00:01Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur cette vidéo de l'Humanité.
00:04Aujourd'hui, on va vous parler du procès Sarkozy dans le cadre de l'affaire libyenne avec Alexandre Fache, chef
00:09du service Investigation.
00:10Alors hier, le ministère public a réclamé la condamnation de l'ancien président de la République pour toutes les infractions
00:16pour lesquelles il est poursuivi.
00:18Est-ce que tu peux nous détailler lesquelles, Alexandre ?
00:20Oui, bien sûr. Bonjour à tous. Ces infractions, elles sont nombreuses.
00:26En premier lieu, il y a l'association de malfaiteurs.
00:30Cette indignité qu'avait souligné Nicolas Sarkozy et pour laquelle il a été condamné en première instance, il n'a
00:37été condamné que pour cette infraction en première instance.
00:39On se souvient que ça avait fait beaucoup de bruit, un buzz médiatique énorme, des commentaires très très nombreux, une
00:47peine de prison de 5 ans qui lui avait été infligée,
00:5120 petites journées de détention, mais c'était pour la seule infraction d'association de malfaiteurs, pour les autres.
00:59Donc la corruption, le recel de détournement de fonds publics ou le financement illégal de campagnes électorales, il avait été
01:07relaxé.
01:08Voilà. Il est aujourd'hui à nouveau poursuivi pour tout ça.
01:12Et donc c'est très lourd. Et donc lundi et mardi, le ministère public, le parquet, a réclamé la condamnation
01:18totale pour toutes ces infractions de Nicolas Sarkozy.
01:22Alors c'est particulièrement lourd. Là, c'est le procès en appel. Qu'est-ce qui est reproché à Nicolas
01:26Sarkozy dans l'affaire libyenne ?
01:28Et est-ce qu'on a appris de nouvelles choses lors de ce procès en appel ?
01:32Alors ce qui est reproché, ce qu'avait démontré et établi le jugement de première instance et ce que met
01:40sur la table aujourd'hui l'accusation en appel,
01:42c'est l'existence d'un pacte de corruption, pacte corruptif entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen,
01:51dans les années précédant la campagne présidentielle de 2007, en 2005-2006.
01:57C'est-à-dire concrètement l'organisation de rencontres secrètes entre des proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy et des hauts
02:06dignitaires libyens,
02:07dont un en particulier, particulièrement sensible, Abdallah Senoussi, qui est le beau-frère de Kadhafi et qui est surtout quelqu
02:16'un qui a été condamné en 1999
02:18pour avoir fomenté, organisé l'attentat contre le décédiste du TA dix ans plus tôt, qui avait fait 170 morts.
02:26Dans une cinquantaine de Français.
02:28Oui, et même un peu plus si on compte les binationaux.
02:33Donc c'est vraiment un personnage totalement infréquentable.
02:37Sauf qu'à l'époque, Mouammar Kadhafi essaye d'obtenir une situation plus favorable pour ce beau-frère, pour Abdallah
02:47Senoussi,
02:48qui est vraiment au cœur de la dictature libyenne, numéro 2, chef des services de renseignement.
02:54Enfin, c'est un personnage clé.
02:55C'est devenu l'obsession pour Mouammar Kadhafi, outre de revenir dans le concert international, d'obtenir un assouplissement de
03:02la situation de ce personnage.
03:05Ce personnage va rencontrer successivement Claude Guéant, Brice Hortefeux, dans des rencontres secrètes à l'occasion de voyages officiels en
03:14Libye.
03:15Il rencontre, c'est très proche de Nicolas Sarkozy, sans l'ambassadeur, sans le classique de la diplomatie française.
03:25Donc c'est des rencontres qualifiées de secrètes par l'accusation.
03:29Donc voilà, c'est ce pacte de corruption que reproche à nouveau aujourd'hui l'accusation.
03:36D'un côté, des rencontres qui donnent lieu à des versements de fonds.
03:41La corruption, elle est là.
03:44Versement de fonds pour abander la campagne de Nicolas Sarkozy.
03:47En 2007.
