00:01:00Comment pourrait-on en mourir ?
00:01:02La vérité des vérités, c'est ma passion pour l'art.
00:01:07Chaque fois que je l'ai méconnue, j'ai erré dans les ténèbres et j'ai perdu la trace de
00:01:13la lumière.
00:01:16Maintenant, je l'ai retrouvée et me suis retrouvée moi-même.
00:01:59La maison de Marie-Jeanelle, il n'y a rien d'autre, il n'y a pas d'autre commentaire.
00:02:04La maisonnette que son père avait fait construire dans Jarnin, pour qu'elle puisse s'exercer au piano, qu'elle
00:02:10soit tranquille.
00:02:10Elle est née le 17 août 1846. Elle était la cadette de trois enfants.
00:02:16Il n'y a rien qui, dans la famille, prédisposait quelqu'un à faire de la musique.
00:02:22Mais il se fait qu'il y avait des musiciens ambulants dans le nord de l'Asas, mais pas seulement.
00:02:30Elle a été fascinée par ses musiciens et elle s'est obnubilée à vouloir absolument qu'on lui achète un
00:02:40piano.
00:02:41Ses parents, en désespoir de cause, si j'ose dire, pour avoir un peu la paix, ont fini par acheter
00:02:47le piano.
00:02:48Il s'est révélé que, très vite, l'instituteur du coin a été dépassé par les lèvres.
00:02:53À ce moment-là, elle a été envoyée à Stuttgart, si mes souvenirs sont bons, effectivement, pour y prendre des
00:03:02leçons.
00:03:03C'est sa mère qui, en fait, surveillait toute cette éducation.
00:03:07Et de ce fait-là aussi, elle n'est jamais allée à l'école à proprement parler.
00:03:11C'est sa mère qui a assumé l'éducation de la petite prodige.
00:03:17Ce n'est pas un original, mais une reproduction de Marie-Jale.
00:03:21Elle a enfant, à 9 ans.
00:03:23C'est très joli de la voir là, parce qu'avec ses petites boucles, ça faisait une petite artiste tout
00:03:28à fait appréciée.
00:03:33Et l'autre, qu'est-ce qu'il y a de la suite ?
00:04:01Oui, j'adore passionnément jouer du piano.
00:04:06C'est une des plus grandes joies de ma vie.
00:04:09C'est beau.
00:04:10C'est beau de sentir qu'on fait passer toute son âme à travers ses touches d'ivoire.
00:04:15C'est beau de l'entendre vibrer.
00:04:18Et de sentir qu'il fait vibrer d'autres âmes.
00:04:22Je m'aime moins que le piano.
00:04:24Mais j'aime moins le piano que la musique.
00:04:28Devant nos passions, nous devenons des enfants.
00:04:33C'est beau de l'entendre.
00:04:51C'est beau de l'entendre.
00:04:54C'est beau de l'entendre.
00:05:01C'est beau de l'entendre.
00:05:13C'est beau de l'entendre.
00:05:25des revues que sa mère de Jaël.
00:05:28Et donc, ce sont des années de son plus de ces revues,
00:05:32elle est en train de comparer à ses proyges Mozart et Mendelssohn.
00:05:37Donc, elle était de m'aussi à être un proyge dans ses années.
00:05:40Dans ses années, elle était souvent appelée à «géniose».
00:05:44J'ai eu l'impressionné Marie Jaël
00:05:47pendant ma PhD dans le livre de Princeton.
00:05:49C'était plus d'une fois 10 ans.
00:05:51Et, en tant qu'elle a joué une partie partie en ça,
00:05:53elle m'a apporté dans ma minde,
00:05:56parce que j'ai pensé que c'était vraiment important
00:05:58la façon dont elle a apporté des fields
00:06:00qui n'ont toujours en dialogue avec l'autre,
00:06:02comme la performance, la pédagogie, la musicologie, et la théorie musicale.
00:06:07Ils ont tous parlé à l'autre.
00:06:22Je suis dans ma chambre, écrivant, rêvant, pensant, dormant,
00:06:28toujours avec le même but devant les yeux, quoi que je fasse.
00:06:32Apprendre à composer, passion qui ne me quitte jamais.
00:06:37Je me réveille le matin avec elle, je m'endors avec elle le soir.
00:06:42Mais je souffre de ne trouver personne qui aime la musique autant que moi.
00:06:47Et le vide s'empare de mon âme lorsque rien, parmi ceux qui m'écoutent,
00:06:52ne répond à mon élan passionné vers le beau.
00:06:57Elle a fini par rencontrer un certain Alfred Jaël.
00:07:00Comment elle a rencontré un certain Alfred Jaël,
00:07:03qui était un des plus grands pianistes quand même à l'époque.
00:07:05Il est vraisemblable qu'elle a pris des conseils, des leçons auprès de cet Alfred Jaël.
00:07:13Et cet Alfred Jaël, on le voit sur cette photo qu'il lui a dédicacée,
00:07:19a peut-être été un peu touché par la jeune pianiste, si vous voulez.
00:07:24Cette photo est de 1865.
00:07:27Un an après, il épousait son élève à Paris.
