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  • il y a 1 semaine
La cinéaste Catherine Corsini sort en salles, mercredi 27 octobre, un film dont le titre, La Fracture, concerne aussi bien ce couple de femmes aisées qui se retrouve aux urgences que le gilet jaune blessé qu'elles croisent, au milieu d'un service hospitalier au bord de l'explosion. Entre drame et comédie, la réalisatrice signe un film sous tension, traversé également par les violences policières et la lutte des classes.
Elle revient pour nous sur la genèse de son film, ainsi que sur les difficultés de tournage, pas étrangers au fait qu'elle souhaitait reconstituer, à Paris, sur la voie publique, les rassemblements des gilets jaunes...
Rédactrice en chef d'un jour de l'Humanité pour l'édition datée du même jour que la sortie du film en salle, Catherine Corsini y livre ses coups de coeur et coups de gueule, en résonance singulière avec les combats du journal.
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Transcription
00:00Bonjour, je m'appelle Catherine Corsini, je suis la réalisatrice de La Fracture qui sort en salle mercredi 27 octobre.
00:07Vous n'étiez pas déjà là hier ?
00:08Si, hier, avant-hier, j'ai enchaîné six nuits de suite.
00:11Vous avez des lits disponibles parce qu'on commence à avoir beaucoup trop de monde.
00:13Il n'y a plus de kétamine, vous savez où je peux en trouver là ?
00:15On n'en a plus.
00:17Franchement, je vous admire.
00:18Vous savez, moi je pense que je vais bientôt quitter le service.
00:21Ça va un moment de donner de sa personne et de ne pas sentir qu'on nous respecte.
00:24Ni nous, ni notre travail.
00:33Ce film raconte une nuit aux urgences, une nuit particulière puisque c'est le samedi 1er décembre 2018.
00:40C'est l'acte 3 des Gilets jaunes et on va retrouver dans cet hôpital débordé et en surchauffe un
00:47gilet jaune,
00:47deux femmes au bord de la rupture, plus des infirmières évidemment débordées.
00:52C'est ces confrontations de tous ces gens qui vont se retrouver là avec des scènes à la fois absurdes,
00:58cocasses,
00:58et puis des scènes aussi de violence puisqu'on voit bien que la violence de l'extérieur va petit à
01:05petit entrer dans l'hôpital
01:06et va créer une espèce de tension jusqu'à une fin que je ne vous révélerai pas puisqu'il va
01:13falloir que vous alliez voir le film.
01:14Vous pouvez faire un peu de sourds ?
01:15Non, c'est pas possible, monsieur.
01:16Il y a Macron qui va parler, j'ai envie de l'entendre, c'est tout.
01:18Vous n'allez pas nous obliger à écouter Macron.
01:20Vous n'êtes pas non plus un martyr.
01:21Je ne suis pas un martyr, vous trouvez ça normal que vous me serez de sourds ?
01:24Non.
01:24À votre âge, pourquoi vous battez ? C'est pathétique.
01:27Mon âge de quoi ?
01:28Pourquoi vous faites chier avec mon âge ?
01:31Aïe !
01:32Quand on a tourné le film, on a une grande scène de manifestation.
01:35On avait une journée d'une scène de manifestation où justement, il y a un affrontement avec les Gilets jaunes
01:41et les CRS.
01:43Évidemment, on a tourné avec les moyens du bord.
01:45J'ai dû vraiment faire un découpage assez précis parce qu'on avait 70 figurants.
01:49Mais bon, il fallait faire comme si il y avait une espèce de foule qui déboulait sur les Champs-Elysées.
01:54J'avais repéré une rue dans le 8e arrondissement de Paris qui semblait tout à fait convenir.
02:00On a eu l'autorisation de la mairie de Paris, de la mairie du 8e arrondissement.
02:04Et une semaine avant le début du tournage, on a eu une opposition de la préfecture de Paris, ce qui
02:09est rarissime.
02:11Parce qu'en général, moi, depuis le temps que je fais des films et que je tourne dans Paris avec
02:15du monde, etc., la préfecture intervient en général assez rarement.
02:18Alors évidemment, c'était le début du deuxième confinement.
02:22Donc moi, je me suis dit que c'était lié à la crise sanitaire.
02:25Et en fait, ce n'était pas du tout la question qui a été invoquée.
02:29C'était sous-entendu que ça pouvait amener du trouble à l'ordre public.
02:33C'est-à-dire que comme si on était incapable, quand on est une équipe de tournage,
02:39en général, on a des bloqueurs, on a une équipe extérieure qui est assez conséquente
02:44pour justement faire attention que les badauds ne viennent pas, etc.
02:49Mais donc, j'ai trouvé que c'était un argument quand même très, très aussi très fallacieux.
02:54Le film, pareil, normalement, a été présenté à une commission
02:57pour que les professeurs puissent emmener les lycéens voir le film.
03:01Cette commission n'a pas pris le film dans la liste des films proposés.
03:07J'ai l'impression aussi qu'il y a comme une espèce de censure
03:10par rapport aux violences policières, par rapport aux gilets jaunes,
03:13par rapport au fait que le film, tout d'un coup, est un peu un sujet d'actualité
03:17et que ça fait peur.
03:19Alors qu'au contraire, je pense que si on pouvait parler d'actualité,
03:23si on pouvait en discuter, c'est pareil.
