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La Semaine sanglante s’est déroulée du 21 au 28 mai 1871. C’est l'épisode final de la Commune de Paris, où elle est écrasée par les troupes Versaillaises et ses membres exécutés en masse.

Michèle Audin, mathématicienne et écrivaine, nous emmène sur les traces de la Semaine sanglante dans le 6e arrondissement.
Du carrefour de la Croix rouge où les batailles de rue font rage, à la maison du célèbre communard Eugène Varlin, rue Dauphine, en passant par Saint-Sulpice pour évoquer les massacres aveugles, le Sénat et les jardins du Luxembourg et leur tribunal expéditif, et enfin à Odéon où se trouvait le restaurant coopératif la Marmite, c’est une visite guidée sur les traces de notre histoire.

Michèle Audin livre une passionnante chronique, au jour le jour, de la Commune de Paris, sur son blog et sur le site Humanite.fr.

Après « Comme une rivière bleue », en 2017, elle publie cette année un nouveau roman lié à cette période avec Josée Meunier, 19, rue des Juifs (Gallimard).
Son livre  la Semaine sanglante : mai 1871, légendes et comptes vient également de paraître chez Libertalia. Il s’agit d’un travail historique visant à recompter les morts de la Semaine sanglante, nombre sur lequel les estimations divergent. Elle a de plus regroupé dans « Eugène Varlin, ouvrier relieur, 1839-1871 » (Libertalia, 2019), les écrits du célèbre communard et publié les lettres de l’ambulancière Alix Payen dans « C’est la nuit surtout que le combat devient furieux : une ambulancière dans la Commune, 1871 » (Libertalia, 2020).

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Transcription
00:00Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur l'humanité.fr.
00:02Nous sommes aujourd'hui avec Michel Audin pour parler des 150 ans de la Commune de Paris,
00:06révolution populaire, démocratique et sociale qui a eu lieu en 1871,
00:09et aussi pour parler de la semaine sanglante, puisque malheureusement,
00:12la Commune de Paris a été écrasée dans le sang par les troupes versaillaises.
00:15Aujourd'hui, partout dans Paris, il reste des traces et on peut se souvenir,
00:19marcher sur les lieux de mémoire de la Commune de Paris de la semaine sanglante.
00:22C'est ce qu'on va faire aujourd'hui.
00:23Et du coup, on va vous suivre pour cette balade. Par où est-ce qu'on va passer ?
00:26Alors on va commencer au carrefour de la Croix-Rouge,
00:29qui a été la première phase, disons, de la semaine sanglante, qui est la guerre des rues.
00:32Donc c'est un lieu où il y a eu des barricades.
00:34Après, on ira à Saint-Sulpice, où il y a eu un massacre dans une ambulance.
00:39Donc ça, c'est la deuxième période de la répression, après la guerre des rues, les massacres.
00:44Et puis ensuite, on va passer devant le Sénat et longer le jardin de Luxembourg,
00:47puisque là, c'est tenu une cour martiale pendant la semaine sanglante.
00:51Le tribunal qui a jugé, surtout condamné, et fait exécuter sommairement de nombreux Parisiens.
00:56Et puis après, on ira sur les lieux de Jeanne-Varlin, là où était le restaurant opératif La Marmite,
01:02là où Jeanne-Varlin habitait, rue Dauphine, et tout ça dans le 6e arrondissement.
01:07Et bien c'est parti, on y va, on vous suit.
01:12Michel Audin a choisi le 6e arrondissement.
01:14Pourquoi le 6e arrondissement ?
01:16Et qu'est-ce qui s'est passé précisément ici, donc au carrefour de la Croix-Rouge ?
01:19On n'est pas très loin de la gare Montparnasse.
01:21Et il se trouve que quand l'armée versaillaise est entrée dans Paris,
01:24elle est entrée par la porte de Saint-Cloud, donc au sud-ouest de Paris.
01:27Et prenant le 15e et le 16e arrondissement, elle a assez vite gagné la gare Montparnasse.
