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  • il y a 16 heures
Avant le second tour de la présidentielle en Colombie, dimanche 21 juin, les soutiens d’Ivan Cepeda s’activent autour d’une large coalition pour empêcher la victoire d’Abelardo de la Espriella, soutenu par Donald Trump.

Analyse avec Théo Bourrieau et Luis Reygada.

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Transcription
00:01L'Amérique latine va-t-elle voir un nouveau dirigeant d'extrême droite prendre le pouvoir ?
00:05Le 21 juin, donc dimanche là qui arrive, aura lieu le deuxième tour de l'élection présidentielle en Colombie
00:10qui opposera le progressiste Iban Cepeda à l'admirateur de Trump, Abelardo de la Espriella.
00:15Alors comment expliquer la percée de l'extrême droite en Colombie ?
00:18L'alliance de gauche a-t-elle une chance d'être portée au pouvoir dimanche ?
00:21On discute donc de tout ça ensemble.
00:24Alors avant qu'on fasse un petit pronostic, qu'est-ce qui s'est passé dans notre tour,
00:28comment ça va se passer dimanche, etc.
00:30Il faut que tu nous fasses un petit rappel des deux protagonistes de cette élection.
00:34On l'a fait rapidement il y a deux semaines avec Vadim, mais pour celles et ceux qui n'étaient
00:38pas là,
00:39c'est qui Abelardo de la Espriella et quel projet politique, quel projet de société il porte ?
00:44Alors c'est vraiment deux personnages, deux profils opposés...
00:49Rapproche-toi un petit peu de moi, Juan, sinon t'es à moitié dans le cadre.
00:52...opposés à l'extrême.
00:53Donc on a du côté gauche Iban Cepeda, qu'on avait interviewé, qu'on avait rencontré à Madrid
00:59en début d'année, on avait interviewé Iban Cepeda pour l'Humanité Magazine.
01:04Donc lui, c'est le fils d'un grand dirigeant communiste colombien,
01:09qui a été assassiné en 1994, je crois, par des policiers alliés aux paramilitaires d'extrême droite.
01:17Et donc c'est une personne qui a dédié toute sa vie à la défense des droits de l'homme,
01:23dans un pays qu'on s'est ravagé, qui a vraiment été durement frappé par le conflit et les conséquences,
01:29où c'est généralement la gauche et les classes populaires qui en ont beaucoup, énormément souffert.
01:35On parle d'un génocide en Colombie, il y a eu ce qui était qualifié de génocide du parti de
01:42gauche,
01:43subi par le parti de gauche, Union Patriotica.
01:46Et donc voilà, Iban Cepeda, c'est la défense des droits de l'homme.
01:50Dernièrement, il était sénateur.
01:53Et donc à l'opposé, Abelardo de la Spiella, qui lui, c'est une nouvelle version de Milley, de Bukele,
02:06de caste aussi, mais surtout Milley Bukele, inspiré beaucoup par Trump.
02:12Il se présente comme un outsider.
02:14C'est vrai qu'il ne vient pas, alors lui aussi, il parle de caste politique,
02:17il se présente comme le candidat qui est contre la caste politique.
02:20Antisystème.
02:20Ça a bien fonctionné. Antisystème, exactement.
02:23Et d'une certaine façon, c'est un peu vrai, parce qu'il n'était pas dans le jeu politique
02:28ces dernières années.
02:30C'est un avocat très riche, c'est un homme d'affaires.
02:34Dernièrement, il vivait en Europe, en Italie, je crois.
02:38Il a la nationalité états-unienne, c'est ça ?
02:40Il a la double nationalité, colombienne-états-unienne.
02:43Et il est viriliste, il est macho, il est sexiste.
02:49Et il a un discours très violent.
02:52Donc, c'est un candidat d'extrême droite.
02:54On peut très clairement le présenter comme ça.
02:57Et il a une vision totalement, enfin, il est anticommuniste, il est anti de gauche,
03:02rejoignant un peu tous ces présidents qu'on a cités auparavant,
03:06avec ses arguments qui ne sont même pas des arguments.
03:08Il n'a pas de programme.
03:09Après, on peut revenir un peu sur ça plus loin.
03:14Et moi, je trouverais intéressant aussi qu'on revienne sur les résultats du premier tour.
03:18Oui, justement.
03:19Parce que c'est vrai que tu le disais, il se présente comme un outsider.
03:22Il était outsider.
03:23Et finalement, le fait qu'il soit devant l'alliance progressiste a étonné un peu tout le monde.
