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  • il y a 12 minutes
Un lycéen à la main arrachée à Lens, un adolescent éborgné à Tours, 18 enquêtes confiées à l'IGPN. La politique du maintien de l'ordre est-elle adaptée au mouvement des lycéens ? On en parle avec Emmanuelle Mignon, avocate et Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-8h20-du-week-end/le-grand-entretien-du-samedi-10-octobre-2026-6497473

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Transcription
00:00Grand débat de la matinale, bonjour à vous deux.
00:02Bonjour.
00:03Je rappelle Emmanuel Mignon que vous êtes avocat et Gilles, vous êtes secrétaire général de la fondation Jean Jaurès.
00:08La semaine a évidemment été marquée par les mobilisations lycéennes.
00:12Hier encore, sur 3700 établissements, 141 étaient fermés.
00:15Et parmi les sujets qui cristallisent la colère des lycéens, Parcoursup,
00:19la plateforme qui est destinée à recueillir les voeux d'affectation des futurs étudiants de l'enseignement supérieur.
00:24Face aux contestations, Sébastien Lecornu a annoncé mardi devant l'Assemblée nationale que le dispositif allait être corrigé.
00:31On va revenir sur ce système de sélection.
00:33Mais la question qui se pose, c'est faut-il supprimer Parcoursup ?
00:37Est-ce que cette plateforme est la cause du malaise ou son symptôme ?
00:40Emmanuel Mignon, est-ce que vous avez une idée sur la question ?
00:44Je ne crois pas que c'est Parcoursup en soi qui soit la difficulté.
00:49Il faut bien un système pour affecter les jeunes bacheliers dans les établissements d'enseignement supérieur.
00:58Et Parcoursup n'est pas idéal, a présenté un certain nombre de défauts.
01:02Mais c'est de toute façon mieux que le système précédent, APB, on se souvient,
01:07où ça se terminait par des tirages au sort, ce qui est quand même le système le plus stupide
01:10pour affecter les jeunes dans les établissements.
01:13Mais je pense que derrière la problématique de Parcoursup, en réalité, les jeunes ont très bien compris.
01:17Il ne faut pas prendre les lycéens pour des imbéciles.
01:19Ils ont très bien compris qu'en réalité, la promesse qu'on leur fait, qui est en fait un mensonge,
01:25c'est que si on a le bac, on a accès à l'enseignement supérieur.
01:29En fait, ce n'est pas vrai.
01:30Parcoursup a l'inconvénient politique, je ne suis pas sûre que c'était bien anticipé au départ,
01:35de mettre des chiffres derrière cette réalité.
01:37Quand il y a 125 000 jeunes qui n'ont pas de place à l'issue de la phase principale
01:44de Parcoursup,
01:45ça veut dire qu'en réalité, ces gamins, quand bien même ils ont le bac,
01:49ils n'ont pas accès à l'enseignement supérieur dans une filière qu'ils voulaient.
01:53Et donc, ça montre qu'en réalité, ça et d'autres choses montrent qu'en réalité,
01:57il y a un gros mensonge sur le fait que si on a le bac, on a l'accès à
02:01l'enseignement supérieur.
02:01Ça n'est pas vrai et maintenant, ça se voit.
02:03C'est cela qui est remis en cause aussi avec Parcoursup.
02:06On rappelle que Parcoursup existe, Gilles Finkelstein, depuis 2018.
02:10C'est la fin, au fond, de l'universalisme affiché.
02:14Il suffit d'avoir le bac pour accéder à l'enseignement supérieur.
02:17C'est cela qui est en cause ?
02:19D'abord, vous avez raison de dire, c'est un point de cristallisation.
02:23Un des points de cristallisation de ce conflit.
02:25et même le point de convergence entre ce qui était à la fois les revendications matérielles
02:30et les interrogations existentielles des lycéens.
02:34Et l'autre chose qui m'a frappé, c'est que pour les responsables politiques,
02:37quand on regarde le débat, ça semble être un sujet de consensus.
02:41Arreau sur Parcoursup.
02:43Et quand il y a un consensus comme ça, c'est toujours suspect.
02:46Donc, il faut essayer, je crois, de le déplier.
02:50Parce qu'il y a un premier débat, celui que vous avez posé,
02:53qui porte sur l'existence même de Parcoursup.