01:32Et ici, c'est un lieu pour défendre le reste de Paris, de la gare Montparnasse.
01:37Donc il y a eu tout un réseau de barricades dans ce quartier,
01:39notamment rue de Rennes, rue du Four et rue du Vieux-Colombier.
01:42Là, on est au coin de la rue du Vieux-Colombier.
01:44Et puis, sur toute cette place, qui est le carrefour de la Croix-Rouge,
01:48ça a été une bataille assez violente.
01:50On a des photos qui montrent les ruines, les immeubles qui sont ici,
01:54après les tirs d'obus versaillais.
01:56Donc ça a été défendu avec beaucoup d'énergie par les communards du quartier,
02:02et notamment Jeanne Varlin, qui était un élu du 6e arrondissement,
02:05et dont probablement on aura l'occasion de reparler.
02:07On va reparler de Jeanne Varlin très vite, donc dans le 6e arrondissement.
02:10C'était la première étape de cette balade, on continue.
02:12On vous suit du coup, Michel.
02:23On est arrivé devant le séminaire de Saint-Sulpice.
02:25Ce n'est pas écrit sur la borne derrière vous, Michel,
02:27mais qu'est-ce qui s'est passé ici pendant la commune de Paris ?
02:29Alors, le centre des finances, là, aujourd'hui, c'était le séminaire.
02:33Donc il y avait une ambulance, c'est-à-dire une sorte d'hôpital militaire provisoire,
02:37qui était dans le Luxembourg.
02:39Le 23 mai, pendant qu'il y avait les combats dans le quartier,
02:44on a déplacé cette ambulance et on l'a installée ici, dans le séminaire.
02:50Donc il y avait, je pense, environ 400 blessés ou malades.
02:54Il y avait des blessés, même de l'époque, qui avaient été blessés pendant la gare franco-prussienne,
03:00qui était encore hospitalisée là.
03:01Les Versaillais sont arrivés et ils ont quelqu'un, alors il y a sans doute quelqu'un dans le quartier
03:07ou sur la place qui a cru, qui n'a pas compris que c'était une ambulance qui s'était
03:13installée là,
03:14ou alors quelqu'un qui a simplement voulu dénoncer pour le plaisir, comme on faisait à l'époque.
03:18Les soldats sont arrivés et puis l'officier est rentré et s'est trouvé face à un jeune médecin
03:24qui s'appelait le docteur Fano, qui n'était absolument pas partisan de la commune, mais qui était médecin,
03:30et qui a dit « non, non, ici c'est une ambulance ».
03:33Et le gars a dit « non, non, on a tiré des coups de feu ici » et puis il
03:38l'a tué.
03:39Il a abattu le médecin comme ça.
03:41Les militaires sont entrés dans l'ambulance et puis ils ont commencé à tuer les blessés, les malades,
03:47qui étaient couchés dans cette ambulance.
03:49D'après les témoins de l'époque qui ont parlé avec le journaliste Camille Pelletan qui écrivait le livre sur
03:55la semaine de mai,
03:55il y a eu 75 à 80 personnes malades, blessées, qui ont été tuées dans cette ambulance, assassinées dans cette
04:01ambulance.
04:01Donc là on est dans un massacre de guerre, on est au-delà de l'idée de reconquérir Paris pour
04:05les Versaillais
04:06ou de faire tomber le pouvoir politique de la commune, on est dans le massacre pour les Durs.
04:09Pourquoi est-ce qu'il y a cette volonté de la part des trous versaillaises de massacrer les communards ?
04:14Alors en effet ça se passe en deux temps.
04:15Il y a d'abord la guerre des rues, on conquiert le quartier.
04:18Une fois que le quartier est conquis, on se met à massacrer d'une façon ou d'une autre.
04:22Bon là j'ai raconté cette façon-là parce qu'on n'en parle pas beaucoup.
04:24Comme Thierre l'a dit, le sol de Paris est jonché de leurs cadavres, j'espère que cela leur servira
04:30de leçon.
04:31Donc il s'agissait de donner une leçon et de massacrer pour faire peur, il s'agissait de faire peur.
