00:00Ce 8 février 1962, plusieurs dizaines de milliers de salariés, d'étudiants, de citoyens
00:06manifestaient contre l'OAS, cette organisation d'extrême droite
00:10qui avait su capter l'angoisse d'une partie de la population.
00:15Aujourd'hui, cette 60e commémoration de Charonne s'inscrit malheureusement
00:19dans un contexte politique particulier où le poison d'extrême droite est au port du pouvoir.
00:26On a manifesté à partir de la gare de Lyon, on est arrivé à la rue de Charonne,
00:33j'étais vers la tête de la manifestation, on s'est rencontré avec ceux qui arrivaient juste de la place
00:41Voltaire
00:41et c'est là que André Tollet pour la CGT et Bourret pour la CFTC ont annoncé que la manifestation,
00:51comme il était prévu à 19h30 qu'elle soit terminée, il y avait dislocation
00:58et les gens sont partis, commençaient à partir, moi-même aussi en tête
01:02et c'est là que j'ai vu la brigade spéciale avec ses grands bidules partir à l'agression
01:13contre tous les manifestants avec toutes les conséquences que l'on connaît,
01:189 morts et des centaines de blessés.
01:21Quelle a été la riposte du peuple parisien et du peuple français ?
01:24Il y a eu une riposte dès le vendredi, il y a eu 2 millions de grévistes à l'appel
01:30de la CGT,
01:31il y a eu aussi FO qui a appelé le lundi à ça,
01:36mais le grand moment ça a été le jour des obsèques où il y a eu 1 million de personnes
01:43de la République de la Bourse du Travail au Père Lachaise avec une sensibilité extraordinaire de la part de la
01:55population.
01:55Il y a eu 13 millions le mardi, 13 millions de salariés qui ont fait un arrêt de travail le
02:06jour des obsèques.
02:07Et c'est, je pense, nous le pensons, c'est que le général de Gaulle a le lendemain demandé que
02:16les négociations soient vite reprises
02:18et qu'on accélère le rythme des négociations.
02:21En fait, de Gaulle acceptait ce qu'il refusait depuis des mois et des mois et des mois,
02:30acceptait qu'il y ait une véritable indépendance de l'Algérie
02:34et que le peuple algérien avait le droit de s'exprimer ce qu'il a fait.
02:44Ces hommes et ces femmes étaient comme chacun d'entre nous.
02:50Ils avaient une vie, un travail et peut-être des amours.
02:55Ils étaient aussi épris de justice, de liberté. Ils aimaient la paix.
03:01Premièrement, pas oublier la bataille historique des militants CGT contre l'extrême droite et contre le racisme.
03:09Et évidemment, ça a une résonance aujourd'hui puisqu'on voit bien que ces idées ont loin d'être disparues.
03:15que des représentants de l'extrême droite sont aux portes de l'Élysée
03:20et qu'ils véhiculent des propos révisionnistes racistes.
03:24Et donc, plus que jamais, il faut qu'on soit vigilant, mobilisé pour ne pas oublier,
03:29mais surtout pour préparer l'avenir, un avenir sans racisme, un avenir de fraternité.
03:34La deuxième chose, c'est qu'on n'oublie pas les circonstances de ces morts et de ces blessés.
03:40C'est un crime d'État sous l'égide du ministre de l'Intérieur et du préfet de police.
03:47Et la répression anti-manifestation, elle existe toujours.
03:51On l'a vu dans la dernière période.
03:52Et malheureusement, j'allais dire, c'est grave, l'État n'a toujours pas reconnu son crime.
04:00Et on ne saurait se contenter d'un communiqué de cinq lignes de l'Élysée
04:05pour commémorer ses 60 ans du massacre de Sharon.
04:27Neuf martyrs, toutes, tous, adhérents de la CGT.
04:32Huit d'entre eux étaient communistes, trois d'entre eux travaillaient pour l'humanité.
04:38Et ses filiales.
04:40Parmi eux se trouvaient trois femmes.
04:42Et ça, ça ne s'était pas vu depuis la fusillade de Fourmi le 1er mai 1891.
04:50Thérèse Douer, alors secrétaire de l'Union des femmes françaises de Paris,
04:55a témoigné de ce nouveau massacre d'État.
04:59Je la cite.
05:01J'ai vu des policiers choisir des victimes en tournant autour des balustrades.
05:05J'ai même vu l'un d'entre eux casser sa longue matraque sur la tête d'une femme,
05:10puis enfoncer le bout taillé en biseaux dans le crâne d'un homme,
05:14et s'y attarder, le malheureux ne pouvant ni se déplacer, ni se protéger.
05:20D'abord, cette grande manifestation faisait suite à une série d'attentats,
05:26et notamment à cet attentat où Delphine Renard, à mes côtés, a été grièvement blessée.
05:33Et c'est une manifestation qui a rassemblé très largement des forces politiques,
05:41des forces politiques de gauche, des syndicats, le peuple, le monde du travail ému,
05:47et qui voulait dire stop à la guerre, stop au terrorisme,
05:51et pour la paix en Algérie, pour le peuple algérien.
05:54C'était une manifestation unitaire, très large, et qui a été très sévèrement réprimée.
05:58C'est important de se souvenir, d'être là, et de demander avec la Commission Vérité et Justice
06:04que toutes les archives soient ouvertes, et que la responsabilité de l'État soit enfin reconnue.
06:12Le 7 février 1962, j'ai eu la chance de survivre à un attentat de l'OAS dirigé contre André
06:20Malraux.
06:21J'avais 4 ans.
06:23Le lendemain, 9 personnes étaient tuées par la police, ici même, au métro Charonne,
06:32en répression d'une manifestation pour la paix.
06:36Je suis ici aujourd'hui pour rendre hommage à tous ces manifestants
06:41qui ont eu le courage de se révolter pacifiquement,
06:45et qui n'ont pu supporter que la violence aveugle de l'OAS défigure une enfant.
06:51Je les considère comme des justes.
06:54Que leur mémoire soit bénie.
06:5960 ans plus tard, le sujet est toujours posé,
07:04à la fois de la transmission de l'histoire,
07:06parce que les jeunes ne connaissent pas cette histoire réellement,
07:09et c'est une histoire extrêmement importante pour la France et pour l'Algérie,
07:14mais aussi pour ce lien entre nous tous et nous toutes,
07:19qui sommes issus de ces histoires entre les peuples.
07:22Et ça montre aussi que c'est un pays où il y avait beaucoup d'Algériens
07:27qui étaient venus pour travailler, tout simplement,
07:31et qui ont connu cette guerre sur notre territoire,
07:35et pas seulement en Algérie.
07:38Et nous, ça nous révoltait, on était jeunes, on était révoltés,
07:41on voulait la justice pour tous les peuples,
07:43et donc aussi pour le peuple algérien.
07:46Donc à 14 ans, c'était pour la paix en Algérie,
07:49c'était pour l'amitié entre les peuples,
07:50et c'était contre le fascisme,
07:52c'est-à-dire contre les actions terroristes de l'OAS.
07:55Contre les actions terroristes, il y en avait plein.
07:57À ce moment-là, il y avait beaucoup d'attentats,
08:01ici et en Algérie,
08:04et évidemment, pour empêcher finalement le lien entre les peuples.
08:10Et donc c'était terrible.
08:11Et en même temps, je crois que nous, on était,
08:14et moi j'étais très sensible à la question du racisme.
08:18De par mon origine juive, le racisme touchait.
08:22Et donc je ne voulais pas que d'autres soient victimes.
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