03:48Voilà, en 2006, pour 6,5 millions d'euros.
03:53Donc ces versements ont eu lieu.
03:55Nicolas Sarkozy, lui, dit que pas un centime n'a été retrouvé dans sa campagne.
04:00Mais il y a bien eu des versements, via notamment des intermédiaires qu'on peut qualifier de véreux, comme Ziad
04:06Taqiedine.
04:08Voilà.
04:09La contrepartie, il y en avait plusieurs.
04:12La plus problématique, c'est donc l'assouplissement envisagé de la situation judiciaire d'Abdallah Sennoussi.
04:22C'est le retour de la Libye dans le concert international.
04:25C'est l'invitation de Kadhafi en France en 2007, en grande pompe.
04:31Vous vous en souvenez de ces images spectaculaires de l'attente dans la cour de l'Elysée.
04:37Donc ça a beaucoup marqué les esprits.
04:39Il y en avait d'autres.
04:40Il y a des contreparties économiques sur la possibilité d'implanter du nucléaire civil en Libye à l'époque.
04:48Voilà.
04:49Mais il y a à la fois des rencontres, des versements, une entente et des contreparties qui ont été mises
04:58sur la table.
04:59L'avocat général Damien Bruton...
05:02Pardon, je n'ai pas répondu sur ta deuxième question sur les nouveautés de ce procès en appel.
05:06J'étais un peu long, pardon.
05:08Oui, des nouveautés, il y en a eu dans ce procès en appel et un peu spectaculaire même.
05:12C'est la rupture entre Nicolas Sarkozy et son plus proche collaborateur, Claude Guéant.
05:21Claude Guéant ou Brice Hortefeux avaient protégé Nicolas Sarkozy tout au long de l'instruction, lors du premier procès.
05:29Là, en fait, Nicolas Sarkozy a été plus offensif, à la fois plus obséquieux vis-à-vis de la cour
05:36et plus dur vis-à-vis de ses anciens collaborateurs,
05:39notamment Claude Guéant, dont il a mis en cause à plusieurs reprises la probité.
05:43Il a dit qu'il avait découvert dans le dossier des choses incroyables qui le scandalisaient.
05:50Et Claude Guéant, qui est absent du procès pour raison médicale, mais qui est représenté par son avocat, a fini
05:57par réagir.
05:58Il a produit mi-avril deux attestations qui changent un petit peu la donne, puisqu'il écrit noir sur blanc
06:08que Nicolas Sarkozy lui a bien demandé,
06:12non seulement de la mandater pour un certain nombre de voyages.
06:16Il y a eu quatre voyages, par exemple, entre 2008 et 2011, pour lesquels Nicolas Sarkozy, au début, disait qu
06:23'il n'était pas au courant.
06:23En fait, Claude Guéant dit que ce n'était pas vrai. Il était parfaitement au courant. Et d'ailleurs, j
06:28'ai fait ça, ça, ça.
06:29C'était pour essayer d'obtenir des contrats d'armement avec la Libye. Il y avait des choses très précises.
06:35Et puis surtout, il évoque une rencontre avec Mouammar Kadhafi en juillet 2007, en Libye.
06:46Un dîner à l'issue duquel Nicolas Sarkozy fait venir Claude Guéant auprès de Mouammar Kadhafi, qui veut lui exprimer
06:56à nouveau sa demande sur le cas d'Abdallah Senoussi.
06:59Et Claude Guéant écrit « Voilà, Nicolas Sarkozy m'a fait venir et m'a dit « Claude, voyez cela
07:06».
07:06Ces trois mots vont peut-être un peu rester dans l'histoire de ce procès. Le « Claude, voyez cela
07:12».
07:12Ça dit que Nicolas Sarkozy était actif dans la réalisation, ou en tout cas le fait d'envisager cette contrepartie
07:23réclamée fortement par le dictateur libyen.
07:27Et donc, Damien Brunel, l'avocat général, a dit, je cite « En projetant des atteintes à la confiance publique
07:34parmi les plus graves, avec un niveau opérationnel inégalé,
07:37elles se placent dans les plus hauts niveaux de gravité que la République puisse connaître ».