04:41Donc cette balade nous amène devant le Sénat.
04:43Michel, qu'est-ce qui s'est passé au Sénat pendant la commune de Paris, pendant la semaine sanglante en
04:48particulier ?
04:48C'était le palais du Luxembourg et ça a été utilisé comme cours martial.
04:52Donc une cours martial, c'était une institution complètement illégale et qui a fonctionné.
04:57En fait il y en a beaucoup qui ont fonctionné partout dans Paris, dans les gares, au Châtelet notamment,
05:03près de la gare Montparnasse au boulevard Vaugirard.
05:05Il y en a une qui est particulièrement célèbre, qui est la cour martiale du Luxembourg,
05:09qui se tenait donc dans le Sénat.
05:13On est dans la deuxième partie de la semaine sanglante, c'est-à-dire les Versaillais ont conquis le quartier
05:18et maintenant ils vont arrêter les gens.
05:21On arrête n'importe qui, parce qu'ils ont des pantalons avec des bandes rouges de la garde nationale,
05:27parce qu'ils ont des chaussures de la garde nationale.
05:29On les amène ici et là il y a un juge, c'est un militaire.
05:36Donc il y a deux possibilités, soit vous êtes déclaré coupable et on vous exécute tout de suite,
05:41soit vous êtes déclaré, on ne sait pas, et on vous emmène prisonnier à Versailles.
05:45On a peu de renseignements sur ces cours martiales,
05:47parce que par définition il y a beaucoup de gens qui se sont passés qui n'ont pas pu le
05:50raconter
05:51parce qu'ils ont été tués tout de suite, ou alors parce qu'ils sont partis à Versailles
05:55et ils ne savaient pas vraiment ce qui se passait forcément, puisqu'ils n'ont pas vu les exécutions.
05:58À la cour martiale de Luxembourg, il s'est passé qu'il y a eu un des prisonniers envoyés à
06:04Versailles,
06:04qui était Ulysse Parent, qui lui a écrit ce qu'il avait vu et raconté ce qu'il avait vu.
06:11Et surtout, il y a le journaliste Maxime Villaume, qui travaillait au journal Le Père Duchesne,
06:16à qui il est arrivé la chose extraordinaire, je pense qu'il est à peu près le seul à qui
06:19ça s'est arrivé.
06:22Il est entré à la cour martiale et il en est ressorti.
06:26Et donc il a pu raconter, témoigner ce qu'il avait vu.
06:28En plus, comme il était journaliste, il s'est renseigné sur la façon dont les exécutions auxquelles il avait échappé
06:35avaient lieu.
06:36On a ça dans son livre « Mes cahiers rouges » dont je recommande particulièrement la lecture au lecteur de
06:42l'humain.
06:42Vous voulez rentrer dans les jardins du palais du Luxembourg au Sénat, mais c'est fermé,
06:45puisqu'aujourd'hui, il y a une cérémonie officielle qui empêche l'accès au public.
06:50On va quand même continuer de parler de ce qui s'est passé dans le Sénat en se rapprochant un
06:53petit peu des grilles.
06:53Oui, parce que les exécutions avaient lieu dans le jardin.
07:02Il faut savoir que pendant la commune de Paris, il y a eu des exécutions sommaires,
07:05avec des procès expéditifs et des communards qui ont été fusillés ici.
07:09Oui, alors ils ont été fusillés. Malheureusement, on ne peut pas y aller, donc pas exactement ici.
07:14Donc on les sortait du palais du Luxembourg, qui est là, et on les amenait jusqu'au bord du bassin.
07:19Et là, on les exécutait.
07:20Donc il y a une célèbre gravure qui a été publiée par un journal anglais,
07:25parce qu'à Paris, qui représente ces exécutions,
07:27et qui est en partie reproduite sur une plaque qui a été posée à cet endroit-là.
07:33Il y a eu pas mal de gens qui ont été exécutés là. On ne sait pas combien.
07:36Parce qu'après les combats de la semaine sanglante, les massacres continuent.