02:55Faut-il le supprimer ?
02:57Et au-delà du slogan, il y a parfois des propositions.
03:01Et la question est de savoir si Parcoursup est supprimé,
03:04par quoi il est remplacé.
03:06Et il y a, pour le coup, deux options radicalement différentes
03:10entre ceux qui disent, c'est la position de la France insoumise,
03:13liberté de choix pour les lycéens,
03:16de choisir la filière, l'université de leur choix.
03:21En rajoutant des postes.
03:22Ils annoncent 150 000 postes supplémentaires.
03:25Pas de postes, de places, pardon.
03:26Et donc, avec les budgets afférents.
03:28Et la position symétrique, liberté de choix pour les universités.
03:32C'était la proposition de loi d'Éric Ciotti.
03:36Autonomie totale.
03:37Et donc, plein de petits Parcoursup,
03:39avec autant de Parcoursup que d'universités.
03:43Ça, c'est le premier débat.
03:44Et puis, il y a un deuxième débat,
03:45qui n'est pas sur l'existence de l'outil,
03:48mais sur son fonctionnement.
03:49Et je trouve qu'il y a maintenant beaucoup de rapports parlementaires,
03:54de rapports de la Cour des comptes,
03:56de rapports d'études qui ont été faites sur Parcoursup
03:59pour pouvoir documenter et avoir un débat de fond sur ce sujet.
04:04y compris en disant qu'il y a des choses qui marchent dans Parcoursup.
04:08Qu'est-ce qui marche ?
04:08Qu'est-ce qui marche ?
04:10D'abord, Emmanuel l'a dit tout à l'heure,
04:12c'est un progrès par rapport à ce qui existait avant.
04:16Parcoursup 2026 est même un progrès par rapport à Parcoursup 2018,
04:22au sens où l'outil a évolué,
04:24qu'il est plus transparent,
04:26l'algorithme national aujourd'hui est transparent,
04:29qu'il est plus rapide, qu'il est plus large.
04:31Il y a beaucoup plus de propositions.
04:33Donc ça, ça fonctionne.
04:35C'est aussi un succès au sens où,
04:39il ne faut pas l'oublier,
04:4075% des admis ont eu leur réponse en moins de deux semaines,
04:44et même les deux tiers dès le premier jour.
04:47Donc il y a des choses qui fonctionnent,
04:50mais il y a des choses qui profondément ne fonctionnent pas.
04:53Il faut quand même écouter deux choses.
04:57Écouter le stress provoqué chez les lycéens
05:0184% qui disent stress très important.
05:05Et chez les parents qui n'ont pas été interrogés,
05:08mais je peux vous garantir que tous ceux qui ont partagé l'expérience,
05:11c'est qu'en réalité, c'est pratiquement deux années de stress chez les enfants
05:14et chez les parents pour un résultat,
05:16et je termine par là,
05:18pour un résultat qui n'est pas satisfaisant.
05:19Qui n'est pas satisfaisant parce que non seulement il y a de nouvelles inégalités
05:23qui sont créées, notamment parce qu'il y a besoin de compétences
05:27et ou d'argent pour évoluer dans ce dédale,
05:31et enfin parce qu'il y a beaucoup d'inefficacité,
05:35c'est ça peut-être le problème principal.
05:37Parcoursup a été créé pour réduire le taux d'échec dans le premier cycle,
05:42et en réalité, rien n'a bougé.
05:43Vous reconnaissez, Emmanuel Mignon, ce double constat, au fond,
05:46c'est un outil parcoursup qui a permis des progrès fondamentaux
05:51par rapport à l'ancien dispositif,
05:53mais il faut reconnaître aussi que les dysfonctionnements sont massifs aujourd'hui.
05:57Oui, il y a des problèmes, il y a le stress,
06:01il y a aussi l'opacité des algorithmes locaux,
06:03donc les algorithmes que mettent en place les établissements
06:06pour faire une sélection,
06:07parce qu'il faut appeler les choses par leur nom
06:09lorsqu'ils reçoivent l'ensemble des candidatures.
