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  • il y a 9 heures
Le 16 mars 2025, des agents de la BAC se sont déchaînés sur au moins deux personnes à Noisiel en Seine-et-Marne. On sait désormais que trois agents de la BAC qui auraient participé à ces violences ont été placés sous contrôle judiciaire et sont renvoyés devant le tribunal correctionnel en septembre. Flavel, victime de violence policière de la part de ces agents de la BAC, et son avocat maître Brunisso sont nos invités pour revenir sur ce qu'il s'est passé et les possibles suites judiciaires.

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Transcription
00:01Le 16 mars dernier, des agents de la BAC se sont déchaînés sur au moins deux personnes à Noisiel, en
00:06Seine-et-Marne.
00:07On a appris aujourd'hui que trois agents de la BAC qui auraient participé à ces violences ont été placés
00:11sous contrôle judiciaire
00:13et sont renvoyés devant le tribunal correctionnel en septembre.
00:16Bonjour Flavel, merci d'être avec nous. Vous avez été victime de violences policières de la part de ces agents
00:22de la BAC.
00:23Bonjour Maître Brunissot, merci d'être avec nous aussi.
00:27Et vous êtes l'avocat de Flavel. Pour commencer, on va revenir sur les faits. Que s'est-il passé
00:31lundi 16 mars à Noisiel ?
00:34Bonjour, merci pour l'accueil. Du coup, je m'appelle Flavel, j'ai 35 ans, je suis père de famille
00:40et je suis connu aussi en tant qu'artiste.
00:45Et le 16 mars, je revenais du boulot et comme je finissais tard, je n'avais pas le temps de
00:52faire à manger à la maison.
00:54Du coup, j'ai décidé d'aller acheter à manger et il faut savoir que le soir, les deux fast
01:03-foods, on va dire, qui sont ouverts la nuit,
01:06c'est dans cette rue-là, il y a deux restaurants.
01:09Et du coup, j'ai décidé d'aller acheter à manger et comme on a pu le voir sur les
01:15vidéos,
01:18ils m'ont tapé.
01:32C'est parti, c'est parti.
02:02Est-ce que vous avez réussi à regarder ces vidéos ou pas ?
02:08Au début, je regardais, mais maintenant, je ne regarde plus.
02:14C'est trop violent ?
02:16Oui, c'est violent.
02:19Surtout que, en fait, moi, je pense, surtout au moment où la grenade allait exploser,
02:28à ce moment-là, je n'arrivais pas à respirer.
02:33Et comme je l'ai dit, j'ai vu ma vie défiler.
02:35Je voulais dire à l'aide, mais je ne pouvais pas, je n'arrivais même pas à respirer.
02:40Et du coup, là, j'étais vraiment en instant de survie.
02:45Parce que du coup, pour remettre en contexte, vous, vous étiez dans la rue,
02:49et donc vous êtes interpellé par un agent de la BAC, c'est ça ?
02:53Exactement.
02:54Il vous dit quoi à ce moment-là ?
02:56Bah, à ce moment-là, moi, je suis au téléphone avec un ami,
03:00parce que je suis en train d'essayer de le prévenir que son magasin de téléphone risque de brûler.
03:09Et du coup, à un moment, j'arrive à la voir, du coup, je lui explique que son magasin risque
03:14de brûler.
03:15Et il me parle, mais moi, je n'entends pas bien.
03:17Du coup, je raccroche.
03:19Et c'est à ce moment-là où je me tourne et je vois des policiers arriver vers nous.
03:24Ils nous demandent de dégager et on dégage de leur chemin.
03:30Mais sauf que quand on part, il y a un policier qui passe par derrière la voiture et il vient
03:34vers moi.
03:35Et quand je vois qu'il vient vers moi, je vois qu'il est déterminé dans son regard.
03:39Et je lui dis, nous, on va manger.
03:42Et après, il nous demande de courir et il vient vers moi et il met un coup de pied.
03:48Et à ce moment-là, moi, j'essaie de me protéger quand il me met des coups.
03:54Et c'est là, après, je cours.
03:57Et quand je cours, moi, par où je suis passé, j'essaie de re-rentrer dans le restaurant.
04:04Et c'est là qu'il y a un autre policier de la BAC qui arrive avec son...