07:39Alors même que la commune est vaincue, il y a des communards qui sont exécutés.
07:43Ensuite, il y en a qui sont envoyés au bagne, donc c'est ce que vous avez évoqué tout à
07:45l'heure.
07:45Ils sont envoyés à Versailles, et après, il y aura des procès, des conseils de guerre
07:50qui vont les envoyer en effet au bagne ou en prison.
07:53Vous l'avez dit, l'idée, c'est de faire passer le goût de la révolution, si on peut dire.
07:57C'est de faire peur, oui.
07:59Au sujet des victimes, il y a différents historiens qui font des estimations de victimes différentes,
08:04de 6500 à 30 000.
08:06Vous avez publié un livre cette année qui s'appelle « La semaine sanglante, légendes et comptes »
08:10où vous proposez un nouveau décompte du nombre de victimes.
08:14Vous avez consulté des archives que personne d'autre n'avait consultées.
08:17Pour quelles raisons vous avez voulu faire ce décompte ?
08:20Vous écrivez, je crois, que l'idée, ce n'est pas de se jeter des morts à la figure,
08:23mais de ne pas oublier une deuxième fois les victimes de la répression versaillaise.
08:27Je ne sais pas pourquoi, mais il y a eu très peu d'études sur la semaine sanglante.
08:31En effet, il y a beaucoup de victimes qui sont des disparus.
08:34Les disparus, c'est des gens qui n'ont pas d'acte de décès.
08:36C'est un peu triste de les laisser disparaître, encore une fois.
08:39Le problème, c'est qu'il n'y a pas eu de travaux sur la semaine sanglante, pas du tout.
08:42Il y a eu deux livres qui sont parus en 1879 et 1880.
08:46Celui de Maxime Ducamp qui prétendait qu'il y avait exactement 6667 personnes,
08:51pas une de plus, qui avaient été tuées.
08:55Et puis, un livre de Camille Pelletan, qui est un journaliste radical.
09:00Le livre s'appelle « La semaine de mai ».
09:02C'est un livre totalement remarquable.
09:04Il fait une enquête extrêmement précise.
09:05En 1880, il y avait encore des gens avec qui on pouvait parler, des témoins.
09:09D'ailleurs, ce livre a contribué à faire en sorte que les députés votent l'amnistie des communards
09:14et que les communards qui étaient soit déportés, soit proscrits, puissent rentrer à Paris.
09:19Et en fait, ce livre n'a pas été...
09:21Il a été réédité en 1889, donc juste après.
09:24Et puis, il n'a pas été réédité depuis.
09:26Et il n'y a pas eu de travaux depuis.
09:29Jusqu'à dans les années 2010, où il y a un historien britannique
09:32qui a repris les méthodes et les chiffres de Ducan
09:38et qui a donc réduit ces chiffres avec une argumentation parfois un peu étrange.
09:43Bon, moi, j'ai voulu en avoir le cœur net.
09:45Alors, c'est beaucoup plus difficile maintenant que ça l'aurait été à l'époque.
09:48C'est disparu.
09:48Ils sont disparus, mais leur corps aussi ont disparu.
09:51Donc, on a ce qu'on voit dans les registres des cimetières,
09:55qui est très variable selon les cimetières.
09:57C'est-à-dire, la fiabilité est très variable selon les cimetières.
10:01Bon, il y a des archives des pompes funèbres sur lesquelles on est tombé
10:05et dont personne n'avait consulté, c'est clairement.
10:08Donc, oui, je trouvais utile d'écrire ce livre.
10:11Parce que, bon, respect, quoi.
10:14Ces gens-là, c'est la première fois qu'ils prennent la parole,
10:17qu'on les laisse, qu'ils peuvent s'exprimer pendant à peine 72 jours.
10:22On ne les laisse pas disparaître comme ça.
10:24Vous estimez qu'il y a très certainement, au minimum,
10:26donc 15 000 ou 15 000 victimes.
10:30Vous avez découvert, en fait, qu'il y a des victimes
10:32qui n'ont pas été comptées du tout,
10:34qui auraient pu l'être même à l'époque, en fait.
