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  • il y a 8 heures
Les cinq jours dévolus aux plaidoiries de la défense, d’ici au mercredi 27 mai, ne seront pas de trop pour tenter d’écorner la sévère démonstration élaborée depuis lundi par l’accusation, au procès en appel du financement libyen de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy. Sans surprise, mais avec des mots forts, les représentants du ministère public ont réclamé, les 11 et 12 mai, la condamnation de l’ancien président de la République pour toutes les infractions pour lesquelles il était poursuivi : association de malfaiteurs, corruption, financement illégal de campagne électorale et recel de détournement de fonds publics. Alexandre Fache, responsable de la rubrique investigation, fait le point au micro d'Aurélien Soucheyre, responsable de la rubrique politique.

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Transcription
00:01Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur cette vidéo de l'Humanité.
00:04Aujourd'hui, on va vous parler du procès Sarkozy dans le cadre de l'affaire libyenne avec Alexandre Fache, chef
00:09du service Investigation.
00:10Alors hier, le ministère public a réclamé la condamnation de l'ancien président de la République pour toutes les infractions
00:16pour lesquelles il est poursuivi.
00:18Est-ce que tu peux nous détailler lesquelles, Alexandre ?
00:20Oui, bien sûr. Bonjour à tous. Ces infractions, elles sont nombreuses.
00:26En premier lieu, il y a l'association de malfaiteurs.
00:30Cette indignité qu'avait souligné Nicolas Sarkozy et pour laquelle il a été condamné en première instance, il n'a
00:37été condamné que pour cette infraction en première instance.
00:39On se souvient que ça avait fait beaucoup de bruit, un buzz médiatique énorme, des commentaires très très nombreux, une
00:47peine de prison de 5 ans qui lui avait été infligée,
00:5120 petites journées de détention, mais c'était pour la seule infraction d'association de malfaiteurs, pour les autres.
00:59Donc la corruption, le recel de détournement de fonds publics ou le financement illégal de campagnes électorales, il avait été
01:07relaxé.
01:08Voilà. Il est aujourd'hui à nouveau poursuivi pour tout ça.
01:12Et donc c'est très lourd. Et donc lundi et mardi, le ministère public, le parquet, a réclamé la condamnation
01:18totale pour toutes ces infractions de Nicolas Sarkozy.
01:22Alors c'est particulièrement lourd. Là, c'est le procès en appel. Qu'est-ce qui est reproché à Nicolas
01:26Sarkozy dans l'affaire libyenne ?
01:28Et est-ce qu'on a appris de nouvelles choses lors de ce procès en appel ?
01:32Alors ce qui est reproché, ce qu'avait démontré et établi le jugement de première instance et ce que met
01:40sur la table aujourd'hui l'accusation en appel,
01:42c'est l'existence d'un pacte de corruption, pacte corruptif entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen,
01:51dans les années précédant la campagne présidentielle de 2007, en 2005-2006.
01:57C'est-à-dire concrètement l'organisation de rencontres secrètes entre des proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy et des hauts
02:06dignitaires libyens,
02:07dont un en particulier, particulièrement sensible, Abdallah Senoussi, qui est le beau-frère de Kadhafi et qui est surtout quelqu
02:16'un qui a été condamné en 1999
02:18pour avoir fomenté, organisé l'attentat contre le décédiste du TA dix ans plus tôt, qui avait fait 170 morts.
02:26Dans une cinquantaine de Français.
02:28Oui, et même un peu plus si on compte les binationaux.
02:33Donc c'est vraiment un personnage totalement infréquentable.
02:37Sauf qu'à l'époque, Mouammar Kadhafi essaye d'obtenir une situation plus favorable pour ce beau-frère, pour Abdallah
02:47Senoussi,
02:48qui est vraiment au cœur de la dictature libyenne, numéro 2, chef des services de renseignement.
02:54Enfin, c'est un personnage clé.
02:55C'est devenu l'obsession pour Mouammar Kadhafi, outre de revenir dans le concert international, d'obtenir un assouplissement de
03:02la situation de ce personnage.
03:05Ce personnage va rencontrer successivement Claude Guéant, Brice Hortefeux, dans des rencontres secrètes à l'occasion de voyages officiels en
03:14Libye.
