- il y a 1 semaine
Le tribunal correctionnel de Paris a rendu sa décision, lundi 13 avril, dans le procès du cimentier Lafarge et de huit de ses anciens cadres, accusés d’avoir financé des groupes terroristes en Syrie. Les peines vont de 18 mois à sept années de prison. Un mandat de dépôt a été prononcé pour l'ex-PDG Bruno Lafont et le directeur adjoint Christian Herrault.
Retour sur le verdict du procès Lafarge pour financement du terrorisme, avec l’écrivain Laurent Binet. Entre analyse du jugement, ambiance d’audience et tension finale liée à l’incarcération immédiate, un échange à chaud après une décision judiciaire majeure.
Disponible aussi en podcast :
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00:00 Introduction
01:12 Ce qu’il faut retenir de l'affaire
09:18 Lafarge, la phase finale du capitalisme ?
17:11 Les coulisses du procès
34:44 Un membre du FN impliqué ?
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NewsTranscription
00:01Bonjour à tous pour ce stream consacré au procès Lafarge qui vient de s'achever.
00:07On a eu le jugement il y a quelques heures et on accueille donc Laurent Binet, écrivain.
00:14Je ne sais pas s'il faut présenter Laurent, mais je vais le faire quand même un peu.
00:18Laurent, tu es agrégé de lettres modernes, tu as été enseignant pendant dix ans en Seine-Saint-Denis,
00:23tu es désormais écrivain, on se souvient que tu as reçu le concours du premier roman pour HHHHH sur ce
00:31projet d'attentat
00:32contre le dignitaire nazi Reinhard Tedrich, tu as signé depuis plusieurs ouvrages,
00:37la septième fonction du langage, civilisation, perspective en 2023,
00:42et tu nous as prêté ta plume pour suivre le procès du cimentier Lafarge pour financement du terrorisme,
00:51une audience que tu as chroniquée dans l'humanité dans le cadre d'un projet de livre.
00:55Ton prochain livre sera consacré à cette affaire.
00:59On était côte à côte lundi dans la salle d'audience au moment du prononcé du jugement.
01:06La société Lafarge et huit anciens cadres ou employés de l'entreprise ont été reconnus coupables.
01:12Qu'est-ce que tu as retenu de ce moment et des quatre heures de lecture du jugement, un long
01:19jugement ?
01:21Oui, j'ai eu une appréciation, comment dire, en termes de critique théâtrale.
01:31C'était un moment assez réussi parce que c'est vrai que la justification du jugement,
01:37la présidente, enfin les magistrats avaient fait un travail absolument formidable de synthèse
01:44de tous les éléments du procès.
01:47Donc synthèse détaillée et assez exhaustive et le travail était formidable.
01:51Mais pour ceux comme nous qui avaient suivi le procès, il y avait quelque chose d'un peu fastidieux.
01:57Donc ça ronronnait un peu et en fait soudain, la tension dramatique est montée,
02:03pas tout à fait d'un coup d'ailleurs.
02:05C'est-à-dire qu'avant même la sanction, enfin le coup de théâtre, c'était l'incarcération immédiate.
02:13Mais donc dans les secondes, dans les minutes qu'on précédait vraiment le coup de marteau,
02:21d'une certaine manière, on a vu les policiers s'avancer progressivement dans la salle.
02:27Et donc là, ça nous a tous réveillés.
02:29On a senti qu'il se passait quelque chose et de fait, il s'est passé quelque chose
02:32puisque sur les quatre prévenus présents, il y en a deux qui sont repartis directement en présent.
02:38Les deux plus hauts cadres, en fait, l'ancien PDG Bruno Laffont et l'ex-directeur général adjoint Christian Ayrault,
02:46dont les responsabilités ont été pointées lourdement par ce jugement.
02:50Et donc ils ont eu un mandat de dépôt.
02:52Ça veut dire qu'effectivement, des policiers se sont placés à côté d'eux pendant la lecture du jugement
02:58et qu'ils ont été incarcérés immédiatement, qu'ils ont donc dormi en prison la nuit dernière.
03:05Ça, c'était un choc pour beaucoup de monde.
03:08Est-ce que c'est un choc pour toi salutaire ?
03:10Est-ce que ça montre qu'effectivement, la justice peut être dure, pas seulement avec les petits, mais aussi avec
03:16les grands ?
03:17Oui, c'est ce qu'ensuite, à la fin, je suis resté écouter les commentaires des uns et des autres.
03:22Et certains de tes collègues ou certains des avocats de la partie civile soulignaient, rappelaient ce qui avait été évoqué
03:31au procès aussi,
03:32que les maires des djihadistes avaient parfois été très sévèrement sanctionnés de deux ou trois années de prison.
03:38Pour quelques centaines d'euros.
03:39Voilà, parce qu'elles avaient envoyé quelques centaines d'euros à leur fils, leur fils qui était donc parti se
03:47battre en Syrie.
03:48Donc c'était évidemment du sérieux.
03:51Mais enfin, c'était leur fils et c'était des sommes dérisoires.
03:54Et elles avaient pris beaucoup.
03:56Et donc, il semblait logique.
03:59Là, ce que j'ai entendu, c'était que le parquet antiterroriste est connu pour sa sévérité.
04:06Mais que si on voulait éviter l'accusation et le reproche d'avoir affaire à une justice de classe,
04:14il était logique que cette sévérité s'exerce aussi chez les cols blancs et chez les grands patrons qui étaient
04:24impliqués dans cette affaire Lafarge.
04:27De fait, on a senti tout au long du procès, et là, pendant ces trois heures, je dis que ces
04:32trois heures étaient fastidieuses,
04:33mais c'était quand même, on a senti l'extrême sévérité dans le ton, enfin la condamnation.
04:39Elle était déjà dans les termes de la présidente qui a parlé de mauvaise foi, de défense absurde, de cynisme.
04:46Elle a répété le mot à plusieurs reprises.
04:50Et elle a souligné aussi à plusieurs reprises qui, moi, l'une des choses que je retiens le plus de
04:59ce procès,
05:00c'était la dissonance cognitive des prévenus, l'écart entre les valeurs dont il se réclamait sans arrêt,
05:10les fameuses valeurs Lafarge, d'humanisme, de catholicisme social, cette volonté de s'inscrire dans une histoire,
05:24une belle histoire, enfin le bon côté, c'est comme le bon capitalisme.
05:31Le bon capitalisme par opposition au mauvais capitalisme, il y aurait ce bon capitalisme
05:35qui serait le capitalisme un peu paternaliste de l'époque où les grands patrons faisaient construire des petites maisons à
05:45leurs ouvriers.
05:46Enfin, ils ne l'ont pas exactement formulé comme ça, mais c'est ça que j'ai ressenti.