10:35Bon, les registres d'inhumation des cimetières, c'est compliqué à utiliser.
10:38Parce que, normalement, ce que font les cimetières,
10:41c'est qu'il y a un mort qui arrive, il arrive dans un cercueil
10:43avec un acte de décès, avec des choses officielles.
10:47On l'inscrit dans le registre, on dit quand on l'a inhumé
10:50et on dit où on l'a inhumé, surtout parce qu'il faut pouvoir le retrouver.
10:52Les employés des cimetières se trouvent avec des situations impossibles
10:56où on leur amène 500 inconnus d'un coup,
10:59500 corps d'inconnus d'un coup.
11:00Qu'est-ce qu'ils font ?
11:01Suivant les cimetières, l'employé écrit qu'on a mis 500 inconnus
11:06à tel endroit ou écrit rien.
11:08Donc, du coup, sur les cimetières, déjà, les registres des cimetières,
11:11ça ne suffit pas.
11:11Et puis, en plus, il y a des tas de registres qui ont été perdus.
11:14Il y a des endroits où on n'a rien écrit du tout.
11:15Par exemple, là, ici, je suis allée au cimetière d'ici,
11:19mais bon, c'était un des endroits où il y avait eu le plus de combats
11:24juste avant la semaine sanglante.
11:25Donc, évidemment, il n'y avait pas de registre d'inhumation.
11:28Donc, on a amené des milliers de morts,
11:32enfin, en tout cas, des morts par centaines
11:34et on ne saura jamais combien.
11:36Ce que je peux dire, c'est qu'il y a 10 000 morts sûres
11:39enterrées dans les cimetières parisiens
11:41et puis, des tas d'autres dont je ne sais rien.
11:44Je pense que l'estimation qu'avait fait Camille Pelleton
11:46de 30 000 morts est tout à fait sérieuse.
11:50Mais bon, après, je n'ai pas de moyens d'argumenter mieux que ça.
11:54Et je pense que ce n'est pas un service à rendre à l'histoire de la commune
11:57que de colporter des idées fausses
12:00genre 100 000 morts ou des choses comme ça.
12:02On va continuer cette balade sur les traces de Gênes-Varlan,
12:04je crois, cette fois-ci, puisqu'on va rue Dauphine, c'est ça ?
12:11Nous sommes toujours dans le 6e arrondissement,
12:13l'arrondissement de Gênes-Varlan,
12:14à qui vous avez consacré un livre, vous avez compilé ses écrits.
12:17Pourquoi vous avez choisi le 6e arrondissement
12:18qui est celui de Varlin ?
12:19Et qu'est-ce qui vous intéresse dans la figure de Varlin ?
12:21Alors, le 6e arrondissement, c'était un arrondissement
12:25à l'époque déjà assez bourgeois,
12:28mais dans lequel il y avait quand même beaucoup d'activités,
12:32d'édition, d'impression et de relure.
12:36Donc, il y avait de nombreux ateliers de relure
12:39et Gênes-Varlan, qui était ouvrier relieur,
12:41a travaillé beaucoup dans des ateliers du 6e arrondissement
12:44et après, il travaillait chez lui aussi dans le 6e, rue Dauphine,
12:48où je pense qu'on va aller tout à l'heure.
12:50Il était ouvrier relieur, il avait été apprenti comme relieur,
12:53mais il avait aussi appris beaucoup de choses par des cours du soir.
12:56C'est devenu un militant ouvrier assez actif
13:00dans les années 1864-1865,
13:03notamment après la fondation à Londres en octobre 64
13:09de l'Association internationale des travailleurs,
13:13dont il a vite été un des éléments importants et moteurs,
13:19surtout à Paris.
13:21Voilà, donc le 6e, c'était vraiment le quartier des relieurs.
13:25En particulier, ils se réunissaient,
13:28ils avaient une association de secours mutuels
13:30qui se réunissait rue d'école de médecine
13:34dans un marchand de vin,
13:36comme on disait à l'époque,
13:37chez un marchand de vin.