03:15Il rencontre, c'est très proche de Nicolas Sarkozy, sans l'ambassadeur, sans le classique de la diplomatie française.
03:25Donc c'est des rencontres qualifiées de secrètes par l'accusation.
03:29Donc voilà, c'est ce pacte de corruption que reproche à nouveau aujourd'hui l'accusation.
03:36D'un côté, des rencontres qui donnent lieu à des versements de fonds.
03:41La corruption, elle est là.
03:44Versement de fonds pour abander la campagne de Nicolas Sarkozy.
03:47En 2007.
03:48Voilà, en 2006, pour 6,5 millions d'euros.
03:53Donc ces versements ont eu lieu.
03:55Nicolas Sarkozy, lui, dit que pas un centime n'a été retrouvé dans sa campagne.
04:00Mais il y a bien eu des versements, via notamment des intermédiaires qu'on peut qualifier de véreux, comme Ziad
04:06Taqiedine.
04:08Voilà.
04:09La contrepartie, il y en avait plusieurs.
04:12La plus problématique, c'est donc l'assouplissement envisagé de la situation judiciaire d'Abdallah Sennoussi.
04:22C'est le retour de la Libye dans le concert international.
04:25C'est l'invitation de Kadhafi en France en 2007, en grande pompe.
04:31Vous vous en souvenez de ces images spectaculaires de l'attente dans la cour de l'Elysée.
04:37Donc ça a beaucoup marqué les esprits.
04:39Il y en avait d'autres.
04:40Il y a des contreparties économiques sur la possibilité d'implanter du nucléaire civil en Libye à l'époque.
04:48Voilà.
04:49Mais il y a à la fois des rencontres, des versements, une entente et des contreparties qui ont été mises
04:58sur la table.
04:59L'avocat général Damien Bruton...
05:02Pardon, je n'ai pas répondu sur ta deuxième question sur les nouveautés de ce procès en appel.
05:06J'étais un peu long, pardon.
05:08Oui, des nouveautés, il y en a eu dans ce procès en appel et un peu spectaculaire même.
05:12C'est la rupture entre Nicolas Sarkozy et son plus proche collaborateur, Claude Guéant.
05:21Claude Guéant ou Brice Hortefeux avaient protégé Nicolas Sarkozy tout au long de l'instruction, lors du premier procès.
05:29Là, en fait, Nicolas Sarkozy a été plus offensif, à la fois plus obséquieux vis-à-vis de la cour
05:36et plus dur vis-à-vis de ses anciens collaborateurs,
05:39notamment Claude Guéant, dont il a mis en cause à plusieurs reprises la probité.
05:43Il a dit qu'il avait découvert dans le dossier des choses incroyables qui le scandalisaient.
05:50Et Claude Guéant, qui est absent du procès pour raison médicale, mais qui est représenté par son avocat, a fini
05:57par réagir.
05:58Il a produit mi-avril deux attestations qui changent un petit peu la donne, puisqu'il écrit noir sur blanc
06:08que Nicolas Sarkozy lui a bien demandé,
06:12non seulement de la mandater pour un certain nombre de voyages.
06:16Il y a eu quatre voyages, par exemple, entre 2008 et 2011, pour lesquels Nicolas Sarkozy, au début, disait qu
06:23'il n'était pas au courant.
06:23En fait, Claude Guéant dit que ce n'était pas vrai. Il était parfaitement au courant. Et d'ailleurs, j
06:28'ai fait ça, ça, ça.
06:29C'était pour essayer d'obtenir des contrats d'armement avec la Libye. Il y avait des choses très précises.
06:35Et puis surtout, il évoque une rencontre avec Mouammar Kadhafi en juillet 2007, en Libye.
06:46Un dîner à l'issue duquel Nicolas Sarkozy fait venir Claude Guéant auprès de Mouammar Kadhafi, qui veut lui exprimer
06:56à nouveau sa demande sur le cas d'Abdallah Senoussi.
06:59Et Claude Guéant écrit « Voilà, Nicolas Sarkozy m'a fait venir et m'a dit « Claude, voyez cela
07:06».
07:06Ces trois mots vont peut-être un peu rester dans l'histoire de ce procès. Le « Claude, voyez cela
07:12».