05:50Et en fait, le contraste était terrible entre ce dont il se revendiquait, presque comme un argument de défense.
05:58C'est-à-dire, non, ce n'est pas possible, de toute façon, ce n'est pas nous.
06:01On n'a pas pu faire ça, nous.
06:02Voilà, c'est contraire à toutes nos valeurs, toute notre histoire, etc., etc.
06:08Bon, ce qui n'est jamais un argument qui peut être très convaincant.
06:13Pas moi, vous me connaissez.
06:15Mais donc, c'était quand même très intéressant.
06:19Oui, c'était très intéressant sur l'image que le capitalisme a de lui-même,
06:27que ces gens ont d'eux-mêmes, et sur la représentation qu'ils veulent donner d'eux-mêmes.
06:34Et c'est vrai que là, tout s'est effondré, notamment au fil des témoignages des employés.
06:41C'est-à-dire que...
06:42C'est ça qui a ramené la réalité de l'impact de leur décision de négocier avec les groupes terroristes.
06:48C'est-à-dire que le...
06:50Donc, ils ont fait feu de tout bois pour l'argumentation.
06:53C'est la DGSE qui nous a dit de le faire.
06:55Mais alors, l'argument, en effet, je trouve le plus...
06:59Je crois que le mot indécent a été prononcé, je ne sais plus par qui.
07:03L'argument le plus indécent était de le dire.
07:06On l'a fait pour nos employés.
07:07On l'a fait pour ces pauvres Syriens qui, sinon, se seraient retrouvés au chômage
07:11ou dans des situations très compliquées.
07:12Et en même temps, des employés sont venus témoigner à la barre.
07:16Il y a eu des témoignages en visio, des témoignages écrits, témoignés à la barre,
07:20du manque de considération absolue dont les dirigeants ont fait preuve envers eux,
07:26les mettant dans des situations impossibles et plus qu'impossibles,
07:29dangereuses et dangereuses au péril de leur vie.
07:31Et avec le...
07:34Certains ont rappelé ce qu'on leur avait dit, une petite claque dans le dos en leur disant
07:38« Non, mais les checkpoints avec Daesh, avec des gens en Kalachnikov qui parfois... »
07:43Des enlèvements.
07:44Voilà.
07:45Les retenaient pendant des heures et allant jusqu'au kidnapping de plusieurs jours.
07:50De voilà, bon, c'est pas si terrible.
07:52Tu montes tes papiers, tu perds une ou deux heures.
07:54Bon, c'est...
07:55Et jusqu'à l'apothéose finale de toute cette histoire qui est la prise de l'usine par Daesh
08:01où le plan d'évacuation qui était soi-disant prévu n'a pas fonctionné pour des raisons complexes et techniques.
08:10Mais enfin, la Corée a quand même dû être anticipée.
08:12Et le fameux plan d'évacuation, finalement, ça s'est fini par une évacuation, pas du tout en ordre de
08:20bataille,
08:20mais un sauf qui peu général, où on a pris tous les véhicules disponibles et où l'un des derniers
08:27a quitté l'usine
08:28est partie limite en mobilette avec les forces de Daesh qui étaient déjà à l'horizon.
08:37Le tribunal a vraiment pointé ce cynisme, a rappelé déjà le rôle clé de ces anciens salariés syriens
08:44et des associations qui les accompagnent dans cette affaire.
08:47C'est quand même parce qu'il y a une plainte d'eux que tout ça démarre, que cette affaire
08:51existe.
08:52La présidente l'a rappelé et a rappelé aussi que c'était ni au nom des valeurs Lafarge,
08:59ni pour maintenir l'emploi de ces salariés syriens que Lafarge est resté là-bas,
09:05mais bien pour vendre du ciment, y compris vendre si possible au meilleur prix
09:10en profitant d'une situation de quasi-monopole pour la future reconstruction de la Syrie.
09:15Donc l'objectif était là.
09:17Justement, dans ta première chronique, tu t'interrogeais, tu te demandais
09:21si Lafarge ne représentait pas la phase terminale du capitalisme.
09:25Tu l'avais présentée comme ça.
09:28Est-ce que tu as eu ta réponse pendant l'audience ?
09:30Est-ce qu'ils ont dévoyé ces soi-disant valeurs dans un choix complètement cynique ?
09:39Je crois qu'il y avait un peu de wishful thinking.
09:44Je pense que le capitalisme va survivre au scandale Lafarge.
09:50Mais oui, je pense que cette histoire est un rappel salutaire quand même
09:56de ce qu'est le capitalisme par rapport à ce qu'il prétend être.
10:01C'est-à-dire que la vocation du capitalisme, c'est de faire des profits.
10:06Et tout autre objectif est un objectif secondaire.
10:12Et donc, c'est-à-dire que si jamais, à un moment ou à un autre,
10:16il y a conflit entre l'objectif premier et vraiment fondamental
10:24et n'importe quel objectif secondaire, l'objectif premier prendra le dessus.
10:28C'est-à-dire, bon, voilà, Total peut essayer de nous expliquer qu'il oeuvre pour l'environnement.
10:36Mais si il s'agit d'exploiter des gisements de gaz de schisme, il le fera.
10:44Enfin, je veux dire, la question ne se pose pas.
10:48Volkswagen peut nous expliquer qu'il est très attaché aux normes de sécurité.
10:52Mais si pour passer les contrôles, pour une raison ou pour une autre,
10:55parce que ça ne l'arrange pas, il doit trafiquer les capteurs, il le fera.
11:00C'est-à-dire que c'est un bon rappel.
11:04Et alors, ce qui était intéressant, c'était...
11:07Oui, c'est-à-dire, en fait, ce qui est...
11:09Dans les conclusions qu'on peut tirer de ce procès,
11:14ce qui est en jeu, c'est de savoir si, comme moi, je le crois,
11:19le comportement de Lafarge a été d'une certaine manière exemplaire
11:23de ce qu'est profondément le capitalisme.
11:25Ou alors, si, comme, bon, je suppose qu'on va essayer de nous le vendre,
11:31ce serait un mouton noir adossé à l'argument
11:36que les autres compagnies sont parties.
11:41Bell, Bell de Lavache-Kéry, c'est bien ça.
11:43Bell de Lavache-Kéry est partie, Air Liquide est partie.
11:46Bon, les autres entreprises françaises et, globalement,
11:48toutes les autres entreprises internationales ou occidentales
11:51sont parties assez tôt.
11:53Mais, en fait, si on creuse...
11:54Donc, voilà.
11:55Et donc, bon, Lafarge, par une espèce de...
11:59Enfin, pour des raisons complexes qui ont été longuement développées
12:02par les enjeux que représentait l'usine
12:05dans la stratégie globale du groupe,
12:08bon, Lafarge, c'est accroché au-delà...