06:11Mais il y a un point sur lequel, qui me paraît important,
06:14pour rebondir sur ce qu'a dit Gilles,
06:15qui était très bavard ce matin,
06:17c'est que, parmi les choses qui marchent bien,
06:23et c'est important de le dire,
06:24parce que c'est aussi une des raisons de l'attaque politique
06:28dont fait l'objet Parcoursup,
06:29et c'est ça le paradoxe,
06:30parmi les choses qui marchent bien,
06:32c'est que ça a permis à tous les étudiants,
06:34y compris dans des établissements pas très favorisés
06:37ou dans des zones du territoire français relativement isolées,
06:41de pouvoir avoir accès à toutes les formations.
06:43Donc aujourd'hui, vous êtes au fin fond de la Creuse,
06:45si vous voulez candidater sur une double licence à Assas,
06:48une double licence de droit à Assas,
06:49vous pouvez le faire.
06:51Du coup, ça a mis les enfants privilégiés.
06:52On peut le faire théoriquement.
06:53On peut le faire, oui, on peut le faire.
06:55Voilà, il y a moins d'autocensure,
06:57il y en a encore un petit peu,
06:57mais il y a quand même moins d'autocensure,
06:58et puis on a accès à la formation,
07:00et on a accès à la plateforme.
07:02Et du coup, les enfants de milieux privilégiés,
07:05qui étaient sûrs d'avoir une filière sélective
07:07ou une classe prépa,
07:09qui fait partie des filières sélectives,
07:10en réalité se sont retrouvés en compétition
07:13avec des élèves très bons,
07:15avec un élargissement de la compétition,
07:17des enfants, des jeunes,
07:18avec lesquels ils n'étaient pas en compétition auparavant.
07:20Et ça, ça crée de la frustration
07:22chez les classes aisées,
07:25qui ont l'inconvénient politique
07:28de le faire savoir.
07:29Et dans l'espèce de consensus politique
07:32dans lequel on dit Haro sur Parcoursup,
07:35je pense qu'il y a beaucoup de ça aussi.
07:36Un mot aussi, Gilles Finkelstein,
07:38sur ce stress, sur cette angoisse
07:40dont on parle depuis le début de ce débat.
07:43Ce n'est pas un stress de deux semaines,
07:45c'est bien un stress de deux,
07:46parfois trois ans,
07:47pour les élèves comme pour les parents,
07:50parce qu'au fond,
07:50c'est la philosophie même de Parcoursup.
07:52Dès la première,
07:53on va demander aux élèves
07:54de se construire un curriculum vitae,
07:57de se construire un cursus
07:58en fonction peut-être de ce dont
08:00ils auraient déjà envie de réaliser
08:02comme études supérieures.
08:03Oui, c'est très important
08:05de mesurer à la fois le niveau du stress
08:08et la longueur de ce stress.
08:11Et en fait, on demande à ces jeunes
08:16qui sont encore très jeunes
08:18de faire des choix
08:19qui sont des choix très compliqués.
08:21Je dois dire que je me replace
08:23de nombreuses décennies en arrière.
08:26Moi, j'aurais été totalement incapable
08:28de faire à cet âge-là ces choix-là.
08:31Donc, on soumet ces jeunes
08:34et leurs parents
08:35à une situation
08:36qui est une situation très compliquée.
08:39On va poursuivre avec un second débat,
08:41si vous voulez bien.
08:42On reste toujours
08:43dans ces mobilisations lycéennes.
08:46Je voudrais vous faire écouter
08:49Laurent Nunez,
08:50c'était à l'Assemblée nationale mardi.
08:52Monsieur le député,
08:53mes instructions aux forces
08:54de sécurité intérieure,
08:54ce n'est pas aux 20 heures de TF1
08:56que je les donne.
08:56C'est dans des instructions écrites
08:58qui en appellent effectivement
08:59quand il y a des violences,
09:01des dégradations,
09:01des atteintes aux personnels enseignants,
09:04systématiquement des interventions,
09:05mais toujours avec proportionnalité.
09:08Alors, quand vous dites
09:09que les forces de sécurité intérieure
09:11utilisent des armes de guerre,
09:12c'est n'importe quoi.
09:13Ce sont des armes intermédiaires
09:15qui sont non létales,
09:16monsieur le député.