00:07:32Il avait une énorme réputation, en particulier pour les trilles.
00:07:35D'où le dessin ici, avec dix doigts à chaque main.
00:07:38Vous voyez ?
00:07:42Dix doigts à chaque main, carrément.
00:07:45Là, voilà, le jour du mariage.
00:07:47C'est tout à fait touchant.
00:07:49Et ici, beaucoup plus tard, évidemment.
00:07:52Là, c'est la photo de 1866.
00:07:56Mais celle-là, elle a été faite à Paris.
00:07:58C'est certainement vers 1881.
00:08:00C'est une photo où ils sont tous les deux,
00:08:02enfin lui en particulier, déjà bien âgés.
00:08:04C'est assez rare qu'on associe, comme il est dit ici,
00:08:07« Nos deux pianistes voyageurs, on les associe ensemble lors de tournées ».
00:08:12Et c'est effectivement ce qui s'est passé.
00:08:15Lui, on estimait qu'il avait un toucher plus doux qu'elle, mais qu'il se complétait.
00:08:21Enfin, finalement, ce couple artistique sillonne toute l'Europe.
00:08:25Ils font connaître les musiciens qui nous paraissent maintenant être connus,
00:08:30comme Beethoven, Brahms, Chopin, Liszt, Lassence, Schumann,
00:08:34mais qui, à l'époque, étaient la nouvelle musique.
00:08:37Et vous voyez ici le premier concerto,
00:08:40et avec une dédicace de Liszt donc à Alfred,
00:08:44qui le remercie parce qu'effectivement, il a fait, il a joué ce concerto
00:08:48avant même qu'il ne soit imprimé.
00:08:50Les critiques ne pouvaient s'empêcher de tempérer, malgré tout, les félicitations envers une femme.
00:08:56Alors, le mieux, c'est quand même de lire le texte,
00:08:59parce que, véritable révélation d'une grande pianiste mercredi dernier chez Erhardt,
00:09:03c'est toujours les grands noms, les grandes salles parisiennes,
00:09:06Madame Jaël est devenue absolument l'alter ego de son mari.
00:09:09Elle peut traiter, aujourd'hui, de puissance à puissance,
00:09:13avec les plus grands virtuoses du secte fort.
00:09:16Un duor à Dieu piano par Monsieur et Madame Jaël devient un combat à outrance
00:09:21qui laisse le public aussi embarrassé qu'émerveillé.
00:09:23Vous voyez, il faut quand même toujours un peu tempérer,
00:09:25c'est un combat à outrance,
00:09:27mais c'est quand même reconnaître qu'elle savait jouer avec lui, en tout cas, à une bonne place.
00:09:40Si seulement j'avais les mains d'un homme, c'est une des choses que je leur envie.
00:09:45Nous n'arrivons à la puissance que par la beauté,
00:09:48et cette beauté est pour nous la plus grande des impuissances.
00:09:53Oui, je leur envie ces grosses mains larges, nerveuses, pesantes et osseuses.
00:09:58Ce sont des pattes affreuses et des sons divins.
00:10:02Pourtant, si j'avais ces pattes-là, je ne saurais pas ce que je sais,
00:10:07et pourvu que je puisse arriver au but.
00:10:10Est-ce que la femme doit donc toujours succomber ?
00:10:13Et doit-elle faire le choix entre les ailes du corps et celles de l'âme ?
00:10:18Sacrifier les unes aux autres ?
00:10:20Ne peut-elle pas garder quatre ailes ?
00:10:24Donc ça, c'est la main de Liszt ?
00:10:27Oui.
00:10:28À l'époque, les musiciens se mettaient des poids,
00:10:31se mettaient toutes sortes d'objets entre les doigts pour les étirer,
00:10:36pour allonger les cartes,
00:10:38pour justement perfectionner la technique pianistique.
00:10:40Mais là, c'est vrai que cette main, c'est vraiment fascinant.
00:11:01C'est parti !
00:11:32Alors Alexandre, ça c'est un morceau qu'elle a dédié à son mari.
00:11:36C'est un morceau qu'elle a dédié à son cher époux Alfred Jaël, qui était un grand ami de
00:11:45Franz Liszt.
00:11:46Et que Franz Liszt l'admirait beaucoup. Et un jour, ils étaient au concert d'Alfred Jaël.
00:11:54Elle avait 20 ans quand elle a épousé Alfred Jaël. Et c'est par Alfred qu'elle est rentrée en
00:11:59contact avec Liszt.
00:12:00Et un jour, Liszt était avec Marie Jaël à un concert d'Alfred. Et il s'est tourné et il
00:12:06dit « Vous savez faire des tris comme lui ? »
00:12:09Elle a dit non. Et Liszt a dit « Moi non plus ».
00:12:11C'était rare à l'époque qu'un couple se produise comme ça ensemble.
00:12:15Oui, oui. Et d'ailleurs, c'est d'autant plus étonnant que souvent, dans des couples comme ça, quand il
00:12:20y a des couples de musiciens,
00:12:21il y a toujours un qui est rival de l'autre. Enfin, c'est fréquent.