12:09Ce serait accroché au-delà du raisonnable.
12:13Et voilà.
12:14Donc, jusqu'à ces compromissions invraisemblables
12:17avec Daesh, à une époque où on n'avait pas encore
12:20tout à fait bien compris.
12:21Enfin, en tout cas, c'était la défense de Lafarge
12:25et de ses dirigeants.
12:26Mais, en fait, si on creuse bien,
12:28on se rend compte que les autres entreprises sont parties
12:30parce qu'elles n'avaient pas tellement le choix,
12:32parce qu'elles étaient à Damas, par exemple,
12:34et qu'à Damas, la situation politique et militaire
12:38était telle que...
12:39Et puis, avec les...
12:40Enfin, c'était absolument impossible de rester.
12:42C'est-à-dire que...
12:43C'était pas pour des raisons éthiques,
12:44mais c'était une évaluation des intérêts.
12:47L'intérêt était de partir pour elle.
12:49Exactement.
12:50Donc, c'est ce processus-là, moi, qui m'intéresse,
12:54enfin, dont l'analyse m'intéresse.
12:57Et, en tout cas, oui, c'est-à-dire,
13:00c'est le rappel que le capitalisme dérégulé,
13:04c'est-à-dire, c'est quand même le modèle
13:06qu'on nous vend depuis 40 ans,
13:08c'est le modèle du néolibéralisme,
13:11mène inévitablement à ça.
13:12C'est-à-dire que s'il n'y a pas, à un moment,
13:14une autorité ou une autre qui dit,
13:15non, là, il faut partir,
13:19eh bien, ça se passe comme ça.
13:20Et ça se passe comme ça, là.
13:21Et d'ailleurs, c'est...
13:24Bon, ce qui est intéressant, c'est la fin.
13:26Comment ça se termine ?
13:28En fait, d'une certaine manière,
13:31ils n'ont pas eu de chance, les dirigeants,
13:34parce que, finalement,
13:37ce n'est pas eux qui s'en vont.
13:39C'est Daesh qui prend l'usine
13:40à un moment où, quand même,
13:43les dernières sanctions,
13:45les dernières décisions de l'ONU pour sanctionner...
13:48Enfin, il y a une décision de l'ONU
13:51qui menace de sanctions
13:52des entreprises qui fricoteraient avec Daesh,
13:55qui tombent un mois ou deux
13:57avant l'évacuation finale.
13:59Et là, il y a le dernier directeur de l'usine,
14:03Frédéric Jolibois,
14:04qui a essayé de faire valoir
14:05que, d'une certaine manière,
14:06lui était un lanceur d'alerte.
14:08Il a quand même...
14:09Il a prévenu les services juridiques du groupe
14:12et il a dit, mais attendez,
14:13il n'y a pas un problème avec cette résolution ?
14:15Et là, en effet, ça commence à s'agiter,
14:18les gens commencent à s'affoler,
14:20mais trop tard, en fait.
14:21C'est-à-dire que j'imagine que pour le...
14:24Ça aurait pu être à leur décharge
14:26qu'ils partent de leur plein gré,
14:27même trop tard,
14:28même après tout ce qui s'était passé,
14:30même après tout ce que les employés
14:32nous avaient raconté.
14:33Bon, voilà, prise de conscience un peu tardive.
14:35Mais là, il n'y a même pas eu ça
14:36parce que la décision...
14:38Voilà.
14:39C'est-à-dire la décision de l'ONU
14:40coïncide avec un moment
14:43où les troupes de Daesh
14:44sont en train, en fait,
14:45de grignoter le territoire kurde
14:47puisque l'usine, à la base, c'était ça.
14:49C'est-à-dire que la justification,
14:52l'une des justifications du fait
14:54que l'usine pouvait pérenniser sa présence,
14:57c'était qu'elle était en territoire kurde
14:59et que les Kurdes n'étaient pas nos ennemis,
15:01n'étaient pas des terroristes
15:03et qu'on pouvait...
15:03Mais ce qui était très intéressant,
15:05c'était l'un des témoignages de...
15:10Je crois que c'est celui qui a...
15:12Alors, on nous a demandé de ne pas citer leur nom,
15:16mais les employés kurdes.
15:18Donc, il y a un employé kurde
15:19qui est venu témoigner
15:20et qui expliquait
15:24ce qui a été repris par l'un des avocats.
15:31La théorie...
15:32Enfin bon, une théorie qui semble presque
15:34une théorie du complot,
15:35mais qui, quand même,
15:36qui mérite, à mon avis, d'être évoquée,
15:39c'est que Lafarge trouvait que les Kurdes
15:43étaient un peu trop gourmands.
15:45Et en fait, l'un des points
15:47qui a suscité beaucoup de colère,
15:49d'angoisse et de ressentiment des employés,
15:54c'est que Lafarge a refusé
15:56de les loger ailleurs qu'à Mandbije,
15:59c'est ça ?
16:00Alors que Kobané n'était pas tellement plus loin.
16:03Donc, la théorie de l'employé kurde
16:05et de l'avocat, c'est que...
16:06Oui, mais Kobané, c'était en zone kurde.
16:09L'usine était en zone kurde.
16:10Les Kurdes se sentaient un peu comme chez eux.
16:12Il y a plusieurs dirigeants
16:13qui ont répété ça.
16:14De façon à mettre en concurrence
16:15les groupes qui étaient eux-mêmes
16:16en affrontant.
16:17Exactement.
16:18De mettre en concurrence,
16:20de faire jouer une espèce de...
16:21Oui, c'est ça.
16:22De la concurrence libre
16:23et non faussée, d'une certaine manière,
16:27entre les Kurdes
16:28et les islamistes, en fait.
16:31C'est-à-dire donc...
16:32Et ce qui, évidemment,
16:33a rendu la vie impossible...
16:35Enfin, c'est de ça
16:38dont découlent tous les problèmes.
16:39Parce que le problème principal,
16:41c'était le problème des checkpoints.
16:42C'est-à-dire que pour se rendre
16:44à leur travail,
16:45les employés devaient partir
16:46de Mandbij,
16:47ville contrôlée par Daesh,
16:50et devaient passer des checkpoints,
16:52checkpoints de Daesh,
16:53checkpoints kurdes,
16:54pour arriver à l'usine.
16:57Les checkpoints
16:57et aussi l'approvisionnement
16:59en matière première
17:00qui était nécessaire pour l'usine
17:01et qu'ils achetaient aussi
17:03au groupe terroriste.
17:04À des...
17:06En tout cas,
17:07à des sociétés
17:08qui étaient contrôlées
17:10par Daesh.
17:11Alors là,
17:12on est vraiment dans le cœur
17:13de l'affaire.
17:13Je voulais te demander aussi,
17:14parce que c'était le premier procès,
17:16je crois que tu suivais comme ça
17:17sur la longueur.
