00:01Pourquoi le premier ministre britannique a-t-il démissionné ?
00:04Toutes les décisions que j'ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j
00:08'aime.
00:08C'est pourquoi je vais démissionner de mon poste de chef du parti travailliste,
00:11ainsi déclaré lundi 22 juin, la voix étranglée par les larmes,
00:15Keir Starmer.
00:17Pierre Barbancet, grand reporter au service monde, actuellement à Belfast.
00:21Peut-être d'abord, est-ce que tu peux nous rappeler les raisons et le contexte
00:24qui ont poussé Keir Starmer à annoncer sa démission ?
00:28D'abord, bonjour à tout le monde.
00:31Il faut d'abord rappeler que Keir Starmer, le premier ministre qui vient d'annoncer sa démission,
00:37comme tu l'as dit, est sur la sellette depuis plusieurs mois maintenant.
00:41D'abord parce qu'effectivement, lors des dernières élections générales,
00:44le parti travailliste avait remporté un score quasi historique,
00:49reprenant les rênes du pouvoir après plus de 14 ans d'absence, en réalité.
00:54C'était la droite, ce qu'on appelle les conservateurs, les Tories, ici, en Grande-Bretagne.
01:01Et donc, il y avait beaucoup d'espoir, en fait, qui avait été formulé,
01:04notamment de la part de la population et des électeurs.
01:08Et en réalité, non seulement la politique intérieure qui l'a menée n'a pas amené quoi que ce soit
01:14de plus
01:14pour les travailleurs britanniques, voire même pire,
01:17et sur le plan international, c'était un alignement avec les États-Unis,
01:21et notamment sa politique de soutien à Israël
01:24et de répression du mouvement de solidarité avec les Palestiniens.
01:27Et tout ça a fait que lors des dernières élections municipales,
01:30le parti travailliste a pris une grosse claque
01:33en perdant des milliers de conseillers municipaux.
01:37Et donc, déjà, même au début de l'année, en janvier,
01:40déjà, la possible démission de Keir Starmer avait été posée
01:44par certains membres du parti travailliste,
01:46certains dirigeants du parti travailliste.
01:49Et dans les prétendants, évidemment, on trouvait Andy Bagram,
01:55celui qui est le maire du Grand Manchester,
01:57qui déjà, à l'époque, avait voulu se présenter à une élection au mois de janvier.
02:01Il avait été empêché par le parti travailliste lui-même,
02:04qui sentait bien qu'une victoire possible d'Andy Bagram
02:08lui ouvrait la voie du 10 Downsding Street,
02:11c'est-à-dire la résidence du Premier ministre britannique.
02:14Et c'est bien ce qui s'est passé, puisque le jeudi dernier,
02:17jeudi 18 juin, l'élection partielle qui a eu lieu
02:20a permis à Andy Bagram de gagner les élections
02:22face à l'extrême droite de Reform UK et Nigel Farage,
02:26avec plus de 53% des voix.
02:28Donc, c'est une victoire sans appel.
02:30Et donc, à partir de ce moment-là,
02:32l'idée était quasiment lancée.
02:36Et puis, on attendait juste la décision de Keir Starmer,
02:38qui l'attendait le week-end.
02:40Et donc, c'est ce qu'il a fait ce matin,
02:42avec effectivement un peu de trémolo dans la voie,
02:46presque au bord des larmes,
02:48ne soyons pas trop durs.
02:51Donc, évidemment, voilà,
02:53ce qui va se passer, c'était un processus
02:55qui va être mis en place.
02:57Oui, parce que ce qu'il faut savoir, c'est...
02:59Oui, vas-y, vas-y.
03:01Ce qu'il faut savoir, c'est que le Premier ministre,
03:04en fait, va être issu du Parti Travailliste,
03:07du Labour Party.
03:08Et pour ça, il faut que 20% des députés
03:13travaillistes à la Chambre des communes
03:17désignent quelqu'un.
03:1820%, ça veut dire,
03:19sur le nombre de députés travaillistes
03:21qui existent actuellement à la Chambre des communes,
03:23ça veut dire 81 députés.
03:25Donc, les 20%,
03:26sur plus de 400, ils sont.
03:29Et donc, ça va se faire entre le 9 et le 16 juillet.
03:33Donc, ça veut dire que,
03:34même s'il a annoncé sa démission,
03:36en fait, pour l'instant, il reste Premier ministre
03:38jusqu'à ce que ce processus arrive à son terme.
03:40Donc, concrètement, il sera toujours Premier ministre
03:43jusqu'à quoi ? Jusqu'à la rentrée ?
03:46Jusqu'à la rentrée de septembre ?
03:47Il a promis que les choses seraient réglées
03:48avant la rentrée parlementaire du mois de septembre.
03:51Parce que, comme je viens d'expliquer,
03:53il faut déjà que 81 députés
03:56choisissent quelqu'un,
03:57ce qui va être le cas, je veux dire,
03:5981 députés.
