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  • il y a 2 semaines
Après des semaines de pressions venant de tous les bords politiques, Morgan McSweeney, le chef du cabinet de Keir Starmer, premier ministre britannique, a annoncé sa démission dimanche 8 février. Il était sur la sellette pour avoir « conseillé » à Keir Starmer de nommer Peter Mandelson comme ambassadeur aux États-Unis, malgré ses liens établis avec Jeffrey Epstein. Décryptage avec Christophe Deroubaix.

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Transcription
00:00L'affaire Epstein va-t-elle faire tomber le gouvernement britannique ?
00:02Au Royaume-Uni, le 8 février, Morgan MacSweeney, chef du cabinet du Premier ministre travailliste Keir Starmer,
00:08a démissionné après avoir reconnu, avoir conseillé Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington,
00:14malgré ses liens connus avec Jeffrey Epstein.
00:16Keir Starmer a exprimé ses regrets et présenté ses excuses aux victimes,
00:20tandis que certains, jusqu'à dans son propre camp, réclament son départ.
00:23Nous revenons sur cette crise politique avec Christophe Deroubet, grand reporter à l'Humanité.
00:28Christophe, bonjour.
00:30Peux-tu nous refaire le déroulé de ce qu'il s'est passé au Royaume-Uni depuis la libération des
00:35nouveaux documents Epstein ?
00:37Oui, alors ça fait plusieurs mois.
00:39En fait, ce n'est pas seulement la dernière livraison d'il y a quelques jours qui a provoqué un
00:44début de crise.
00:45On a appris dès le mois de septembre que Peter Mandelson, qui est un ancien ministre travailliste
00:51et qui avait été nommé par Keir Starmer comme ambassadeur de Grande-Bretagne aux États-Unis,
00:57qui est le poste le plus prestigieux de la diplomatie britannique,
01:00avait continué d'entretenir des relations avec Jeffrey Epstein, le pédocriminel,
01:04non seulement bien après sa condamnation de 2008,
01:09mais même jusqu'au bout, jusqu'à sa dernière arrestation et jusqu'à sa mort par suicide présumé en prison.
01:17Donc on a appris que Peter Mandelson, qui est une figure centrale du parti travailliste des années Blair,
01:24la deuxième période des années Blair, quand Gordon Brown était Premier ministre,
01:29partagait des informations quasiment jour le jour avec Jeffrey Epstein.
01:36Donc on n'est pas simplement dans une relation épistolaire plus ou moins lointaine,
01:40comme certains s'en défendent, mais une relation de très grande proximité.
01:44Et donc, tu as cité la démission du chef de cabinet de Keir Starmer, Morgan MacSweeney.
01:51On peut dire que c'est infusible.
01:53Il y a une double démission d'ailleurs.
01:55Il y a la démission de Tim Alland, qui était le directeur de la communication.
02:00Donc évidemment, les deux disent que c'est leur responsabilité,
02:03parce qu'ils ont recommandé cette nomination de Peter Mandelson à Washington.
02:10Keir Starmer, justement, est-ce qu'il peut être tenu responsable de cette nomination ?
02:13Même s'il prétend ne rien savoir de ses liens avec le pédocriminel ?
02:17Il est de fait responsable, puisque c'est lui le Premier ministre, c'est lui qui nomme.
02:20Certains le conseillent, mais lui, lui exécute et décide.
02:24Il n'exécute pas, il décide, pardon.
02:26Donc il est de fait responsable.
02:28Est-ce que Keir Starmer était au courant de la relation très proche,
02:35voire d'amitié entre Peter Mandelson et Jeffrey Epstein ?
02:38Personne n'a les informations pour l'affirmer ou l'infirmer.
02:42En tout cas, lui, Keir Starmer, dit qu'il n'avait pas une façon aussi de se protéger
02:47et d'empêcher d'aller plus loin dans la crise politique
02:50dans laquelle il était déjà englué avant même l'affaire Epstein.
02:53Quelles peuvent être les conséquences pour le gouvernement ?
02:57Alors, les conséquences, on va les mesurer assez rapidement.
03:02Il y a une élection partielle dans une circonscription du nord du pays,
03:07qui est le bastion du Parti travailliste, le 26 février.
03:11Le Parti travailliste est donné au coude à coude avec Reform UK,
03:15qui est le parti d'extrême droite dirigé par Nigel Farage.
03:19Et donc, on va voir à quel point l'électorat travailliste se détache
03:26ou sanctionne le député travailliste,
03:29sachant que ça, ça intervient dans un contexte
03:31où le Premier ministre Keir Starmer est déjà très impopulaire.
03:35C'est le Premier ministre le plus impopulaire de l'histoire de la Grande-Bretagne
03:39après 18 mois d'office, de mission.
