00:01Cyprien, pour rappel, Red Flag, c'est ta chronique média et politique où tu prends la température du débat public.
00:06Et cette semaine, tu voulais commencer par une petite devinette.
00:09Et oui, quel est le point commun entre, attention, accrochez-vous, François Hollande, Gabriel Attal, Bruno Retailleau,
00:14Karim Boimran, Michel Barnier, Jérôme Gage, Dominique de Villepin, Yannick Jadot, Michel-Edouard Leclerc, David Lissnard,
00:20Aurore Berger, Yael Brown-Pivet, à part qu'aucun d'entre eux ne sera invité à mon anniversaire, ça je
00:23vous le garantis.
00:24Ils seront tous candidats.
00:26À la présence, bingo, bien sûr.
00:27Oui, et pas au municipal de... C'est fini, je ne sais où.
00:31Et oui, effectivement, ils ont tous fait savoir ces dernières semaines qu'ils ne fermaient pas la porte à une
00:35candidature.
00:35C'est l'expression consacrée maintenant.
00:37Et ça s'ajoute à celles et ceux qui ont déjà fait savoir qu'ils y pensent très très fort.
00:41Jean-Luc Mélenchon, Jordan Bardella, Édouard Philippe, Marine Tandelier, François Ruffin, Fabien Roussel, Clémentine Autain.
00:46Il y aura bientôt plus de candidats pour 2027 que de signataires contre la loi Yadant.
00:50Et pour cause, les médias adorent ça.
00:52Le storytelling présidentiel, recevoir des gens en plateau pour aller tâter les ambitions,
00:55cramer du temps d'antenne sur les jeux de pouvoir sans jamais parler de fond, évidemment.
00:59Un tout dernier mot sur l'élection présidentielle, François Hollande.
01:02Tout le monde a compris que vous y pensiez.
01:04Que vous y pensiez.
01:05Je pense que tous ceux qui nous regardent ce soir se disent effectivement, il y pense.
01:08Et on a entendu ce soir quelqu'un qui pense à l'Élysée, qui a une expérience.
01:13À quel moment simplement vous direz, j'irai ou je n'irai pas ?
01:16Est-ce que vous avez des ambitions présidentielles pour 2027 ?
01:20Il paraît qu'avec votre micro-partie, la France humaine est forte, vous levez des fonds depuis quelques temps.
01:25Donc, des personnalités préférées des Français avec 49% de bonnes opinions juste après le baromètre IFOP fiducial.
01:30Est-ce qu'aujourd'hui, sérieusement, vous avez un slogan ou une équipe ?
01:33Non, non, non.
01:33C'est dans un an.
01:34C'est demain.
01:34Est-ce que vous vous préparez sérieusement ?
01:35Non, non, non.
01:36Si j'y vais, j'irai très vite et je gagnerai un chevet du Teddy Riner.
01:39Mais c'est...
01:40Je gagnerai la présidentielle.
01:41Ça veut dire que vous êtes candidat à l'élection présidentielle ?
01:43Ça veut dire qu'il faut porter ce projet et qu'en France, sous la Ve République, cela ne peut
01:48passer que par la présidentielle.
01:50Si votre question consiste à dire, Michel Barnier, est-ce que vous êtes capable d'être président de la République
01:54?
01:54La réponse est oui.
01:55J'ai été Premier ministre, j'étais bien dans ma peau, je n'ai pas tremblé.
01:59Je peux exercer d'autres fonctions.
02:01Là, vous faites un plat supplémentaire aujourd'hui en disant ça.
02:02Non, non, j'ai toujours dit ça.
02:05Mais tu m'étonnes que tu ne sois pas tracé.
02:07Mais oui, ça m'a mis en mal.
02:09Je vous ai mis Barnier en dernier parce que quand même, le type a été Premier ministre pendant trois mois
02:12et il sent capable de gouverner le pays.
02:14Ça veut avoir une nomination au prix de l'humour politique.
02:16Mais au-delà de la blague, ce que ça nous raconte tout ça, c'est à quel point le présidentialisme
02:19de la Ve République nous pourrit la vie.
02:21Notre vie politique est obsédée par les questions de casting et d'incarnation.
