00:00La paix en Ukraine va-t-elle se construire sans Trump ?
00:02Le 6 janvier 2026 à Paris, une trentaine de dirigeants européens et alliés de l'Ukraine se sont réunis à
00:08l'Elysée pour réfléchir à l'après-guerre.
00:10A l'issue de ce sommet, Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président ukrainien Volodymyr Zelensky
00:17ont signé une déclaration d'intention sur le déploiement d'une force multinationale en Ukraine.
00:22Mais un acteur majeur manque à l'appel, Donald Trump.
00:26Malgré la présence de ses émissaires, aucun engagement clair de Washington sur les garanties de sécurité n'ont été annoncées.
00:32Pour en parler et décrypter les enjeux de ce sommet, nous sommes aujourd'hui avec Vanim Kamenka, chef de service
00:38de la rubrique Monde à l'Humanité.
00:40Bonjour.
00:40Bonjour.
00:41La première question est, pourquoi Donald Trump était-il absent lors de ce sommet et est-ce en tournant pour
00:46les Etats-Unis ?
00:50Alors je ne sais pas si c'est en tournant, en tout cas pourquoi est-ce qu'il était absent
00:53?
00:53C'est vrai que tous les autres dirigeants étaient présents, tu l'as rappelé dans ton introduction, il y a
00:57eu plus d'une trentaine de pays alliés,
01:00notamment principalement européens, qui étaient présents hier à l'Elysée.
01:03Donc Emmanuel Macron, Keir Starmer, Mélanie et d'autres.
01:07Je pense que Donald Trump avait aujourd'hui d'autres intérêts stratégiques à défendre.
01:14Il y a quelques jours, il a enlevé le président vénézuélien en exercice, Nicolas Maduro, pour le dépêcher à New
01:22York et être jugé.
01:24Là, il a encore menacé hier soir le Groenland s'il ne cédait pas son territoire d'intervention militaire.
01:32Donc on voit aujourd'hui que l'Europe, en tout cas, n'est pas son centre d'intérêt premier.
01:39Alors il veut obtenir la paix en Ukraine, ça c'est quelque chose sur lequel il s'est engagé depuis
01:44son retour en pouvoir en janvier 2025.
01:48C'était un de ses arguments de campagne.
01:50Mais on voit que, en gros, l'enjeu sécuritaire en Europe n'est pas un élément clé.
01:57Il préfère en fait que, comme on l'a vu hier, les Européens obtiennent des garanties de sécurité,
02:04fassent ces efforts militaires et économiques,
02:08et qu'après, les Américains valident ou non le projet,
02:11et après s'engagent ou non, alors d'une manière directe ou indirecte,
02:15dans les possibilités des suites de cette guerre en Ukraine.
02:19Le déploiement de forces multinationales en Ukraine vous semble possible ?
02:23Non. Enfin, ça me paraît extrêmement improbable,
02:27dans le cadre de la manière dont ça a été présenté hier.
02:29Parce qu'on l'a vu dans la déclaration d'intention,
02:33c'est finalement deux membres de l'OTAN, et pas n'importe lesquels,
02:36la France et l'Angleterre, qui sont des membres majeurs de cette coalition atlantiste,
02:42qui veulent dépêcher sur place des troupes.
02:45Macron a après redit, d'ailleurs au journal sur France Télévision,
02:50qu'il y aurait des troupes françaises, à l'issue de la guerre s'il y a un accord de
02:54paix,
02:55des troupes britanniques, et en plus des installations militaires sur place,
02:59avec une coalition, mais on ne sait pas encore aujourd'hui de quelle taille,
03:03quelle ampleur, et qui participera.
03:05En tout cas, pour la Russie, à mon avis, c'est rédhibitoire,
03:08puisque l'une des raisons pour lesquelles ils ont mené cette invasion de l'Ukraine,
03:13quelle que soit l'issue et surtout les degrés d'implication,
03:21l'une de ces racines de ce conflit, en tout cas pour la Russie,
03:25c'est l'adhésion ou pas de l'Ukraine à l'OTAN.
03:28Ils en font une ligne rouge, c'est-à-dire que pour eux,
03:31tant que l'Ukraine peut faire partie de l'OTAN,
03:34ils continueront la guerre, puisque c'est une des raisons pour lesquelles
03:37ils ont mené cette invasion de leurs voisins.
03:40Donc aujourd'hui, comme on peut voir sur les déclarations, par exemple,
03:44de Mélanie ou d'autres dirigeants européens,
03:46dire que l'Ukraine, avec cet accord, est presque un quasi-membre de l'OTAN,
03:52sans y être vraiment, ça veut dire qu'on ne respecte pas,
03:56aujourd'hui, les intentions russes,
03:59alors qu'on est en pleine négociation d'un accord de paix,
04:02qui n'a toujours pas été trouvé,
04:04un accord de paix qui a été relancé maintenant depuis novembre
04:08entre les États-Unis, la Russie et l'Ukraine,
04:12avec bien sûr l'importance aujourd'hui de l'Europe,
04:15puisque sans l'Europe, il n'y aura pas d'accord de paix aujourd'hui possible.
