00:00La classe sociale la plus impactée par la politique, c'est celle d'où je viens.
00:03En fait, je sais ce que c'est que les minorités dans la musique, dans des questions de racisme.
00:08Aujourd'hui, on est aux Ardentes avec l'Humanité pour un nouveau format culture, des portraits d'artistes engagés.
00:12Et pour ce premier épisode, on retrouve Georgiou pour parler de rap et de politique.
00:15Tu mets souvent l'intime et le politique dans tes textes.
00:19Je pense notamment à des morceaux comme Vendredi 13 ou Atem,
00:22où tu parles de violences policières, de racisme, de l'inégalité.
00:25Tu parles aussi de l'extrême droite, de la Palestine.
00:30Moi, je suis un artiste libre, vive la Palestine.
00:32Prendre position, c'est devenu une nécessité pour toi quand tu écris ?
00:35Ou alors, c'est un peu le reflet de tes convictions et de ton quotidien ?
00:39Les deux. Très honnêtement, les deux.
00:41Je suis quelqu'un d'assez politisé.
00:43Pour moi, c'est hyper important d'être connecté.
00:46Donc, c'est mes convictions intimes.
00:47Et en même temps, il y a toujours eu ça dans le rap.
00:50Pour citer Calbo, qui repose en PEC, un rappeur emblématique du groupe Arsenic,
00:54qui disait qu'il prétend faire du rap sans prendre position.
00:56Il y a toujours eu des prises de position plus ou moins importantes,
01:00mais il y en a toujours eu dans le rap.
01:01Et forcément, moi, ma musique, elle me ressemble profondément.
01:04Donc forcément, il y a des sujets qui ressortent.
01:07Dans ton morceau « Danse », c'est un morceau qui date un petit peu,
01:10tu cites plusieurs victimes de violences policières.
01:12Est-ce que selon toi, un artiste peut être neutre ou doit être neutre aujourd'hui ?
01:15Pour moi, faire de l'art, c'est politique.
01:17Parce qu'il y a quand même de la transmission dans l'art,
01:20que ce soit la peinture, la musique, même s'il n'y a pas de texte.
01:24Tu vois, c'est des émotions, etc.
01:26Et le fait de tenter de sortir d'un système de schéma classique de travail
01:30pour partager son message, ses émotions ou ce qu'on fait, c'est déjà politique.
01:35Donc pour moi, l'art est politique, quoi qu'il arrive.
01:37Je pense qu'aujourd'hui, on ne peut pas parler de rap
01:38sans parler du fait qu'il y a une grande partie de l'industrie
01:40qui est traversée quand même par des discours très masculinistes, sexistes,
01:45que ce soit dans les textes ou même les artistes qui sont même accusés de VSS.
01:49Toi, comment tu te positionnes un peu face à ça ?
01:51Et est-ce que tu penses que le rap, il doit se remettre en question sur certains sujets ?
01:54Pour moi, le rap, sa plus grande force et en même temps toutes ses faiblesses,
01:58c'est que c'est le reflet de la société.
02:00La société n'échappe pas au masculinisme, au patriarcat, etc.
02:04Pourquoi le rap arriverait à y échapper, en fait ?
02:06Les mots de la société se retrouvent dans le rap, mais en fait, ils se retrouvent partout.
02:10Mais comme le rap, c'est très proche de l'intime de la vie, des pensées, etc.,
02:14forcément, ça ressort, malheureusement même.
02:17Je pense qu'il faut aussi souligner les bons côtés.
02:19Donc justement, à l'inverse, le rap, il est aussi traversé par des discours
02:22qui sont vraiment progressistes, que ce soit sur les questions sociales, le féminisme, etc.
02:27Toi, tu as pu collaborer avec beaucoup d'artistes féminines,
02:30je pense notamment à Un cœur de pirate, Yoa ou encore Meryl.
02:34Comment tu vois un peu l'évolution du rap sur ces sujets ?
02:36Je pense que la scène rap féminine ne s'est jamais aussi bien portée qu'aujourd'hui.
02:40Pour le coup, Meryl, ça cartonne.
02:48Jus Chani, c'est pareil, ça défonce.
02:51Ils aiment trop les paillettes.
02:53La vie d'artiste, en vrai, c'est la haisse.
02:55Moi, j'aime beaucoup la musique des Antilles, le Bouillon, il y a Mimi.
02:59Why you said ?
03:01C'est Mimi qui dit ça.
03:03Il y a plein de trucs qui arrivent et il y a beaucoup de femmes aussi.
03:06Et là, je trouve que ça arrive de plus en plus fort dans le rap, donc c'est cool.
03:09Sur le rap, on sera toujours du côté de ceux qui morflent.
03:12Cette phrase, est-ce qu'elle résume un peu, finalement, ta manière de concevoir ton rôle d'artiste ?
03:16Forcément, en étant d'une classe populaire, en ayant la pommate, avec une maman métisse.
03:24En fait, je sais ce que c'est que les minorités dans la musique, dans des questions de racisme.
03:29Et donc, du coup, forcément, je serai toujours du côté des minorités.
03:32Et j'aurai toujours cette empathie aussi pour savoir à combien c'est dur parfois de s'exprimer
03:37quand on ne part pas avec le plus de chance possible.
03:40Et moi-même, honnêtement, je me sens vraiment privilégié dans le sens où
03:43moi, mes parents, ils étaient quand même ouverts à l'art.
03:46Et donc, moi-même, j'ai conscience aussi de mes privilèges.
03:48Et c'est important de savoir se placer et de pouvoir être vrai, quoi.