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  • il y a 1 semaine
La lutte paye ! Grévistes victorieuses du 65 boulevard de Strasbourg, les coiffeuses et esthéticiennes d'un salon du 10ᵉ arrondissement de Paris ont obtenu leur régularisation après une grève de 78 jours face à un patron qui les rackettait et les exploitait. Fadimatou Bintou, Mayerima Ouattara et Adèle Tellez de la CGT, qui les a accompagnés pendant cette grève, sont les invitées du plateau de ÇA IRA !

Le lien vers la caisse de grève : https://www.cgtparis.fr/2026/05/20/victoire-pour-les-coiffeuses-du-boulevard-de-strasbourg/

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00:00 Les racines de la grève
9:03 Le déclencheur
16:05 L'accompagnement de la CGT
27:52 Le combat pour la régularisation des travailleurs

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Transcription
00:01Avant qu'on se lance dans le vif du sujet, peut-être un petit point sur les racines de la
00:05grève, Honorine ?
00:06Oui, alors bonjour, donc moi je voulais un petit peu revenir sur vos conditions de travail.
00:11Vous avez mené cette lutte avant tout pour dénoncer l'abus de votre hiérarchie,
00:16des horaires de travail à rallonge, des semaines de 6 jours sur 7,
00:20l'absence de congés payés, de congés de maternité,
00:23mais aussi des salaires non versés ou alors pas à la hauteur de ce que vous avez fourni comme travail.
00:28Et puis il y avait aussi cette histoire de demande de payer 250 euros pour obtenir des fiches de salaire,
00:36tout simplement, qui sont nécessaires ensuite pour faire la demande de titre de séjour.
00:40Est-ce que vous pouvez un petit peu revenir sur cette forme de raquette avec ces 250 euros qui vous
00:44étaient demandés ?
00:45Fadima Atou, Maya Ramak.
00:49Bonjour.
00:53Moi j'arrive dans l'entreprise en 2021 et je travaille d'abord au droit.
01:00Et en 2022 j'ai été, comment dire,
01:08Tu as eu un contrat de travail ?
01:10J'ai eu un contrat de travail, merci beaucoup Adèle.
01:13Et quelle était la condition que le patron m'avait posée ?
01:16C'était qu'il allait prendre 250 euros de mon salaire
01:24pour que je puisse avoir des fiches de paye et que je puisse aussi aller à la préfecture.
01:31Donc il connaissait très bien que j'étais vulnérable
01:34et j'avais besoin d'être régularisée pour avoir une vie normale.
01:41Donc c'est comme ça, il a profité pour faire asseoir son escroquerie.
01:46Et voilà. Pendant 5 ans, j'ai payé 250 euros pour avoir des fausses fiches de paye.
01:59Mayerima, ça s'est passé de la même façon pour vous ?
02:02Oui, bonjour à tout le monde.
02:04Ça s'est passé de la même façon, mais seulement ce qui est un peu différent,
02:09c'est-à-dire chaque travailleur avait son mois,
02:14c'est-à-dire son jour du début du travail avec le patron.
02:21Donc chacun avait son mois, mais c'est comme ça, ça s'est passé.
02:25Effectivement, tous les mois, il nous a dit qu'il allait nous déclarer
02:28et qu'il devait nous prélever les 250 euros
02:32pour pouvoir avoir un contrat de travail et des fiches de paye.
02:35Voilà la préfecture, puisqu'on n'avait pas de...
02:38On n'était pas régularisés.
02:40Donc c'est ainsi que nous sommes restés avec lui.
02:43Nous avons travaillé comme ça.
02:44Nous avons été exploités.
02:46Puisqu'on ne connaît pas aussi la loi,
02:48nous, on voulait vraiment les papiers, tout et tout.
02:50Donc raison pour laquelle on était obligés d'accepter le travail.
02:53Il vous disait que les 250 euros étaient nécessaires
02:56puisque vous n'aviez pas de papier.
02:57Non, on n'avait pas de papier pour pouvoir avoir nos papiers.
03:00Donc c'est ce qui s'est passé,
03:02c'est ce qui l'a fait pour pouvoir nous retenir au salon.
03:06Et au-delà de ces conditions de travail,
03:09il y a aussi votre exposition aux produits chimiques.
03:11Est-ce qu'on peut un peu revenir sur ça ?
03:13Et aussi les postures qui sont inconfortables
03:15dans le métier que vous exercez ?
03:20Moi, je suis prothésiste angulaire
03:22et elle est coiffeuse.
03:25Donc il y a eu ce mélange de produits.
03:28Parce que nous, les prothésistes,
03:29on utilisait des produits qui n'étaient plus dans les normes.
03:34Et elles également,
03:37elles utilisaient des produits
03:39qui émanaient des odeurs vraiment toxiques.
03:42Et ce mélange, c'était fort.
03:48Et on n'avait pas de bouchée d'aération.
03:54Il y avait un faux VMC qui l'avait fait installer
03:57juste pour trouver la vigilance des inspections de travail
04:02au cas où il devait en avoir un.
04:05Il y en a déjà eu ?
04:06Pardon ?
04:07Oui.
04:07L'inspection du travail est déjà passée ?
04:09Oui.
04:10Et il y a eu des conséquences ?
04:11Il y a eu une suite ?
04:13Au départ, au début,
04:14il n'y a pas eu de suite.
04:18Donc ils sont passés avec le CODAF.
04:22Il y a eu une descente de CODAF.
04:26Il y avait l'inspection du travail.
04:30C'est quoi le CODAF, pardon,
04:31pour les gens qui nous regardent ?
04:32Adèle, peut-être ?
04:33Oui.
04:34En fait, ce qui s'est passé,
04:35c'est qu'il y a eu plusieurs administrations
04:37qui se sont intéressées à cette entreprise.