13:38Et puis, plus tard, Gênes-Varlan,
13:40avec des collègues à lui,
13:41relieurs ou pas relieurs,
13:43et notamment avec Nathalie Lemel,
13:44qui était relieuse elle aussi,
13:46à fonder un restaurant coopératif
13:49qui s'appelait La Marmite
13:50et qui était dans une rue qui a été détruite depuis,
13:53mais qui était exactement ici.
13:55Donc nous sommes au métro Odéon,
13:57près de la statue de Danton, là.
13:59Voilà, donc c'est à cet endroit-là
14:01que se tenait le restaurant La Marmite
14:04dans une rue qui s'appelait La Rue Larée.
14:06On pouvait se rencontrer sans qu'ait trop de mouchards,
14:09lire les journaux, etc.
14:11Donc ça, c'était dans le 6e arrondissement à l'époque.
14:14Et Gênes-Varlan, qui a été élu par trois arrondissements
14:18à la Commune de Paris en 1871,
14:20a choisi le 6e, qui était son arrondissement,
14:23a choisi de représenter le 6e arrondissement.
14:26C'est pour ça aussi qu'on l'a vu se battre
14:28au carrefour de la Croix-Rouge,
14:30le 23 mai, au début de la semaine sanglante.
14:33C'était son arrondissement.
14:41Alors on est ici, juste à côté d'où habitait Gênes-Varlan.
14:44Juste on traverse le porche, on arrive devant un immeuble
14:47où il y a un restaurant qui s'appelle Le Laurent, je crois,
14:49Café Laurent, et où il y avait Boris Vian,
14:51qui jouait du jazz autrefois,
14:52mais au-dessus habitait Gênes-Varlan.
14:54Enfin, pas en même temps.
14:55Pas en même temps, pas à l'époque.
14:56Qu'est-ce que vous souhaitiez nous dire au sujet de Gênes-Varlan ?
14:58D'ailleurs, vous avez compilé ses écrits
14:59dans un livre, Gênes-Varlan, ouvrier, relieur.
15:02Il était aussi un grand animateur du mouvement ouvrier à Paris
15:05et en France, d'ailleurs.
15:07Et entre 1865 et 1870-71, il a écrit pas mal d'articles.
15:14Au début, en écrivant qu'il n'était qu'un ouvrier
15:18et qu'il ne savait pas écrire.
15:19Et puis après, en prenant plus d'assurance.
15:22Il y a aussi un texte que j'ai pris beaucoup de plaisir
15:25à publier en entier,
15:27qui est la défense qu'il a faite au procès de l'International
15:29en 1868,
15:31de laquelle on cite en général une courte phrase célèbre,
15:35mais qui mérite d'être lue avec plus d'ampleur
15:38et avec plus de contexte.
15:40Le Second Empire tolérait assez difficilement
15:43la présence de sections de l'International à Paris.
15:47Il y a eu au moins deux fois des grands procès à Paris.
15:51Il y en a eu aussi en province.
15:53Dont un en 1868,
15:56au moment où Varlin précisément a créé la marmite,
16:00il a dû aussi s'occuper de se défendre dans ce procès.
16:04Il a été condamné d'ailleurs.
16:05Ils ont été neufs,
16:06ils ont passé deux mois ou trois mois en prison cette année-là.
16:09La célèbre phrase de Jeanne Varlin,
16:11c'est « Tant qu'un homme pourra mourir devant un palais
16:13où tout regorge,
16:14il n'y aura rien de stable dans les institutions humaines. »
16:17Est-ce que dans cette phrase,
16:17même s'il y a le contexte qui est développé dans le procès,
16:19cette phrase, il y a aussi les germes un petit peu
16:21du projet politique de la Commune ?
16:23C'est assez optimiste de penser
16:25qu'il y avait un projet politique de la Commune.
16:28Parce que la Commune est arrivée,
16:31c'est ce que Marc s'a dit,
16:32donc je peux le dire,
16:33de façon totalement impromptue.
16:34C'est cette histoire des canons de Montmartre.
16:36La troupe a fraternisé avec la population de Montmartre.