04:13Son LBD ?
04:14Oui, LBD.
04:16Il me le met en direction de la tête et moi, je m'arrête direct et je me mets de
04:21profil parce que j'ai peur.
04:23Et du coup, il y a une grenade qui est tirée.
04:27Elle arrive près de votre visage ?
04:30Oui, elle est à côté de mon visage.
04:31Mais à ce moment-là, en fait, moi, je vois des étincelles.
04:38Je vois quelque chose exploser, mais je ne sais pas c'est quoi.
04:43Et je mets mon bras pour me protéger.
04:45Et en même temps, à ce moment-là, je tourne ma tête de l'autre côté.
04:50Là, j'ai encore des marques.
04:52J'avais des brûlures.
04:54Et si je n'aurais pas mis mon bras, j'aurais été défiguré.
05:00Et après l'explosion de la grenade, une grenade lacrymo, il se passe quoi ?
05:07À ce moment-là, moi, j'essaie de...
05:12Déjà, je n'arrive pas à respirer.
05:14Je n'arrive pas à respirer.
05:15Je me prends des coups dans la tête, etc.
05:20Et j'essaie de me protéger.
05:25Et au moment où je commence à ne plus recevoir de coups,
05:31c'est là qu'après, je perds connaissance.
05:35Comme on voit dans la vidéo, après, ils m'ont tiré comme...
05:42Je ne sais pas si c'est tiré quelqu'un, mais...
05:46Mais en plus, vous n'étiez pas le seul à recevoir cette violence.
05:49Il y avait aussi un autre jeune de 15 ans qui a également reçu des coups.
05:55Il a eu la mâchoire déplacée.
05:59Est-ce que vous êtes en contact avec ce jeune ?
06:01Non.
06:04Non.
06:07Vu la violence que j'ai reçue,
06:11comme je faisais du sport un peu, de la musculation, j'aime bien.
06:17Je pense que quelqu'un, demain, s'il n'aurait pas survécu.
06:25Vous avez senti, à un moment donné, que vous auriez pu partir de l'autre côté, mourir ?
06:31Oui, bien sûr.
06:31C'est pour ça que, dans un des interviews, j'ai dit que j'ai vu ma vie défiler.
06:37Je ne l'ai pas dit par hasard.
06:40Et après, ils vous amènent au commissariat, c'est ça ?
06:43Oui.
06:46Et au commissariat, ils sont comment avec vous ? Ils vous parlent ?
06:52Ils sont agressifs.
06:53Je dis à qui j'arrive, ils sont agressifs.
07:07Est-ce qu'il y a un moment où ils se sont calmés au commissariat ?
07:10Au commissariat ?
07:12Est-ce qu'il y a un moment où ils ont...
07:13Le seul moment où, pour moi, j'étais calme, c'est quand j'étais en cellule et j'étais tout
07:19seul.
07:20Il n'y avait personne autour de moi.
07:22Si, il y avait quelqu'un qui dormait à côté.
07:25Mais c'était à ce moment-là où, voilà, j'étais un peu tranquille.
07:32Et j'avais quand même peur.
07:37Comment vous vous êtes senti dans ces moments-là ?
07:41Quand vous étiez au sol, quand vous étiez au commissariat, qu'est-ce que vous ressentiez ?
07:48C'est compliqué à expliquer.
07:55Normalement, ils sont là pour nous, entre guillemets, pour nous protéger.
08:00Là, ils se sont déchaînés sur moi comme ça, alors que ce n'est pas normal.
08:06Ce n'est pas du tout normal.
08:10Vous en pensez quoi ?
08:13C'est inhumain.
08:17Comment vous vous êtes senti quand vous êtes sorti du commissariat ?
08:27J'étais soulagé de voir ma famille.
08:33Mais...
08:38C'est compliqué.
08:45Prenez votre temps.
08:47Si c'est trop compliqué, vous me dites et passez à la question d'après.
08:50Il n'y a pas de...
08:58Quand je suis sorti, j'étais content de voir ma famille.
09:06Et après, c'est compliqué jusqu'à aujourd'hui.
09:11Je ne mange plus.
09:12Je n'ai plus d'appétit.
09:14J'ai des flashs dans la tête.
09:19Surtout que j'ai des traces au niveau du visage.