04:39Donc l'inspection du travail, la douane, l'URSSAF,
04:44les finances publiques.
04:45Et donc ils sont venus en même temps au salon.
04:47Ce qu'il faut voir par rapport à l'inspection du travail,
04:49c'est qu'elle est en train de réaliser,
04:50en ce moment, une enquête très poussée
04:53sur ce qui s'est passé dans ce salon.
04:57Donc ils font leur travail.
05:00Mais nous, ce qu'on voit,
05:02c'est qu'elles ont été mises dans des conditions de travail
05:06qui sont indignes.
05:07Puisqu'il y a cette histoire de produits chimiques,
05:10mais ces produits chimiques qui ne sont pas dans les normes,
05:13par ailleurs, il n'y avait pas non plus de VMC,
05:15d'extraction d'air.
05:16Et l'endroit, pour les nombreuses personnes
05:19qui nous ont visitées au salon,
05:20savent qu'il est hyper confiné.
05:22Et puis, il y a aussi des horaires.
05:24C'est vrai qu'on n'en a pas parlé encore, des horaires.
05:26Les horaires, c'était quand même au minimum
05:2860 heures de travail par semaine.
05:30Ah, c'est mal.
05:32Sur du 6 jours sur 7.
05:346 jours sur 7.
05:36Pas de vacances, on imagine ?
05:37Pas de vacances payées.
05:39Donc si tu t'arrêtes...
05:41Vous n'êtes pas payée.
05:41Tu n'es pas payée.
05:42Pas de congé maternité
05:45pour mes trois collègues
05:47qui sont tombés enceintes dans le magasin.
05:49Donc pas de congé maternité,
05:50c'est-à-dire que votre collègue était enceinte ?
05:52Elles étaient enceintes, elles ont travaillé pendant...
05:54La personne a accouché
05:54et le lendemain, c'était le retour au travail.
05:56Justement.
05:58Donc elles n'ont pas eu de congé maternité.
06:00Ce qui s'est passé,
06:01c'est qu'elles ont travaillé jusqu'à la veille de leur accouchement.
06:04Et ensuite, elles se sont arrêtées environ un mois
06:06sans être payées.
06:07Donc vous imaginez avec un nourrisson
06:08sans toucher son salaire.
06:09Voilà.
06:10Et en plus, en respirant peut-être après,
06:12des substances qu'on imagine...
06:14Pendant, après, tout le temps, en fait.
06:16C'est ça.
06:17Et tout ça, ça a été permis aussi
06:19parce que du coup, votre patron connaissait un peu
06:21votre situation administrative
06:22et qu'il en a un peu abusé, c'est ça ?
06:24Oui, oui, oui.
06:25C'est-à-dire qu'il a abusé
06:26parce qu'il se disait que peut-être...
06:29On n'a pas les papiers.
06:30Bon, on n'a pas les moyens aussi d'en trouver.
06:35Donc on s'est dit, quoi, c'est avec lui,
06:36on travaille, il nous rassurait.
06:38Il disait, il disait, non, attendez,
06:39les fiches de paix, le contrat de travail,
06:42tout et tout, les 250 euros,
06:43c'était pour les charges, tout et tout.
06:45Vous allez avoir les papiers,
06:46on va vous régulariser, tout et tout.
06:48Donc nous, on était vraiment...
06:50On a été burnés, comme on le dit.
06:52Et vraiment, on a été exploités.
06:54Bon, c'était pour les papiers.
06:56Donc il fallait qu'on puisse rester avec lui
06:59pour pouvoir être régularisés.
07:01Vous n'avez pas le choix ?
07:02On n'avait pas le choix.
07:04Les congés payés, c'était pareil.
07:05Médecins du travail, on ne connaît pas.
07:07On n'a jamais connu médecins du travail.
07:09Les navigots, tout et tout.
07:11C'est nous-mêmes qui nous débrouillons encore
07:12pour pouvoir payer, régler tout et tout.
07:14Donc on restait là-bas 7 jours sur 7.
07:17On allait souvent, même avec nos enfants,
07:20on reste là-bas jusqu'à minuit, 1h du matin.
07:22On reste au salon avec les clients.
07:24On coiffe, on travaille.
07:26Bon, nous, on coiffait.
07:27Elles sont esthéticiennes.
07:28Donc elles s'assiaient beaucoup.
07:30Nous, on s'arrêtait beaucoup.
07:31On peut s'arrêter le matin.
07:32On n'a pas l'heure de pause, on n'a rien.
07:35On était là comme ça.
07:36Donc, même assise, la posture n'était pas adéquate.
07:43On était penchés, oui.
07:45Et des fois, il fallait tenir.
07:47Quand tu veux faire la pédicure,
07:48tu dois mettre le pied de la cliente sur ton genou
07:51et te couber.
07:54Et franchement, ça n'allait pas.
07:57Ça n'allait pas.
07:58Donc, à chaque fois, j'avais mal au dos.
08:01Je devais me faire consulter par un musicien
08:04et je n'avais pas d'assurance maladie.
08:07Je n'avais pas de truc.
08:09Je n'avais pas de cadre vital.
08:11Je ne jouissais plus de l'AME.
08:13Donc, si je tombais malade,
08:16je payais de mes propres poches.
08:20Je payais de mes propres poches.
08:22Et donc, pour revenir sur la façon dont il nous rassurait,
08:26c'est un monsieur qui savait vraiment parler.
08:28Il savait vraiment comment nous rassurer.
08:30Et chez moi, il me disait,
08:33mais toi, ça fait déjà sept ans que tu es là.
08:36Donc, voilà, il te faut fournir encore plus d'efforts.
08:40Voilà, voilà, voilà.
08:40Donc, il avait cette façon peut-être de nous rassurer,
08:44de dire que voilà, tu es déjà proche du but.
08:47Donc, il faut continuer.