03:29Ce n'était pas prévu.
03:30Comment est-ce qu'on peut expliquer ça ?
03:33Et aussi, comment là-bas, les soutiens d'Ivan Cepeda l'expliquent ?
03:37Tu t'es entretenu avec le député Gabriel Bessara-Yannès.
03:41Comment toi, tu expliques cette percée de l'extrême droite ?
03:45Et comment là-bas, sur place, ils l'analysent, ils la comprennent ?
03:48Alors exactement, on s'est entretenu avec ce député dont l'entretien est dans le journal de l'humanité d
03:53'aujourd'hui.
03:54Et oui, parce que si on revient au premier tour, Ivan Cepeda était donné en tête, voire on s'attendait.
04:01À l'époque, on avait interviewé la secrétaire générale du Parti communiste colombien.
04:06Elle était quand même assez confiante, peut-être un peu trop.
04:09Elle disait que, enfin, elle, mais pas que elle, la gauche colombienne misait sur une victoire dès le premier tour.
04:15Donc, il y a à avoir à atteindre les plus de 50% dès le premier tour.
04:19Parce qu'il y avait un élan, il y avait une force qui s'appuyait sur le bilan positif de
04:26Gustavo Petro.
04:27Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé.
04:30Il y avait trois grands candidats.
04:31Il y avait donc Ivan Cepeda, Abelardo, pour l'extrême droite, qui était crédité à plus ou moins 30%.
04:38Et la candidate de la droite classique, Paloma Valencia, qui était aussi plus ou moins à 30%.
04:48Mais ce qui s'est passé, donc les analyses qui sont faites, c'est qu'il y a eu une
04:53peur tellement grande du côté de la droite
04:56qu'effectivement, Ivan Cepeda soit qualifié, enfin, remporte la présidentielle dès le premier tour,
05:00que Paloma a été lâché par nombre de ses soutiens qui ont fait le vote utile.
05:10Une espèce de vote utile pour l'extrême droite directement.
05:11Directement, en voyant que c'était lui qui avait le plus de possibilités,
05:15en voyant que c'était lui qui avait le discours totalement populiste, totalement sans programme.
05:20C'était vraiment... Mais bon, qui attirait le plus de monde.
05:23Et donc, dès le premier tour, tous les votes de...
05:26Enfin, beaucoup des votes de Paloma se sont transférés vers Abelardo.
05:31Au final, elle est arrivée à seulement 7%, ce qui est gravissime pour la droite.
05:35Alors que les sondages, tu faisais 30%, l'annoncée à environ 30%.
05:38Exactement.
05:39C'était une très, très grosse dégaringolade.
05:40Ivan Cepeda, au final, seulement, entre guillemets, 41%.
05:43Et Abelardo, 44%.
05:47Et même si ce député qu'on interviewait, Besserra, bon, c'est vrai qu'on n'a pas eu les
05:51résultats qu'on attendait,
05:52mais on a quand même augmenté par rapport aux élections précédentes.
05:58Et voilà, donc ça, ça a été la grosse surprise.
06:01Et on en arrive donc à ce second tour avec Abelardo contre Ivan.
06:05Donc là, le premier tour, c'était il y a deux semaines, c'est ça.
06:09Le second tour, c'est le 21 juin.
06:11Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
06:13Oui, c'est ça, dimanche.
06:14Qu'est-ce qu'il s'est passé pendant cet entre-deux-tours ?
06:17Parce que du coup, vu que c'était une grosse surprise, cette percée de l'extrême droite,
06:22qu'est-ce qui s'est passé dans l'entre-deux-tours ?
06:24Est-ce que la gauche s'est réunie ?
06:25Est-ce qu'on a compté, OK, il va y avoir des reports à gauche, des reports à droite ?
06:31C'était quoi l'ambiance de cet entre-deux-tours ?
06:33Et comment les différents partis se sont organisés, mobilisés pour justement convaincre et réussir à l'emporter dimanche ?
06:40Alors, CEPEDA était déjà porté par une coalition assez large, pas seulement de gauche, mais aussi des gens de centre.
06:46Et l'Alliance pour la vie, c'est le nom de cette coalition.
06:50Et ce qu'on voit là, c'est que beaucoup de personnes qui sont conservateurs, qui sont des gens de
06:57droite,
06:57mais pas pour autant d'extrême droite, auraient plutôt tendance à voter pour lui,
07:03plutôt que pour Abelardo, qui représente un discours ultra, qui représente beaucoup de la violence,
07:10et aussi une certaine instabilité.
