00:00Bonjour à toutes et à tous, nous sommes avec l'association des Amis de la Commune
00:03pour commémorer le 150e anniversaire de la Commune de Paris.
00:06Une révolution très courte, puisqu'elle a duré 72 jours,
00:09mais une révolution très importante qui a marqué l'histoire de France
00:12et l'histoire du mouvement ouvrier international.
00:14On doit à la Commune de Paris l'école gratuite et obligatoire pour tous et laïque.
00:18On doit aussi à la Commune de Paris, enfin elle instaure très rapidement,
00:21la séparation de l'Église et de l'État.
00:23Elle réquisitionne les logements vacants pour les sans-abri,
00:25elle réquisitionne les ateliers de production,
00:27elle reconnaît la citoyenneté pour les étrangers.
00:29La Commune de Paris organise des premières ébauches de droits du travail,
00:32puisqu'il y a les premiers pas pour l'encadrement du travail de nuit,
00:36les premiers pas pour une échelle des salaires, un salaire minimum et un salaire maximum,
00:39et les premiers pas pour l'égalité salariale entre les femmes et les hommes.
00:43D'ailleurs, les femmes prennent une place prépondérante dans la Commune de Paris,
00:46qui fait de cette révolution une étape majeure dans l'histoire du mouvement féministe.
00:49Mais la Commune de Paris va être écrasée, massacrée dans le sang,
00:51par les trous versaillaises et Adolphe Thiers.
00:53C'est la semaine sanglante.
00:54Entre 17 000 et 30 000 Parisiens sont abattus dans les rues de la ville.
00:59importants de l'histoire de la ville de Paris.
01:01Malgré tout le travail des anticommunards et des adversaires de la Commune de Paris
01:04pour effacer jusqu'à son souvenir,
01:06il existe toujours un souvenir très vivace de la Commune de Paris
01:09et le mot refleurit régulièrement dans les mouvements sociaux.
01:12Avec les amis de la Commune de Paris,
01:13aujourd'hui, nous allons déambuler dans les rues de Paris,
01:16sur les lieux même de la Commune de Paris,
01:18pour nous rappeler le souvenir et l'œuvre majeure de la Commune de Paris.
01:21Vous êtes les bienvenus, suivez-nous.
01:23La place de la Bastille, c'est un lieu emblématique depuis 1789
01:27où on y est venu en 1830, en 1832, en 1848 et à nouveau en 1871.
01:35C'est presque un réflexe de venir à la Bastille pour ce que ça représente.
01:40Dès le 18 mars 1771, alors que les troupes gouvernementales,
01:44les troupes de Thiers veulent récupérer les canons qui se trouvent place des Vosges,
01:48viennent pour occuper la place,
01:50il y avait déjà eu des tentatives dans les semaines précédentes.
01:54Et donc, à ce moment-là,
01:56on a déjà entendu parler de ce qui se passait à Montmartre.
01:59Et donc, le quartier, ce barricade,
02:01on a de superbes photos d'une barricade à l'entrée là-bas de la rue de la Roquette.
02:08Elle est datée du 18 mars, on est sûr que c'est une barricade du 18 mars.
02:12Et donc, le quartier se met en état de défense, en quelque sorte.
02:26Nous nous trouvons devant le 17 rue Saint-Antoine,
02:28ici même où se tenait une barricade munie de canons défendant la Bastille.
02:32Elle résistera pendant deux jours.
02:34C'est ici que la révolutionnaire Anne-Joseph Terwagne, dite de Méricourt,
02:38a vécu en 1789.
02:40Son engagement pour l'émancipation des femmes en pleine Révolution française
02:44fait ici écho à celui des femmes de la Commune
02:47qui se sont donnés corps et âme pour défendre Paris et l'idéal socialiste.
02:51Elles n'ont pas de poste de responsabilité,
02:53elles prennent directement les places qui leur est due.
02:55C'est-à-dire qu'elles s'engagent dans la vie démocratique de la Commune.
03:00Et donc, elles ne sont pas élues, elles n'ont pas le droit de vote.
03:03Mais à la rigueur, excusez-moi l'expression, elles s'en fichent.
03:06Eux, ce qu'elles veulent, c'est changer leur vie.
03:08Et donc, pour pouvoir changer leur vie, c'est participer directement à cette grande aventure.
03:12Ça a été un temps très important, puisque ça a donné par la suite
03:17un élan pour les autres femmes, pour pouvoir revendiquer le droit de vote, par exemple.