09:17On va continuer
09:18à faire ce que nous faisons,
09:20à maintenir l'ordre,
09:21à intervenir chaque fois
09:22qu'il y a des violences,
09:23avec proportionnalité.
09:25Alors, on va rappeler
09:26la situation,
09:27puisqu'on va évidemment
09:28parler du maintien de l'ordre.
09:29Un lycéen a eu la main
09:30arrachée à Lens,
09:31un adolescent a été
09:32éborgné à Tours,
09:33il y a 18 enquêtes,
09:34non un peu plus,
09:35mais maintenant 23 de mémoire,
09:3623 enquêtes confiées
09:37à l'IGPN,
09:38plus de 6800 gardes à vue,
09:40il y a 200 lycéens
09:41qui ont été blessés
09:42et plus de 800 policiers
09:44et gendarmes.
09:45Laurent Nunez a suspendu
09:46provisoirement l'usage
09:47des grenades assourdissantes,
09:49mais la Ligue des droits
09:49de l'homme dénonce
09:50une dérive vis-à-vis
09:51de l'état de droit.
09:52La question qui se pose,
09:54Emmanuel Millon,
09:54c'est est-ce que ce maintien
09:58de l'ordre était adapté
10:00et est adapté
10:01face aux mobilisations
10:02des lycéens ?
10:04Bon, d'abord,
10:05je voudrais dire
10:05que c'est extrêmement difficile
10:07de maintenir l'ordre
10:08dans des circonstances.
10:10Ce n'est pas un propos
10:11de convenance,
10:12je le pense extrêmement sincèrement.
10:14C'est facile de faire
10:15du commentaire
10:15dans un studio de radio
10:16ou sur un plateau de télé.
10:18C'est beaucoup plus difficile
10:19quand on est sur le terrain.
10:20Et je pense que cette retenue
10:22aurait dû être suivie
10:24par beaucoup,
10:24beaucoup de gens
10:25au cours de la semaine
10:26qu'on vient,
10:26enfin au cours des 15 jours
10:27qui viennent de se dérouler.
10:29Retenue de quel côté
10:30vous voulez dire ?
10:31Dans les discours
10:32et les commentaires ?
10:33Dans les discours,
10:34il y a des gens
10:35qui sont des spécialistes
10:36de ces questions-là.
10:37C'est tout à fait normal
10:37que la Ligue des droits
10:38de l'homme
10:39ou des chercheurs
10:41qui ont fait des études,
10:42etc.,
10:43disent des choses.
10:44Et heureusement
10:44qu'ils sont là
10:45pour les dire
10:46si elles ont besoin
10:46d'être dites.
10:47mais on a vu
10:48quand même
10:48des critiques
10:49sur le maintien de l'ordre
10:50dans un sens
10:50ou dans un autre
10:52de la part de gens
10:53qui n'ont pas
10:54de compétences particulières,
10:55qui ne sont pas
10:55sur le terrain.
10:56Et vraiment,
10:57moi,
10:57je tiens à dire
10:58qu'il faut être
10:59extrêmement prudent.
11:01Après,
11:01pour aller au bout
11:02de ma sincérité,
11:06je pense que
11:07le démarrage
11:09a été maltraité
11:11par le ministre
11:11de l'Intérieur.
11:12Voilà.
11:13Et encore une fois,
11:14je le dis avec prudence.
11:17Concrètement,
11:17ça veut dire quoi ?
11:18Ça veut dire que
11:19quand vous avez...
11:20C'est le cauchemar politique.
11:22Il n'y a rien de pire
11:22pour des responsables politiques
11:24que quand les lycéens
11:25sont dans la rue.
11:26Et à ce moment-là,
11:27vous avez
11:28une obligation de résultat
11:30qui n'est pas
11:30une obligation juridique
11:31parce que c'est très difficile,
11:32mais vous avez
11:33une obligation politique
11:34et une obligation morale.
11:35C'est zéro mort,
11:37évidemment,
11:37et zéro blessé
11:38dans l'idéal.
11:39Et lorsque
11:40les premières déclarations
11:41du ministre de l'Intérieur
11:43c'est
11:44« L'usage proportionné
11:45de la force
11:45ne doit jamais
11:46inhiber l'action
11:47pour établir l'ordre. »
11:48Ça, c'est son télégramme
11:49du 30 septembre.