07:14Donc, beaucoup de gens du centre, voire de droite, pourraient basculer vers...
07:18Enfin, décider de soutenir Ivan CEPEDA.
07:21Mais la grande question, c'est les indécis et les abstentionnistes.
07:24Parce qu'il y avait eu 40% d'abstention au premier tour, ce qui est énorme.
07:28Je crois que c'est 17 millions de Colombiens et de Colombiennes.
07:32Et donc, est-ce que la possibilité de voir un Milley, un Bukele au palais présidentiel,
07:40ça va les motiver à se réveiller, disons, et pour empêcher que cela arrive ?
07:45C'est une possibilité.
07:46C'est sur ça que mise la gauche.
07:48Donc, les indécis et les abstentionnistes, c'est là qu'il y a tout l'enjeu du second tour,
07:53donc qui aura lieu ce dimanche.
07:54Donc, un second tour, ce qui s'annonce quand même extrêmement serré.
07:57Il n'y a pas grand-chose qui est joué.
07:58Alors, en lisant l'entretien que tu as fait avec le député,
08:01évidemment, il est plutôt optimiste.
08:02Normalement, on va y arriver, on va gagner.
08:04Mais vu ce que tu nous dis, franchement, c'est très difficile aujourd'hui de dire qui va l'emporter.
08:08Oui, les sondages les mettent au coude à coude.
08:10Il y a plus de sondages qui mettent Abelardo en tête.
08:14Mais certains sondages mettent aussi la gauche, donnent une victoire à la gauche.
08:18Donc, c'est très serré.
08:19Et c'est vraiment, en fait, c'est une élection extrêmement importante
08:24parce qu'on va au-delà de gauche-droite.
08:28On parle vraiment d'un personnage qui pourrait, par exemple,
08:31faire voler en éclat les accords de paix de 2016,
08:35donc les accords de paix qui ont 10 ans maintenant,
08:37qui n'ont pas été totalement appliqués.
08:40On est loin d'avoir résolu tous les problèmes.
08:41On est, il y a encore des, alors si les Farc ne sont plus dans la lutte armée,
08:47mais il y a des groupes dissidents qui existent encore.
08:51Enfin bref, il y a encore énormément de violences en Colombie.
08:54Mais néanmoins, ces accords pour la paix, c'est un pas pour arriver à la paix.
08:59Lui, il a un programme très sécuritaire d'extrême droite.
09:02Il pourrait faire voler tous en éclat ce qui pourrait être vraiment très problématique.
09:08Au final, c'est toujours les classes populaires et les citoyens
09:11qui se retrouvent pris en étau dans ce genre de situation,
09:14avec des violations de droits de l'homme terribles.
09:17Et par contre, les gagnants, ce serait ceux qui étaient déjà gagnants
09:20sous l'époque du président Lvao Ribé, les grands propriétaires terriens,
09:24l'oligarchie, pour le dire de façon assez simple,
09:26qui travaille toujours main dans la main avec les paramilitaires,
09:29enfin bref, qui sort bénéficiaire de ces situations.
09:32Et bien sûr, comme toujours, on en Amérique latine, on ne l'oublie pas, les Etats-Unis.
09:36Justement, c'était là où je voulais t'emmener,
09:38puisque quelqu'un dans le chat nous a dit qu'en Amérique latine,
09:41il y a toujours la question de l'ingérence des US.
09:43Et effectivement, les soutiens d'Ivan Cepeda ont beaucoup parlé d'ingérence étrangère,
09:48évidemment de la part des Etats-Unis surtout.
09:50Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
09:52Comment concrètement cette ingérence, on peut la voir, on la repère ?
09:55Alors les Etats-Unis, Trump soutient ouvertement le candidat Abelardo.
10:00On peut dire que l'ingérence s'est faite aussi ces dernières mois, ces dernières années,
10:05dans tous les bâtons dans les roues qui ont été mis au président Petro.
10:10On se rappelle qu'il a été visé directement par le département, par l'administration trumpiste,
10:16accusé de narcotrafic.
10:17Donc pendant des mois, on a beaucoup parlé de ça en Colombie.
10:21Notamment quand j'étais là-bas, tu te souviens, en janvier,
10:24quand il y a eu ce qui s'est passé avec le Venezuela,
10:26donc je suis parti en Colombie,
10:28on était en plein dans le pic de l'affrontement diplomatique
10:32entre les Etats-Unis et entre Trump et Gustavo Petro.