04:00Il ne faut pas simplement qu'ils souhaitent
04:01le départ du Premier ministre sortant,
04:03il faut aussi qu'ils arrivent à en désigner un autre.
04:05Alors, s'il n'y en a qu'un seul qui est candidat,
04:07ça va être assez simple et assez rapide.
04:10S'il y en a plusieurs,
04:11et c'est un peu, pour l'instant,
04:13c'est ce qui se dessine,
04:16mais on ne sait pas,
04:16les tractations de couloirs,
04:18on peut savoir ce qui va se passer
04:19dans les prochains jours.
04:22Alors là, dans ce cas-là,
04:23il faudra que les députés
04:25et les membres du Parti travailliste
04:27et les syndicats,
04:28donc qui sont affiliés au Parti travailliste,
04:30se déterminent également.
04:31Donc, ça prendra un peu plus de temps.
04:33Mais encore une fois,
04:34Kirstarma a promis
04:35qu'il y a pour la rentrée parlementaire
04:36du mois de septembre,
04:37les choses soient faites.
04:38Donc, maintenant, il faut regarder
04:39qui sont les candidats.
04:40On se disait un peu avant de lancer cette émission
04:44que, selon toi,
04:46Kirstarma avait démissionné
04:47pour mieux conserver son poste.
04:50Est-ce que tu peux nous expliquer
04:51ce qu'il a derrière la tête ?
04:53Non, c'est effectivement ce que je pensais,
04:55mais là, il a été très clair
04:57dans son annonce ce matin de sa démission.
05:00Il ne sera plus candidat du tout,
05:03ni à la tête du Parti travailliste,
05:04ni comme chef du gouvernement,
05:06puisqu'il a dit qu'un grand job l'attendait,
05:10c'était celui d'élever ses enfants
05:12et d'être le meilleur mari du monde.
05:14Donc, là où se situe la politique britannique
05:17aujourd'hui, mais enfin bon,
05:18pourquoi pas ?
05:19Donc, voilà ce que je pensais auparavant.
05:21J'ai prêté des mauvaises intentions
05:23à Kirstarma, j'ai mon excuse.
05:26Il me semble avoir vu
05:27que le Royaume-Uni a connu
05:29sept premiers ministres en dix ans.
05:30Je crois que c'est ça,
05:32les chiffres que j'ai vus.
05:33Est-ce que là,
05:34cette démission de Kirstarma
05:35annonce une nouvelle période
05:36d'instabilité assez forte
05:39au Royaume-Uni
05:40où est-ce qu'on peut espérer
05:41que tous les processus,
05:43tous les choix que tu nous as expliqués
05:44vont être menés correctement
05:46et qu'il va pouvoir y avoir
05:48un nouveau premier ministre
05:49de manière assez sereinement en tout cas ?
05:52Non, non, il n'y aura pas de carence du pouvoir.
05:56Les choses sont très bien organisées.
05:58Le Parti travailliste n'a pas intérêt
06:00à partir à des élections anticipées maintenant
06:04parce que c'est une très forte chance
06:07qu'il ne retrouve pas son score précédent.
06:10D'autant plus que les dernières élections générales
06:13ont montré que le bipartisme,
06:16qui est si fort en Grande-Bretagne,
06:19avait un peu de plomb dans l'aile.
06:22D'une part, parce qu'avec les verts
06:23et ce qu'on appelle les sociolibéraux,
06:25et l'extrême droite,
06:27la réforme UK,
06:27qui a commencé à grignoter beaucoup,
06:30enfin c'est plus que grignoter,
06:31il a commencé à prendre des grosses parts,
06:32sur la droite classique conservatrice,
06:35des touristes,
06:36avec un certain nombre de cadres de ce parti
06:37qui sont partis déjà à l'extrême droite.
06:40Et puis, puisque je suis à Belfast,
06:42on peut dire que l'extrême droite
06:43se porte malheureusement bien,
06:46de certaine manière,
06:47puisqu'on l'a vu avec les débordements racistes
06:52qui s'en sont pris aux migrants et aux réfugiés,
06:55ici dans les rues de Belfast,
06:56je ne suis pas assez dans des rues,
06:57mais enfin, on ira tout ça dans l'Ivoire bientôt,
07:01où ils ont brûlé des maisons,
07:03ils ont éclaté les vitres,
07:04ils ont frappé des gens,
07:05et donc beaucoup de peur,
07:07et de peur,
07:08et donc l'extrême droite
07:10se porte relativement bien
07:12et entend bien continuer à faire ça.
07:14Donc on va voir aussi
07:15le candidat travailliste,
07:18qui il sera,
07:19et qu'est-ce qu'il va faire.