11:50Et ensuite,
11:51sur TF1,
11:52il n'y a aucune consigne
11:53de retenue.
11:54Je pense que c'est...
11:58C'est...
11:58Je pense que
11:59des consignes
12:02plus retenues,
12:02justement,
12:03en disant
12:04« Attention,
12:05vraiment,
12:05extrême prudence
12:06dans le maintien
12:08de l'ordre.
12:08L'objectif,
12:09c'est qu'il n'y ait
12:09pas de blessés
12:10et pas de morts.
12:11Je pense que
12:11c'est ces consignes-là
12:12qui auraient dû être
12:13détenues
12:13et que le concept
12:14de proportionnalité
12:15est arrivé un peu tard.
12:17Et ce que je dis
12:18s'adresse aussi
12:20aux commentateurs
12:21et aux élus
12:22qui, d'un côté,
12:23sont allés
12:25entretenir
12:25la front de l'ICN,
12:26et je parle évidemment
12:27des élus
12:27de la France insoumise,
12:29mais de l'autre côté,
12:30pendant 15 jours,
12:31on a entendu
12:31toute la journée
12:33sur certains plateaux
12:34de télévision,
12:35les forces...
12:36Ou dans certains journaux,
12:37les forces de l'ordre
12:38ne font rien,
12:38elles sont passives,
12:40ce sont des violences
12:42urbaines, etc.
12:43Et je pense que
12:43des deux côtés,
12:44c'était totalement irresponsable.
12:46Gilles Finkelstein.
12:47D'abord,
12:48je pense qu'on sent tous
12:49qu'on est à un moment
12:51important,
12:51d'un mouvement
12:53dont personne
12:53n'avait prévu
12:54qu'il allait commencer,
12:56ni s'étendre
12:57aussi rapidement,
12:58et dont personne
12:59ne sait quand
12:59et comment
13:00il va se terminer,
13:01mais dont on est sûr
13:02que le maintien de l'ordre
13:03ne peut être
13:04la seule solution
13:05et qu'il peut même
13:06devenir un problème
13:07à l'issue
13:08de ce mouvement.
13:10S'interroger
13:11sur le maintien de l'ordre,
13:12je crois que c'est
13:12une question
13:12qui est extrêmement légitime
13:15parce que s'il faut
13:15refuser
13:16l'indignation sélective
13:18devant les violences,
13:19qui est quand même
13:19quelque chose
13:20qui est très frappant
13:20quand on regarde
13:21le débat public
13:22depuis 15 jours,
13:23il y a une responsabilité
13:25particulière
13:26de la police
13:27parce qu'elle a
13:28le monopole
13:28de la violence légitime
13:30selon la formule consacrée
13:32et puis peut-être
13:33pour une autre raison,
13:34c'est que ce mouvement,
13:35je l'ai dit tout à l'heure,
13:36était né de la convergence
13:37de revendications matérielles
13:39et d'interrogations existentielles.
13:41Ça vous a rappelé quelque chose ?
13:42À ces deux dimensions-là
13:44s'ajoute désormais
13:45une troisième
13:46qui est la colère politique.
13:47La colère politique
13:48contre le gouvernement
13:50et la colère politique
13:51et celle-là peut durer,
13:52peut-être plus structurelle,
13:54contre la police.
13:55Donc,
13:56il faut se poser
13:57cette question-là
13:58et Emmanuel a raison
13:59de dire qu'elle se déroule
14:00dans un contexte
14:01qui est un contexte nouveau,
14:03de nouvelles réalités
14:04de terrain
14:05avec non seulement
14:06de la violence organisée
14:07comme on en a souvent connu
14:08mais ce que l'on peut appeler
14:10une violence d'opportunité
14:12de jeunes
14:13qui tout d'un coup
14:13et on l'avait vu
14:14dans d'autres mouvements sociaux
14:16basculent dans la violence
14:17et surtout,
14:18et c'est quand même
14:19l'élément le plus important
14:20parce que ça change tout,
14:21de nouvelles conditions
14:22de réception
14:23puisque la bataille de rue,
14:24la bataille dans la rue
14:25est une bataille
14:26de communication
14:27qui se fait
14:27sous le registre
14:28de l'immédiateté,
14:29sous le registre
14:30de l'émotion,
14:31sous le registre
14:31de l'image
14:32et donc oui,
14:33le travail de la police
14:34est complexe
14:35mais il y avait
14:36une spécificité française
14:40d'un modèle
14:41de maintien de l'ordre
14:42qui était une force
14:43de notre pays
14:44par rapport aux autres,
14:46et bien ça a disparu
14:47et il y a beaucoup de choses
14:49je crois qu'il faut
14:50désormais remettre en cause.