10:37Et d'une certaine, enfin pas que d'une certaine façon,
10:40Ivan Cepeda, c'est l'héritier politique de Petro.
10:44Petro qui est interdit par la Constitution de se représenter.
10:47Ivan Cepeda qui reprend son flambeau, pour le dire simplement,
10:50mais en tout cas, c'est une promesse de continuité de cette politique de gauche.
10:54On rappelle que Petro, c'est le premier président de gauche de l'histoire de la Colombie.
10:58Et donc, sans prendre à Petro, à son image, l'associé au narcotrafic, à tout ça,
11:02ça se répercute sur l'image de Cepeda.
11:06Donc l'ingérence a déjà commencé depuis longtemps.
11:08Et aujourd'hui, j'ai oublié ce que je voulais aller,
11:12mais pour rejoindre aussi cette thématique,
11:15je parlais tout à l'heure du processus de paix.
11:18Aussi, un autre exemple d'ingérence,
11:22c'est que quand il y a eu le processus de paix,
11:25parce que je disais que la violence continue en Colombie,
11:28notamment parce qu'il y a des groupes dissidents des FARC
11:30qui ont été créés.
11:33Même si les FARC ont déposé les armes.
11:35Il y a eu des dissidents qui, eux, continuent la lutte armée,
11:39qui continuent, certains sont liés aux activités de narcotrafic, etc.
11:43Il y a eu une enquête très intéressante qui a été publiée il y a deux semaines,
11:47une enquête d'un média états-unien, DropSit et The Intercept,
11:51enfin la version brésilienne de The Intercept, qui est américain aussi,
11:55qui montre que, justement, une de ces fractions dissidentes,
12:00c'est le groupe qui s'appelle Segunda Marketalia,
12:04qui est un des groupes très puissants, très violents actuellement,
12:08est né d'une ingérence, d'une action de la DEA.
12:11On a des documents, on le sait, c'est la DEA qui a poussé un des leaders,
12:16un des signataires des accords de paix de 2016,
12:19un membre des FARC, un haut responsable des FARC,
12:22qui a tout fait pour qu'ils fassent marche arrière,
12:26reprennent les armes et créent donc un nouveau front, un nouveau groupe,
12:31donc le groupe Segunda Marketalia.
12:35C'est les États-Unis qui promeuvent ça.
12:37Donc là, l'ingérence, elle est bien...
12:39Oui, et ça montre comment les États-Unis,
12:42comme toujours, je le répète à chaque fois que je pense migrant...
12:45Oui, mais il faut continuer à le dire.
12:46Surtout qu'on est les seuls à le dire, l'humanité,
12:49créent ces situations de chaos.
12:53Contrairement à ce qu'ils disent,
12:54ils ne veulent pas mettre fin au narcotrafic.
12:56Au contraire, ils l'alimentent, et ça, c'est un exemple clair,
12:59parce que ce chaos, l'existence de cette situation conflictuelle,
13:04leur permet de créer des accords de coopération.
13:06Et c'est d'ailleurs ce qu'Abelardo promet.
13:08Lui, il a déjà annoncé qu'il voudrait des accords militaires,
13:11en plus d'accords militaires, avec les États-Unis et avec Israël.
13:14Il est qualifié de fasciste, enfin, d'avoir un programme...
13:18Il n'a pas de programme, pardon.
13:20Hormis le fait de vouloir réduire de 40% l'État
13:22pour faire des économies un peu comme il est.
13:25Mais il promet une main de fer,
13:28des accords militaires avec les États-Unis et avec Israël.
13:31Et donc, la gauche le qualifie de fasciste,
13:35en tout cas d'être un personnage fascisant.
13:38Et la gauche parle de combat entre la vie et la mort.
13:41Alors, ça a l'air assez un peu métaphorique, un peu imagé,
13:44un peu exagéré peut-être, mais en Colombie, ce n'est pas le cas.
13:47Et lui, avec ses discours très violents, très machistes,
13:49on est dans un des pays les plus violents du monde,
13:51un des pays où parler de violence,
13:55ça se concrétise souvent par des actes.
13:57Donc, l'élection de ce dimanche est très importante
14:01pour la Colombie, pour les Colombiens et les Colombiennes
14:03et pour l'Amérique latine,
14:04dans un contexte où Trump pourrait gagner un allié de plus,
14:08un allié de poids, parce que la Colombie, c'est n'importe quel pays,
14:11donc dans sa mainmise sur le continent.

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