04:18Mais en tout cas, cette présentation qui en a été faite hier
04:23m'apparaît hautement improbable et surtout pas acceptable pour la Russie.
04:27Et quelle est la différence entre cette force multinationale
04:30et les casques bleus de l'ONU ?
04:32Déjà, c'est le cadre.
04:33Aujourd'hui, on voit que c'est un cadre d'une coalition de volontaires,
04:37essentiellement d'ailleurs membres de l'OTAN.
04:39Et pas, on va dire, ça ne passe pas par le cadre onusien.
04:42Donc, c'est-à-dire, ça n'a pas été décidé par le Conseil de sécurité,
04:46mais surtout accepté et voté par l'Assemblée générale des Nations Unies.
04:49Donc, ça veut dire que c'est un vrai risque.
04:53C'est-à-dire qu'on sort totalement du cadre international légal
04:56que représentent quand même les organisations des Nations Unies
04:58et toutes les différents organismes autour d'eux,
05:01notamment par exemple les casques bleus.
05:03Donc, on sort de ce cadre légal international
05:06pour passer avec cette coalition des volontaires
05:10à un autre organisme, mais qui n'a aucune légitimité,
05:14si ce n'est d'avoir des membres de l'OTAN, des pays européens,
05:17mais il n'y a aucune validation, on va dire, internationale.
05:20Donc, il n'est pas possible pour l'Union européenne
05:23d'instaurer la paix en Ukraine sans l'aide des États-Unis,
05:26en tout cas sans les États-Unis ?
05:28Ça paraît hautement improbable.
05:30Je pense qu'aujourd'hui, en tout cas,
05:32dans la manière dont l'Europe négocie,
05:36ça me paraît peu probable,
05:38parce qu'aujourd'hui, à différence des Américains
05:41qui, depuis le retour de Donald Trump,
05:43ont décidé, mine de rien, de rompre, on va dire,
05:46l'isolement diplomatique de Vladimir Poutine,
05:49puisque, jusqu'à présent, les Occidentaux,
05:51il y a encore un an en arrière, ne discutaient pas
05:52avec Vladimir Poutine, estimant qu'il était l'agresseur,
05:55ce qui est vrai suite à l'invasion de l'Ukraine.
05:57Mais on sait qu'on a besoin, si on veut un accord de paix,
06:01de négocier avec l'agresseur pour parler sérieux.
06:08Aujourd'hui, l'Europe refuse toujours de parler à Vladimir Poutine.
06:12La seule avancée qui a été faite il y a encore quelques semaines,
06:16c'est Macron qui a dit, en effet,
06:18si on veut aboutir à un accord de paix,
06:19il va bien falloir renouer le dialogue avec la Russie.
06:22Donc, on voit que tant que la Russie est mise à l'écart
06:26par les Européens, je ne vois pas trop comment on peut aboutir
06:29à un accord de paix sans les États-Unis,
06:32et si c'est un accord essentiellement européen.
06:35Est-ce que l'Europe est-elle assez unie entre elles ?
06:38Est-ce qu'elle est suffisamment unie pour un tel projet,
06:40alors que tous les États membres ne partagent pas du tout
06:42la même lecture de ce conflit ?
06:44Exactement. C'est ça aussi l'un des dangers,
06:47c'est que chaque pays a sa propre vision stratégique.
06:52Or, aujourd'hui, on a besoin d'avoir une vision stratégique globale
06:56de l'Europe, puisque forcément, son voisin le plus proche,
06:59c'est la Russie, qui est en conflit ouverte
07:01avec un autre de ses voisins, l'Ukraine.
07:04Donc, si on veut aboutir à un accord de paix,
07:06il faut bien qu'aujourd'hui, tous les États membres
07:08de l'Union européenne discutent, dialoguent
07:11et réfléchissent à une architecture de sécurité collective
07:14avec l'Europe, avec la Russie, puisqu'on fait partie
07:16d'un même continent, et comment, en fait, finalement,
07:19dépasser, on va dire, les questions territoriales,
07:22les questions de personnes, pour vraiment se poser la question
07:25pour l'ensemble, je veux dire, des citoyens européens,
07:29de quel avenir on veut, quelle relation on veut avec la Russie,
07:32comment sortir de ces tensions permanentes,
07:35de cette menace permanente, et d'apaiser les choses.
07:39Or, aujourd'hui, pour l'instant, on ne va pas du tout vers ça,
07:41on va vers un engrenage, comme on l'a vu hier,
07:43c'est-à-dire qu'on n'est pas encore un cessez-le-feu,
07:46que déjà, on impose un certain nombre de choses,
07:48des garanties de sécurité, sans des principes
07:50pour les acteurs que représente la Russie.
07:53C'est très bien, et je pense que l'Ukraine a besoin
07:55de garanties pour signer un accord de paix,
07:58mais c'est-à-dire le faire sans dialoguer avec l'autre acteur,
08:01ça paraît assez improbable et assez bizarre, on va dire.