07:40Vous savez que la charge est lourde. Aujourd'hui, il y aura les réquisitions, puis un délibéré le 30 novembre.
07:47D'ici là, Sarkozy est présumé innocent et pourra, si besoin, se pourvoir en cassation, c'est ça ?
07:53Oui, oui, oui. Tous les prévenus sont présumés innocents. Voilà. Ils ont été condamnés en première instance.
08:00Mais donc, c'est des condamnations qui ne sont pas définitives, même si Nicolas Sarkozy a subi, là aussi, l
08:06'indignité d'une incarcération qui était une surprise.
08:10Il faut le dire. Ce n'était pas du tout attendu, ça, ce mandat de dépôt.
08:15Avec l'exécution provisoire.
08:16Alors, avec effet différé, c'est-à-dire qu'on ne lui a pas passé les menottes au tribunal.
08:22On l'a laissé rentrer chez lui et se préparer à cette incarcération, qui est intervenue, je crois, peut-être
08:27un mois plus tard.
08:31Mais avec l'exécution provisoire, c'est-à-dire que l'appel ne suspendait pas l'exercice de cette condamnation.
08:39Il a ensuite été libéré sous contrôle judiciaire au bout de 20 jours.
08:45Donc, voilà. Il est effectivement présumé innocent.
08:50Ses proches collaborateurs aussi.
08:54Voilà. On attendra le 30 novembre.
08:56Et à ce moment-là, effectivement, il pourra se pourvoir en cassation.
08:58Il l'a fait déjà dans les autres dossiers judiciaires qu'il a connus.
09:03L'affaire Bigmalion, l'affaire des Écoutes, le dossier Bismuth.
09:08Pour ces deux affaires-là, les condamnations sont définitives.
09:11Donc, pour ça, il n'est plus présumé innocent dans le dépassement et le financement illégal de campagne électorale pour
09:18l'affaire Bigmalion, par exemple.
09:20Alors, au moment où il a appris sa peine et qu'il allait faire de la prison en septembre dernier,
09:26Sarkozy avait chargé les juges.
09:28Il avait dit qu'il s'en prenait à l'état de droit, qu'il était animé par la haine.
09:32Puis, il a écrit un livre après sa sortie de prison qui s'est vendu à plus de 100 000
09:36exemplaires.
09:36Journal d'un prisonnier, 100 000 exemplaires d'une semaine, dans lequel il joue les victimes.
09:41Quelle est son attitude lors du procès, on appelle ?
09:44Alors, oui, je l'ai évoqué rapidement.
09:46Il a une attitude un petit peu différente, en tout cas à l'égard de la Cour.
09:52Voilà, du président Olivier Gérond.
09:54Il est très attentif à ses échanges avec lui, parfois même, effectivement, obséquieux.
10:03Il en fait pas mal, il en fait beaucoup dans ce type d'échange.
10:09Il dit qu'il ne veut pas froisser la Cour quand il utilise des mots un peu durs.
10:15Voilà, parfois, il en utilise et puis il se reprend très vite en s'excusant.
10:20Voilà, donc une attitude un peu moins agressive qu'en première instance.
10:27Voilà, ensuite, quand la parole lui est donnée, notamment dans ces trois jours d'interrogatoire,
10:33très vite, voilà, il s'indigne.
10:37Comment est-ce qu'on peut imaginer que j'ai pu faire une chose pareille ?
10:41Il met en cause les documents, la note, la fameuse note Moussa Koussa,
10:48signée par Moussa Koussa, un des dignitaires libyens,
10:51qui évoquerait un accord de principe à hauteur de 50 millions d'euros
10:55pour le financement de cette campagne de 2007.
10:57Voilà, pour lui, il répète que c'est un faux, alors que la justice a établi que ce n'était
11:03pas un faux.
11:04Là aussi, en première instance, en appel, en cassation, il y a eu des procédures.
11:09Voilà, donc l'attitude est un peu différente.