16:40Le gouvernement a eu très peur.
16:41Ils sont partis à Versailles,
16:42ils ont tout abandonné.
16:43Ils ont laissé tous les lieux du pouvoir vacant.
16:45Et puis, il n'y avait plus que chose à faire,
16:47c'était aller prendre.
16:49Après, ceux qui ont été élus à l'Assemblée Communale,
16:51bien sûr,
16:52beaucoup avaient un projet politique,
16:54eux,
16:55mais on ne peut pas dire un projet politique de la Commune.
16:58Même si tout le monde était d'accord
17:01qu'il fallait faire des réformes sociales importantes.
17:04Ils étaient en guerre.
17:05Ils ont été en guerre depuis le 2 avril.
17:07Donc, l'Assemblée Communale a été élue le 26,
17:09ça a pris ses fonctions le 28 mars.
17:11Et dès le 2 avril,
17:13elle a dû s'affronter à la guerre versaillaise.
17:16Donc, du coup, sur 72 jours,
17:17la Commune de Paris est en guerre presque tout le temps.
17:20La plupart de son budget, d'ailleurs,
17:22est dédié à cet effort de guerre.
17:23Et pourtant, ils ne font pas que ça.
17:24Loin de là, les communards font beaucoup d'autres choses
17:27d'un point de vue législatif et social,
17:28puisqu'il y a la séparation de l'Église et de l'État.
17:30Il y a l'encadrement des loyers,
17:32la réquisition des logements vacants pour les sans-abri,
17:35l'échelle des salaires.
17:36Ils font énormément de choses, en fait.
17:38Les textes de loi, ils réfléchissent à un autre monde.
17:39Disons que des gens qui, comme Varlin,
17:42avaient milité beaucoup à l'international
17:45et qui étaient vraiment au contact des ouvriers,
17:47des gens qui travaillaient à Paris,
17:49ceux-là se sont empressés de commencer à mettre en place
17:54effectivement des réformes comme celles que vous dites.
17:56Là, il faut mentionner la délégation au travail
17:58qui était dirigée par Léo Frankel,
18:01qui est un internationaliste comme Varlin
18:03et qui était hongrois.
18:04C'est à l'occasion de son élection
18:06comme membre de la Commune dans le 13e arrondissement
18:08que la Commune a décidé d'accepter
18:10que cet étranger soit élu de la population parisienne.
18:17On est juste en dessous de la maison de Gênes Varlin,
18:19la vue qui est au-dessus.
18:21Et pourtant, Gênes Varlin, qui lui crue,
18:22n'est pas votre communard préféré
18:23puisque c'est Thès, qui était responsable de la Poste.
18:26J'ai beaucoup de communards préférés pour tout dire.
18:28J'ai aussi même des communards préférés.
18:31Mais bon, oui, on va parler d'Albertès
18:32parce qu'on n'en a pas parlé.
18:33C'était aussi un militant de l'international.
18:35Il avait toute cette expérience de militantisme ouvrier, disons.
18:40C'était un bronzier pendant la Commune
18:42et même un petit peu avant.
18:44D'ailleurs, le comité central l'avait nommé
18:46pour s'occuper de la Poste.
18:48Donc la Poste, il faut en parler
18:49parce que c'est un service vachement important à l'époque.
18:52Il y avait 7 distributions de courriers par jour,
18:54il faut comprendre.
18:55Vous lisiez vos lettres, vous releviez votre courrier
18:57comme vous lisez vos mails en ce moment.
18:59Et il y a eu un véritable sabotage,
19:01un véritable sabotage versaillais.
19:03Ils ont tout emporté, aussi menacé les employés
19:07qui étaient des employés d'État,
19:08de sanctions s'ils travaillaient pour la Commune.
19:11Donc c'était assez compliqué.
19:12Tout le monde avait besoin de la Poste,
19:13les commerçants, les gens, tout le monde.
19:15Et donc Albertès a réussi à faire remarcher ce service
19:19en s'assurant le concours des travailleurs
19:22qui travaillent à la Poste, certains,
19:24et puis même en gérant ça avec eux
19:27d'une façon qui a été admirée par tous.
