00:01Le 16 mars dernier, des agents de la BAC se sont déchaînés sur au moins deux personnes à Noisiel, en
00:06Seine-et-Marne.
00:07On a appris aujourd'hui que trois agents de la BAC qui auraient participé à ces violences ont été placés
00:11sous contrôle judiciaire
00:13et sont renvoyés devant le tribunal correctionnel en septembre.
00:16Bonjour Flavel, merci d'être avec nous. Vous avez été victime de violences policières de la part de ces agents
00:22de la BAC.
00:23Bonjour Maître Brunissot, merci d'être avec nous aussi.
00:27Et vous êtes l'avocat de Flavel. Pour commencer, on va revenir sur les faits. Que s'est-il passé
00:31lundi 16 mars à Noisiel ?
00:34Bonjour, merci pour l'accueil. Du coup, je m'appelle Flavel, j'ai 35 ans, je suis père de famille
00:40et je suis connu aussi en tant qu'artiste.
00:45Et le 16 mars, je revenais du boulot et comme je finissais tard, je n'avais pas le temps de
00:52faire à manger à la maison.
00:54Du coup, j'ai décidé d'aller acheter à manger et il faut savoir que le soir, les deux fast
01:03-foods, on va dire, qui sont ouverts la nuit,
01:06c'est dans cette rue-là, il y a deux restaurants.
01:09Et du coup, j'ai décidé d'aller acheter à manger et comme on a pu le voir sur les
01:15vidéos,
01:18ils m'ont tapé.
01:32C'est parti, c'est parti.
02:02Est-ce que vous avez réussi à regarder ces vidéos ou pas ?
02:08Au début, je regardais, mais maintenant, je ne regarde plus.
02:14C'est trop violent ?
02:16Oui, c'est violent.
02:19Surtout que, en fait, moi, je pense, surtout au moment où la grenade allait exploser,
02:28à ce moment-là, je n'arrivais pas à respirer.
02:33Et comme je l'ai dit, j'ai vu ma vie défiler.
02:35Je voulais dire à l'aide, mais je ne pouvais pas, je n'arrivais même pas à respirer.
02:40Et du coup, là, j'étais vraiment en instant de survie.
02:45Parce que du coup, pour remettre en contexte, vous, vous étiez dans la rue,
02:49et donc vous êtes interpellé par un agent de la BAC, c'est ça ?
02:53Exactement.
02:54Il vous dit quoi à ce moment-là ?
02:56Bah, à ce moment-là, moi, je suis au téléphone avec un ami,
03:00parce que je suis en train d'essayer de le prévenir que son magasin de téléphone risque de brûler.
03:09Et du coup, à un moment, j'arrive à la voir, du coup, je lui explique que son magasin risque
03:14de brûler.
03:15Et il me parle, mais moi, je n'entends pas bien.
03:17Du coup, je raccroche.
03:19Et c'est à ce moment-là où je me tourne et je vois des policiers arriver vers nous.
03:24Ils nous demandent de dégager et on dégage de leur chemin.
03:30Mais sauf que quand on part, il y a un policier qui passe par derrière la voiture et il vient
03:34vers moi.
03:35Et quand je vois qu'il vient vers moi, je vois qu'il est déterminé dans son regard.
03:39Et je lui dis, nous, on va manger.
03:42Et après, il nous demande de courir et il vient vers moi et il met un coup de pied.
03:48Et à ce moment-là, moi, j'essaie de me protéger quand il me met des coups.
03:54Et c'est là, après, je cours.
03:57Et quand je cours, moi, par où je suis passé, j'essaie de re-rentrer dans le restaurant.
04:04Et c'est là qu'il y a un autre policier de la BAC qui arrive avec son...
04:13Son LBD ?
04:14Oui, LBD.
04:16Il me le met en direction de la tête et moi, je m'arrête direct et je me mets de
04:21profil parce que j'ai peur.
04:23Et du coup, il y a une grenade qui est tirée.
04:27Elle arrive près de votre visage ?
04:30Oui, elle est à côté de mon visage.
04:31Mais à ce moment-là, en fait, moi, je vois des étincelles.