03:22Et que les acquis, les conquis, qui n'ont pas forcément resté très longtemps,
03:29ont quand même servi à encourager les femmes de notre génération
03:33à rentrer dans la lutte et revendiquer des droits.
03:39Nous sommes à l'entrée de la rue des Tournelles.
03:41Au bout de cette rue se trouve la rue du Pas-de-la-Mule,
03:44où le 26 mai 1871, un régiment de ligne Versaillais a perdu 135 hommes et un colonel.
03:51C'est l'une des victoires militaires de la Commune, si on veut.
03:55Victoire temporaire, mais victoire quand même.
04:02Réuni devant la maison de Victor Hugo, il loi l'appartement au deuxième étage de 1832 à 1848.
04:09En 1876, Hugo mettra son talent d'écrivain en proposant une loi relative à l'amnistie.
04:15Il pensait que c'était injuste d'avoir fusillé ou massacré des populations
04:20qui voulaient la République sociale et la République universelle.
04:25Et c'est ce que les communards voulaient faire.
04:28Donc peut-être qu'il a réagi un peu tard parce qu'il a mis cinq ans à répondre.
04:33Hugo est Louise Michel.
04:35Elle fait partie de la frange des communards la plus révolutionnaire.
04:38La presse bourgeoise la nomme la Louvre Rouge.
04:42Elle sait faire le coup de feu et participe activement à l'affaire des canons de la Garde nationale
04:47sur l'habitement Marthe, entraînant avec elle les femmes de Paris.
04:51Toute jeune, Louise écrit à Victor Hugo.
04:54Monsieur, il faut que je vous écrive pour souffrir moins.
04:57Et le poète lui répond, leurs échanges épistolaires dureront près de 30 ans.
05:06Nous sommes devant l'église Saint-Paul-Saint-Louis
05:08qui, pendant la commune, a été transformée en club révolutionnaire.
05:12Et à la fin de la commune, pendant la semaine sanglante,
05:15un bataillon d'adolescents qui s'appelait les enfants du père Duchesne
05:20ont campé dans cette église avant de partir au combat
05:24où ils ont été largement décimés.
05:28Mais avant de partir, ils ont écrit un graffiti sur la deuxième colonne de droite
05:33sur lequel est marqué la République française ou la mort.
05:36Et aujourd'hui, sur le site de l'église, on dit
05:38« Il doit être content, il a eu les deux ».
05:47Le peuple a voté massivement pour la commune dans le quatrième arrondissement
05:51qui est un arrondissement très populaire et à l'époque tragiquement pauvre.
05:55Et j'ai mis une représentation aussi populaire.
05:57Ce que Paris, comme la plupart des grandes villes en France,
06:01était sous le second empire, souvent dans l'opposition.
06:04Dans le cas de Paris, c'était une opposition républicaine.
06:06Mais une républicaine plutôt plus modérée,
06:08qui était plutôt des intellectuels pour la plupart,
06:11donc des avocats, des médecins, des juges, etc.
06:17Mais qui était républicain.
06:18C'est la commune qui a permis vraiment au peuple d'accéder au pouvoir.
06:22Il n'y avait pas de parti politique.
06:24Donc c'était vraiment des élections locales
06:27qui étaient désignées des gens qui étaient des militants connus,
06:32pas tous des militants de l'international,
06:34mais enfin qui étaient des militants connus, des ouvriers connus,
06:36appréciés et aussi républicains au bout du compte.
06:39Ils étaient pour une république, une république sociale.
06:41Une république qu'on qualifierait de plutôt révolutionnaire.
06:44Toute la question de la démocratie est posée par la commune
06:48en des termes, pas de représentation,
06:51mais en des termes d'action directe, en quelque sorte.
06:53Dans le sens de représentation directe,
06:54et d'un lien direct avec le peuple,
06:57avec ses organisations et avec le mouvement en général.
07:01C'est assez exceptionnel quand même.
07:03Il va falloir attendre le XXe siècle
07:06pour qu'il y ait des représentations du peuple
07:10aussi marquées, aussi symboliques.
07:17Nous sommes maintenant devant la caserne Lobo,
07:20qui fut l'un des principaux lieux des exécutions sommaires
07:22pendant la semaine sanglante.
07:24Il y avait énormément d'abattoirs dans Paris.
07:26C'était quoi un abattoir ?
07:27C'était un endroit où on venait fusiller
07:29ceux qui avaient été condamnés par une cour martiale,
07:32ou une cour prévotale,
07:33où, comme je l'ai dit,
07:35ils étaient jugés par groupes de 20, de 30,
07:37en un quart d'heure,
07:38et on les amenait se faire tuer ici.