07:12Ça dit que Nicolas Sarkozy était actif dans la réalisation, ou en tout cas le fait d'envisager cette contrepartie
07:23réclamée fortement par le dictateur libyen.
07:27Et donc, Damien Brunel, l'avocat général, a dit, je cite « En projetant des atteintes à la confiance publique
07:34parmi les plus graves, avec un niveau opérationnel inégalé,
07:37elles se placent dans les plus hauts niveaux de gravité que la République puisse connaître ».
07:40Vous savez que la charge est lourde. Aujourd'hui, il y aura les réquisitions, puis un délibéré le 30 novembre.
07:47D'ici là, Sarkozy est présumé innocent et pourra, si besoin, se pourvoir en cassation, c'est ça ?
07:53Oui, oui, oui. Tous les prévenus sont présumés innocents. Voilà. Ils ont été condamnés en première instance.
08:00Mais donc, c'est des condamnations qui ne sont pas définitives, même si Nicolas Sarkozy a subi, là aussi, l
08:06'indignité d'une incarcération qui était une surprise.
08:10Il faut le dire. Ce n'était pas du tout attendu, ça, ce mandat de dépôt.
08:15Avec l'exécution provisoire.
08:16Alors, avec effet différé, c'est-à-dire qu'on ne lui a pas passé les menottes au tribunal.
08:22On l'a laissé rentrer chez lui et se préparer à cette incarcération, qui est intervenue, je crois, peut-être
08:27un mois plus tard.
08:31Mais avec l'exécution provisoire, c'est-à-dire que l'appel ne suspendait pas l'exercice de cette condamnation.
08:39Il a ensuite été libéré sous contrôle judiciaire au bout de 20 jours.
08:45Donc, voilà. Il est effectivement présumé innocent.
08:50Ses proches collaborateurs aussi.
08:54Voilà. On attendra le 30 novembre.
08:56Et à ce moment-là, effectivement, il pourra se pourvoir en cassation.
08:58Il l'a fait déjà dans les autres dossiers judiciaires qu'il a connus.
09:03L'affaire Bigmalion, l'affaire des Écoutes, le dossier Bismuth.
09:08Pour ces deux affaires-là, les condamnations sont définitives.
09:11Donc, pour ça, il n'est plus présumé innocent dans le dépassement et le financement illégal de campagne électorale pour
09:18l'affaire Bigmalion, par exemple.
09:20Alors, au moment où il a appris sa peine et qu'il allait faire de la prison en septembre dernier,
09:26Sarkozy avait chargé les juges.
09:28Il avait dit qu'il s'en prenait à l'état de droit, qu'il était animé par la haine.
09:32Puis, il a écrit un livre après sa sortie de prison qui s'est vendu à plus de 100 000
09:36exemplaires.
09:36Journal d'un prisonnier, 100 000 exemplaires d'une semaine, dans lequel il joue les victimes.
09:41Quelle est son attitude lors du procès, on appelle ?
09:44Alors, oui, je l'ai évoqué rapidement.
09:46Il a une attitude un petit peu différente, en tout cas à l'égard de la Cour.
09:52Voilà, du président Olivier Gérond.
09:54Il est très attentif à ses échanges avec lui, parfois même, effectivement, obséquieux.
10:03Il en fait pas mal, il en fait beaucoup dans ce type d'échange.
10:09Il dit qu'il ne veut pas froisser la Cour quand il utilise des mots un peu durs.
10:15Voilà, parfois, il en utilise et puis il se reprend très vite en s'excusant.
10:20Voilà, donc une attitude un peu moins agressive qu'en première instance.
10:27Voilà, ensuite, quand la parole lui est donnée, notamment dans ces trois jours d'interrogatoire,
10:33très vite, voilà, il s'indigne.
10:37Comment est-ce qu'on peut imaginer que j'ai pu faire une chose pareille ?
10:41Il met en cause les documents, la note, la fameuse note Moussa Koussa,
10:48signée par Moussa Koussa, un des dignitaires libyens,
10:51qui évoquerait un accord de principe à hauteur de 50 millions d'euros
10:55pour le financement de cette campagne de 2007.
10:57Voilà, pour lui, il répète que c'est un faux, alors que la justice a établi que ce n'était
11:03pas un faux.