08:50Et moi, je me voyais, voilà,
08:52si je continuais de dire, voilà, c'est sept ans,
08:54il faudrait que je monte un dossier
08:56pour déposer à la préfecture et voilà,
08:58j'aurais une régularisation et voilà.
09:01Et à partir de quand, vous vous êtes dit,
09:03non, mais là, ce n'est plus possible.
09:05Ça fait tant d'années qu'il essaie de me rassurer,
09:08mais qu'il m'exploite, etc.
09:09Ça a été quoi l'élément où vous vous êtes dit,
09:10non, là, ça suffit, c'est plus possible,
09:12j'arrête de croire à...
09:13Par les biais d'une de nos collègues,
09:16L'élément du plage, c'est les salaires non payés.
09:19Oui, les salaires d'abord, oui, c'est les salaires non payés.
09:21C'est les salaires non payés qui nous ont poussés à...
09:25Parce qu'il y a un moment où ils ont arrêté de payer vos salaires.
09:26Justement.
09:27À un moment donné, on ne recevait plus,
09:30on ne percevait plus les salaires.
09:32Et ça devenait de plus en plus dur pour nous.
09:34On a dû puiser dans la réserve que nous avions.
09:38Donc, pour survivre, on a les doyers,
09:42on a la famille, on a les enfants,
09:44on a les décharges.
09:46On n'arrivait plus.
09:47On était étouffés.
09:49Donc, on s'est dit, voilà.
09:52C'est ça qui est monté dans la tête de ma collègue,
09:54mon homonyme Bintou,
09:57que je salue,
09:58qui est vraiment, on appelle...
10:01C'est elle l'élément déclencheur.
10:03Parce que c'est elle qui a eu cet accrochage avec le patron.
10:09Elle a...
10:10En soi, elle était fatiguée.
10:13Elle avait son papa qui était malade.
10:16Au final, il est décédé.
10:17Donc, elle avait son papa qui était malade
10:19et elle avait besoin pour...
10:21Elle avait besoin de son argent.
10:22Elle avait besoin de sa paie.
10:24Et voilà.
10:25Elle a dit au patron que je suis fatiguée
10:27de travailler dans ces conditions.
10:29Si tu ne me payes pas mon argent,
10:30mon salaire, moi, je m'en vais.
10:32Le patron, il a dit, ah, tu peux aller.
10:35Donc, voilà.
10:36Pendant combien de temps,
10:37il ne vous l'a pas payé, le salaire ?
10:39Ça dépendait parce que,
10:41comme je le disais tantôt,
10:42c'est un monsieur qui savait...
10:44Je ne sais pas.
10:44Il savait comment jouer avec des gens.
10:47Donc, moi, je suis la personne qui,
10:49peut-être, doit avoir le plus de...
10:52D'ancienneté ?
10:53Pas d'ancienneté.
10:54Peut-être de plus d'ailleré de salaire.
10:56Donc, j'ai beaucoup cru.
10:58J'ai beaucoup cru en son mensonge.
11:00Et voilà.
11:03Ça a passé...
11:04Pendant plusieurs mois.
11:05Pendant plusieurs mois.
11:06Au moins, 4-5 mois chacun.
11:07Voilà.
11:07Au moins, 4-5 mois.
11:08Et du coup, face à cette situation,
11:10vous décidez de contacter un syndicat,
11:12notamment la CGT.
11:13Comment ça s'est passé ?
11:14Comment vous vous êtes dit,
11:14OK, maintenant, on va se faire aider,
11:17accompagner, prendre conseil ?
11:18Comment s'est passée la prise de contact avec la CGT ?
11:21La prise de contact...
11:23Excuse-moi.
11:24Tu veux parler ?
11:25La prise de contact se passée, c'est Bintou,
11:28donc, je vous ai parlé.
11:30C'est Bintou qui, à travers l'une de ses connaissances,
11:37qui lui dit, ah, tu peux te faire aider par un syndicat,
11:40et voilà, qui a donné le numéro,
11:42et qu'elle a appelé pour prendre un premier rendez-vous.
11:47Elle est partie, et nous, nous ne l'avons pas suivie,
11:50parce qu'on était toujours dans la bulle,
11:52donc on était toujours bernis.
11:54On a dit, ah non, il nous a promis,
11:57il a dit que le mois-ci, il va nous solder,
11:59il va solder tous les comptes et tout.
12:03Donc, voilà, et on s'est dit, ah voilà.
12:06Et elle est allée, et puis ensuite, elle est revenue,
12:09elle nous a convaincus, et puis on a dit, voilà.
12:12C'est parti.
12:12C'est parti.
12:13Et à ce moment-là, du coup,
12:14toutes les coiffeuses et céticiennes ont fait grève avec vous.
12:17Enfin, le mouvement a été vraiment unanime au sein du salon.
12:19Oui.
12:20Parce qu'auparavant, il a dit à Bintou de démissionner,
12:24puisqu'elle a oublié peut-être le côté-là.
12:26Il a insisté, il a commencé à la menacer,
12:29qu'elle démissionne.
12:30Donc, elle a dit, elle dit, non, je ne peux pas démissionner
12:32parce que tu nous dois.
12:34Voilà, il faudrait payer nos salaires d'abord
12:36avant que je ne démissionne.
12:38Donc, c'est ainsi qu'elle est allée voir nos camarades.
12:41Elle a un camarade qui connaissait nos camarades de la CGT.
12:44Et elle est rentrée en contact avec eux.
12:46Et c'est ainsi qu'elle est venue.
12:48Elle a essayé de nous rassurer.
12:50Elle nous a appelé pour nous dire non, voilà, voilà.
12:52Et on l'a suivi aussi.
12:54Donc, c'est parti de là.
12:56Et vous, Adèle, j'imagine, à la CGT,
12:57vous recevez cet appel, cette première prise de contact.