04:38Je vois quelque chose exploser, mais je ne sais pas c'est quoi.
04:43Et je mets mon bras pour me protéger.
04:45Et en même temps, à ce moment-là, je tourne ma tête de l'autre côté.
04:50Là, j'ai encore des marques.
04:52J'avais des brûlures.
04:54Et si je n'aurais pas mis mon bras, j'aurais été défiguré.
05:00Et après l'explosion de la grenade, une grenade lacrymo, il se passe quoi ?
05:07À ce moment-là, moi, j'essaie de...
05:12Déjà, je n'arrive pas à respirer.
05:14Je n'arrive pas à respirer.
05:15Je me prends des coups dans la tête, etc.
05:20Et j'essaie de me protéger.
05:25Et au moment où je commence à ne plus recevoir de coups,
05:31c'est là qu'après, je perds connaissance.
05:35Comme on voit dans la vidéo, après, ils m'ont tiré comme...
05:42Je ne sais pas si c'est tiré quelqu'un, mais...
05:46Mais en plus, vous n'étiez pas le seul à recevoir cette violence.
05:49Il y avait aussi un autre jeune de 15 ans qui a également reçu des coups.
05:55Il a eu la mâchoire déplacée.
05:59Est-ce que vous êtes en contact avec ce jeune ?
06:01Non.
06:04Non.
06:07Vu la violence que j'ai reçue,
06:11comme je faisais du sport un peu, de la musculation, j'aime bien.
06:17Je pense que quelqu'un, demain, s'il n'aurait pas survécu.
06:25Vous avez senti, à un moment donné, que vous auriez pu partir de l'autre côté, mourir ?
06:31Oui, bien sûr.
06:31C'est pour ça que, dans un des interviews, j'ai dit que j'ai vu ma vie défiler.
06:37Je ne l'ai pas dit par hasard.
06:40Et après, ils vous amènent au commissariat, c'est ça ?
06:43Oui.
06:46Et au commissariat, ils sont comment avec vous ? Ils vous parlent ?
06:52Ils sont agressifs.
06:53Je dis à qui j'arrive, ils sont agressifs.
07:07Est-ce qu'il y a un moment où ils se sont calmés au commissariat ?
07:10Au commissariat ?
07:12Est-ce qu'il y a un moment où ils ont...
07:13Le seul moment où, pour moi, j'étais calme, c'est quand j'étais en cellule et j'étais tout
07:19seul.
07:20Il n'y avait personne autour de moi.
07:22Si, il y avait quelqu'un qui dormait à côté.
07:25Mais c'était à ce moment-là où, voilà, j'étais un peu tranquille.
07:32Et j'avais quand même peur.
07:37Comment vous vous êtes senti dans ces moments-là ?
07:41Quand vous étiez au sol, quand vous étiez au commissariat, qu'est-ce que vous ressentiez ?
07:48C'est compliqué à expliquer.
07:55Normalement, ils sont là pour nous, entre guillemets, pour nous protéger.
08:00Là, ils se sont déchaînés sur moi comme ça, alors que ce n'est pas normal.
08:06Ce n'est pas du tout normal.
08:10Vous en pensez quoi ?
08:13C'est inhumain.
08:17Comment vous vous êtes senti quand vous êtes sorti du commissariat ?
08:27J'étais soulagé de voir ma famille.
08:33Mais...
08:38C'est compliqué.
08:45Prenez votre temps.
08:47Si c'est trop compliqué, vous me dites et passez à la question d'après.
08:50Il n'y a pas de...
08:58Quand je suis sorti, j'étais content de voir ma famille.
09:06Et après, c'est compliqué jusqu'à aujourd'hui.
09:11Je ne mange plus.
09:12Je n'ai plus d'appétit.
09:14J'ai des flashs dans la tête.
09:19Surtout que j'ai des traces au niveau du visage.
09:21Ça veut dire qu'à chaque fois que je vais les voir, je vais penser à ça.
09:30Vous avez également des séquelles physiques ?
09:33J'ai mal à la jambe, au dos et au bras.
09:40Vous avez réussi à refaire un peu de sport ?