02:24Si bien que pour exister, pour que les médias vous invitent, il faut être candidat à la présidentielle.
02:28Un type à qui on ne demanderait même pas l'heure en temps normal peut s'offrir un 20h de
02:32TF1 ou une France 2 s'il est candidat à l'Elysée.
02:34Et à la fin, quand on va au bout du bout de la caricature, au bout du bout du présidentialisme
02:38et de la pipolisation,
02:39on passe une semaine à parler de la princesse de Jordan Bardella plutôt que du programme de l'extrême droite.
02:43La jet-setteuse, je l'aurais bien vu, faire de la télé-réalité comme les Kim Kardashian.
02:46Elle a tout à fait le profil.
02:48Moi, j'ai vu des photos d'elle, là je viens de regarder, dans les trucs de jet-set, excusez
02:51-moi.
02:51Alors, ce n'est vraiment pas la classe princière pour moi.
02:53Mais enfin, bon, là aussi, je vois être vieux jeu.
02:55Moi, je trouve que les princesses aujourd'hui...
02:56Toi, t'es récisse ici, impératrice.
02:57Excuse-moi, on dirait une princesse de Love Story, on dirait pas une princesse 3.
03:01C'est les princesses de 1026.
03:02Oui, bah, excuse-moi, c'est pas vrai.
03:04Et ouais, même les princesses étaient mieux avant.
03:06Il n'y a plus de saison, ma bonne dame.
03:09Une séquence lancée par un reportage super complaisant de Paris Match, on le rappelle.
03:12Ouais, tout à fait.
03:13Et ce qui s'est joué avec cette séquence, c'est une totale dépolitisation, en fait, du sujet de l
03:16'extrême droite.
03:17On avait déjà vu comment le macronisme, en même temps, avait cherché à gommer les clivages avec la bénédiction d
03:22'une grande partie de la presse.
03:23Bah, le RN fait qu'appliquer la même recette, déclinée aussi sur TikTok, et Bardella a désormais le droit à
03:27un traitement similaire à celui de Macron en 2016.
03:30Lisser l'image, effacer le racisme, l'antisémitisme, la politique pro-patron, le refus systématique de voter les augmentations de
03:35salaire.
03:36On commente le profil de la potentielle première dame, comme si Bardella avait déjà un peu gagné, sans plus s
03:40'inquiéter du « gagner pour quoi faire ».
03:42Il n'y a vraiment rien à sauver de cette séquence, donc ?
03:44Bah, il y a un tout petit truc, parce que tout ce cirque aura eu quand même un micro-mérite
03:48faire apparaître soudain, comme par effraction, le mépris social du RN derrière le discours officiel.
03:52Moi, je suis ravi que Jordan Bardella soit amoureux, je suis ravi que son amoureuse, qui pourrait possiblement devenir première
03:59dame, soit une jeune fille qui parle six langues, et qui nous a l'air tous les deux si épanouie.
04:04Et qui est influenceuse dans le luxe ?
04:05C'est peut-être pas exactement dans votre circo, le rêve d'une...
04:08Non mais d'accord, mais...
04:08Je vous pose la question comme ça, parce que vous êtes plus fort.
04:10Oui, oui, mais pourquoi pas ?
04:12Tout le monde ne peut pas être prof de sociologie église.
04:14C'est à Nanterre, d'accord.
04:15Non, attendez, on ne peut pas être prof de sociologie sans être église.
04:18Non, j'ajoute.
04:19Non, mais ça c'est vous, c'est vos comptes.
04:21Tout le monde ne peut pas cumuler un certain nombre d'inconvénients, être moche, mal coiffée, aigrie...
04:27Vous l'avez rencontrée ?
04:28Et elle est fixe.
04:29On salue évidemment toutes les professeurs de sociologie, bien sûr.
04:32Et cette pipolisation, pardon Cyprien, elle traduit quoi d'autre ?
04:36Elle traduit à quel point la politique est devenue une auto-entreprise, finalement une entreprise personnelle sur fond de société
04:40du spectacle et d'effacement des partis.
04:42En cela, Emmanuel Macron avait montré la voie en 2017, nul besoin d'avoir un parti politiquement structuré et patiemment
04:48bâti, pas besoin d'avoir des idées clairement énoncées.