12:59Comment ça se passe ?
13:00C'est quoi votre rôle à ce moment-là, vous ?
13:03Alors, on les a reçus.
13:04On a reçu Bintou et les deux autres coiffeuses
13:07dans un premier temps.
13:08Et tout de suite, on s'est rendu compte, en fait,
13:10qu'il y avait une situation vraiment gravissime
13:13au-delà de ce qu'on voit quotidiennement
13:17qui se passait dans cette entreprise.
13:19Et du coup, on a commencé à organiser des réunions régulières
13:21avec les coiffeuses.
13:23Et ces réunions, si vous avez bien compris la situation,
13:26en fait, elles ne peuvent pas avoir lieu du lundi au samedi.
13:29Donc, en fait, sur leur seul jour de repos,
13:31le dimanche, on faisait des réunions.
13:33On a fait cinq réunions de suite, les dimanches,
13:36pour déjà comprendre la situation de manière assez précise
13:40et puis surtout pour organiser la grève.
13:43Parce que lancer une grève comme ça
13:45avec une occupation d'entreprise,
13:47c'est quelque chose qui demande une très bonne organisation
13:49pour être sûr qu'à la fin, on gagne.
13:52On ne commence pas une bataille comme ça pour perdre.
13:54Et en plus, il fallait qu'on ait une vraie confiance entre nous
13:58parce qu'en fait, vous, vous étiez,
14:00tu l'expliquais, Bintou, sous la coupe du patron.
14:04Donc, il fallait que vous ayez suffisamment confiance en nous
14:06pour se dire, oui, on va se lancer dans cette aventure
14:10et puis à la fin, on va gagner.
14:11Et ça, ça a été un sacré boulot qu'on a fait.
14:15Et quand on l'a senti,
14:17on a décidé une date ensemble et puis c'était parti.
14:19On a essayé ça.
14:20Et justement, est-ce que vous pouvez un peu revenir
14:22sur comment se déroulaient ces journées de grève ?
14:24Comment a été tenu ce piqué de grève, etc.
14:2678 jours, quand même.
14:28Oui.
14:30Les journées de grève, ça se passait super bien.
14:35Ça se passait super bien parce qu'on était bien organisés.
14:38Et il y a...
14:42Comment dire ?
14:43On était unanimes.
14:45On était solidaires, déjà.
14:47Vous êtes combien travaillé dans ce salon ?
14:5013.
14:50Donc, les 13 personnes qui travaillaient étaient ensemble pour occuper et tenir la grève.
14:55Voilà, on était ensemble.
14:5613 personnes étaient ensemble.
14:57On était unanimes et puis on était vraiment solidaires.
15:02On voit des images, justement, de cette grève.
15:05On vous reconnaîtra de temps en temps.
15:09Donc, on s'était organisés.
15:12Il y avait des groupes, parfois, en journée.
15:17Si tu t'as senti, on devait s'assurer que d'autres personnes qui aident quand même,
15:22comment dire, des camarades, sur le piqué.
15:25Donc, en soirée, on avait fait un planning et on se relayait.
15:30Donc, on passait les nuits parce qu'on a occupé.
15:33On dormait là-bas, on vivait là-bas.
15:35Pendant 78 jours, vous voulez être relayés pour dormir, manger,
15:39pour organiser la vie, finalement, dans ce salon.
15:41Pour organiser la vie.
15:41Tout petit, en plus.
15:42Voilà.
15:43Et pour s'en sortir, également, qu'est-ce qu'on a fait ?
15:46Bon, on organisait presque toutes les semaines des petites fêtes
15:51pour collecter les fonds.
15:56Et ces fonds qui nous ont permis de tenir depuis le jour 1 jusqu'au jour 78.
16:02Wow !
16:03Donc, oui, c'est une sacrée organisation et aussi...
16:06Et du coup, j'imagine, Adèle, vous, le CGT, il ne s'est pas arrêté.
16:09Il a dit, bon, allez-y, hop, ça y est, l'occupation s'est lancée.
16:11Comment vous avez suivi, accompagné, conseillé, je ne sais pas,
16:16les coiffeuses, esthéticiennes, grévistes pendant ces 78 jours ?
16:21Bah, voilà.
16:22C'est l'avantage d'être accompagné par un syndicat, c'est qu'il y a 130 ans d'expérience
16:26de lutte
16:27qui sont avec les 13 coiffeuses en grève et qui occupent leur salon.
16:30Et donc, en fait, on était là tout le temps.
16:32Donc, nous aussi, on a fait notre planning pour être présents et présentes en permanence.
16:37La nuit aussi.
16:38Donc, il y avait plusieurs tâches.
16:40Mais je dirais, la première, c'est d'assurer la sécurité.
16:44Parce que, à ce moment-là, il y a le patron qui peut débarquer à tout moment.
16:47D'ailleurs, nous, on le voulait, puisqu'on voulait ouvrir des négociations,
16:50mais il a refusé de négocier.
16:52Il n'est jamais venu sur les 78 jours ?
16:55Il est venu, oui.
16:56Mais il est venu pour mettre la pression, en fait, sur les salariés,
17:00pour vérifier, je pense, s'il avait toujours cette emprise.
17:03Et pour nous mettre la pression à nous aussi.
17:06Mais bon...
17:06Oui, il a croisé la CGT, du coup.
17:08Vous avez eu la possibilité de parler avec lui ?
17:10Il refusait complètement ?
17:12Ça dépendait des moments.
17:14C'était un peu erratique.
17:15Mais, comment dire, on a l'habitude des patrons qui ne sont pas du tout contents
17:19qu'on les mette face à toutes leurs malversations.
17:23Et les siennes étaient particulièrement lourdes.
17:25Donc, en fait, c'était ça l'avantage.
17:28C'est qu'on a pu conduire...
