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  • il y a 10 heures
Sans auteurs, ni éditeurs, l’événement international ne pourra se tenir en 2026. Et ce malgré les démentis de la société 9e Art +, toujours dans le déni. « Il nous apparaît plus que compliqué d’organiser le maintien de l’édition 2026 », a fini par reconnaître le maire d’Angoulême Xavier Bonnefont, jeudi 20 novembre, lors d’une conférence de presse. Le point sur la situation avec Laurent Mouloud et Clara Martinot.

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Transcription
00:00Le festival d'Angoulême est annulé. Que s'est-il passé ?
00:03Tout part d'une révélation de l'humanité.
00:05Laurent Mouloud, tu es rédacteur en chef à l'Humanité.
00:08Est-ce que tu peux nous raconter ?
00:09Oui, alors précisément, on ne peut pas dire encore que ce soit annulé,
00:12mais il y a eu une information qui est tombée il y a une heure de ça.
00:16C'est le journal Le Monde qui révèle un échange de mails
00:19qu'a eu le prestataire, le gestionnaire du festival de la BD d'Angoulême,
00:24qui c'est une entreprise qui s'appelle Neuvième Art Plus,
00:26et qui, dans les mails qu'il échange avec ce prestataire,
00:30dit qu'il va mettre en arrêt l'organisation du festival 2026.
00:34Voilà, donc c'est une information, ce n'est pas encore une annulation officielle,
00:37prononcée officiellement, mais c'est un pas de plus vers la non-tenue de ce festival
00:41qui, depuis un an, est sur la sellette suite aux révélations de l'Humanité Magazine,
00:47donc le magazine que je dirige avec Cédric Clerin,
00:50dans lequel on a fait des révélations en janvier dernier sur ce gestionnaire Neuvième Art Plus.
00:55Quelles sont-elles ?
00:56Alors, ce gestionnaire est un peu dans le viseur,
01:00et on va dire, est assez décrié depuis plusieurs années,
01:03par la profession, notamment par les auteurs,
01:05par certaines maisons d'édition qui participent à ce festival,
01:08parce qu'il y a des dérives à la fois mercantiles,
01:11l'organisation du festival est devenue un truc,
01:13où, en gros, il faut faire du pognon et faire de l'argent,
01:16mais aussi, beaucoup aussi, de dérives managériales,
01:19aussi un de Neuvième Art Plus,
01:20et notamment une qu'on a révélée en janvier dernier,
01:22qui est le licenciement d'une des salariés,
01:24qui a été, selon ses dires,
01:28violée lors d'une rencontre qu'il y avait eue dans le cadre du festival.
01:35Et quand elle s'en était émue à ses supérieurs de Neuvième Art Plus,
01:39au lieu de la soutenir,
01:40elle n'a pas été soutenue dans un premier temps,
01:42et dans un deuxième temps, elle a fini par être licenciée, poussée dehors.
01:44Donc, elle s'en est émue, il y a une procédure judiciaire qui est en cours là-dessus.
01:48Et face à ça, nous, on a révélé ces infos,
01:50ce qui a fait remonter énormément de retours autour,
01:54sur les critiques qu'il y avait autour de la gestion du festival d'Angoulême.
01:57Et depuis un an, ça n'a pas arrêté.
01:59Et donc, il y a des associations qui sont mobilisées pour...
02:04contre la tenue du festival ?
02:05Alors, ce ne sont pas les associations exactement.
02:07Ce qui s'est passé dans la foulée de ça,
02:09c'est que beaucoup d'éditeurs et d'auteurs, notamment,
02:12qui critiquaient le festival sur ses dérives depuis plusieurs années,
02:15ont commencé à dire, ça suffit.
02:17Il faut que 9e Art Plus, cette société gestionnaire,
02:20passe la main, ce ne soit plus elle.
02:22Pendant plusieurs mois, les pouvoirs publics,
02:24les agglomérations, l'État, etc.,
02:28n'ont pas énormément agi là-dessus.
02:30Ils ont laissé un petit peu faire.
02:32Et cet automne, il y a eu un nouvel appel d'offres
02:34qui a été lancé pour savoir qui allait gérer le festival
02:37dans les prochaines années.
02:38Or, il se trouve que l'association historique,
02:41qui est propriétaire du festival,
02:42avait remis 9e Art Plus, encore une fois,
02:45ce gestionnaire privé dans les potentiels gestionnaires.
02:48Et en plus, c'était dans la liste finale de ceux
02:50qui pouvaient potentiellement prétendre
02:52à continuer à gérer ce festival.
02:54Ce qui a suscité une énorme bronca
02:56dans tout le milieu de la BD,
02:59non seulement chez des auteurs,
03:00mais également, et ça, c'était un peu le fait nouveau
03:02de cet automne, chez des éditeurs.
03:04Et les éditeurs, ce ne sont pas des petits éditeurs,
03:06des énormes éditeurs de BD.
03:07C'est quand même un milieu extrêmement important
03:10dans la culture aujourd'hui en France.