17:19Qu'est-ce que...
17:20Voilà, c'était un exercice inédit
17:22pour toi.
17:22Qu'est-ce que tu as appris
17:23pendant ces semaines d'audience ?
17:24Qu'est-ce que tu retiens
17:25de cette découverte
17:26du monde de la justice,
17:28de son décorum,
17:29de ses coutumes ?
17:32Bon, je retiens
17:34ce que je soupçonnais déjà,
17:35c'est qu'il y a en effet
17:36une mise en scène
17:37qui a un aspect
17:38fortement théâtral.
17:41Je retiens aussi
17:42qu'on est dans le...
17:49On est au cœur
17:50d'un des fondements
17:52de la civilisation occidentale,
17:57c'est la rhétorique,
17:58en fait.
17:59La naissance de la rhétorique,
18:01c'est des procès en Sicile
18:05à une époque
18:06où, à la suite de la chute
18:08d'un tyran,
18:10les exilés reviennent
18:12et réclament leur propriété.
18:15Et donc, il y a des procès
18:17pour qu'on leur restitue
18:18ou pas leur maison.
18:19Et c'est à l'occasion
18:21de ces procès
18:22que se développe un art,
18:24une science de la rhétorique
18:25chez les avocats.
18:26C'est-à-dire que là...
18:29Et ça, c'était vraiment
18:31la rhétorique en action.
18:35Ça, c'est pas du théâtre
18:36parce que...
18:38C'est pas du théâtre
18:39parce que les gens
18:42qui se parlent
18:42ne sont pas des partenaires.
18:43Ce sont des adversaires.
18:45Ce sont des adversaires
18:46avec la cour
18:46qui doit juger
18:47de la pertinence ou pas,
18:48de l'impact
18:50des arguments.
18:51Et on voyait bien
18:52les rapports de force évoluer.
18:55Enfin, on était
18:56dans la joute oratoire.
18:59Les saillies,
19:01les petites phrases...
19:02Parfois, les effets de manche.
19:03Ouais, exactement.
19:05Exactement.
19:05Les effets de manche.
19:06Mais avec un fond
19:09très important,
19:10t'as consacré
19:10une de tes chroniques
19:11à cette bataille
19:12autour des mots.
19:13Ça parle, j'imagine,
19:15à l'écrivain que tu es.
19:16Et c'est vrai que ça a un sens.
19:18On l'a même entendu
19:19lors du jugement.
19:20Voilà.
19:21Lafarge disait
19:22« raquette ».
19:23Exactement.
19:24Le tribunal dit
19:25« transaction »,
19:26« négociation »,
19:27« accord »,
19:27« deal ».
19:27D'ailleurs, c'est pas
19:28le tribunal qui dit ça.
19:29Mais c'est-à-dire que,
19:30oui,
19:34l'adhésion à tel ou tel mot
19:37change complètement
19:37la perception de l'affaire.
19:38Et donc,
19:39l'une des stratégies
19:40de la défense,
19:40c'était d'expliquer
19:42qu'ils avaient été
19:43victimes de raquettes.
19:44Et malheureusement pour eux,
19:45le tribunal n'a pas manqué
19:46de remarquer que,
19:47dans les mails,
19:48ils ne parlaient jamais
19:48de raquettes,
19:49mais de négociations,
19:51d'affaires,
19:51de transactions,
19:52d'accords,
19:53de deals.
19:54Donc ça,
19:54évidemment,
19:55c'est terrible.
19:55Et donc là,
19:56on voit vraiment
19:58le pouvoir des mots
20:00en actes.
20:01Tu as aussi parlé de la noblesse
20:04de la justice,
20:05en évoquant aussi
20:06les droits de la défense,
20:07le fait qu'elle parle
20:08en dernier.
20:09Cette affaire
20:11est intéressante aussi
20:12du point de vue
20:13de la réforme
20:14que met en place
20:15Gérald Darmanin
20:16en ce moment,
20:16qu'il est en train
20:17de défendre au Sénat.
20:18Je ne vais pas te demander
20:19de l'analyser,
20:20mais elle suscite
20:23beaucoup de colère
20:24chez les avocats,
20:25certains magistrats,
20:26parce qu'elle propose
20:27de faire disparaître
20:28le procès
20:29dans certaines affaires,
20:30y compris criminelles,
20:31avec l'instauration
20:32d'un plaidé coupable
20:33criminel.
20:34Il y a aussi
20:35un plaidé coupable
20:36dans cette affaire Lafarge.
20:38Qu'est-ce que ça t'inspire
20:40à la lumière
20:41de l'affaire Lafarge,
20:43cette volonté peut-être
20:44d'essayer de faire
20:45l'économie d'un procès ?
20:47C'est quelque chose
20:50de très américain.
20:51C'est vraiment...
20:52Enfin,
20:53on continue,
20:55enfin,
20:55malgré tout ce qui se passe,
20:56j'ai l'impression
20:56qu'on continue
20:58à suivre les Américains
21:00avec une quinzaine
21:01d'années de décalage
21:02en moyenne.
21:02Des fois,
21:03c'est plus,
21:03des fois,
21:03c'est moins.
21:04Là,
21:04c'est plus,
21:05parce que chez les Américains,
21:06ça existe depuis
21:07très très longtemps,
21:08je crois.
21:08Enfin,
21:08dans les vieilles séries
21:10américaines
21:11qui passent encore
21:12sur les chaînes
21:13hertziennes,
21:14on voit toujours
21:15le moment du deal.
21:17Bon,
21:17voilà,
21:18je te propose 10 ans,
21:20sinon on va au procès
21:21et tu risques 20 ans.
21:22Bon,
21:23il y a quand même
21:23quelque chose
21:23de très dérangeant.
21:25C'est...
21:26pour rester poli.
21:28Et on sent bien que...
21:32Pour le coup,
21:33on sent bien que,
21:34voilà,
21:34ça défavorise...
21:37Ça défavorise
21:38les petits délinquants
21:38et ça favorise
21:40la délinquance
21:41en col blanc
21:42puisque,
21:42bon,
21:43les petits délinquants,
21:44ils prennent les 10 ans,
21:45OK ?
21:47et la grande délinquance,
21:49qu'est-ce qui s'est passé
21:50dans l'affaire Lafarge ?
21:51Là,
21:52personne n'est allé en prison.
21:53Ils ont payé
21:55778 millions de dollars.
21:57Aux Etats-Unis.
21:58Aux Etats-Unis.
21:58Pour s'éviter un procès
21:59aux Etats-Unis
22:00parce qu'ils craignaient
22:01de devoir payer plus.
22:03C'est toujours un calcul.