14:51Sur ce point justement,
14:52Emmanuel Mignon,
14:52on a entendu ce que vous disiez
14:54un peu plus tôt
14:54sur les consignes
14:56qui avaient été transmises
14:56à la police
14:57par le ministre de l'Intérieur
14:58Laurent Nunez.
14:59Quand on écoute
15:00les experts
15:01et les chercheurs
15:02parler du maintien
15:04de l'ordre,
15:04beaucoup pointent
15:05une bascule
15:06notamment en 2015-2016
15:08dans l'organisation
15:10du maintien de l'ordre
15:11face à l'encadrement
15:13des mouvements
15:14qui manifestaient
15:16contre la loi travail.
15:17Est-ce que cela ne signifie pas
15:19que depuis quelques années
15:20le maintien de l'ordre français
15:22s'est durci
15:23dans ses méthodes
15:24et dans les méthodes aussi
15:25qu'il n'emploie pas,
15:26je pense par exemple
15:28à la communication
15:29directe,
15:30systématique
15:30avec les manifestants
15:32qu'on observe
15:32dans beaucoup de pays étrangers
15:33par exemple en Allemagne ?
15:37Oui,
15:38depuis 2015
15:39effectivement
15:39il y a un changement
15:41dans les techniques
15:44de maintien de l'ordre
15:45et on est passé
15:46à ce qu'on appelle
15:46l'interpellation
15:47et la judiciarisation.
15:49Et on a un taux
15:50là,
15:50parmi les outils
15:53chiffrés
15:54qu'on a
15:54pour s'interroger
15:55sur les conditions
15:56du maintien de l'ordre.
15:57C'est vrai qu'on est tous
15:58d'accord sur le fait
15:59qu'on a un taux
16:00d'interpellation
16:01des jeunes
16:02qui est absolument
16:02considérable
16:03rapporté à des crises
16:04antérieures
16:05notamment si on les compare
16:06par rapport aux Gilets jaunes.
16:09Après,
16:10ce qu'il faut aussi dire
16:10c'est que
16:12dans les années
16:1480
16:14et milieu
16:15et 90
16:16en gros jusqu'à la fin
16:16des années 90
16:17on avait un apaisement
16:18de la violence politique
16:20sans doute lié
16:22au fait
16:22qu'il y avait
16:23moins de contestation
16:24du système.
16:25On en avait
16:25le mur de Berlin
16:26était tombé
16:27on y avait
16:28la fin de l'histoire
16:29qu'on nous avait promise
16:30etc.
16:30Tout allait bien
16:31dans le meilleur
16:32des mondes possible.
16:33Et puis on a vu
16:34revenir cette violence politique
16:37ultra-activisme
16:38de gauche
16:38ultra-activisme
16:39d'extrême droite
16:41Ça existait
16:42pardonnez-moi
16:42déjà dans les années 90
16:43les grands forums
16:45internationaux
16:45face à l'OMC
16:46c'était déjà
16:47une forme de violence
16:49comme vous la décrivez là ?
16:50Oui mais je crois
16:50que le premier
16:51c'est Seattle
16:52et Seattle c'est en 1999
16:53donc je crois que ça
16:54oui mais ça
16:55du coup
16:55oui effectivement
16:56mais ça apparaît
16:57à compter des années 2000
16:58et puis ça va s'étendre
17:00en France effectivement
17:00à partir de 2006
17:02au moment du CP
17:02et donc on a
17:03des violences
17:04qui sont des violences
17:05politiques
17:05sur lesquelles
17:07se greffent
17:08des violences
17:09d'opportunités
17:10dont Gilles a parlé
17:11tout à l'heure
17:11des casseurs
17:12etc.
