00:00Je suis tombée et j'ai reçu des coups de pied dans la tête et dans les côtes.
00:02L'un d'entre eux avait des tatouages néo-nazis.
00:04La violence d'extrême droite est concrète.
00:06Mais que se passe-t-il lorsqu'elle fait l'objet d'une plainte ?
00:08Neuf mois après l'attaque violente contre un bar militant d'Alès,
00:11trois hommes ont été placés en garde à vue cette semaine,
00:13puis reconnus par plusieurs victimes lors d'une confrontation avant d'être remis en liberté.
00:17Pour rappel, le 31 mai 2025, le bar Le Prolet à Alès est attaqué.
00:21Une dizaine d'individus prennent pour cible ce lieu connu comme fief militant communiste.
00:24Coups, gaz lacrymogènes, menaces.
00:26Les serveurs sont frappés en premier, les clients ensuite.
00:29Plusieurs des victimes sont membres du Parti communiste français.
00:31Les faits sont graves, les violences sont documentées.
00:33Le soir même, les premiers dysfonctionnements se manifestent.
00:35La police se rend sur place, recueille les déclarations,
00:37mais le lendemain, aucune plainte n'est enregistrée.
00:40Six mois plus tard, en novembre, devant cette inertie,
00:42les victimes organisent une conférence de presse et lancent une alerte publique.
00:45Le procureur reconnaît des difficultés d'identification
00:48et il évoque une mobilisation importante des services d'enquête sur d'autres priorités,
00:52notamment le narcotrafic.
00:53En creux, un message, la violence d'extrême droite n'est pas une priorité.
00:57Il a fallu attendre ce mardi 24 février, soit neuf mois après les faits,
01:00pour que trois hommes soient enfin placés en garde à vue.
01:02Plusieurs témoignages les présentent comme proches du bloc Montpellier 1,
01:05groupe néofasciste, par ailleurs visé par une procédure de dissolution.
01:09La décision de lever la garde à vue des trois hommes
01:11suscite l'incompréhension des victimes et de leurs avocats.
01:13Contactée par l'Humanité, Sophie Mazas, l'une des avocates des victimes, décrit un choc.
01:17Pour les victimes, voir les personnes qu'elles ont formellement reconnues
01:20ressortir libres à l'issue de la confrontation
01:22et, dit-elle, extrêmement effrayant.
01:24Car une confrontation n'est jamais un acte anodin.
01:26Elle expose les plaignants, physiquement et psychologiquement.
01:28L'avocate souligne que les personnes identifiées
01:30comme étant leurs agresseurs peuvent les retrouver.
01:32De son côté, le procureur d'Alès, Abdelkrim Grigny,
01:35justifie cette décision par la poursuite de vérification.
01:37Face à ces déclarations contradictoires,
01:39quelques points restent à vérifier par les enquêteurs, a-t-il déclaré.
01:42Ajoutant, dans quelques petites semaines,
01:43je déciderai soit d'un renvoi devant le tribunal,
01:46soit d'un classement sans suite.
01:47Une perspective qui inquiète la défense.
01:49Sophie Mazas dit, voire mal, quelles investigations supplémentaires
01:53seraient nécessaires au vu des reconnaissances intervenues
01:55lors de la confrontation.
01:56Elle prévient, si l'affaire devait déboucher sur un classement sans suite,
01:59ce serait catastrophique.
02:00La violence d'extrême droite est concrète,
02:02matérielle, dégradation, intimidation,
02:04coups, gaz lacrymogènes.
02:05Elle vise des lieux identifiés, des militants identifiés.
02:08Elle est organisée.
02:09Et même lorsque des suspects sont identifiés,
02:11placés en garde à vue, reconnus par leurs victimes,
02:13ils ressortent libres.
02:14C'est parti.
02:14Sous-titrage Société Radio-Canada