22:04Mais en même temps,
22:04c'est d'une redoutable efficacité
22:06parce que c'est vrai aussi
22:07que l'une des surprises d'hier,
22:10ça a été la sanction
22:12de la personne morale Lafarge.
22:14C'était aussi
22:14l'un des enjeux du procès.
22:15C'est la première fois
22:16qu'une entreprise
22:17est accusée de collusion
22:20avec...
22:21Enfin, voilà,
22:21de complicité
22:22d'une entreprise terroriste.
22:23De financement du terrorisme.
22:24De financement du terrorisme.
22:27Et là, c'est sûr
22:29que par rapport
22:29aux 778 millions de dollars,
22:32la sanction
22:33a été assemblée
22:34un peu dérisoire
22:35puisque ça a été
22:351 million et qu'elle.
22:37La sanction maximale
22:38à 1,125 million d'euros.
22:40Et il y avait quand même
22:40la possibilité,
22:41le parquet avait réclamé
22:44une amende confiscatoire,
22:46enfin, je ne sais plus exactement
22:47le terme exact,
22:48une confiscation de patrimoine
22:50d'environ 30 millions
22:52qui, visiblement,
22:53n'a pas été...
22:54Qui est passé à l'as, bizarrement.
22:55Voilà, n'a pas été...
22:57N'a pas été décidée.
23:00Donc, alors, c'est vrai
23:01que ça, c'est aussi
23:02que l'une des choses
23:04que je retiens du procès,
23:05c'est qu'on est toujours
23:07le lampiste de quelqu'un.
23:08Et d'une certaine manière,
23:10c'est vrai que même
23:10au plus haut niveau,
23:11même Bruno Laffont,
23:12Christian Hérault,
23:15bon, voilà,
23:15c'est-à-dire, eux, là,
23:17ils ont...
23:17Bon, pour l'instant,
23:18ils payent assez cher.
23:21Alors, Lafarge a payé...
23:22Ce n'est pas la justice
23:23qui aura fait payer Lafarge.
23:25C'est, bon,
23:26les circonstances,
23:27la médiatisation de l'affaire.
23:28Enfin, Lafarge,
23:29il était question
23:29que Lafarge fusionne
23:30avec un autre grand groupe
23:32qui s'appelle Holcim.
23:33Il a été absorbé.
23:34Voilà, on peut penser
23:35que le scandale
23:37n'est pas tout à fait étranger.
23:39Enfin, c'est-à-dire,
23:39bon, la situation de Lafarge
23:41s'est dégradée.
23:42Et finalement,
23:42ce qui devait être une fusion
23:44a consisté à une absorption
23:46et une dissolution
23:48de faits,
23:49pur et simple,
23:50puisque d'ailleurs,
23:51le groupe devait s'appeler
23:52Lafarge Holcim
23:53et ça ne s'appelle plus
23:54que Holcim
23:55et j'ai entendu dire
23:57qu'aujourd'hui,
23:58l'entité Lafarge
23:59n'existait plus,
24:00n'était plus qu'une coquille vide
24:02qui n'existait plus
24:02que pour faire face
24:04au procès
24:04d'une certaine manière
24:05et pour servir de...
24:08Je suppose qu'on peut raconter,
24:09c'était intéressant,
24:11pour faire écran,
24:12pour que Holcim...
24:13Bon, alors,
24:14d'une certaine manière,
24:14c'est vrai qu'Holcim
24:15n'y est pour rien,
24:16mais que Holcim
24:17ne soit pas éclaboussé.
24:18Mais on voit bien
24:19à quel point
24:20ça arrange Holcim
24:21que l'entité Lafarge
24:22existe encore
24:23pour faire face
24:24au procès
24:24puisque lors d'une
24:25de mes premières chroniques,
24:27la première qui était en ligne,
24:29j'avais expliqué
24:31qu'il y avait
24:31le représentant d'Holcim
24:32qui était dans la salle,
24:33qui faisait partie des...
24:34Enfin, qui était
24:35sur le banc
24:37avec les autres prévenus
24:38et quelqu'un d'Holcim
24:39a alerté ta réaction
24:43pour dire
24:43« Non, non, c'est pas Holcim,
24:44c'est Lafarge ! »
24:46Bon, ce qui est...
24:48Enfin, ce qui correspond
24:49à une réalité.
24:50Holcim n'a pas trempé
24:51dans ce...
24:53Mais, enfin, voilà,
24:54c'est-à-dire,
24:54ils ont...
24:57Bon, ça, c'est l'autre...
24:58Oui, c'est ça.
24:59Enfin, c'est-à-dire,
25:00ça, c'est un aspect
25:02qui m'a intéressé.
25:04C'est-à-dire qu'ils ont...
25:06Bon, c'est clair
25:07que Bruno Laffont
25:08a servi de fusible.
25:10C'est-à-dire que d'abord,
25:11ils l'ont quand même arrosé.
25:13Ils l'ont fait partir.
25:16Bon, il devait être
25:17le...
25:18Il devait être le PDG
25:19du groupe Lafarge Ossim.
25:22Finalement,
25:23ils l'ont débarqué
25:24en douceur
25:24avec 8 millions,
25:25plus de 8 millions
25:26d'indemnités.
25:28Avant, finalement,
25:29de se retourner contre lui
25:31pour pouvoir...
25:32Pour pouvoir plaider...
25:33Pour pouvoir plaider coupable
25:35auprès des autorités
25:36du département
25:37de la justice américaine.
25:39Bon, ben, plaider coupable.
25:40Il fallait bien désigner
25:41un coupable.
25:42Ils ont décidé
25:42que c'était lui.
25:43Et maintenant,
25:43ils se sont retournés
25:44contre lui
25:44en lui réclamant
25:46des millions,
25:47des dizaines de millions.
25:49Donc, d'une certaine manière,
25:50je...
25:51Bon, voilà.
25:51C'est-à-dire le...
25:52Oui.
25:53Et ça aussi,
25:54ça m'a frappé.
25:56J'ai réalisé,
25:57bon, en lisant
25:58les livres qui sont sortis,
26:00les nombreux livres,
26:01enfin, les nombreux livres,
26:02au moins trois
26:02qui sont sortis
26:03sur l'affaire,
26:05l'absence totale
26:06de mention
26:07des actionnaires
26:10qui, eux,
26:11ont eu...
26:12Je crois qu'il y a eu
26:12un procès en Belgique
26:14parce que l'un des actionnaires
26:16principaux de la Farge,
26:18c'était le belge
26:19Albert Frère,
26:20je crois,
26:21Albert Frère,
26:21l'égyptien Sawiris
26:23et puis le canadien
26:24Desmarais
26:27qui avait, en fait,
26:29qui était devenu
26:31actionnaire majoritaire
26:32à E3, je crois,
26:33du groupe La Farge
26:34et qui poussait, en fait,
26:36enfin, qui poussait
26:37comme tout actionnaire,
26:38en fait.