03:25On ouvrirait beaucoup plus le dialogue.
03:27Et ce n'est pas en refermant ce dialogue qui me semble hyper important
03:30qu'on va résoudre au plus près, j'allais dire, la crise
03:35et le fait qu'on est justement dans cette société si divisée.
03:39Comment tu fais pour aussi bien dormir ?
03:42Arrête !
03:43T'es monté que ça ?
03:44C'est lui de 5h42, 5h46 ou 5h48 ?
03:46Je veux en parler, moi.
03:47Parler ?
03:48Monstre, pute, salope.
03:50Je crois que t'as le syndrome de la tourelle.
03:51Mais pas qu'on se réconcilie ?
03:53Non.
03:53Tu crois vraiment qu'il n'y a plus rien à sauver entre nous ?
03:57Cette fracture du bras, c'est ce qui m'est arrivé.
04:00J'ai glissé malencontreusement en m'engueulant avec ma copine.
04:03Et voilà, ça fait partie un petit peu, j'allais dire, de l'anecdote
04:07et de la private joke du film.
04:12D'abord, j'ai pensé beaucoup aux films sociaux que j'aimais beaucoup
04:16dans mon enfance, comédie sociale italienne.
04:19J'ai beaucoup pensé à Ken Loach.
04:21J'ai pensé aussi à Nanny Moretti qui se met en scène
04:24et qui arrive, j'allais dire, à interroger le monde autour de lui.
04:30Par l'humour, on arrive à faire passer beaucoup de choses.
04:32Et puis, on peut commencer à rire de soi-même.
04:34À partir du moment où moi, je ris de moi-même,
04:36je ris de ma position sociale, je ris de, voilà, etc.
04:40Je peux rire des autres et les autres, inversement, peuvent rire de moi, etc.
04:43Ça amène de la distance.
04:45Et puis, je me suis rendu compte aussi, en fréquentant beaucoup les hôpitaux,
04:48puisque, comme je me suis intéressée à ce service des urgences,
04:53je suis allée plusieurs fois me balader là-bas,
04:56enfin, me balader, me passer des nuits avec les infirmières
04:59qui ont bien voulu me faire venir.
05:01Et j'ai remarqué qu'aussi, entre elles,
05:03vu la dureté des situations, des nuits qu'elles traversent,
05:06il y avait souvent beaucoup de moments où elles riaient ensemble,
05:10où elles avaient besoin, j'allais dire, de cet humour
05:12pour, j'allais dire, pouvoir justement affronter les difficultés
05:16auxquelles elles sont régulièrement soumises,
05:19par les gens qui arrivent aux urgences, la misère.
05:23Elles sont confrontées, j'allais dire, parfois aussi à beaucoup de...
05:26En dehors des souffrances physiques, aussi,
05:29de beaucoup de misère sociale et de souffrance sociale.
05:32Donc, elles ont besoin, j'allais dire, pour se réconforter par moments,
05:37de pouvoir un peu rire ensemble.
05:39Et je trouve que le rire amène aussi de la chaleur, de l'humanité.
05:43Et ça, je trouvais que c'était très important pour le film.
05:45Moi, ce que je voulais, c'était que M. Macron,
05:47il vienne nous voir, il nous dise, on va parler.
05:48Le problème, c'est que notre colère à nous, elle n'est pas légitime.
05:50C'est dans la merde aussi, non ?
05:51Ouais, je suis dans la merde.
05:53J'ai mon coude qui a explosé, je ne vais plus pouvoir bosser.
05:56Et ma copine me quitte.
05:57Tu n'es pas toute seule, d'accord ?
05:59Tu ne fais jamais attention, jamais.
06:01C'est plus possible.
06:02Le film, en fait, il y a beaucoup de paroles,
06:04mais il y a aussi beaucoup de...
06:06J'allais dire, beaucoup d'actions,
06:08parce que dans cette nuit, dans l'hôpital,
06:10il y a justement cette violence et cette colère
06:13qui rentre dans l'hôpital.
06:15Et c'est comment, justement, les gens parviennent à un moment
06:18à dialoguer, à se parler et à faire commun.
06:23L'idée aussi du film, c'est ça,
06:24c'est que faire commun, faire société,
06:27c'est accepter nos différences.
06:28Et je pense que c'est ça que raconte aussi au plus près,
06:32j'allais dire, la fracture.
06:34C'était cette chose que je trouve très belle
06:38et qui fait aussi qu'à l'hôpital, on arrive,
06:41et comme on est blessé,
06:43on est dans un sentiment un peu de fragilité,
06:45un peu d'abandon.
06:46Donc on fait tomber un peu les masques
06:48et on arrive aussi à, j'allais dire,
06:51à se regarder et à voir que l'autre aussi souffre
06:54et à prendre conscience qu'on n'est pas tout seul
06:57et à partager aussi peut-être un peu plus
07:00de nos peurs.
07:03Parce que quand on est dans ce sentiment,
07:04j'allais dire, d'inquiétude par rapport à des blessures,
07:07évidemment, on est inquiet.
07:08Et dans cette inquiétude,
07:09on arrive un petit peu plus à pouvoir se communiquer.
07:13On ne va pas l'accrocher, là ?
07:14Là, on va voir.
07:16Vous avez parlé à ma Marie ?
07:17Il n'y a pas toujours des maris.
07:18Je lui pose la question, je ne sais pas.

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