07:47La semaine sanglante, c'est l'armée versaillaise
07:50qui rentre dans Paris.
07:51Cette armée française a perdu devant la Prusse.
07:54Elle a un grand désir de revanche,
07:56et cette revanche va se produire contre le peuple de Paris.
07:58Et elle va être aidée en cela par l'armée prussienne,
08:01puisqu'on va avoir une alliance de l'armée française
08:04et de l'armée prussienne contre le peuple de Paris,
08:07qui a osé se gouverner lui-même pendant 72 jours.
08:10Et là, ce sera véritablement un massacre effroyable,
08:13entre 20 et 30 000 morts.
08:14C'est-à-dire qu'on a eu affaire à une espèce d'ethnocide de classe.
08:19On a tenté d'éradiquer une classe sociale.
08:25Nous nous trouvons maintenant devant l'hôtel de ville de Paris.
08:28Lorsque l'insurrection éclate le 18 mars à Montmartre,
08:31et que le comité central de la garde nationale
08:34décide de l'étendre à toute la capitale,
08:36l'objectif ultime,
08:38c'est bien la prise de l'hôtel de ville.
08:40Dans les grandes décisions de la commune,
08:41il y en a énormément.
08:43C'est toute une série de décisions
08:45qui vont dans le sens social,
08:46parce que la commune de Paris se revendique
08:49d'être une république sociale.
08:50Ce sont le droit au travail,
08:53par la réquisition des ateliers qui ne fonctionnaient plus.
08:56Il ne s'agit pas seulement d'une réquisition,
08:58mais aussi de les donner
09:00sous forme d'associations coopératives
09:02aux associations ouvrières.
09:05C'est aussi le droit du travail
09:07que la commune invente,
09:08puisque l'on voit les premiers deux décrets sociaux,
09:14des minimums de salaire,
09:16les heures de travail qui sont limitées,
09:19les règlements du travail,
09:21et au-delà même,
09:22on voit avancer
09:25ce qu'on pourrait appeler,
09:27mais il faut éviter peut-être les anachronismes,
09:29des formes d'autogestion,
09:30puisque l'on voit,
09:31dans certaines entreprises,
09:34les ouvriers élirent leur chef d'atelier,
09:37élirent le directeur même,
09:39par exemple, des ateliers du Louvre,
09:41pas loin d'ici,
09:42où l'on fabriquait les munitions.
09:43Et puis, à côté de cette œuvre sociale,
09:46il y a une œuvre humaniste
09:47qui est extrêmement importante aussi pour les communards,
09:50par exemple,
09:51que l'on ait brûlé la guillotine
09:53devant la mairie du 11e arrondissement.
09:55C'est le fait que l'on ait voulu donner
09:59aux enfants naturels et légitimes
10:03les mêmes droits qu'aux enfants naturels.
10:06C'est aussi toute l'action de la commune
10:08dans le domaine de la culture
10:11qui est extrêmement importante
10:13et qui prend aussi sens de cette œuvre humaniste
10:17qui est aussi au cœur de la commune.
10:19Et enfin, c'est toute une œuvre démocratique
10:21avec l'idée que ces communards
10:24qui sont élus au Conseil communal de Paris
10:30sont les mandataires du peuple,
10:34sont révocables à tout moment par le peuple.
10:43Ainsi s'achève notre balade parisienne
10:45sur les traces de la commune de Paris.
10:47Mais les célébrations pour les 150 ans
10:49de la commune de Paris sont loin d'être terminées.
10:50Très bientôt, vous pourrez retrouver
10:52en kiosque un hors-série spécial de l'humanité
10:54consacré à la commune de Paris,
10:55son histoire, les communardes et les communards.
10:58Et vous trouverez aussi sur notre site internet
11:00un partenariat avec l'écrivaine Michel Audin
11:03qui, tous les jours, va raconter la commune de Paris
11:05au jour le jour, chaque jour,
11:07ce qui s'est passé il y a 150 ans.
11:09Et enfin, il y a un autre partenariat
11:10avec le dessinateur du Gudus
11:11qui, tous les jours, pendant 73 jours,
11:14va faire le portrait, dessiner le portrait
11:16d'une communarde ou d'un communard
11:17et nous ferons sa biographie.
11:18A très vite et vive la commune !
11:20Sous-titrage Société Radio-Canada
11:28Sous-titrage Société Radio-Canada
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