19:29Il a réussi à faire fonctionner la Poste dans Paris.
19:32Albertès n'a pas été tué pendant la semaine sanglante.
19:35Il s'est battu.
19:36Il a écrit un texte remarquable
19:37où il raconte qu'il a fait pendant la semaine sanglante,
19:39en particulier le 25 mai, c'était le jeudi,
19:41sur le boulevard Voltaire,
19:43qui est un moment absolument tragique.
19:45Il a donc réussi à partir à Londres.
19:48On ne sait pas trop comment.
19:49J'ai d'ailleurs écrit un roman là-dessus.
19:51Il a passé les années de proscription de 1871 à 1880
19:55jusqu'à l'amnistie des communards à Londres.
19:57Il s'est occupé précisément des proscrits,
20:01entre autres choses,
20:02quand il arrivait à trouver du travail pour vivre.
20:05C'était vraiment difficile.
20:07Les communards à Londres ou ailleurs,
20:09c'était vraiment des réfugiés.
20:11Ils ne parlaient pas la langue,
20:12ils n'avaient pas de travail.
20:13Et Albertès est rentré à Paris après l'amnistie.
20:16Et il est le premier membre de la commune.
20:18Il était élu du 18e et du 12e.
20:20Il avait choisi le 12e.
20:21Il a été le premier membre de la commune
20:23à mourir à Paris après l'amnistie.
20:30Ainsi s'achève notre balade sur les traces
20:32de la commune de Paris de la semaine sanglante.
20:33Merci beaucoup, Michel Audin, pour cette balade.
20:36Merci à vous.
20:36Je rappelle que votre livre
20:38La semaine sanglante, mai 1871,
20:41Légendes et Comptes,
20:42est disponible aux éditions Libertalia.
20:44Ainsi que votre livre
20:45La correspondance d'Alice Payen,
20:47qui était ambulancière pendant la commune de Paris.
20:48Cette femme était totalement inconnue
20:51des historiens qui n'en parlaient pas
20:52parce qu'elle ne rentre pas dans les cases de la commune.
20:56Elle n'est pas ouvrière,
20:57elle n'est pas membre de l'international,
20:59elle n'a pas été membre de l'Union des femmes
21:02pour la défense de Paris, rien du tout.
21:04Elle est ambulancière,
21:05elle va dans le bataillon de son quartier
21:06avec le bataillon où est son mari
21:07et elle se bat.
21:09D'ailleurs, son mari est tué pendant la guerre.
21:12Elle se bat au fort d'ici
21:14pour défendre Paris contre les Versaillais.
21:16Et c'est le seul texte qui existe,
21:19qui soit un témoignage du moment exactement
21:22sur cette guerre.
21:23C'est un petit livre qui n'a l'air de rien
21:24mais je suis très très fière d'avoir assemblé ces textes
21:28et d'avoir fait ce livre.
21:29Merci à vous d'avoir assemblé ces textes
21:32et vous avez aussi assemblé d'autres textes
21:34donc on l'a évoqué, des textes d'Eugène Varlin,
21:37donc ouvrier, relieur, toujours aux éditions Libertalia.
21:39Vous avez aussi publié deux romans
21:40qui ne sont pas sur la commune
21:42mais dont les personnages sont des communards
21:44où ça se passe à Paris.
21:45Commune Rivière Bleue et José Meunier 19,
21:48Lui des Juifs, qui est paru cette année.
21:50Donc des romans à lire que l'humanité vous conseille.
21:52Tous les jours aussi sur minuet.fr et sur votre blog
21:54Ma Commune de Paris, il y a l'éphémérite
21:56qui raconte au jour le jour les événements
21:58de la Commune de Paris et même plus
21:59puisque ça commence avant et ça termine après.
22:01Et enfin, bien sûr, n'hésitez pas à lire
22:04notre hors-série consacrée à la Commune de Paris.
22:06Merci à tous et à bientôt sur l'humanité.fr.

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