00:12:25Et en fait, non. Parce qu'ils avaient tous les deux une très forte pertinérité.
00:12:32Évidemment, Alfred Jaël, lui, il avait une telle notoriété qu'il n'avait rien à craindre de quiconque.
00:12:38Et quant à Marie Jaël, elle avait autre chose de plus encore, qui était son tempérament de chercheuse, d'intellectuelle.
00:12:46D'ailleurs, à un moment donné, elle a arrêté de jouer du piano avec lui, de faire des tournées avec
00:12:51lui.
00:12:51À un moment donné, elle a arrêté. Elle s'est consacrée à la composition.
00:12:54Et d'ailleurs, je ne sais plus si c'est Saint-Sens ou Liszt, je crois que c'est Saint
00:12:59-Sens qui a dit.
00:12:59« Mais Madame Jaël ne veut plus qu'on parle de son piano. Elle veut se consacrer à la composition,
00:13:04etc. »
00:13:05Et elle était très tourmentée par la composition. Très tourmentée.
00:13:09Mais c'est peut-être aussi l'une des raisons pour lesquelles sa musique est architecturée et intelligente.
00:13:17Cher admirable, faire des merveilles est chance toute familière à vos mains.
00:13:23Le clavier et la plume vous servent à l'envie.
00:13:26Faites-moi connaître vos nouvelles œuvres, auxquelles personne plus que moi ne souhaite pleine chance de succès.
00:13:33Un nom d'homme sur votre musique, et il serait sur tous les pianos.
00:13:40Cher grand maître, vous me confondez par vos bontés.
00:13:45Que je suis heureuse que mes modestes valses vous plaisent.
00:13:48Elles ne sont pas dignes d'un si beau sort.
00:13:52Elles ont été tout naturellement écrites par une commençante qui tâche de faire de son mieux.
00:13:59Que c'est beau d'entendre Liste dire que cela fait du bien de m'entendre jouer du piano.
00:14:06Oui, cela fait du bien.
00:14:09Vous, Alexandre, vous avez vraiment été le premier à la jouer, à l'enregistrer.
00:14:14C'était un honneur.
00:14:18C'était une sorte de baiser à la belle au bois dormant, en effet.
00:14:21C'est-à-dire que cette musique existait, bien sûr, puisqu'elle l'avait composée.
00:14:27Mais simplement, elle n'avait jamais été enregistrée au monde.
00:14:30Je suis très fier, pourquoi ne pas le dire.
00:14:32Je suis très fier.
00:14:33Ce n'est pas parce que Marie Jalet est une femme qu'elle est moins grande que les Liste, que
00:14:36les Clara Schumann.
00:14:37Alors, on connaît Clara Schumann davantage, parce qu'elle a bénéficié de la notoriété de son génial époux, Robert Schumann.
00:14:45Mais Marie Jalet était la grande rivale de Clara Schumann au point de vue pianiste,
00:14:50puisqu'elle a été en 1893, je crois, la première à jouer l'intégrale des sonnettes de Beethoven en six
00:15:00concerts à la salle Play à la Paris.
00:15:01Elle a été la première à enregistrer l'œuvre intégrale de Liste.
00:15:05Je ne sais pas si on se rend compte de l'anapurna que ça représente, d'enregistrer l'œuvre intégrale
00:15:10de Liste.
00:15:11C'est une difficulté absolue, totale, pour la pensée, pour les doigts, pour la résistance nerveuse.
00:15:17Elle a joué l'œuvre intégrale de Liste.
00:15:20Donc, c'était une très, très grande pianiste.
00:15:22Je me suis dit, mais pourquoi cette femme qu'on ne connaît pas, n'aurait-elle pas le droit de
00:15:26citer au panthéon des plus grands compositeurs ?
00:15:28Donc, je suis très heureux d'avoir enregistré cette musique et d'avoir été le premier à le faire.
00:15:32Tant mieux, voilà, ma vie n'aura pas été inutile.
00:15:36C'est ce disque-là en 1997 ?
00:15:39Absolument, oui.
00:15:40Et alors, j'en ai fait un deuxième volume par la suite.
00:15:44J'aime beaucoup le premier parce que je dois dire que les esquisses romantiques et les vals mélancoliques sont vraiment
00:15:52de très, très, très belles pièces.
00:15:53Ce sont des œuvres décisives qui comptent dans l'histoire de la musique.
00:15:57Je suis très content que Marie-Jaëlle fasse partie de l'histoire de la musique.
00:16:01C'est légitime.
00:16:05Mon enfer n'est pas terminé.
00:16:07Il faut encore bien activer le feu et faire surgir les idées de la fournaise.
00:16:13J'avance quand même.
00:16:14Le paradis prend forme.
00:16:17Hélas, ce qui me tourmente, c'est discerner si ce que j'écris m'appartient
00:16:22ou dérive des autres.
00:16:25Mon jugement cesse d'être lucide si je me familiarise avec ce que j'écris.
00:16:32La sensation de faire neuf s'émousse.
00:16:36Apprendre à composer.
00:16:38Passion qui ne me quitte jamais.
00:16:42Musique
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