09:43Non, pas du tout.
09:45Là, je ne fais pas.
09:49Mais normalement, les médecins vous disent que ça devrait revenir ?
09:53Je ne sais pas encore.
09:59Je pense que je vais devoir faire de la rééducation par rapport à ma jambe.
10:02Mais pour l'instant, j'ai un rendez-vous.
10:06Du coup, j'attends de voir par rapport au rendez-vous ce qu'ils vont me dire.
10:12Quatre plaintes ont été déposées auprès de l'IGPN.
10:15C'est donc l'Inspection Générale de la Police Nationale
10:18pour violences par personnes dépositaires de l'autorité publique avec armes en réunion,
10:21pour dénonciations calomnieuses, pour faux en écriture publique et pour agression sexuelle.
10:26Comme dit au début de l'entretien, trois agents de la BAC ont été placés sous contrôle judiciaire
10:31et sont renvoyés devant le tribunal correctionnel en septembre.
10:35Pourquoi est-ce que c'était important pour vous de déposer plainte ?
10:39Pour toutes les personnes, parce que je ne suis pas le premier cas.
10:45Là, on a une vidéo de moi où on voit de A à Z ce qui s'est passé.
10:51Et il y en a qui n'ont pas la chance et il y en a même qui ont des...
11:16Il y en a qui...
11:18qui reçoivent des violences comme ça et ils ne portent pas plainte.
11:22Et moi, je le fais aussi pour toutes ces personnes et pour que ça avance.
11:31Et du coup, c'est aussi important pour vous de raconter ce qui vous est arrivé auprès des médias, c
11:36'est ça ?
11:36Oui, exactement.
11:38Parce que là, là, s'il n'y aurait pas eu de vidéo, personne ne m'aurait cru.
11:50Surtout que dans la déposition du policier, il dit que je l'ai tapé.
11:59Mais les vidéos, ils ont montré le contraire.
12:02Maître, est-ce que vous savez où en est l'affaire ?
12:06Oui, on a eu la très bonne surprise d'apprendre que l'enquête était clôturée.
12:10C'est extrêmement rare dans les affaires de violences policières d'avoir des investigations qui se déroulent aussi rapidement.
12:15Là, on parle de trois semaines d'investigation suite à des violences, suite à une vidéo qui a été virale.
12:21Mais il faut quand même le relever.
12:24Bien souvent, on se bat un peu contre les horloges.
12:26Parce que vous allez avoir des investigations qui vont être très lentes, avec des délais de convocation qui vont être
12:32extrêmement longs.
12:34Et là, on a quand même le sentiment, et il faut le relever parce qu'on est parfois critique à
12:37l'égard de l'IGPN ou des procureurs de la République en matière de violences policières,
12:40l'IGPN ainsi que le procureur de la République de Meaux a pris quand même la mesure de ce qui
12:44était en train de se passer, de la gravité des faits.
12:46Et c'est important de le souligner.
12:49On a aussi été entendus sur plusieurs demandes.
12:51On souhaitait un contrôle judiciaire avec une interdiction d'exercer parce qu'on considère que ces policiers n'ont pas
12:57à porter l'uniforme,
12:57qu'ils sont dangereux aussi pour les autres personnes qui sont à Noisiel.
13:02Et on a aussi déposé le plan pour faux en écriture publique.
13:05C'est souvent une sorte de mécanique qui va se mettre en place quand vous avez des violences policières.
13:11Les policiers vont pouvoir justifier leur intervention avec des pseudo-infractions qui auraient été commises.
13:16Et là, on n'y a pas échappé. C'est-à-dire que les policiers ont indiqué de manière totalement
13:21fausse et fallacieuse que Flavelle avait mis un coup de poing.
13:25Assez rapidement, il faut le relever aussi, le procureur de la République de Meaux a indiqué par voix de presse
13:28que ça ne correspondait pas à ce qu'il pouvait avoir en procédure.
13:30Donc ça, c'est important de le dire.
13:32Et on a évidemment déposé plainte assez rapidement.