11:04Là aussi, en première instance, en appel, en cassation, il y a eu des procédures.
11:09Voilà, donc l'attitude est un peu différente.
11:13L'attitude vis-à-vis du parquet général, elle est, ou même des victimes, des partis civils,
11:21elle est assez dure. Je crois que pendant les deux jours de ce réquisitoire,
11:29qui continue ce mercredi, je ne suis pas sûr qu'il ait une fois regardé l'avocat général,
11:35notamment Damien Brunet, qui a beaucoup parlé.
11:38Il était vraiment... Le regard rivait droit devant lui,
11:43où il n'y avait même pas le président, puisqu'il est légèrement sur la gauche.
11:47Voilà, pas une fois, je pense, il n'a regardé l'accusation.
11:54Il est apparu assez fermé.
11:56Et puis à chaque pause, à chaque suspension, il débriefait avec ses conseils
12:01qui étaient postés autour de lui, avec leur robe dans les suspensions.
12:08Et puis même la robe tombée à la fin des journées.
12:11À chaque fois, il y avait une sorte de petit débrief qui était fait entre lui et ses nombreux avocats.
12:17Voilà, c'est tout ce qui transparaît pour l'instant de son attitude.
12:21Et dernière question, est-ce que tu as le sentiment qu'au regard de la gravité de ce qui se
12:26joue,
12:26de l'importance de ce procès, ce procès en appel est relativement peu couvert par les médias ?
12:32Notamment, il y a eu un emboilement médiatique en première instance,
12:37au moment où Sarkozy a lancé une charge contre les juges,
12:39et au moment où des médias qui sont proches de lui, qui sont proches de Bolloré,
12:44ont participé à cette offensive ?
12:47Alors il y a la couverture médiatique télévisée,
12:54qui est celle dont on parle le plus et qui est peut-être là relativement faible.
12:59Je n'ai pas compulsé l'ensemble des journaux,
13:02mais c'est vrai qu'il y a une forme de redite, c'est un procès en appel,
13:05donc on va, entre guillemets, rabâcher des choses qui ont déjà été évoquées,
13:11donc peut-être d'aucuns se disent que ça va ennuyer.
13:15Mais c'est vrai que, voilà, ça n'a pour l'instant pas l'ampleur que ça a eu en
13:19première instance,
13:21mais on verra peut-être le 30 novembre s'il est à nouveau condamné,
13:25donc il avait été condamné à 5 ans, il y avait eu 7 ans requis,
13:29ça devrait à nouveau prendre de l'ampleur.
13:31Sur la presse écrite ou numérique,
13:35voilà, les bancs de la presse sont loin d'être vides
13:39et beaucoup de médias suivent et rendent compte de ce procès,
13:44tous mes confrères et consœurs,
13:47le Figaro, Mediapart, qui a eu un rôle tout particulier dans cette affaire,
13:51puis qui s'ont révélé ce pacte de corruption en 2012,
13:57il y a beaucoup de médias qui suivent très régulièrement cette affaire.
14:02Voilà, ça n'a pas encore l'ampleur médiatique que ça a eu en première instance,
14:07en tout cas peut-être au niveau télévisuel,
14:10mais déjà on va voir en fin de journée quelles sont les peines requises,
14:14et là peut-être il y aura un premier boost médiatique,
14:19si à nouveau sont requis plusieurs années de prison
14:22contre Nicolas Sarkozy et ses collaborateurs,
14:25et puis au moment de la peine connue,
14:29des condamnations ou des relax, ça devrait quand même faire parler.
14:33Le 30 novembre, et donc cet après-midi, les réquisitions,
14:36tu as couvert tout le procès, tu y seras.
14:39Presque tout le procès.
14:41Et d'ailleurs, vous aurez le résultat de ces réquisitions évidemment sur l'humanité.fr
14:46avec un papier que...
14:47Oui, oui, je file à l'audience au vieux palais de justice de Paris,
14:51puisque dans l'après-midi, on devrait connaître les peines réclamées
14:55par le parquet général pour chacun, et notamment pour Nicolas Sarkozy.
14:59On va suivre ça sur l'humanité.fr.
15:01Merci beaucoup à toi Alexandre, et à bientôt.
15:03Merci Aurélien, à bientôt.
15:04Bonne journée.

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