09:21Ça veut dire qu'à chaque fois que je vais les voir, je vais penser à ça.
09:30Vous avez également des séquelles physiques ?
09:33J'ai mal à la jambe, au dos et au bras.
09:40Vous avez réussi à refaire un peu de sport ?
09:43Non, pas du tout.
09:45Là, je ne fais pas.
09:49Mais normalement, les médecins vous disent que ça devrait revenir ?
09:53Je ne sais pas encore.
09:59Je pense que je vais devoir faire de la rééducation par rapport à ma jambe.
10:02Mais pour l'instant, j'ai un rendez-vous.
10:06Du coup, j'attends de voir par rapport au rendez-vous ce qu'ils vont me dire.
10:12Quatre plaintes ont été déposées auprès de l'IGPN.
10:15C'est donc l'Inspection Générale de la Police Nationale
10:18pour violences par personnes dépositaires de l'autorité publique avec armes en réunion,
10:21pour dénonciations calomnieuses, pour faux en écriture publique et pour agression sexuelle.
10:26Comme dit au début de l'entretien, trois agents de la BAC ont été placés sous contrôle judiciaire
10:31et sont renvoyés devant le tribunal correctionnel en septembre.
10:35Pourquoi est-ce que c'était important pour vous de déposer plainte ?
10:39Pour toutes les personnes, parce que je ne suis pas le premier cas.
10:45Là, on a une vidéo de moi où on voit de A à Z ce qui s'est passé.
10:51Et il y en a qui n'ont pas la chance et il y en a même qui ont des...
11:16Il y en a qui...
11:18qui reçoivent des violences comme ça et ils ne portent pas plainte.
11:22Et moi, je le fais aussi pour toutes ces personnes et pour que ça avance.
11:31Et du coup, c'est aussi important pour vous de raconter ce qui vous est arrivé auprès des médias, c
11:36'est ça ?
11:36Oui, exactement.
11:38Parce que là, là, s'il n'y aurait pas eu de vidéo, personne ne m'aurait cru.
11:50Surtout que dans la déposition du policier, il dit que je l'ai tapé.
11:59Mais les vidéos, ils ont montré le contraire.
12:02Maître, est-ce que vous savez où en est l'affaire ?
12:06Oui, on a eu la très bonne surprise d'apprendre que l'enquête était clôturée.
12:10C'est extrêmement rare dans les affaires de violences policières d'avoir des investigations qui se déroulent aussi rapidement.
12:15Là, on parle de trois semaines d'investigation suite à des violences, suite à une vidéo qui a été virale.
12:21Mais il faut quand même le relever.
12:24Bien souvent, on se bat un peu contre les horloges.
12:26Parce que vous allez avoir des investigations qui vont être très lentes, avec des délais de convocation qui vont être
12:32extrêmement longs.
12:34Et là, on a quand même le sentiment, et il faut le relever parce qu'on est parfois critique à
12:37l'égard de l'IGPN ou des procureurs de la République en matière de violences policières,
12:40l'IGPN ainsi que le procureur de la République de Meaux a pris quand même la mesure de ce qui
12:44était en train de se passer, de la gravité des faits.
12:46Et c'est important de le souligner.
12:49On a aussi été entendus sur plusieurs demandes.
12:51On souhaitait un contrôle judiciaire avec une interdiction d'exercer parce qu'on considère que ces policiers n'ont pas
12:57à porter l'uniforme,
12:57qu'ils sont dangereux aussi pour les autres personnes qui sont à Noisiel.
13:02Et on a aussi déposé le plan pour faux en écriture publique.
13:05C'est souvent une sorte de mécanique qui va se mettre en place quand vous avez des violences policières.
13:11Les policiers vont pouvoir justifier leur intervention avec des pseudo-infractions qui auraient été commises.
13:16Et là, on n'y a pas échappé. C'est-à-dire que les policiers ont indiqué de manière totalement
13:21fausse et fallacieuse que Flavelle avait mis un coup de poing.
13:25Assez rapidement, il faut le relever aussi, le procureur de la République de Meaux a indiqué par voix de presse
13:28que ça ne correspondait pas à ce qu'il pouvait avoir en procédure.
13:30Donc ça, c'est important de le dire.
