00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:03Il est 7h11 sur Europe 1.
00:04Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin l'essayiste et principale adjointe de collège,
00:09Fathia Agagboudjalat.
00:10Bonjour Fathia.
00:11Bonjour Dimitri.
00:12Bienvenue sur Europe 1.
00:14Les auditeurs fidèles se rappelleront vos signatures sur Europe 1.
00:17Il y a quelques saisons de cela, vous êtes avec nous ce matin,
00:20Fathia en direct depuis le département du Rhône,
00:22près de Lyon, où vous exercez comme principale adjointe de collège.
00:26Alors l'un de vos confrères à Aubagne, de même qu'une enseignante,
00:29ont été blessés hier par arme à feu du plan de chasse.
00:33Le tireur est un élève de 3e, il a tiré à 4 ou 5 reprises.
00:36Qu'est-ce que vous vous dites, Fathia, quand vous entendez une telle histoire ?
00:41Je pense bien sûr à mon collègue principal et à ma collègue enseignante.
00:47Et effectivement, maintenant, nous avons tous développé une culture de la sécurité
00:51parce que le risque est devenu un aléa.
00:54Un aléa aussi probable qu'une canicule.
00:59Je voudrais aussi dire que cette agression, cette tentative de meurtre,
01:03parce qu'il faut la qualifier comme ça, est assez nouvelle en France.
01:07On a eu les couteaux, c'est-à-dire les armes de proximité,
01:11des attaques pas très préméditées.
01:14Mais là, c'est quelqu'un qui ramène une arme dans un étui à guitare.
01:18Et je pense qu'il ramenait souvent sa guitare
01:20parce que sinon, on ne l'aurait pas laissé rentrer.
01:22Donc, il y a une préméditation et ça a un goût de tuerie à l'américaine,
01:26de tentative de tuerie à l'américaine comme Columbine.
01:30C'est une crainte au quotidien pour vous, personnellement, Fathia,
01:33parce que là, peut-être que vous vous exprimez au nom de toute la profession,
01:36mais dans l'exercice de votre métier, une agression qui vienne d'un élève,
01:39ça vous est arrivé de la redouter, de lire ce genre de violence dans les yeux de certains de vos
01:44élèves ?
01:46Oui, mais c'est assez rare.
01:48On a des élèves, alors il y a une grande souffrance mentale,
01:51il y a aussi des grandes difficultés sociales.
01:54Mais c'est rare, mais ça s'est produit.
01:57On a fait un conseil de discipline la semaine dernière dans mon collège
02:00pour un élève qui avait apporté une arme,
02:03avec une ferme intention de l'utiliser,
02:06parce qu'il redoutait d'être attaqué par quelqu'un.
02:09Et nous, maintenant, on a l'habitude de faire des contrôles visuels des sacs.
02:13J'entendais votre question il y a une dizaine de minutes sur la fouille obligatoire.
02:18Faut-il la rendre obligatoire ?
02:19On n'a pas le droit, juridiquement, on n'a pas le droit,
02:22et ce serait extrêmement lourd.
02:23Donc on fait des contrôles visuels des sacs, assez aléatoires,
02:27mais un couteau est trop facilement dissimulable.
02:30Là, par contre, ce fusil de chasse, ça interroge vraiment.
02:33J'imagine que l'arme que vous aviez retrouvée dans cette affaire que vous nous racontez,
02:37c'était justement une arme blanche, c'était un couteau.
02:40On sait qu'il y en a beaucoup qui sont trouvés dans les sacs
02:42lors de ces fameux contrôles aléatoires.
02:44Il y en a plus de 800 recensés par l'éducation nationale l'année dernière.
02:48Oui, en effet.
02:51Ça peut être des accidents,
02:52quelqu'un qui a oublié le sac emprunté par quelqu'un d'autre,
02:55mais c'est souvent des élèves qui, en fait, se sentent menacés.
02:59Ce n'est pas souvent des armes qu'ils apportent pour agresser,
03:02mais parce qu'ils se sentent menacés,
03:04et que c'est ce qu'il y a de plus simple, en fait.
03:06C'est des couteaux de cuisine.
03:08Selon la mairie d'Aubagne,
03:09la fusillade d'hier au Collège Lacanale
03:12ne serait pas liée au mouvement qui secoue les lycées français.
03:16On peut se demander d'abord pourquoi la mairie se sent le besoin de préciser cela.
03:20Encore même, on s'étonne de la coïncidence des événements.
03:22La mobilisation lycéenne, justement,
03:24est-ce qu'elle touche votre établissement dans le Rhône,
03:26Fatiha et Gagboudjalata ?
03:29Vendredi dernier, au plus fort,
03:31il y a eu une tentative de blocage.
03:32Il y a une petite route qui sépare un lycée
03:34qui accueille plus de 1000 habitants
03:36de mon collège.
03:37Donc, il y a quoi ?
03:38Moins d'une dizaine d'élèves
03:40qui ont essayé de venir un peu devant le collège,
03:43mais on était tous sur le terrain.
03:44Et je tiens vraiment à dire ça.
03:46Je tiens à saluer le CPE
03:48qui a mis sa vie en danger
03:50pour arrêter le jeune
03:53avec le fusil de chasse.
03:54On est présents sur les terrains.
03:55Tous les professionnels de l'éducation nationale
03:57avons une obsession,
03:59c'est la sécurité des élèves.