17:30Chaque grève est différente.
17:32Chaque lutte, en particulier, et les occupations, a ses particularités.
17:36Donc, on a notre expérience, mais au quotidien, on discute avec les grévistes,
17:40qui sont, in fine, celles qui décident, en fait, de ce qu'on fait, de comment on continue.
17:46Mais nous, on peut apporter cette expérience au fur et à mesure.
17:49Et c'est une grève aussi dont le but était d'obtenir des titres de séjour, quand même.
17:53Et donc, il y a un enjeu qui est au-delà des grèves très importantes, par exemple, pour des augmentations
18:01de salaire,
18:01parce que là, c'est vraiment la vie des gens qui est en jeu.
18:04Et nous, on mesure vraiment cette responsabilité.
18:06Et quand on lance ces grèves-là, on se donne les moyens.
18:10C'est ce qu'on s'était dit avant.
18:11On sait quand ça commence une grève.
18:12On ne sait pas quand ça commence.
18:14Vous auriez été prêtes à tenir dix jours, vingt jours, un mois, un an, je ne sais pas.
18:20Oui, on était...
18:21Bon, bref, on n'était pas trop prêtes.
18:26On n'était pas trop prêtes.
18:28Parce que, entre nous, il y avait, je me souviens, c'est Djeneba qui vient.
18:32Elle me dit, Bintou, quand est-ce que...
18:35Parlez bien dans le micro, sinon on ne va pas vous entendre dans le micro.
18:37Donc, elle venait toujours vers moi, Djeneba, pour dire, Bintou, quand est-ce que ça va pas se terminer ?
18:43Mais je dis, on n'a pas encore commencé.
18:45Tu me demandes quand est-ce que ça va se terminer ?
18:48Est-ce qu'on a déjà eu gain de cause ?
18:52Là, on n'a pas encore eu gain de cause.
18:54Et tu me demandes quand est-ce que ça va se terminer ?
18:56Est-ce que tu es fatiguée ?
18:57Elle dit, non, elle n'est pas fatiguée quand même, mais elle veut savoir si les choses...
19:00Je dis, non, ce n'est pas nous qui programmons.
19:02Les choses vont suivre leur cours naturellement.
19:07Donc, avec les camarades, on doit être patient, c'est ça.
19:09Et justement, vous n'avez jamais perdu espoir, en fait, de gagner cette lutte ?
19:13Non.
19:14Et est-ce qu'il y a eu un soutien, du coup, des partis politiques ou même un soutien populaire,
19:19des personnes qui passaient dans le boulevard et qui vous aidaient à avoir cet espoir,
19:23que ce soit enfin victorieux ?
19:25On rappelle le boulevard de Strasbourg, dans le deuxième arrondissement de Paris pour les non-parisiens.
19:28Oui, effectivement, on avait des soutiens quand même des personnes qui passaient,
19:33d'autres aussi qui quittaient loin, qui venaient, qui voyaient même le drapeau de la CGT, tout et tout.
19:39Donc, qui rentraient aussi par curiosité, qui rentraient pour regarder tout et tout.
19:45Et puis bon, comme on avait les caisses de grève,
19:50donc il y a d'autres qui faisaient des gestes, tout et tout, pour nous soutenir.
19:54Ça vous a apporté, en fait ?
19:55Vraiment, ça nous a motivés.
19:58Ça nous a motivés.
19:59Et puis, vraiment, par l'aide aussi de nos camarades de la CGT,
20:04on a senti qu'ils étaient là, qu'on n'était pas seuls.
20:07Donc, ça nous a plus encore motivés, parce qu'on faisait les journées,
20:12on dormait là-bas aussi avec eux.
20:14Eux aussi, ils se sont organisés de leur côté.
20:16Personne n'a raté.
20:17Ils étaient tous là à tout moment.
20:19Nous aussi, pareil.
20:20Donc, c'est ce qu'il y a à faire aujourd'hui.
20:22Nous sommes en arrivée là.
20:26Comment vous avez réagi, d'ailleurs, quand vous avez appris la fermeture du salon ?
20:29Et puis, surtout, la régularisation, pardon.
20:32Est-ce que ça a été une forme de soulagement ?
20:35Vraiment, ça a été une joie, un soulagement.
20:38C'était comme si c'était un poids qu'on avait su, non ?
20:41C'est comme si c'était le poids même qui a été déchargé.
20:44On était vraiment contents.
20:46Et puis, une victoire aussi.
20:47Une victoire, c'est vraiment la victoire.
20:49Une victoire immense.
20:50Parce que vraiment, combien de personnes là-bas, c'était vraiment, c'était la joie.
20:56Franchement, c'était la joie.
20:57Donc, une victoire qui n'était pas que la nôtre.
21:03La victoire était également pour la mairie de 10e.
21:07Parce que, oui, pas seulement.
21:10Je dis, c'était pas parce que c'est un combat.
21:13Le combat, c'est...
21:14On a eu le support de la mairie de 10e, de la mairie de Paris également.
21:21Le support des élus.
21:24De plein de gens dont je ne peux pas...
21:28Je ne saurais...
21:29Il y en a trop.
21:29Oui, il y en a trop.
21:31Il y en a trop aussi.
21:31Donc, on ne peut pas citer.
21:32Donc, c'est leur victoire également.
21:33Donc, on les dit merci.
21:36C'est évidemment une très grande victoire.
21:38Mais le combat, je crois, n'est pas encore totalement fini.
21:42C'est quoi la prochaine étape ?
21:43Donc, vous avez été régularisé.
21:45La prochaine étape, c'est, j'imagine, de récupérer l'argent qu'on vous a volé pendant plusieurs années.
21:50Vous en êtes où, là ?