11:13L'attitude vis-à-vis du parquet général, elle est, ou même des victimes, des partis civils,
11:21elle est assez dure. Je crois que pendant les deux jours de ce réquisitoire,
11:29qui continue ce mercredi, je ne suis pas sûr qu'il ait une fois regardé l'avocat général,
11:35notamment Damien Brunet, qui a beaucoup parlé.
11:38Il était vraiment... Le regard rivait droit devant lui,
11:43où il n'y avait même pas le président, puisqu'il est légèrement sur la gauche.
11:47Voilà, pas une fois, je pense, il n'a regardé l'accusation.
11:54Il est apparu assez fermé.
11:56Et puis à chaque pause, à chaque suspension, il débriefait avec ses conseils
12:01qui étaient postés autour de lui, avec leur robe dans les suspensions.
12:08Et puis même la robe tombée à la fin des journées.
12:11À chaque fois, il y avait une sorte de petit débrief qui était fait entre lui et ses nombreux avocats.
12:17Voilà, c'est tout ce qui transparaît pour l'instant de son attitude.
12:21Et dernière question, est-ce que tu as le sentiment qu'au regard de la gravité de ce qui se
12:26joue,
12:26de l'importance de ce procès, ce procès en appel est relativement peu couvert par les médias ?
12:32Notamment, il y a eu un emboilement médiatique en première instance,
12:37au moment où Sarkozy a lancé une charge contre les juges,
12:39et au moment où des médias qui sont proches de lui, qui sont proches de Bolloré,
12:44ont participé à cette offensive ?
12:47Alors il y a la couverture médiatique télévisée,
12:54qui est celle dont on parle le plus et qui est peut-être là relativement faible.
12:59Je n'ai pas compulsé l'ensemble des journaux,
13:02mais c'est vrai qu'il y a une forme de redite, c'est un procès en appel,
13:05donc on va, entre guillemets, rabâcher des choses qui ont déjà été évoquées,
13:11donc peut-être d'aucuns se disent que ça va ennuyer.
13:15Mais c'est vrai que, voilà, ça n'a pour l'instant pas l'ampleur que ça a eu en
13:19première instance,
13:21mais on verra peut-être le 30 novembre s'il est à nouveau condamné,
13:25donc il avait été condamné à 5 ans, il y avait eu 7 ans requis,
13:29ça devrait à nouveau prendre de l'ampleur.
13:31Sur la presse écrite ou numérique,
13:35voilà, les bancs de la presse sont loin d'être vides
13:39et beaucoup de médias suivent et rendent compte de ce procès,
13:44tous mes confrères et consœurs,
13:47le Figaro, Mediapart, qui a eu un rôle tout particulier dans cette affaire,
13:51puis qui s'ont révélé ce pacte de corruption en 2012,
13:57il y a beaucoup de médias qui suivent très régulièrement cette affaire.
14:02Voilà, ça n'a pas encore l'ampleur médiatique que ça a eu en première instance,
14:07en tout cas peut-être au niveau télévisuel,
14:10mais déjà on va voir en fin de journée quelles sont les peines requises,
14:14et là peut-être il y aura un premier boost médiatique,
14:19si à nouveau sont requis plusieurs années de prison
14:22contre Nicolas Sarkozy et ses collaborateurs,
14:25et puis au moment de la peine connue,
14:29des condamnations ou des relax, ça devrait quand même faire parler.
14:33Le 30 novembre, et donc cet après-midi, les réquisitions,
14:36tu as couvert tout le procès, tu y seras.
14:39Presque tout le procès.
14:41Et d'ailleurs, vous aurez le résultat de ces réquisitions évidemment sur l'humanité.fr
14:46avec un papier que...
14:47Oui, oui, je file à l'audience au vieux palais de justice de Paris,
14:51puisque dans l'après-midi, on devrait connaître les peines réclamées
14:55par le parquet général pour chacun, et notamment pour Nicolas Sarkozy.
14:59On va suivre ça sur l'humanité.fr.
15:01Merci beaucoup à toi Alexandre, et à bientôt.
15:03Merci Aurélien, à bientôt.
15:04Bonne journée.