03:12Et tous disaient, tant que ce 9e Art Plus
03:14est potentiellement le gestionnaire
03:16des prochains festivals,
03:17nous refusons d'aller au festival 2026.
03:20Nous le boycotterons.
03:22Pendant plusieurs semaines,
03:23il y a eu énormément de tensions autour de ça,
03:26avec des espèces d'arrangements,
03:28de tentatives d'arrangements
03:29par l'association propriétaire,
03:30en disant, mais on va l'encadrer,
03:31ça ne va pas se faire comme ça, etc.
03:33Au final, auteurs et éditeurs ont continué
03:36à obtenir le même discours.
03:38Et il y a quelques semaines,
03:40les pouvoirs publics ont dit stop,
03:41maintenant, il faut arrêter.
03:429e Art Plus, on les met sur la touche.
03:44La présidente de l'association propriétaire,
03:47elle est mise sur la touche également.
03:49Et du coup, on continue comme ça.
03:52Il ne restait plus qu'un seul problème à ça.
03:54On s'est dit, ça y est, c'est réglé.
03:56Mais le problème, c'est que 9e Art Plus,
03:58contractuellement,
03:59devait organiser le prochain festival de 2026.
04:01Et pour les auteurs de BD,
04:03et pour les éditeurs,
04:04c'était quelque chose qui était inadmissible.
04:08Et c'est ce bras de fer-là qui continue.
04:12Là, ce que vient d'annoncer 9e Art Plus
04:13en disant qu'il ne mettrait pas en oeuvre l'organisation,
04:16c'est un peu l'annonce officielle,
04:18enfin, on va dire officieuse,
04:19que ce festival de 2026
04:20ne va pas se tenir pour la première fois
04:22depuis sa création.
04:23Et du coup, jusque-là, en fait,
04:25c'était les auteurs et éditeurs
04:26qui n'allaient pas participer.
04:29Tout à fait.
04:30Le cœur, en fait, du festival,
04:32c'est-à-dire que sans eux, évidemment,
04:33il ne peut pas y avoir de festival d'Angoulême.
04:34Les auteurs et les éditeurs
04:35sont vraiment le cœur du festival d'Angoulême.
04:38Ce sont eux qui, évidemment,
04:39que le public vient voir.
04:41Et donc, sans auteurs majeurs
04:44ou sans grandes maisons d'édition,
04:46le festival d'Angoulême
04:47ne peut pas se tenir de manière rabougrie,
04:49d'autant que c'est l'un des...
04:51le premier même festival de BD au monde,
04:54sur laquelle, évidemment,
04:55il y a aussi des enjeux commerciaux
04:57pour la municipalité, pour la région
04:59et même pour le secteur de la BD
05:01qui sont extrêmement importants.
05:02Dans le tchat, on a une question.
05:04Qu'en est-il des salariés du festival ?
05:05Alors, pour l'instant,
05:07le festival n'est pas abandonné.
05:09Donc, je dirais que la question,
05:10elle est un peu prématurée, effectivement,
05:12mais la question va se poser.
05:13Derrière, il y a des enjeux économiques
05:15pour la ville d'Angoulême,
05:16mais également pour la région,
05:17pour les départements.
05:19Il va y avoir, effectivement,
05:21des questions qui vont se poser
05:22économiques assez lourdes.
05:24Et à terme, derrière,
05:25il va se poser aussi la question
05:26de l'avenir du festival.
05:27Est-ce que s'il ne se tient pas cette année,
05:29s'il fait une année off,
05:30comment va-t-il redémarrer ?
05:32Va-t-il pouvoir redémarrer ?
05:33C'est des questions encore là
05:34qui restent posées.
05:35Est-ce qu'il y a une issue ?
05:37Est-ce qu'il y a un monde
05:38où le festival pourrait se tenir
05:39et les auteurs et éditeurs
05:41aller à Angoulême ?
05:43Il y aurait un monde, oui, effectivement,
05:45où il faudrait aller très vite,
05:47où, effectivement,
05:48il n'y aurait plus une EMR+,
05:50cette société qui est dans l'œil du cyclone,
05:53aux manettes de ce festival 2026.
05:55Maintenant, est-ce que c'est possible
05:57que des organisateurs reprennent
05:59la chose aussi vite
05:59et puissent remettre en route
06:01une organisation
06:03pour la fin du mois de janvier,
06:04parce que c'est à cette époque-là
06:05que se tient le festival ?
06:07Je ne peux pas vous le dire encore.
06:09J'imagine que ça serait un sacré défi,
06:10mais la solution pour l'avenir du festival
06:13ne peut passer que par, effectivement,
06:15une remise à plat des organisateurs.