21:54La prochaine étape, en fait, puisque le patron a refusé de rentrer en négociation avec nous,
21:59le tribunal de commerce a prononcé la liquidation de l'entreprise parce qu'elle avait beaucoup, beaucoup de dettes.
22:05Et du coup, on va aller récupérer cet argent devant les tribunaux, c'est-à-dire au prud'homme, mais
22:12aussi au pénal,
22:12puisque nous, notre but maintenant, c'est de faire condamner ce patron pour traître des êtres humains
22:17et faire reconnaître, en fait, les sévices que vous avez subis pendant toutes ces années.
22:22Justement, on va peut-être revenir un petit peu sur cette notion de traître d'êtres humains.
22:27Donc, la traître d'êtres humains, aussi appelée esclavage moderne, est une infraction pénale qui existe depuis 2003.
22:35Pour être caractéristée, elle doit rassembler trois éléments, l'action, le moyen et le but, qui peut prendre, en fait,
22:41diverses formes.
22:42À titre d'exemple, l'action peut être tout simplement le recrutement, comme c'est le cas pour votre situation.
22:47Le moyen peut être la menace, l'albut de vulnérabilité, qui est aussi le cas, l'octroi ou la promesse
22:52d'une rémunération.
22:53Et puis, il y a le but, qui est tout simplement la soumission d'une personne vulnérable à des conditions
22:58de travail indignes ou alors la réduction en servitude.
23:01Pourquoi aujourd'hui, c'est important que ce soit cette condamnation-là, en traître d'êtres humains, qui soit retenue
23:06?
23:06Alors, c'est important à plusieurs titres. Déjà parce que ces vices-là, ces conditions indignes, elles existent dans notre
23:15pays.
23:15Il y a eu déjà plusieurs condamnations et elles existent de manière, en fait, beaucoup plus massive que ce qu
23:20'on pense.
23:21Mais on le voit peu, y compris parfois pas assez dans nos syndicats. Pourquoi ?
23:25Parce que c'est des salariés qui sont tellement vulnérables que c'est compliqué pour elles de se tourner vers
23:30une organisation comme la nôtre.
23:31C'est important aussi pour la question de la régularisation. Parce que l'attrait des êtres humains ouvre la possibilité
23:38d'avoir une carte de résident.
23:40Donc ça, c'est l'élément central qui a permis que ces salariés soient régularisés. Parce que, et ça c
23:47'est quand même hyper important de le dire, je pense,
23:50cette vulnérabilité qui a permis à ce patron de profiter d'elles, elle est liée avant toute chose au fait
23:56qu'elles n'avaient pas de titre de séjour.
23:58Et ce qui les permet de pouvoir faire respecter leurs droits et pouvoir vivre de manière à peu près normale
24:04dans ce pays, sans avoir à craindre la police
24:08et sans avoir à accepter tout du patron, c'est l'étit de séjour. C'est la condition sine qua
24:13non pour sortir de cette vulnérabilité, en fait.
24:17Ça, c'est pour la suite des éléments judiciaires, on va dire. Et la suite pour vous, personnellement. Vu qu
24:21'il y a eu la liquidation, on imagine que du coup, vous n'avez plus d'emploi,
24:24vous ne travaillez plus. Est-ce que vous avez, est-ce que vous pouvez toucher le chômage, peut-être, puisque
24:28vous avez été régularisé ?
24:30Vous en êtes où, vous, là, personnellement, sans forcément rentrer dans les détails, mais pour vous, là, c'est quoi,
24:34c'est quoi votre vie en ce moment ?
24:37Pour le moment, nous sommes, on n'a pas encore entrepris grand-chose. Et on a un rendez-vous pour
24:45se faire inscrire, suivre, en ce travail.
24:50Et on verra la suite, quoi. Pour le moment, nous sommes encore dans notre bulle de...
24:58De l'euphorie.
25:01Oui. Mais est-ce qu'on peut encore vous soutenir ? Est-ce qu'il y a encore une caisse
25:04de grève, du coup, qui est disponible ou pas ?
25:07Oui, la caisse de grève est toujours en ligne. Le soutien, ça continue ?
25:16Oui, oui. Et si je peux ajouter quelque chose, nous, on a vécu deux mois et demi sur le boulevard,
25:23vous l'aurez compris.
25:24Et on s'est rendu compte, évidemment, que cette situation, elle existe dans d'autres entreprises.
25:31Et comme je le disais, elle existe parce que l'État ne délivre pas les titres de séjour, parce qu
25:37'il considère qu'il y a des gens qui travaillent ici,
25:39qui participent à la vie sociale, à la vie économique, qui ne méritent pas de faire valoir leurs droits.
25:45Et cette situation, elle est absolument inacceptable. Et pour qu'on puisse...
25:51Pour que la traite d'êtres humains arrête, il faut que la préfecture délivre des titres de séjour à tout
25:56le monde.
25:57C'est la seule solution.
25:58Pour aller dans votre sens, il y avait Yann Brossat qui avait qualifié le boulevard de Strasbourg,
26:02donc là où est toujours le salon de coiffure, de zone de non-droit social.
26:07Est-ce que ça veut dire que... Enfin, est-ce que j'imagine que les gens, vos collègues de travail,
26:11vos camarades, le salon d'en face, celui d'à côté,
26:13est-ce que ça veut dire qu'on peut imaginer que ce genre de... Les situations que vous avez vécues,
26:18en fait,
26:19c'est des situations qui existent dans beaucoup de boutiques de ce boulevard et d'autres, j'imagine ?
26:26Effectivement, c'est...
26:29Nombreuses vivent la même situation que nous, mais elles n'osent pas.
26:33Elles n'ont pas ce courage, peut-être, que nous avons eu pour dénoncer.
26:37Et...
26:37Est-ce que ça peut les inspirer, peut-être, de vous avoir vues, de vous avoir gagnées ?
