00:00C'est à vous, Sophia Aram, on vous écoute !
00:05Dans ma bouche, ce matin, il y a du riz.
00:14Et oui, c'était dimanche soir et Raphaël Glucksmann venait tout juste de remporter
00:19la primaire du Parti Socialiste.
00:20Il marchait paisiblement dans la rue, savourant sa victoire devant une nuée de journalistes
00:24venus suivre les premiers pas du tout nouveau candidat de gauche à la présidence de la
00:28République.
00:28Et c'est à ce moment qu'une habitante du quartier lui a jeté du riz sur la tête depuis
00:33sa fenêtre.
00:34Puis, le journaliste Paul Larouturou revient sur ses pas pour interroger la jeune femme.
00:38« Pourquoi vous avez jeté du riz sur Raphaël Glucksmann ? »
00:41« Je n'ai pas contre lui, mais je ne suis pas pour lui, quoi. »
00:43« Vous soutenez qui, vous ? »
00:44« Mélenchon.
00:45C'était un petit signe de mélange de mécontentement et de décembre. »
00:51Voilà, donc à la question « Pourquoi jeter du riz sur Glucksmann ? », la réponse de cette
00:55mélenchoniste, ce n'est pas contre lui, mais je ne suis pas pour lui.
00:59Donc, en toute logique, je lui jette du riz à la tronche en signe de mécontentement
01:03et d'espoir.
01:05Alors, si toi aussi, tu es jeune, tu es mélenchoniste, tu as du mal à trouver tes mots et tu
01:09n'es
01:09pas content, balance des féculents.
01:12Une sorte de révolution, donc.
01:15Oui, ok.
01:15Moi, j'en étais contente.
01:16Mais bon.
01:16On croit toucher le fond.
01:18Mais voilà qu'un peu plus tard, dans la soirée, au moment où Raphaël Glucksmann s'apprête
01:22à monter dans son taxi.
01:23Donc, il y a un manifestant qui vient de lancer de la farine sur Raphaël Glucksmann, juste…
01:28Après le riz, la farine, bon bah même si moi, tout ça, je trouve que ça manque un peu
01:32de fibres, ça fait quand même beaucoup.
01:34Surtout si vous ajoutez les chorales venues beugler Mélenchon président à l'oreille
01:38de Glucksmann.
01:39Bon, en même temps, il ne faut pas leur en vouloir.
01:41Quand ton mouvement fonctionne sur le mode de la désignation de droit divin depuis 15 ans,
01:44un vote démocratique, ce n'est pas facile facile à assimiler.
01:47Une violence bon enfant, donc presque joyeuse, maladroite, hésitante, mais une violence quand
01:52même.
01:52Une violence destinée à salir, à humilier, au moment pile où Raphaël Glucksmann vient
01:56de sortir les socialistes de la soumission à cette même meute.
02:00Et de la violence, on en a vécu ces dernières semaines.
02:02Et on en redoute pour les jours qui viennent, pendant que des lycéens, des parents et des
02:06enseignants manifestent calmement pour réclamer des conditions d'études décentes.
02:10Il y a un monde parallèle de militants qui a basculé joyeusement ou non dans la violence.
02:14Un monde dans lequel on brûle un lycée flambant neuf, on saccage une université, on jette
02:19de l'essence sur un professeur, on brûle une passante au visage.
02:21Et à l'heure où les appels à marcher sur Matignon ou à venir tout cramer se multiplient
02:25sur les réseaux, je me demande ce que ces militants n'ont pas compris dans le mot
02:29« démocratie ».
02:29Vous savez, ce truc un peu vieillot peut-être, mais qui offre la liberté d'exprimer son
02:33mécontentement, de manifester, d'identifier des problèmes, d'élaborer des solutions
02:36réalistes ou de voter pour ceux qui le feront.
02:38En théorie, aucun problème ne saurait survivre à ce système que ceux qui n'en bénéficient
02:43pas appellent l'espoir, ou la Suisse, et que ceux qui s'en sont lassés s'amusent
02:48à saccager.
02:48Alors vous me direz que jeter du riz ou de la farine sur Glucksmann, c'est toujours
02:51mieux que de lyncher un opposant à terre au nom de l'antifascisme.
02:54Mais voilà, avec ou sans gluten, ça reste de la violence.
02:57Merci Sophia.