08:05Qu'est-ce qui différencie ce sommet de la coalition des volontaires
08:08des précédentes réunions de soutien à l'Ukraine qu'il y a pu y avoir ?
08:12C'est exactement ce que tu as précisé dans ton introduction,
08:15c'est qu'il y avait, pour une fois, la présence de nombreux dirigeants
08:19européens et d'autres pays de cette coalition des volontaires
08:23qui regroupent à peu près une trentaine de membres.
08:26C'est ça qui pointe la différence de ce sommet avec d'autres,
08:31et surtout ce texte qui a été signé et présenté au terme de cette réunion.
08:40Il y a du coup la force d'interposition, on en a parlé.
08:43Il y a aussi la question de la surveillance du cessez-le-feu,
08:46là où la coalition des volontaires estime que les États-Unis
08:51seront partie prenante.
08:54En fait, on n'a pas plus de détails sur les contours de ces garanties.
08:58En fait, ça reste assez flou dessus parce que finalement,
09:01les négociations se poursuivent en ce moment même.
09:04On sait que les émissaires américains qui étaient présents sur place,
09:07c'est-à-dire Steve Witkoff, Jared Kushner pour les principaux,
09:11sont restés pour continuer à dialoguer avec la délégation ukrainienne.
09:15Donc on voit en fait, rien n'est encore ficelé parce que ça pose un certain nombre
09:23de questionnements et surtout d'organisations stratégiques extrêmement complexes.
09:30C'est-à-dire que si c'est les États-Unis qui surveillent le cessez-le-feu,
09:33c'est quand même un des membres directs qui sont impliqués sur le conflit en Ukraine,
09:38que ce soit par les ventes d'armes, par les soutiens économiques,
09:40même si depuis le retour de Donald Trump, c'est moins important.
09:43Donc est-ce que les Russes accepteraient que finalement,
09:46la surveillance de ce cessez-le-feu ne fasse pas par un cadre nusien
09:48ou par un membre tierce de la communauté internationale,
09:52mais par un acteur direct du conflit en Ukraine ?
09:56Ça ressemble, enfin ça semble, c'est peu probable.
09:59Je propose quand on regarde la vidéo, ce qu'on peut dire de cette signature.
10:32C'est marrant parce que c'est la vidéo qui a été tournée comme ça,
10:37mais en tout cas la première présentation, elle est faite en ukrainien,
10:40après en anglais, peut-être qu'il y avait le français en troisième,
10:42alors c'est le français en premier, c'est assez intéressant.
10:46Non mais on voit que ça, parce que finalement c'est les deux principaux alliés aujourd'hui
10:52qui veulent mener avec l'Allemagne qui était le troisième,
10:59puisque le chancelier allemand a pris la parole après.
11:04Je ne sais pas pourquoi les Allemands n'ont pas signé cette déclaration d'intention.
11:09Peut-être qu'il y avait encore des contours assez flous pour eux pour s'engager davantage.
11:14Peut-être que déjà on sait que l'Allemagne, est-ce qu'elle était prête à envoyer aussi des soldats
11:18sur place ?
11:19Ce n'était peut-être pas assez clair.
11:22Ils doivent peut-être passer par un certain nombre de votes aussi au Parlement,
11:26puisque là pour le coup Macron annonce un déploiement militaire français une fois qu'il y aura un accord de
11:31paix,
11:31mais il doit passer par le Parlement.
11:32Pour l'instant il a décidé seul de cette décision.
11:36Donc ça serait bien qu'il informe ses élus, et notamment le Parlement français,
11:43puisque encore une fois on est mis devant le fait accompli de cette décision,
11:48et qui risque d'avoir un impact durable sur la sécurité européenne.
11:53On sait qu'il y a une hausse des budgets militaires un peu partout en Europe,
11:57au nom de la menace russe, qui peut être révèle.
12:01On sait que le budget militaire russe est important, ils envahissent l'Ukraine.
12:04Mais aujourd'hui, plutôt que de se dire qu'il y a un cadre diplomatique qui s'ouvre pour négocier
12:09avec la Russie,
12:10on voit que le seul virage et la seule action qui est prise,
12:13c'est pour encore renforcer la présence militaire européenne, cette fois en Ukraine,
12:18c'est-à-dire aux portes de la Russie, alors que c'est précisément la cause,
12:22enfin en tout cas l'une des causes du conflit aujourd'hui, du conflit en Ukraine.
12:26Donc c'est-à-dire qu'on ne résout rien, on amène encore une fois de l'engrenage,
12:29et on répond à la force militaire par une autre force militaire.
12:33Donc à mon avis, le conflit risque de s'éterniser encore pendant de longs mois,
12:38si ce n'est de longues années, parce que les Russes préfèrent finalement une victoire sur le terrain,
12:43ou en tout cas une acceptation par les Ukrainiens de fait, suivant les perçés militaires qui se poursuivent,
12:50que finalement un accord de près qui ouvre la voie à une présence militaire,
12:55notamment de membres d'OTAN sur place en Ukraine.
12:58Je vous remercie.
12:59Merci à toi.
13:01Bonne journée.
13:01Bonne journée.