26:38Là, on revient
26:39à cette question
26:42du mouton noir.
26:43Est-ce qu'il y a eu
26:44un hubris
26:45ou une folie
26:46de la part des dirigeants
26:47qui ont été trop gourmands
26:48et qui...
26:50Ou est-ce qu'il y a
26:51quelque chose de structurel ?
26:52Moi, je pense
26:52qu'il y a quelque chose
26:53de structurel.
26:54C'est-à-dire que,
26:54en fait, là,
26:56j'imagine l'incompréhension
26:57des dirigeants
26:59qui ont été condamnés,
27:00qui ont été condamnés
27:02pour avoir fait
27:03leur travail.
27:04Ça, j'en suis convaincu.
27:05C'est-à-dire leur travail,
27:06c'est la mission
27:07que leur donnait
27:08le conseil d'administration,
27:09que leur donnaient
27:09les actionnaires.
27:10C'était ça.
27:11C'était rentabilisé
27:13à tout prix.
27:13D'ailleurs, c'est un terme
27:14qui a été employé
27:15par la présidente.
27:17C'est-à-dire faire des...
27:18Maintenir l'activité
27:19à tout prix.
27:20D'un outil
27:21qui avait coûté fort cher.
27:23Qui avait coûté fort cher.
27:25Et là aussi,
27:27il s'est mal tombé
27:28d'une certaine manière
27:29pour eux.
27:29C'est-à-dire que,
27:30dans le cadre
27:30des négociations
27:31avec Olsim
27:32pour la fusion,
27:34ça faisait des ordres.
27:35S'ils perdaient l'usine,
27:39c'était moins
27:40un demi-milliard
27:42d'euros
27:42dans leur bilan.
27:43Et ça les mettait
27:44en position de faiblesse
27:45vis-à-vis...
27:46Donc, d'un point
27:47de vue stratégique,
27:49ça semblait
27:50tout à fait clair
27:50qu'en fait,
27:53il fallait réaliser
27:54l'impossible.
27:55D'une certaine manière,
27:56c'est ça.
27:56C'est-à-dire que les dirigeants
27:57sont en prison
27:58parce qu'ils ont
27:59trop bien fait leur travail.
28:00Ils ont réussi
28:01à maintenir l'activité
28:02dans des conditions
28:03absolument impossibles.
28:05Et donc,
28:05d'un point de vue...
28:06Enfin, comment dire ?
28:07D'un point de vue pratique,
28:09c'est un exploit.
28:09D'un point de vue éthique,
28:11évidemment,
28:12ça pose un problème.
28:14Mais je pense que c'est cette...
28:16Ça aussi,
28:17c'est ce que je crois
28:18que c'est ce que je disais
28:19dans l'une des chroniques.
28:20C'est-à-dire qu'il y a
28:21une espèce de double...
28:23En fait, d'ailleurs,
28:24je ne sais pas
28:25s'il y a une espèce
28:25de double allégeance.
28:26Je pense que
28:27quand on est employé
28:29dans une structure,
28:30dans une multinationale,
28:32à ce niveau-là
28:32de responsabilité,
28:33c'est-à-dire qu'en fait,
28:34quand on n'est pas
28:36tout en haut de la pyramide,
28:37mais on a un statut
28:38de dirigeant,
28:39c'est très...
28:43C'est d'abord
28:44à l'entreprise
28:45qu'à notre employeur
28:47qu'on rendait compte.
28:49Et ça,
28:50c'est ce que je sentais
28:51dans les déclarations
28:53de Bruno Laffont,
28:55surtout au début du procès,
28:56où on avait l'impression
28:57qu'il ne se justifiait
28:59pas tant
29:00vis-à-vis
29:01de la justice
29:02et du tribunal,
29:03de la cour
29:04à laquelle il faisait face,
29:05que de ses employeurs
29:07et même de ses pères,
29:08d'une certaine manière,
29:09de sa réputation,
29:10enfin,
29:10je crois qu'il avait été
29:12élu manager de l'année
29:14ou par...
29:15les échos...
29:16Je ne veux pas dire
29:17de bêtises,
29:17mais enfin,
29:17un titre honorifique,
29:19une récompense
29:20en tant que grand patron
29:22qui fait bien
29:25son travail
29:26de grand patron.
29:27Et au début,
29:28il voulait justifier ça
29:29parce que c'est vrai
29:30qu'à l'arrivée,
29:32c'est un peu comme Hollande
29:34avec le Parti Socialiste,
29:35si tu veux.
29:36C'est-à-dire qu'on retiendra
29:37que Lafarge est mort
29:39sous la direction
29:40de Bruno Laffont.
29:41C'est-à-dire que...
29:42Et donc ça,
29:43je pense que...
29:44Alors là,
29:44peut-être qu'il a revu
29:45son sens des priorités,
29:49mais au début,
29:50c'est-à-dire,
29:51je pense que ce qu'il voulait
29:52absolument,
29:53ce qui l'intéressait,
29:54c'était de se laver
29:55de ce soupçon,
29:56finalement,
29:57d'avoir mené
29:58ce grand groupe
29:59à sa perte.
30:01Je ne te relance pas
30:01sur François Hollande.
30:03On fera un autre épisode,
30:05peut-être,
30:05et un autre stream.
30:07Il y aurait beaucoup
30:08à dire, sans doute.
30:09Est-ce que tu as été surpris
30:10par le...
30:12le talent des avocats
30:14qui, de chaque côté
30:16de la barre,
30:19ont tenté
30:20de faire valoir
30:21leurs idées,
30:22aussi bien,
30:23par exemple,
30:23les jeunes avocats
30:24des partis civils
30:26très brillants,
30:27ou les avocats
30:28plus expérimentés
30:30côté défense,
30:31qui étaient très nombreux.
30:32Tu as écrit,
30:33même dans une de tes chroniques,
30:34si je n'avais pas assisté
30:35à l'audience,
30:36à l'intégralité de l'audience,
30:38à écouter
30:38ces plaidoiries de la défense,
30:40j'aurais acquitté
30:40tout le monde.
30:42Oui, je ne sais pas
30:43si j'étais surpris,
30:44parce que je ne doutais pas
30:46que les avocats avaient...
30:51D'une manière générale,
30:53c'est une profession...
30:54Enfin, bon,
30:55je ne doutais pas
30:57qu'il y ait du talent.
30:58Mais j'ai été impressionné,
31:00même si c'est un peu
31:02ce que je pouvais attendre.
31:04j'ai été impressionné
31:06par la qualité,
31:09la pugnacité,
31:11et puis la rigueur
31:15et parfois la roublardise aussi.
31:18C'est-à-dire tout ce qu'on demande
31:20à un avocat,
31:21enfin tout ce que je demanderais
31:22à un avocat
31:23si j'avais besoin d'un avocat.