04:50Celui d'avoir un logo, une boîte mail pour récupérer des données électorales et l'affaire dans le sac.
04:55C'est pour ça aussi qu'il peut y avoir autant de candidats.
04:57Et cette séquence de grande décomposition n'est pas finie, à commencer par le parti présidentiel lui-même.
05:0110 ans qu'En Marche a été créé, 10 ans que ça reste une coquille vide, ce qui a changé
05:05de nom 3 fois quand même, mais qui n'incarne toujours rien pour personne, au-delà de la figure même
05:09d'Emmanuel Macron.
05:10Et d'ailleurs l'un de ses candidats à la succession, Gabriel Attal, a bien compris, alors qu'il est
05:14président de Renaissance quand même, il a bien compris que le parti ne lui servait pas à grand chose.
05:17Comme Bardella, il va jouer à fond la carte de l'incarnation et de la dépolitisation.
05:21Voilà, donc si vous jamais vous croisez Gabriel Attal durant son Tour de France, surtout encouragez-le pour qu'il
05:25y ait plein, tout plein de clones de Macron sur la ligne de départ en 2027.
05:28Il n'y a pas de raison que ce soit que la gauche qui fasse n'importe quoi.
05:30Et en tout cas, ce qu'il faut retenir, c'est que sur le modèle d'En Marche en 2016,
05:34il y a plein de candidats qui s'inventent un parti de circonstance, le temps de faire campagne.
05:37Dominique de Villepin s'est taillé sur mesure la France humaniste, Karim Boimbran, la France humaine est forte, Guillaume Casbarian
05:43vient de lancer le parti de la liberté, David Disnard peut compter sur Nouvelle Énergie.
05:47Autant de partis dont vous n'avez jamais entendu parler, dont on se fiche bien du poids réel, puisque ce
05:51sont des marques, rien d'autre.
05:53C'est d'ailleurs ce qu'assume très explicitement David Disnard, les partis, ce n'est plus son sujet.
05:56Je crois que toutes ces histoires de partis politiques, c'est à peu près terminé.
06:00Moi, vous savez, je viens d'un monde simple, je viens d'un monde du petit commerce, où on est
06:04habitué à être responsable de ces actes.
06:05Quand on gagne, on gagne. Quand on perd, on perd.
06:07Aujourd'hui, on est à un moment très important de notre histoire, comme en 1958, comme à d'autres moments.
06:13Il faut absolument arriver à générer un sursaut civique.
06:17Il y a toute une France, toute une France qui croit au travail, qui croit à l'investissement,
06:21qui n'accepte pas comme une fatalité le déclassement de l'école, qui n'accepte pas de voir notre pays
06:26passer derrière l'Italie sur le plan économique.
06:29Ah, voilà une proposition forte, enfin du bon sens de la part de David Disnard.
06:33Rassemblons les Français qui ne veulent pas être derrière l'Italie dans les classements économiques de Forbes et The Economics.
06:37Ça, c'est populaire.
06:39Les Italiens, ils ne sont même pas à la Coupe du Monde, en fait.
06:40C'est des gros losers.
06:41Vous voulez vraiment être derrière l'Italie, les gauchistes, là ?
06:42Non, mais sérieux ?
06:43En tout cas, on sent que tu as fait ton choix pour 2025, Cyprien.
06:46Écoute, je ne ferme aucune porte et j'agirai en responsabilité, Théo.
06:49Non, j'ai vu tellement de vidéos de candidats improbables que je commence à croire en mes propres chances d
06:53'être président.
06:53Et ça, je vous le jure, pour la France, pour la République, c'est un gros red flag.
07:00Ah là là, elle est terrible.
07:02Il y a des gens dans le chat qui disent qu'il faut donner des trigger warnings avant de lancer
07:06les vidéos, parce que franchement, c'est un enchaînement.
07:09Après, moi, j'y ai un peu cru à ta candidature, finalement, Cyprien.
07:11Mais j'y réfléchis.
07:12Tu m'as convaincu.
07:13Tu mets une moustache et des lunettes à Gabriel Attal, il y a un truc un peu.
07:17Mais qui perd avec son château, il doit te quitter le plateau.
07:20En tout cas, merci beaucoup, Cyprien.