07:21Et justement, toi qui es à Belfast en ce moment,
07:23est-ce que tu as vu
07:25des réactions à cette démission,
07:27même si c'était quelque chose
07:27qui était finalement un petit peu attendu,
07:29est-ce qu'au contact de la population,
07:31tu as vu plutôt du soulagement,
07:33de l'inquiétude,
07:34ou finalement, on n'en a rien à faire ?
07:39Tu n'en avais un peu rien à faire.
07:41Même les sites,
07:42même les sites des journaux nord-irlandais
07:50le mentionnent évidemment,
07:51mais ils n'ont pas des énormes titres.
07:54Évidemment, les situations
07:55sont un petit peu plus compliquées,
07:56l'Irlande du Nord et l'Irlande du Nord,
07:57ils ont leur propre parlement,
07:59même s'ils appartiennent aussi
08:01au parlement britannique,
08:03donc les choses sont un petit peu différentes,
08:08mais ce qui est intéressant,
08:09c'est que Manchester n'est pas si loin que ça d'ici,
08:12et qu'évidemment,
08:13le candidat principal du parti travailliste
08:15risque d'être Andy Burham,
08:17celui qui a gagné les élections
08:18le jeudi 18 juin,
08:20et qui ne cache d'ailleurs pas
08:21ses prétentions.
08:23Alors, on le classe à gauche,
08:27peut-être un peu vite,
08:28ou alors ça dépend ce qu'on regarde,
08:30pour le classer à gauche.
08:32C'est vrai que,
08:33bon, par rapport à Starmer,
08:34mais ce n'est pas très compliqué
08:35d'être plus à gauche que Starmer,
08:37Andy Burham peut passer pour ça,
08:39d'autant plus que c'est quelqu'un
08:40qui est né en 1970,
08:42à Liverpool,
08:43donc grande ville ouvrière,
08:44grande ville de tradition
08:45de lutte ouvrière,
08:47qu'il a grandi entre Liverpool
08:49et Manchester,
08:50il a été élu maire du Grand Manchester,
08:54et le Grand Manchester
08:55est une zone,
08:56une région
08:56qui a un développement économique
08:58qui est beaucoup plus important
08:59qu'au niveau national.
09:01C'est vrai que pendant la période
09:02du Covid, par exemple,
09:03il s'est beaucoup activé,
09:05notamment pour trouver des fonds
09:07pour des entreprises
09:08et pour aider les salariés
09:09qui étaient touchés
09:10par la pandémie.
09:13Il a aussi situé des bus,
09:16des transports publics,
09:17en mettant en adéquation
09:19les bus et les chemins de fer
09:21pour permettre à la population
09:22de se déplacer mieux
09:23et moins cher.
09:24Donc, effectivement,
09:25il a à son actif
09:26un certain nombre de mesures.
09:29Est-ce que ça,
09:30il arrivera à le faire
09:31au niveau national ?
09:32Ça, c'est à voir.
09:33C'est vrai aussi
09:34qu'il parle de réindustrialisation
09:36dans un pays
09:36dont l'économie
09:37de la Lombretagne
09:38est quand même
09:38beaucoup portée
09:39par les services.
09:41C'est vrai que c'est une annonce
09:42qui est relativement intéressante.
09:44Le problème,
09:45c'est que
09:48Burnham a fait une déclaration
09:49il y a quelques jours
09:50en disant
09:50« Si je suis Premier ministre,
09:52mon premier déplacement
09:53à l'étranger
09:53sera en Israël ».
09:54Dans un pays
09:56où les manifestations
09:57et la mobilisation
09:58pour la Palestine
09:59sont très importantes,
10:01très fortes,
10:02et où déjà
10:02Keir Starmer
10:03a essayé
10:03de criminaliser
10:05la lutte
10:06de soutien palestinien,
10:08notamment avec
10:09un certain nombre
10:09d'organisations
10:10et de militants
10:10qui ont été
10:11traînés devant la justice,
10:13accusés de terrorisme,
10:15carrément,
10:16ce n'est pas sûr
10:17que les déclarations
10:18de Burnham
10:18fassent très plaisir
10:20à ceux qui sont
10:21pour le coup
10:22vraiment à gauche,
10:23y compris au sein
10:23du Parti travailliste.
10:26Et puis,
10:27Andy Burnham,
10:28en 2017,
10:29s'était présenté
10:30contre Jeremy Corbyn
10:32pour prendre la tête
10:33du Parti travailliste.
10:33Il avait échoué,
10:34mais Jeremy Corbyn,
10:35c'était quand même
10:36la grande figure
10:37très à gauche
10:37du Parti travailliste.
10:39Donc,
10:40voilà,
10:41ça dépend
10:42où on se situe
10:42pour parler de la gauche.
10:44Et en tout cas,
10:45ce sera peut-être
10:46lui le prochain
10:46Premier ministre
10:47du Parlement britannique.
10:49On verra bien.
10:49Merci beaucoup,
10:50Pierre Barbancey.
10:51Merci à toi.
10:53Merci à toi.