26:42Ça peut les inspirer parce que j'ai déjà été abordée par une qui est venue vers moi et m
26:46'a dit, voilà,
26:48elle a la même... Elle m'a dit... Bon, que son patron lui prenait 520 euros.
26:54Donc, je ne sais pas.
26:55520 euros ?
26:56520 euros.
26:57Pour avoir, pareil, la fiche de paye ?
26:59Oui.
26:59Exactement la même chose que vous, mais deux fois plus.
27:01Oui, mais... Donc, ça avait dit que notre patron, il était un ange.
27:05Oui.
27:07Donc, 520 euros.
27:08C'est fou.
27:09C'est fou.
27:10Oui, j'étais vraiment étonnée.
27:12Donc, ça avait dit qu'il y a des gens qui vivent aussi, peut-être, plus pire que nous.
27:17Et est-ce que vous... Allez-y, allez-y.
27:19Voilà. Et... Bon, bref.
27:21Le truc, c'est qu'elles ne veulent... Elles n'ont pas ce que...
27:24Quand elle m'a dit, je lui ai dit, mais j'irais parler avec les camarades de la CGT.
27:29Ce qu'elle m'a dit comme réponse, elle m'a dit,
27:33moi, nous, on a peur de l'occupation.
27:37Donc, elles ne veulent pas... Elles n'ont pas ce courage de... Comment on dit ?
27:41De dénoncer. Elles n'ont pas ce courage, déjà, de sortir de cet esclavage.
27:47Donc, elles font face.
27:52On va reparler un petit peu de la régularisation, de l'enjeu politique de la régularisation
27:55que vous avez commencé à aborder avec vous, Adèle.
27:58Je suis désolé, on va regarder des images de Bruno Rotaillot.
28:00Je ne suis pas sûr que ce soit quelqu'un qu'on apprécie beaucoup ici.
28:03Mais ça permet un petit peu de poser le cadre que veut nous imposer la droite et l'extrême droite
28:07quand on parle de régularisation.
28:08On regarde ça, puis on en discute après.
28:11La régularisation, ça n'est pas un droit.
28:13Je m'étais battu, nous, nous étions battus et nous avions trouvé des accords
28:16pour qu'il n'y ait pas de droit systématique, automatique, opposable à la régularisation.
28:22La régularisation, c'est le pouvoir qu'un État souverain peut donner
28:26dans son choix d'accepter ou non des étrangers qui étaient venus sur son territoire en situation illégale.
28:33Donc en fraudant nos règles, ça doit rester exceptionnel.
28:37Il n'y a pas de droit automatique et général à la régularisation.
28:43Alors ce que vous avez commencé à dire, effectivement, c'est aussi une politique organisée
28:48où on sait très bien qu'il y a des personnes qui sont exploitées dans le pays
28:50et dont on profite de beaucoup de travailleurs, justement, à qui on ne va pas donner de papier
28:55et qu'on ne va pas régulariser.
28:56Et ça fait aussi partie, c'est une forme de contrat tacite.
28:59Ce n'est pas que le patronat.
29:00Il y a aussi toute une politique qui est encouragée par rapport à ça.
29:03Alors justement, est-ce que, au contraire, pourquoi la régularisation,
29:07ce qu'on a commencé à dire, est un enjeu absolument essentiel ?
29:10Et justement, qu'est-ce que la CGT, justement, elle demande par rapport à ça ?
29:18Écoutez, c'est simple.
29:19Je pense qu'on est tous contents de pouvoir avoir une petite coupe de cheveux sympa de temps en temps.
29:25On est tous contents d'habiter dans des bâtiments qui ont des fondations solides.
29:29On est tous contents d'être soignés par des médecins qui, parfois, ont des diplômes longs comme le bras
29:35dans des pays qui ne sont pas la France.
29:37Et bien, ces gens-là qui font ce travail-là et qui nous permettent de vivre et de vivre en
29:41société,
29:42et bien, de nombreux et nombreux d'entre eux vivent, en fait, dans la peur et, en fait, sans droit.
29:47Parce qu'une vie sans titre de séjour, c'est une vie sans droit.
29:52Et donc, ça, évidemment, ça permet au patron d'exploiter bien plus.
29:56Et c'est ce qu'on voit là.
29:58Et donc, le fait de rendre de plus en plus difficile l'accès au titre de séjour
30:02n'a absolument pas comme conséquence que les personnes ne viennent pas en France,
30:08puisqu'elles viennent en France par nécessité, évidemment,
30:11mais tout simplement, en fait, de permettre au patronat d'exploiter toujours plus ses salariés.
30:16Et donc, nous, ce qu'on demande, c'est que tous les gens qui travaillent puissent être régularisés
30:23sans besoin d'un document de leur patron qui prouve que, oui, ils travaillent bien,
30:27juste sur simple présentation d'une fiche de paye.
30:30Et ça nous paraît juste absolument évident.
30:32Et je pense que c'est aussi un enjeu hyper important aujourd'hui
30:35pour se rendre compte qu'on participe tous à la vie de la société,
30:42à la construction sociale et économique de notre société.
30:46Enfin, pour le dire un peu vulgairement, mais bon, puisque je suis chez l'humanité,
30:49je me permets qu'on fait tous partie d'une même classe sociale.
30:53Si c'est ça la vulgarité, je me tournerai pas.
30:55Ça, vous pouvez dire.
30:58Là, dans ces cas-là, on voit bien qu'il y a des cas de vie
31:00qui sont en fait directement impactés par des choix politiques.
31:03Est-ce que vous, cette expérience, vous vous êtes dit,
31:05« Ok, en fait, j'ai envie d'aller plus loin, de continuer à me battre avec la CGT,
31:09avec les syndicats, à m'engager en politique ? »
31:12Je ne sais pas.
31:13Est-ce que ça vous a donné envie de vous investir un peu plus
31:15dans la vie syndicale politique ?