31:26Et jusqu'à ce matin,
31:29je crois que dans le Figaro,
31:30il y a Solange Doumic,
31:31c'est ça ?
31:32Qui est le conseil
31:33de Christian Ayrault.
31:34Qui fait une tribune
31:39pour défendre son client
31:40et pour dire que c'est un scandale
31:42et que vraiment,
31:43enfin,
31:44c'est une chasse aux sorcières.
31:45C'est une chasse aux sorcières.
31:46Jacqueline Laffont,
31:47qui est elle,
31:48le conseil de Bruno Laffont,
31:50était aussi ce matin
31:51sur les radios
31:52pour dire que cette peine de prison,
31:55cette effectivité
31:56de la peine de prison,
31:57ce mandat de dépôt
31:58était parfaitement injustifié
31:59pour son client Bruno Laffont.
32:02Et donc,
32:02j'ai lu la tribune
32:03de Solange Doumic
32:04avec intérêt
32:05et c'est vrai que
32:06si on n'a pas suivi le procès,
32:07si on ne connaît pas l'affaire,
32:08bon, c'est pareil,
32:09on a envie vraiment
32:10de les acquitter.
32:11Ces pauvres patrons
32:13qui n'ont pas mérité ça,
32:14qui ont vraiment...
32:15Et il faudrait reprendre
32:17point par point
32:17les arguments
32:22qu'elle redéveloppe,
32:23que nous,
32:24on a entendus
32:24tout au long de l'audience.
32:27Bon,
32:27c'est avec une part
32:29de mauvaise foi
32:30qui est inhérente à la...
32:31Et alors ça aussi,
32:32oui,
32:32c'est ça qui m'a...
32:36Ça, c'est quelque chose
32:38que j'ai réalisé
32:38en suivant les deux mois,
32:40les presque deux mois
32:41du procès.
32:42C'est la dimension,
32:43la dimension humaine,
32:44humaine au sens de...
32:47le...
32:48le développe,
32:49le procès,
32:50le développement
32:51des arguments,
32:53des pièces à conviction,
32:54etc.,
32:54n'est pas tout à fait
32:55une science exacte.
32:57C'est-à-dire qu'en fait,
32:58quand on épluche
32:59des millions de mails,
33:00bon,
33:01on peut...
33:02on peut recourir
33:03à maintenant
33:04l'intelligence artificielle,
33:06à chercher des mots-clés,
33:07etc.,
33:07mais sur des millions de mails,
33:09on peut rater
33:10un mail très important
33:12parce qu'il n'y a pas
33:13le mot-clé qu'il faut.
33:14Et alors...
33:16Et de temps en temps,
33:17dans le procès,
33:18il y avait des...
33:19Les avocats de la défense,
33:20surtout,
33:20affirmaient des choses
33:24qui avaient été,
33:25en fait,
33:26infirmées
33:26au début du procès,
33:27mais comme on croule
33:29sous une avalanche
33:29d'informations,
33:30c'est vrai que,
33:30bon,
33:31moi,
33:31je...
33:32Enfin,
33:32vraiment,
33:32j'ai aussi admiré
33:34la corporation
33:34des journalistes judiciaires
33:36parce qu'une audience...
33:38Enfin,
33:39là,
33:39parfois,
33:39c'était 7-8 heures
33:40dans la journée.
33:41Bon,
33:42voilà,
33:42moi,
33:43vraiment,
33:43j'éclusais mes petits carnets,
33:45je noircissais
33:46et j'avais tout le temps
33:47peur de rater des choses
33:49et bien sûr que j'en ratais.
33:50Mais les autres,
33:51alors,
33:52ok,
33:52il y a le greffier,
33:53etc.
33:53Mais même si tout est consigné,
33:55forcément,
33:55enfin,
33:56un cerveau humain,
33:59même Kasparov,
34:00même un...
34:00ne peut pas tout mémoriser
34:02et tout...
34:03Et donc,
34:03en fait,
34:04parfois,
34:04je voyais bien
34:05qu'il y avait
34:05des avocats de la défense
34:07qui affirmaient des choses
34:08qui étaient fausses
34:09parce qu'ils tablaient
34:11sur le fait
34:11qu'on a oublié
34:12ce qui avait été dit.
34:14Et il y a une vérité aussi
34:16de l'audience
34:16qui fait ressurgir
34:18des éléments,
34:19la confrontation,
34:20enfin,
34:22les interrogatoires,
34:23une vérité humaine.
34:24Voilà,
34:25quand il y a des témoins
34:27qui ont été interrogés,
34:28l'ancien responsable
34:29de la sécurité
34:30qui avait été mis en examen
34:31puis blanchi
34:32et qui est venu parler,
34:34bon,
34:35il est questionné longuement
34:37et il y a une vérité
34:38qui ressort de ça
34:39et il est prévu aussi.
34:40Il y a une vérité
34:41et à l'inverse,
34:43il y a des zones d'ombre
34:45dont on suppose
34:46qu'elles ne seront jamais
34:46élucidées.
34:47Le responsable
34:48de la sécurité,
34:49Jean-Claude Veillard,
34:51c'était aussi
34:54pour moi très surprenant
34:55mais j'imagine
34:56totalement normal
34:57que lui,
34:58je ne souviens plus,
34:59il y a eu un non-lieu
35:00où il a été relaxé.
35:01Non-lieu, c'est ça.
35:02Lui, il a bénéficié
35:03d'un non-lieu.
35:04Donc, il était d'abord
35:05mis en examen
35:06pendant l'instruction
35:07et il est arrivé au procès
35:09totalement libre
35:10et...
35:11Comme simple témoin.
35:12Comme simple témoin
35:13avec en plus
35:14une forme d'immunité
35:15comme la...
35:16Puisque, à partir du moment
35:17où le non-lieu...
35:18Enfin, la chose a été jugée
35:19et on ne peut pas
35:20le remettre en examen
35:21pour la même chose.
35:24Et le parquet,
35:26les jeunes femmes
35:27qui représentaient
35:28les procureurs adjointes,
35:29enfin, les procureurs,
35:31le regrettaient.
35:32Le regrettaient ouvertement
35:33en disant,
35:33bon, nous,
35:34on n'était pas...
35:35On n'était pas de cet avis
35:36mais enfin, bon, voilà,
35:37vous êtes là,
35:37vous êtes libre,
35:38vous êtes...
35:38OK.
35:39Bon, voilà.
35:40Et ça, le...
35:43Bon, moi, je serais bien
35:44incapable de décider
35:45en vue de tous les éléments
35:46que j'ai essayé de...
35:47Est-ce qu'il est au courant,
35:48pas au courant ?
