique ».

« Au quotidien, nous devons pallier ce manque d’effectifs et l'absentéisme qu’il génère, et on finit par être éprouvés physiquement et psychologiquement », développe l’infirmière, pour laquelle ces pratiques sont typiques des « Ehpad à but lucratifs, dénoncés dans l'ouvrage Les Fossoyeurs, et bientôt dans dans le reportage choc d'Elise Lucet ».

Les grévistes alertent sur le fait que derrière, les résidents sont les premiers à faire les frais de sous-effectif constant. Il faut aller plus vite, car le temps est compté et les patients nombreux. « Ça devient une succession de gestes mécaniques, où l’on nous ne laisse pas le temps de nous soucier de l’humain », déplore Siham, avant d’ajouter: « quand on fini des journées comme ça, on se sent mal, parce que l’on pas fait ces métiers pour ça ».

Et lorsqu’un peu trop de temps est consacré aux patients ou à leurs familles, les remarques ne se font pas attendre, assurent certaines d’entre elles. « Si je raccompagne une résidente, et que je discute 5 minutes avec une famille, manque de bol, si ma direction me voit, on va me dire Amélie, «qu'est ce que vous faisiez ? Qu’est-ce que vous leur avez dit ? Vous n’avez pas à parler aux familles’ », affirme la jeune aide-soignante, en poste depuis 6 ans.

Sa collègue Dinah, également présente depuis 6 ans au sein de l’établissement, abonde: « C’est comme ça même avec les résidents. Y compris de la part de collègues… Quand ils me trouvent en train de parler à un résident, on me dit: « Mais pourquoi tu parles? », regrette Dinah, qui ne peut se résoudre à les traiter tels « des objets », et administre des douches à ses patients autant qu’elle peut.

Entre la direction et les grévistes, les rapports sont tendus. Celle-ci dément toutes les accusations des salariés en grève. Dernièrement, la direction a fait circuler une pétition dans l’établissement, à la recherche de signatures d’autres employés contre la grève, obtenues pour certaines « avec contrainte », explique Siham Touazi, dont le mandat syndical est menacé. Malgré tout, les soignantes mobilisés restent déterminées, et, après 39 jours de lutte, comptent bien ne rien lâcher tant qu’elles n’obtiendront pas des gages sur les conditions de travail.