13:34Et aujourd'hui, un des policiers, celui qui a rédigé le procédure à balle de Cézine, est renvoyé aussi devant
13:38le tribunal pour un faux en écriture publique.
13:40Donc ça, c'est important de le relever. On est assez satisfaits à ce niveau-là.
13:45Plusieurs témoignages et vidéos indiquent que les agents auraient également proféré des insultes racistes, salles noires, salles bougnoles.
13:53Sur ce point, ce n'est pas Flavelle qui les a entendues, mais ça ressort de la procédure.
13:57Et il y a d'autres personnes, une personne qui était présente à ce moment-là, qui a entendu des
14:00propos racistes.
14:01Et une autre victime qui a reçu un tir de LBD et des coups de pieds alors qu'il était
14:04au sol, qui lui aussi a entendu des injures à caractère raciste.
14:07Dans un premier temps, on a déposé plainte à l'IGPN pour toute une série d'infractions, sans ajouter la
14:12circonstance aggravante de racisme,
14:13parce qu'on n'avait pas connaissance de ces propos-là.
14:16Mais par la suite, une fois qu'on a été mis au courant, on a déposé plainte auprès du Parc
14:20Edmo, avec la circonstance aggravante de racisme.
14:25Vous ne vous souvenez pas d'avoir reçu des insultes racistes ?
14:29Bah, avec tous les coups que j'ai reçus, ce qui s'est passé, je n'ai pas le temps
14:36d'écouter si on me dit des choses mal ou pas.
14:41Et qu'est-ce que vous attendez de la justice ?
14:44Ce qu'on attend, c'est des sanctions qui soient à la hauteur de ce que Flavelle a pu subir.
14:53On sent aussi une dynamique peut-être en ce moment par rapport aux violences policières.
14:57On est peut-être un peu pessimiste, parfois, quand on voit le traitement de certaines procédures.
15:02Mais là, suite à ce qui s'est passé pour la famille de M. Gomez à Versailles,
15:06et là, aujourd'hui, le traitement qui a été celui de Flavelle,
15:11on a l'impression qu'il y a peut-être quelque chose qui est en train de se passer.
15:13Donc il faut le souligner.
15:14Je pense que l'institution judiciaire est en train de prendre la mesure du problème des violences policières,
15:17de manière peut-être séquencée.
15:20C'est pas forcément régulier, mais en tout cas, on le relève là.
15:24On attend une audience avec ces trois policiers qui vont être poursuivis.
15:29On se pose encore la question de savoir si on doit, nous, par un cheminement procédural,
15:34poursuivre une des policières qui était présente et qui a aussi menti à l'encontre de Flavelle
15:38en indiquant qu'il avait porté un coup.
15:40C'est aussi une dénonciation calomnieuse.
15:41Elle n'est pas poursuivie.
15:41On a des possibilités de saisir la justice aussi pour qu'elle soit sanctionnée.
15:44On réfléchit à cette opportunité.
15:46On verra au moment venu comment on doit fonctionner.
15:49On attend cette audience qui aura lieu le 6 septembre.
15:52On espère que les magistrats pourront nous écouter.
15:55Et on ira là-bas à la tête haute pour exprimer aussi un ressenti.
16:01Aussi, par rapport à ce que Flavelle disait, effectivement, sans vidéo, on n'aurait pas eu de procédure.
16:07Où serait Flavelle aujourd'hui si personne n'avait filmé ce qui s'était passé ?
16:10Donc, on sera là-bas et on fera face à ces policiers.
16:15Et ce qu'on attend, c'est assez simple.
16:16C'est une interdiction d'exercer.
16:18Tout simplement.
16:19C'est aussi ce que vous attendez, Flavelle ?
16:21Oui.
16:22Personnellement, je ne veux plus qu'il travaille.
16:24Je voudrais remercier la personne qui a fumé d'en haut parce que cette vidéo-là, c'est magnifique.
16:33Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour l'avenir ?
16:46Le meilleur, mais bon.
16:49Pour soutenir Flavelle, vous pouvez suivre le compte Instagram
16:52Flavelle, comité de soutien, le lien est en bio.
16:55A bientôt.
16:55Sous-titrage Société Radio-Canada