31:19Oui, vraiment, oui.
31:21Nous sommes même prêts, nous sommes motivés pour nous syndiquer à la CGT.
31:28Comme a dit Sophie, Sophie Binet, pour gagner, il faut se syndiquer.
31:36Voilà, il faut se syndiquer, donc nous sommes motivés.
31:40Nous sommes motivés à être syndiqués.
31:43Est-ce que peut-être vous avez un dernier message pour celles et ceux qui nous regardent ?
31:47Je vois qu'il y a énormément de messages de soutien dans le chat
31:49qui vous disent « Bravo, c'était vraiment dégueulasse quand vous faisiez vivre, etc. »
31:53Donc tous les gens qui nous regardent vous apportent beaucoup de soutien
31:56et vous félicitent pour la lutte que vous avez menée.
31:58Est-ce que vous avez un dernier message pour celles et ceux qui nous regardent, peut-être ?
32:03Bon, le message que nous avons, on tient à dire merci
32:08à tous ceux qui nous regardent, à tous les soutiens.
32:14Bon, c'est le merci et puis bon, et dit aussi au patron,
32:19au patron du Château d'Eau, il faut bien d'où ça, je ne sais pas,
32:23de vraiment arrêter d'exploiter aussi les gens.
32:29Donc maintenant, on connaît nos droits.
32:32Donc ça, il faudrait qu'ils essaient de voir aussi
32:35qu'ils payent les ouvriers normalement,
32:42qu'ils donnent leur salaire comme ils se doivent,
32:43qu'ils les déclarent et qu'ils fassent tout aussi pour leur donner,
32:47pour qu'ils soient régularisés aussi,
32:49pour avoir au moins une vie meilleure.
32:53Donc c'est ça, c'est tout ce que j'ai à dire.
32:57Fadi Matou Bintou, un dernier mot pour celles de ceux qui nous écoutent ?
33:00C'est le remerciement, je sais, vous remerciez, vous déjà, les médias,
33:09tous les médias qui nous ont aidés à faire connaître notre lutte à travers le monde,
33:17parce qu'on m'appelle aussi un peu de partout pour dire,
33:20« Ah, Bintou, on t'a vu sur YouTube, Bintou, on t'a vu sur YouTube ».
33:23Donc je suis devenue une star, quoi.
33:27Donc c'est pour vous dire aussi merci,
33:29merci de nous avoir donné cette notoriété.
33:34et merci à tout le monde,
33:38tout le monde qui, de près ou de loin, nous ont soutenu,
33:42que ce soit financièrement, moralement.
33:46Sachez que votre soutien a été vraiment d'une grande aide
33:49et c'est grâce à vous qu'on n'a rien lâché.
33:52C'est grâce à vous qu'on a tenu deux mois et demi sans rien lâché.
33:57Donc merci énormément et je dirais aussi à d'autres personnes
34:03qui sont dans la même situation que nous,
34:06de ne pas hésiter à se faire aider,
34:09qui se dirigent vraiment vers la CGT.
34:14Peu importe le syndicat, mais je préfère la CGT,
34:17parce qu'il y a la partie de la CGT,
34:20qui n'hésite pas d'aller se faire aider,
34:22parce qu'une lutte ne se fait pas seule,
34:24une lutte se fait avec du monde,
34:29une lutte se fait avec, voilà,
34:31il faut se faire aider et vous allez avoir gain de cause.
34:35Nous, on voit déjà le bout du tunnel,
34:37on a commencé déjà avec des titres de séjour
34:41et la suite, on attend la suite avec le plus d'hommes
34:45et le pénal qui va suivre.
34:47qui va suivre.
34:49Donc merci beaucoup, merci, merci.
34:52Adèle, vous avez le mot de la fin pour conclure cette interview.
34:55Un dernier mot pour celles qui nous regardent.
34:57Oui, et bien moi, ce sera un merci aux grévistes,
34:59parce que quand on a annoncé la victoire de cette grève,
35:03j'ai reçu des messages de camarades de la CGT,
35:05de tout le pays,
35:06à qui ça donne vraiment beaucoup d'espoir,
35:09parce qu'on ne va pas se mentir,
35:10la période, elle est parfois dure,
35:12et voir que quand on se bat, on gagne,
35:15on peut gagner, quand on est unis,
35:16quand on est aussi déterminés que vous,
35:19vous l'avez été.
35:20Mais ça a donné tellement de force
35:22à tellement de gens dans tout le pays,
35:24je peux vous le dire.
35:24Donc surtout, merci à vous d'avoir tenu et d'avoir gagné.
35:27Merci.
35:28Et merci à vous d'être venus à l'Humanité
35:30raconter votre histoire
35:31et montrer que la lutte peut encore payer.
35:34Ça fait effectivement beaucoup de bien,
35:35je crois que ça fait aussi beaucoup de bien
35:36à celles qui nous regardent.
35:37Quelqu'un dans le chat nous demande,
35:38j'espère que l'Huma nous tiendra au courant
35:39des suites de cette affaire.
35:40Évidemment, on va suivre avec vous l'évolution,
35:42même si ça a pris une bonne voie.
35:45On va suivre avec vous.
35:45Merci beaucoup à toutes les trois.
35:47Je répète, Adèle Telles,
35:48co-secrétaire général de la CGT Paris,
35:50Fadi Matoumitou, vous étiez esthéticienne gréviste,
35:53et Mahirama Ouattara,
35:54vous étiez coiffeuse gréviste au 65 boulevard de Strasbourg.
35:57Merci beaucoup à toutes les trois.
35:58Merci, bravo.
35:59Merci, bien.
36:00Merci, au revoir.
36:02Merci, au revoir.
36:12Sous-titrage Société Radio-Canada
36:13Sous-titrage Société Radio-Canada

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