35:49Alors, c'est vrai que lui,
35:50c'est l'un des premiers
35:51qui a averti pour dire
35:52ça ne me semble pas
35:53une bonne idée.
35:54Il aurait bénéficié
35:54de ce non-lieu,
35:55visiblement,
35:56au titre des alertes
35:58plus nombreuses
35:59qu'il aurait effectué
36:00sur le problème
36:01que c'était
36:01de lancer ces groupes.
36:02Mais il me semble bien
36:03quand même que...
36:04Enfin, là,
36:05ce qui apparemment
36:07sera difficile
36:07à vérifier,
36:08en tout cas,
36:09ce qui n'a pas pu être prouvé,
36:10qu'il était...
36:11Lui, il a dit,
36:12moi, j'ai été au courant
36:13à tel moment
36:14et on n'a pas pu prouver
36:16que peut-être
36:17qu'il était au courant
36:19antérieurement.
36:20Bon, voilà.
36:21Donc, il y a une...
36:23C'est vrai qu'il y a
36:24une vérité qui se dégage,
36:25mais c'est vrai aussi que...
36:26Oui, enfin, bon,
36:27là, ça, c'est encore une fois
36:28le travail de la défense.
36:29C'est vrai que...
36:30Et c'est très bien.
36:31C'est-à-dire,
36:32on se fait sa propre opinion
36:34et en même temps,
36:36il y a...
36:38Bon, il y a toujours
36:39un petit degré
36:40de...
36:40C'est-à-dire,
36:41le 100%
36:42est difficile
36:42à dégager,
36:44quand même.
36:45Et ça, c'est aussi
36:46le talent des avocats
36:47parce que...
36:48C'est vrai que...
36:48Bon, le...
36:50Alors...
36:50Et en même temps,
36:51bon, je veux...
36:52Vraiment,
36:53j'étais très impressionné
36:54par les avocats.
36:55Il faut aussi dire
36:56que le tribunal
36:57a quand même souligné
36:59à plusieurs reprises
37:01que...
37:02enfin, la stratégie de défense
37:05parfois absurde,
37:06la mauvaise foi caractérisée,
37:08les dénégations
37:09en dépit du bon sens...
37:10Le refus de répondre
37:10aux parties civiles...
37:11Ouais, voilà.
37:12Et le tribunal
37:15a clairement dit
37:16que c'était pas...
37:18Ça n'avait pas eu...
37:20Ça n'avait pas fait
37:21une bonne impression
37:21et ça...
37:24Et ça n'avait pas aidé, quoi.
37:25Ça n'avait pas aidé
37:26les prévenus.
37:27Je vous invite à lire.
37:29Nos lecteurs ont eu la chance
37:30de te lire
37:31et de lire les 9 chroniques,
37:32je crois,
37:33que tu as faits de ce procès.
37:34Donc, on peut les retrouver
37:36sur le site de l'Huma.
37:38Si vous êtes abonné,
37:40vous allez les retrouver.
37:41Quand est-ce qu'on pourra
37:42avoir l'intégralité
37:43de ton regard
37:44sur ce procès
37:45quand sort ton livre ?
37:46Oui, à la base,
37:47c'est une commande
37:49d'Albin Michel
37:50qui m'avait proposé
37:51de suivre ce procès
37:52et le livre
37:53chez Albin Michel
37:54devrait sortir en...
37:56fin septembre,
37:57début octobre.
37:57Ce n'est pas encore décidé.
37:58À la prochaine rentrée.
38:00On est impatients
38:01de lire tout ça.
38:02Moi, j'ai eu la chance
38:03de lire
38:03toutes ces chroniques
38:04une par une
38:05et donc c'était passionnant,
38:07passionnant d'avoir ton regard.
38:09J'imagine que tu vas
38:09peut-être continuer
38:10à t'intéresser,
38:11pas tout de suite,
38:12à la suite de cette affaire,
38:14au procès en appel,
38:15à un autre procès
38:16pour crime contre l'humanité
38:17peut-être,
38:18dans ce même dossier.
38:19Alors, je ne sais pas
38:20si je vais retourner
38:22voir des procès
38:23de si tôt,
38:23mais oui,
38:25c'est sûr que les suites
38:26de l'affaire Lafarge,
38:28de toute façon,
38:29ça m'a aussi
38:30donné un éclairage
38:31sur la situation
38:33en Syrie
38:34que je n'avais pas du tout.
38:35Donc là,
38:35je suis ce qui se passe
38:37avec les Kurdes.
38:40Donc,
38:41ça m'a aussi
38:42un peu éveillé
38:44dans ce secteur
38:45géopolitique
38:46qui était,
38:47comme beaucoup de gens,
38:49je crois,
38:50qui était très embrouillé
38:51pour moi,
38:51qui reste assez embrouillé
38:53d'ailleurs.
38:53Mais enfin,
38:54je suis l'actualité
38:55de la Syrie,
38:55je suis l'actualité
38:56des Kurdes
38:57et puis,
38:58je vais suivre
39:00les suites.
39:01Puisque,
39:01oui,
39:01il faut rappeler
39:02qu'ils ont tous fait appel.
39:03C'est-à-dire que...
39:04Alors,
39:04l'entreprise,
39:05c'est encore en discussion.
39:07Ils analysent le...
39:09Évidemment,
39:10l'entreprise...
39:10C'est vrai qu'ils peuvent
39:11se poser la question
39:11à un million d'euros.
39:12Oui,
39:13à leur place,
39:13c'est sûr qu'à leur place,
39:16je ferai mon chèque
39:17pour solde de tout compte
39:19et puis,
39:20je ferai profil bas.
39:22Mais bien sûr que...
39:23Les cadres
39:24et notamment les deux
39:25qui sont incarcérés
39:27vont faire appel.
39:28Je ne sais pas
39:28ce que vont faire
39:29les deux autres,
39:30Bruno Pêcheux
39:31et Frédéric Jolibois.
39:33À la fin,
39:34j'ai l'impression que...
39:36Enfin,
39:36il m'a semblé
39:36qu'ils avaient l'air soulagés,
39:38même si je crois quand même
39:39qu'ils espéraient
39:40un peu plus.
39:41Ils espéraient peut-être...
39:43Enfin,
39:43je ne sais pas
39:43s'ils espéraient
39:44l'acquittement ou le...
39:46Mais...
39:47On le saura assez vite.
39:48Enfin,
39:48ça, oui,
39:48je vais suivre ça
39:49avec intérêt, bien sûr.
39:50Merci beaucoup, Laurent.
39:52Merci pour toutes ces chroniques
39:54et ce travail
39:54de ce regard
39:55que tu as apporté au procès.
39:56Merci à l'UMA
39:56de m'avoir accueilli
39:57et de m'avoir accompagné.
39:59À bientôt, Laurent.
40:00Merci.
40:01Au revoir.
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