« On a affaire à des employeurs qui se sentent au-dessus d

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Alors nos conditions de travail dans ce luxueux bâtiment château classé
00:06sont ceux des EHPAD abus lucratifs qu'on voit pour l'instant dénoncés dans l'ouvrage Les Fossoyeurs
00:14et bientôt dans le reportage choc d'Élise Lucet.
00:18Très souvent sous-effectifs, des contraintes managériales extrêmes
00:23et des contraintes au niveau des restrictions du matériel alimentaire, etc.
00:30Donc au quotidien, très difficile à vivre.
00:41Les dysfonctionnements qu'on rencontre de manière courante, c'est le manque de personnel.
00:47On a beaucoup d'absentéisme.
00:50On est souvent, souvent, souvent contraints de pallier à ces absences.
00:56Donc ceux qui sont là pallient et finissent par physiquement être éprouvés et psychologiquement être éprouvés.
01:02Donc au niveau des résidents, ça se ressemble.
01:05Ça veut dire qu'ils vont avoir une prise en charge qui va être retardée, une prise en charge qui
01:09va être altérée.
01:11Concrètement, ça veut dire qu'un résident qui est censé déjeuner au maximum à 9h30
01:15parce qu'il aura dîné à 18h, donc l'amplitude horaire est énorme,
01:19c'est un résident qui va déjeuner à 11h du matin.
01:22C'est un résident qui va avoir sa toilette très tardivement, très rapidement, très brusquement.
01:29Et c'est une succession de gestes un peu mécaniques qui vont faire que de toute façon,
01:34n'ayant pas le choix et qu'il faut rattraper ce temps et qu'il faut,
01:38on va laisser ce résident sans se soucier de comment s'est passé la nuit pour lui,
01:49comment ça va ce matin, etc.
01:50parce qu'on sera toujours dans la rapidité.
01:53Et ce qui sera important pour nous, c'est de faire le soin et pas forcément se soucier de l
01:58'humain.
01:59Et quand on finit des journées comme ça, on n'est pas bien parce que nous, on ne fait pas
02:04ces métiers pour ça.
02:14Moi, je suis une soignante dans l'âme, je pense.
02:17Je suis une soignante dans mon caractère, dans ma vie, dans mon quotidien.
02:22Donc, c'est un prolongement de ma vie, c'est-à-dire que j'aime prendre soin de l'autre.
02:27Et quand je n'y trouve pas mon compte, je ne suis pas en harmonie avec moi-même.
02:32Et ces dernières années, c'est ce que j'ai ressenti.
02:36Et heureusement qu'on a à l'intérieur de l'établissement des collègues avec qui on trouve des stratégies,
02:41qu'on trouve des contournements et qu'on arrive à faire les choses comme on souhaiterait les faire.
02:45Mais force est de constater qu'on n'est pas aidé et que, bien au contraire,
02:50ces valeurs qu'on porte et qu'on souhaite faire perdurer,
02:53elles se délitent avec un système capitaliste qui ne veut qu'engranger des bénéfices.
03:03Et c'est en contradiction avec le cœur de notre métier.
03:14Des fois, je les vois désespérées.
03:15Je passe, je ramène une résidente que je raccompagne et je vais discuter un petit peu,
03:21deux minutes, cinq minutes avec une famille.
03:23Manque de bol, si ma direction me voit, on va me dire,
03:26Amélie, qu'est-ce que vous faisiez ? Vous n'avez pas à parler aux familles ?
03:28Qu'est-ce que vous leur avez dit ?
03:32C'est horrible.
03:33C'est horrible d'autant...
03:34C'est comme ça, même avec les résidents.
03:35C'est comme ça, même avec les résidents.
03:37Dès qu'on nous voit avec un résident en train de parler, ça y est, c'est...
03:40Qu'est-ce que vous faites ? Qu'est-ce que vous avez dit ?
03:42Même mes collègues, quand ils me trouvent en train de parler à un résident,
03:44ils disent, là, pourquoi tu parles ?
03:46Moi, je me dis, c'est des êtres humains, les résidents, c'est des êtres humains,
03:49c'est pas des objets qu'on a entre les mains.
03:51Donc ça me met vachement en colère.
03:53Et à chaque fois, je suis en train de me prendre la tête avec mes collègues
03:56et mes collègues me disent, mais en fait, on a du taf.
03:59Bah ouais, on a du taf.
04:00C'est notre taf.
04:02Pour moi, on a choisi ce métier.
04:04Et si on l'a choisi, c'est qu'on l'aime.
04:06Et qu'on aime être auprès des personnes qu'on soigne.
04:09Je me suis déjà retrouvée dans des unités seules,
04:11de 7h jusqu'à 13h.
04:13Je dois faire les toilettes, je dois faire les petits déjeuners,
04:16je dois mettre la table, je dois donner les repas.
04:20Et je suis là, je suis en train de faire quand même des douches
04:22et d'essayer de prendre soin d'eux au maximum.
04:25Et on me regarde et on me dit, mais pourquoi tu as fait des douches ?
04:37On a affaire à des employeurs qui vraiment sont au-dessus de tout.
04:41Donc c'est la première fois, ça fait 23 ans que je travaille en maison de retraite
04:46et que je suis amenée à aller négocier dans ce genre de conflit.
04:50Et c'est la première fois que je vois une direction qui est aussi méprisante,
04:53le mot est faible, et qui ne respecte ni la convention collective
04:57et qui, je pense, est au-dessus des lois.
04:59En termes de négociation, je vais plutôt vous parler en termes de négociation,
05:03ce qui a été demandé, c'est des augmentations de salaire,
05:06parce qu'effectivement, elles ont des salaires très bas,
05:08mais là, on nous renvoie au Ségur de la santé,
05:11on nous renvoie à la prime Covid.
05:13Donc à aucun moment, elles ne parlent de son argent à elles,
05:16elles parlent d'argent public.
05:22On est dans un système où on a laissé le privé à but très, très lucratif,
05:27prendre le marché sur nos EHPAD.
05:29Moi, je travaillais en associatif il y a 23 ans
05:31et j'ai été rachetée par un grand groupe
05:33et j'ai senti la différence.
05:35Ça fait plus de 20 ans que ce business est en place
05:37et qu'on le dénonce.
05:38À plusieurs reprises, on est sortis,
05:40on a dénoncé, on a fait des grèves,
05:42on a fait appel à l'ARS,
05:43qui pour moi est complice de ce qui se passe dans nos maisons.
05:47Parce qu'à aucun moment, on n'a reçu de l'aide.
05:48À aucun moment, on n'a reçu de l'aide.
05:50Et aujourd'hui, il y a un livre qui sort.
05:52Tant mieux, tant mieux que ça puisse réveiller les consciences
05:55et que politiquement, ça puisse peut-être changer les choses.
05:58J'espère qu'aujourd'hui, on va prendre des vraies décisions.
06:01Des vraies décisions et qu'on va les inscrire dans le marbre.
06:03Voilà, que ça ne passera pas.

Recommandations