13:32Et on a évidemment déposé plainte assez rapidement.
13:34Et aujourd'hui, un des policiers, celui qui a rédigé le procédure à balle de Cézine, est renvoyé aussi devant
13:38le tribunal pour un faux en écriture publique.
13:40Donc ça, c'est important de le relever. On est assez satisfaits à ce niveau-là.
13:45Plusieurs témoignages et vidéos indiquent que les agents auraient également proféré des insultes racistes, salles noires, salles bougnoles.
13:53Sur ce point, ce n'est pas Flavelle qui les a entendues, mais ça ressort de la procédure.
13:57Et il y a d'autres personnes, une personne qui était présente à ce moment-là, qui a entendu des
14:00propos racistes.
14:01Et une autre victime qui a reçu un tir de LBD et des coups de pieds alors qu'il était
14:04au sol, qui lui aussi a entendu des injures à caractère raciste.
14:07Dans un premier temps, on a déposé plainte à l'IGPN pour toute une série d'infractions, sans ajouter la
14:12circonstance aggravante de racisme,
14:13parce qu'on n'avait pas connaissance de ces propos-là.
14:16Mais par la suite, une fois qu'on a été mis au courant, on a déposé plainte auprès du Parc
14:20Edmo, avec la circonstance aggravante de racisme.
14:25Vous ne vous souvenez pas d'avoir reçu des insultes racistes ?
14:29Bah, avec tous les coups que j'ai reçus, ce qui s'est passé, je n'ai pas le temps
14:36d'écouter si on me dit des choses mal ou pas.
14:41Et qu'est-ce que vous attendez de la justice ?
14:44Ce qu'on attend, c'est des sanctions qui soient à la hauteur de ce que Flavelle a pu subir.
14:53On sent aussi une dynamique peut-être en ce moment par rapport aux violences policières.
14:57On est peut-être un peu pessimiste, parfois, quand on voit le traitement de certaines procédures.
15:02Mais là, suite à ce qui s'est passé pour la famille de M. Gomez à Versailles,
15:06et là, aujourd'hui, le traitement qui a été celui de Flavelle,
15:11on a l'impression qu'il y a peut-être quelque chose qui est en train de se passer.
15:13Donc il faut le souligner.
15:14Je pense que l'institution judiciaire est en train de prendre la mesure du problème des violences policières,
15:17de manière peut-être séquencée.
15:20C'est pas forcément régulier, mais en tout cas, on le relève là.
15:24On attend une audience avec ces trois policiers qui vont être poursuivis.
15:29On se pose encore la question de savoir si on doit, nous, par un cheminement procédural,
15:34poursuivre une des policières qui était présente et qui a aussi menti à l'encontre de Flavelle
15:38en indiquant qu'il avait porté un coup.
15:40C'est aussi une dénonciation calomnieuse.
15:41Elle n'est pas poursuivie.
15:41On a des possibilités de saisir la justice aussi pour qu'elle soit sanctionnée.
15:44On réfléchit à cette opportunité.
15:46On verra au moment venu comment on doit fonctionner.
15:49On attend cette audience qui aura lieu le 6 septembre.
15:52On espère que les magistrats pourront nous écouter.
15:55Et on ira là-bas à la tête haute pour exprimer aussi un ressenti.
16:01Aussi, par rapport à ce que Flavelle disait, effectivement, sans vidéo, on n'aurait pas eu de procédure.
16:07Où serait Flavelle aujourd'hui si personne n'avait filmé ce qui s'était passé ?
16:10Donc, on sera là-bas et on fera face à ces policiers.
16:15Et ce qu'on attend, c'est assez simple.
16:16C'est une interdiction d'exercer.
16:18Tout simplement.
16:19C'est aussi ce que vous attendez, Flavelle ?
16:21Oui.
16:22Personnellement, je ne veux plus qu'il travaille.
16:24Je voudrais remercier la personne qui a fumé d'en haut parce que cette vidéo-là, c'est magnifique.
16:33Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour l'avenir ?
16:46Le meilleur, mais bon.
16:49Pour soutenir Flavelle, vous pouvez suivre le compte Instagram
16:52Flavelle, comité de soutien, le lien est en bio.
16:55A bientôt.
16:55Sous-titrage Société Radio-Canada

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