17:13Et donc
17:13il a été nécessaire
17:14effectivement
17:15de modifier
17:16les techniques
17:16de maintien de l'ordre
17:17en dotant
17:18les forces de police
17:19de ce qu'on appelle
17:21les armes
17:24de létalité réduite
17:25et puis ce processus
17:26d'interpellation
17:27et judicialisation
17:28les deux vont ensemble
17:29quant au processus
17:31de désescalade
17:31on nous parle beaucoup
17:32de l'Allemagne
17:32etc.
17:33ce que disent
17:34les services de police
17:35c'est que ça
17:35c'est des processus
17:36qui marchent
17:36lorsqu'on a des organisateurs
17:37autour de soi
17:38et une des spécificités
17:39du mouvement
17:40aujourd'hui
17:40en tout cas
17:41au cours des deux
17:42dernières semaines
17:43c'est qu'il n'y a pas
17:43d'organisateur
17:44donc c'est très difficile
17:45de dialoguer
17:45quand on n'a pas
17:46d'organisateur
17:47Juste d'un mot
17:48moi je crois
17:49que cette bascule
17:52tient moins
17:52à l'évolution
17:53de la situation politique
17:54qu'à l'évolution
17:56de la communication
17:57et à la visibilité
17:59depuis 1986
18:00et la mort
18:02de Malik Ousekine
18:03ce qui est un tournant
18:05quand même
18:05oui
18:05on privilégiait
18:07l'intégrité des personnes
18:08sur le respect
18:09de l'ordre
18:10et y compris
18:10sur le respect
18:11des biens matériels
18:15depuis 2016
18:16et a fortiori
18:17depuis 2018
18:17et les gilets jaunes
18:18et bien
18:19on privilégie
18:19le respect
18:20de l'ordre
18:20fusse
18:21au risque
18:22d'atteinte
18:23à l'intégrité
18:24des personnes
18:24et ça
18:25c'est la police
18:26qui va davantage
18:27au contact
18:27et ce sont
18:28les interpellations
18:29que l'on voit
18:30dans des proportions
18:31absolument considérables
18:32mais ce débat là
18:34en fait
18:35c'est pas seulement
18:35un débat politique
18:36je pense qu'il traverse
18:37à peu près
18:38chacun de nous
18:39parce qu'on peut dire
18:40oui il faut préserver
18:41l'intégrité des personnes
18:42et en même temps
18:43on trouve inacceptable
18:44de voir
18:47un abribus
18:48détruit
18:50en quelques mots
18:50vous avez repéré
18:51une chose
18:52qui vous a marqué
18:52dans la presse
18:54et dans l'actualité
18:55d'ailleurs
18:55d'une manière générale
18:56cette semaine
18:56et bien
18:56c'est pas dans la presse
18:57et c'est pas dans l'actualité
18:58c'est un vrai pas
19:00de côté
19:01c'est le récit
19:01d'un ouvrier
19:02breton
19:03qui explique
19:04pourquoi
19:04il a tué
19:05l'homme
19:06qu'il avait floué
19:07c'est une histoire
19:08humaine
19:09écrite avec un style
19:11très sensible
19:11et une construction
19:12extrêmement maîtrisée
19:13et c'est une histoire humaine
19:15face à la justice
19:16qui n'est pas une justice
19:17d'algorithme
19:17mais qui est la justice
19:19de l'intime conviction
19:20qui évoque
19:20l'article 353
19:22du code pénal
19:23extraordinaire
19:24article 353
19:25du code pénal
19:25c'est une pièce
19:27c'est la pièce
19:27que j'ai vue
19:28cette semaine
19:29et c'est donc
19:29ma carte blanche
19:30qui est magnifiquement
19:32interprétée
19:32par Vincent Garanger
19:34pour ceux qui veulent
19:34la voir
19:35elle va tourner
19:35dans toute la France
19:36et pour ceux
19:37qui veulent lire
19:38le roman
19:39dont elle est issue
19:40qui s'appelle
19:41article 353
19:42du code pénal
19:43c'est un petit livre
19:45que vous n'oublierez pas
19:46je valide totalement
19:47votre choix
19:47votre coup de cœur
19:48Gilles
19:49merci à tous les deux
19:50donc bonne journée
19:51à la semaine prochaine
19:52à suivre la météo
19:53de Céline Dacosta

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