06:18Et ce que réclament aussi beaucoup
06:19des organisateurs et des éditeurs
06:22et des auteurs de BD,
06:24c'est évidemment une gestion
06:26beaucoup moins privée
06:27qu'elle ne l'était ces dernières années,
06:29avec une visée beaucoup moins mercantile
06:31qu'elle ne l'était ces dernières années,
06:33et que les pouvoirs publics,
06:35c'est-à-dire chacun d'entre nous,
06:36puissent avoir beaucoup plus la main
06:37sur à la fois l'organisation de ce festival,
06:39mais aussi son sens culturel,
06:42tel qu'il peut l'avoir,
06:43parce que le monde de la BD
06:44reste un monde aussi
06:44avec énormément de liberté,
06:46un monde de création très, très vaste,
06:48avec des auteurs qui sont farouchement
06:50aussi attachés à leur création.
06:52Il y a des petits auteurs de BD aussi
06:53qui peuvent être présents à Angoulême,
06:55pas forcément que des gros blockbusters.
06:57Et ces dernières années,
06:58il y a un des reproches qui a été fait,
06:59c'est justement qu'ont privilégié
07:01le côté commercial de certaines productions,
07:03de certaines éditions,
07:04au détriment de ce qui faisait
07:05le sel du festival d'Angoulême
07:07depuis son début,
07:08en tout cas à ses origines
07:09qui étaient faire valoir
07:11la créativité du monde de la BD.
07:13Et est-ce qu'on pourrait voir
07:15l'émergence d'un nouveau festival d'Angoulême,
07:17entre guillemets,
07:18sans toutes les organisations
07:20qui sont pointées du doigt ?
07:22C'est possible, oui, c'est possible.
07:24C'est vraiment une décision aussi
07:25des pouvoirs publics.
07:27L'association, celle qui possède aujourd'hui
07:30la FIBD,
07:31l'association du festival,
07:34qui est le propriétaire du festival,
07:36est aussi financée par des collectivités.
07:40Et c'est de l'argent public
07:41qui finance aussi.
07:43Donc je pense qu'une reprise en main
07:44aussi par le pouvoir public
07:45de ce festival
07:46doit être le mode de gestion privilégié
07:49à l'avenir de ce festival.
07:50Je voudrais juste dire quand même
07:51qu'il y a quand même un énorme gâchis
07:53parce que suite à nos révélations,
07:55notre journaliste Lucie Servin,
07:57qui est une spécialiste de la BD,
07:58qui a fait ses révélations
07:59en janvier dernier,
08:00elle n'a fait qu'elle a fait surtout
08:02émerger une parole
08:04qui était sourde depuis plusieurs années,
08:06quelque chose qui était non dit,
08:07mais que tout le monde un petit peu savait.
08:09Et en faisant éclater cette situation,
08:11c'était aussi une manière
08:13que les pouvoirs publics
08:15prennent leurs responsabilités
08:16face à ce qui se passait.
08:17L'inertie qu'il y a eu
08:19suite à ces révélations
08:20pendant des mois et des mois
08:21fait qu'on est arrivé
08:22à cette situation de blocage
08:23très tardivement à l'automne,
08:25où là on se retrouve
08:26à ne plus pouvoir peut-être
08:27organiser ce festival
08:28d'une autre manière
08:29parce que les décisions
08:31ont été prises trop tard.
08:32Donc il y a une responsabilité
08:33au titre des décideurs
08:34dans cette affaire
08:35qui est de ne pas avoir pris
08:36dès nos révélations
08:37la chose au sérieux.
08:39Et ce n'est pas que nos révélations,
08:40c'est aussi le mouvement
08:41qu'il y a eu derrière
08:42des mondes de la BD
08:43quand ils ont lu
08:44ce qu'on avait écrit
08:45et qu'eux connaissaient
08:46de l'intérieur.
08:46On essayait d'appuyer,
08:48on essayait de dire
08:48il faut que ça se passe autrement
08:49et ils n'ont pas été écoutés
08:50pendant des mois
08:51et aujourd'hui on en paye le prix.
08:53Est-ce que tu as quelque chose
08:53à ajouter ?
08:55Sur « Vive la BD » ?
08:56Déjà c'était un art extraordinaire.
08:58Je pense que ça serait un gâchis,
08:59ce que j'ai ajouté,
09:00ça serait un gâchis monumental
09:02évidemment qu'un tel festival
09:03ne se tienne pas.
09:04Mais ça serait aussi un gâchis
09:06qu'il continue aussi
09:08de fonctionner
09:08de cette mauvaise manière.
09:10Et aujourd'hui,
09:11même s'il y a un tremblement de terre
09:13sur la non-tenue,
09:15si c'est pour recréer
09:16un festival digne de ce nom,
09:18je pense que heureusement
09:19que l'humanité déjà
09:20a fait ses révélations.
09:22et pour que ce monde culturel-là
09:26de la BD aujourd'hui
09:27puisse renaître un petit peu
09:29de ses cendres
09:30et sorte aussi
09:31de cette logique commerciale
09:33qui un peu l'inonde
09:34et l'étouffe.
09:34Il ne faudrait pas que le festival
09:37soit aussi la représentation
09:39un petit peu
09:39de cette ébullition culturelle
09:41que peut être la BD.
09:42Merci Laurent.
09:43Merci.

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