04:00Dans les villes à côté,
04:01ville Franche-sur-Saône,
04:02les lycées n'ont pas repris.
04:04Ils essayent de reprendre les cours
04:05une ou deux heures.
04:06Et en fait, il y a des tirs de mortier.
04:08Il y a eu énormément de dégâts matériels.
04:10Et il y a beaucoup d'élèves,
04:11en fait, de jeunes,
04:12qui n'appartiennent pas,
04:13qui ne fréquentent pas les lycées.
04:15Il y a vraiment un sentiment
04:18de bordélisation
04:19et d'instrumentalisation de ce mouvement.
04:21Vous avez reçu des consignes
04:23de la part de l'éducation nationale
04:24ou du département
04:25sur la conduite à tenir
04:27face à cette mobilisation,
04:29la violence qu'elle exprime.
04:30On a vu qu'il y a beaucoup de proviseurs,
04:32de personnels de l'éducation
04:33qui ont été visés.
04:36Nous, notre réflexe,
04:37c'est de protéger à la fois
04:39d'abord les enfants,
04:41les personnels
04:42et puis les locaux.
04:43Donc, on avait tendance
04:44à aller sur les parvis
04:45et puis à être vraiment très présents.
04:47Suite aux nombreuses violences,
04:49aux si nombreuses violences
04:50qui ont touché
04:51les personnels de direction,
04:53les personnels administratifs
04:54de vie scolaire,
04:55on a eu comme consigne
04:56maintenant
04:57de rester à l'intérieur
04:59de l'établissement,
05:00protégé par la grille
05:01et en cas d'intrusion,
05:03le confinement,
05:04mais de ne pas du tout
05:05aller au contact.
05:06C'est quand même
05:07un peu inquiétant tout ça.
05:08Les fameux TZR,
05:11profs remplaçants
05:12dépêchés en urgence
05:13pour remplacer
05:14les profs absents
05:14dans les lycées.
05:16Qu'est-ce que vous en pensez,
05:18votre regard de professionnel
05:19de l'éducation nationale,
05:21la revendication aussi
05:22des élèves
05:23sur l'état des bâtiments ?
05:24Qu'est-ce que vous pensez
05:25de tout ça ?
05:26Il y a des établissements
05:28qui sont vétustes,
05:30qui ont été mal construits,
05:31qui ont été mal pensés.
05:32Ici,
05:33la canicule
05:34nous laisse dans un état.
05:35On a des établissements
05:36qui ne sont pas du tout
05:39aux normes.
05:40Mais on va être très honnête,
05:42dans la majorité des lycées,
05:43les dégradations
05:44sont le fait
05:44des lycéens eux-mêmes.
05:45Les toilettes,
05:46les faux plafonds,
05:47les trous dans le mur.
05:48Le lycée Mandela
05:49était neuf.
05:50Était neuf.
05:52Donc,
05:52c'est vraiment
05:53un faux argument.
05:54Quant au TZR,
05:55ce n'est vraiment pas
05:56un statut
05:57qu'on peut envier.
05:58C'est-à-dire que
05:59vous pouvez t'appeler
05:59du jour pour le lendemain
06:00et puis en fait,
06:01vous devez avoir
06:01des cours près
06:02de la sixième
06:03à la terminale.
06:05Cette déclaration
06:06sur cette trouvaille
06:06de 3000,
06:08prof nous a laissé
06:08un petit peu abasourdis
06:09les personnels de direction
06:10parce que
06:12la maladresse
06:13réside dans le fait
06:13que ça laisse supposer
06:14que les services administratifs
06:16font mal leur boulot.
06:17Et effectivement,
06:18dans les rectorats,
06:19il y a énormément
06:21d'arrêts maladie,
06:21tellement le travail est intense,
06:23il y a beaucoup
06:23de contractuels,
06:24il y a une pression immense.
06:26Mais c'est beaucoup
06:27d'enseignants
06:27qui en fait
06:28ont été mobilisés
06:29une, deux semaines.
06:30S'il n'y a pas de besoin,
06:32souvent ils restent là.
06:33Donc moi,
06:33j'ai huit TZR
06:34attachés à mon collège.
06:35Il y en a six
06:36que je n'ai jamais vus
06:37parce qu'ils étaient en poste
06:38dès le 1er septembre
06:39et deux qui sont venus aider
06:40à faire passer
06:41les évaluations numériques.
06:42Donc on a besoin
06:43de nouveaux outils.
06:44L'éducation nationale
06:45a investi énormément
06:46dans de nouvelles applis
06:47pour l'organisation
06:48des examens,
06:49le suivi des handicaps,
06:50les évaluations.
06:52Là, on a besoin
06:52de meilleurs outils
06:53sur la gestion des RH
06:55tout simplement.
06:56Merci à vous,
06:57Fatia Agagboudjalat,
06:59en direct avec nous.
06:59Donc depuis le Rhône,
07:00vous êtes principale
07:01adjointe de collège
07:02du lycée Mandela
07:03que vous avez mentionné.
07:03C'est le lycée Nelson Mandela
07:04à Nantes,
07:05celui-là même
07:06qui a été incendie
07:07la semaine dernière.
07:08Merci d'avoir été avec nous,
07:09Fatia.
07:09Merci.
07:10Bonne journée, Dimitri.
07:11Il est 7h18 sur Europe 1.