03:45Sachant qu'il a déjà été élu aussi dans un...
03:47On a parlé en 2024, lors de son élection, d'un raz-de-marée pour les travailleurs.
03:52C'était vrai en termes de sièges, avec 411 sièges.
03:54Mais en fait, ça tenait plus au mode de scrutin,
03:57qui est particulier aux États-Unis, en Grande-Bretagne.
04:01C'est-à-dire, c'est un scrutin uninominal à un tour.
04:03Le premier arrivé, pas de second tour.
04:05Le premier arrivé en tête, l'emporte.
04:07Donc, s'il y a de la division derrière,
04:09on peut être majoritaire tout en ayant 30% des voix.
04:12Ce qui est arrivé à Keir Starmer, d'ailleurs.
04:14Qui a réuni moins de voix en 2024 que Jérémie Corbyn en 2019 et 2017.
04:20Donc, il n'y a pas eu de mandat de...
04:22C'est une sanction des conservateurs,
04:24mais il n'y a pas d'adhésion au parti travailliste.
04:26Et puis, il y a eu un premier décrochage
04:27après le vote d'un budget d'austérité en mars 2025, de mémoire.
04:34Et là, on va mesurer quel impact ça a sur l'électorat.
04:38Donc, c'est le 26 février.
04:39Il faut regarder de près ce qui se passe dans cette circonscription.
04:41La démission du gouvernement te semble-t-elle envisageable ?
04:46Pour l'instant, Keir Starmer repousse cette éventualité.
04:50Hier, il y a eu une réunion avec les élus du Labour,
04:54donc du parti travailliste à Westminster.
04:57Tous ont soutenu Keir Starmer,
05:00se sont levés, l'ont applaudi assez longuement.
05:0337 ou 38 secondes ont mesuré les journalistes présents.
05:09Il y a une...
05:10S'il y a des missions du gouvernement,
05:12il y a une nomination d'un autre Premier ministre,
05:14mais ça ne résout rien aux problèmes fondamentaux.
05:17Et donc, peut-être qu'on se dirigerait vers des élections anticipées.
05:20Les élus travaillistes n'ont aucun intérêt à des élections anticipées,
05:22parce qu'ils sont donnés largement perdants en cas d'élections anticipées.
05:26Donc, tous les députés qui viendraient à demander la démission de Keir Starmer
05:29demanderaient d'une certaine façon aussi, à terme, leur défaite.
05:34Ceci dit, ça a l'air assez solide,
05:37mais il y a quand même des frictions, des brèches,
05:39puisque le responsable du parti travailliste en Écosse,
05:43qui s'appelle Amès Sarwar,
05:45a demandé la démission de Keir Starmer.
05:47Pour l'instant, jusqu'à l'élection du 26 février,
05:51à mon sens, il n'y aura pas d'évolution.
05:54Le 25 février, le roi a été interpellé dans un village
05:57sur la présence de son frère et de son ex-femme,
05:59à plusieurs reprises, dans les Epsin Files.
06:01Que peux-tu nous dire là-dessus ?
06:04Oui, il y a deux crises en Grande-Bretagne.
06:06C'est un peu la particularité de ce qui se passe en Grande-Bretagne.
06:08Il y a une crise à Westminster,
06:10et il y a une crise à Buckingham Palace.
06:12Donc, la crise à Westminster, on vient d'en parler avec Keir Starmer,
06:14qui est extrêmement fragilisée, même s'il reste en place.
06:17Et la crise à Buckingham Palace, on la connaît depuis beaucoup plus longtemps.
06:20Les liens de l'ancien prince Andrew,
06:23qui a été déchu de ses titres royaux,
06:25qui s'appelle maintenant Andrew Moonbatten Windsor,
06:28sont avérés depuis très très très longtemps.
06:31Raison pour lesquelles, d'ailleurs, le roi Charles III
06:33a déchu son frère de tous ses titres royaux.
06:38De ce point de vue-là,
06:40je pense qu'à l'humanité, on n'est pas trop des fans de la royauté.
06:43C'est une évidence.
06:45Mais Charles III a fait ce qu'il avait à faire.
06:48Il a fait la transparence.
06:50Il a déchu son frère de ses titres.
06:52Il a fait déménager d'une très très grande propriété
06:55à une plus petite propriété de quelques centaines de mètres carrés.
06:58Et ceci dit, plus récemment, il a proposé,
07:02enfin plus récemment, c'était hier d'ailleurs,
07:04proposé à la police de collaborer si besoin pour l'enquête.
07:09Donc j'ai l'impression, si je devais résumer,
07:12que la situation est moins compliquée pour Charles III
07:14qu'elle ne l'est que pour Keir Starmer.
07:17Merci.
07:18Christophe, je te remercie pour cet entretien.

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