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  • il y a 12 minutes
Ce mardi 13 octobre, Sébastien Le Roy, partner chez Serena, s’est penché sur le bouleversement des fondamentaux du logiciel par l’IA agentique, la réalité du boom de l’intelligence artificielle française, les risques de l’outil pour la finance mondiale et l’importance de développer la souveraineté européenne, dans l'émission Tech&Co Business présentée par Frédéric Simottel. Tech&Co Business est à voir ou écouter le mardi sur BFM Business.

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Transcription
00:06BFM Business présente Tech & Co Business, le magazine de l'accélération digitale.
00:12Frédéric Simotel.
00:14Allez Tech & Co Business depuis Station F à l'événement AIPEL, c'est reparti.
00:19Et avec nous Sébastien Leroy. Bonjour Sébastien.
00:21Bonjour.
00:22Merci d'être avec nous, vous êtes partenaire chez Serena.
00:24Alors Serena, on parle souvent de vous, mais vous savez c'est la parenthèse qui vient après la levée de
00:28fond.
00:28On dit voilà. Alors racontez-nous un peu, parce que c'est vrai qu'on ne reçoit pas souvent, à
00:32tort sans doute, de profils comme les fonds, comme Serena.
00:37Alors racontez-nous un peu votre métier aujourd'hui.
00:39Et puis voilà, on vous connaît parce que vous avez aussi investi dans Mistral, mais dans beaucoup d'autres. Je
00:44vous écoute.
00:45Exactement. Donc on est un fonds d'investissement tech européen.
00:48Donc on a levé un peu plus d'un milliard aujourd'hui qu'on déploie dans ce qu'on appelle
00:51nous, dans notre jargon, l'early stage.
00:52Donc ça va vraiment de la création des sociétés jusqu'à des tours de table un petit peu plus matures,
00:56SID, série A, série B, etc.
00:59Et donc on va aller investir dans ces sociétés et les accompagner dans leur croissance.
01:03Et donc aujourd'hui, Serena, c'est un peu plus d'un milliard, 150 sociétés accompagnées.
01:08Et on a fait le choix d'investir dans des sociétés dans l'intelligence artificielle depuis très longtemps,
01:12parce qu'on était tout premier investisseur de Dataiku, qui est un des florons français de l'IA.
01:16Qui a d'ailleurs signé avec Scaleway il y a quelques jours.
01:20Et puis ensuite, on a lancé le tout premier fonds dédié à l'IA.
01:23À l'époque, on appelait ça Big Data en 2015-2016.
01:26Et puis maintenant, on a fait beaucoup d'investissements dans ce domaine-là.
01:30Alors justement, tiens, pour parler des investissements, le boom de l'IA française,
01:34alors évidemment, il est porté par Mistral qui a levé ses 3 milliards.
01:38Mais est-ce que vous le sentez ? Il est réel ou alors il se réduit juste à 2-3
01:41noms ?
01:42En fait, il y a une croissance des montants qui ont été investis dans l'IA.
01:45Il y a 3, 4, 5 ans, ça a resté encore une minorité de la part d'investissement.
01:50Là où aujourd'hui, l'an dernier, c'était à peu près la moitié.
01:52Donc chaque euro investi dans les startups, il y avait la moitié qui allait pour l'intelligence artificielle.
01:57Aujourd'hui, en ce début d'année, on a 80%.
01:58Donc on voit qu'il y a une croissance qui est phénoménale.
02:01Quand on soulève un petit peu le capot, finalement, aujourd'hui,
02:04beaucoup, beaucoup de ces startups sont aussi intelligence artificielle dès le premier jour.
02:07Donc ce qui fait que ça redispatche un peu le marché d'une part.
02:10Et puis il y a une énorme polarisation aussi avec beaucoup d'argent qui est concentré dans quelques sociétés.
02:14Et donc Mistral en fait partie.
02:16Il y a aussi AmiLabs avec Anne Lequin, qui est le patron du labo de Meta, de DIA, de Meta,
02:22qui a choisi la France pour lancer AmiLabs et qui a capté beaucoup des capitaux qui ont été investis.
02:27Donc finalement, il y a une croissance qui est phénoménale des montants investis
02:30sur les 3-4 dernières années, quand même avec une concentration assez forte sur quelques sociétés.
02:33Mais ils peuvent jouer l'effet locomotive un peu, se dire voilà, des investisseurs étrangers
02:37ou même voilà, Serena voit ces gros montants, se dire tiens, on va mettre davantage sur des acteurs français.
02:44Ils mettent la France et Paris sous les lumières au niveau mondial dans l'intelligence artificielle.
02:50Parce que finalement, il y a un an, on se posait un peu la question de où est la France
02:53au niveau AI,
02:54d'un point de vue vraiment global.
02:56Aujourd'hui, entre temps, on a eu AmiLabs avec Anne Lequin.
02:58On a Mistral qui a levé 1,7 milliard puis 3 milliards en moins de un an.
03:02On a Armatan qui est la première licorne française dans la défense, là où on n'en avait pas.
03:08Et nos petits comparables, notamment en Angleterre et en Allemagne, en avaient.
03:12Donc toutes ces levées de fonds ont vraiment mis la France.
03:17Et il n'y a pas une crainte quand on est partenaire chez Serena que l'IA aspire un peu
03:21tout l'oxygène de l'écosystème ?
03:22Est-ce qu'il faut penser, même si tout se concentre beaucoup sur l'IA aujourd'hui et il y
03:26a de l'IA partout,
03:27mais que ça, justement, ça aspire un peu trop cet oxygène ?
03:31Oui, ça aspire un petit peu.
03:32Après, on a une thèse d'investissement qui est assez diversifiée.
03:34Et on essaye d'aller vers des sociétés qui ne sont pas forcément consensuelles,
03:39donc qui ne sont pas, entre guillemets, dans la hype qu'on peut voir un peu partout.
03:43Et la conviction qu'on a, c'est qu'on parle beaucoup effectivement d'AmiLabs, de Mistral,
03:46qui sont plutôt sur des modèles fondationnels.
03:48On parle beaucoup de la couche applicative dans l'intelligence artificielle,
03:51donc tout ce qui va permettre aux sociétés d'aller chercher de la productivité.
03:54On parle un peu moins d'une nouvelle catégorie qui est en train d'émerger,
03:56que nous, on appelle le hard AI,
03:58et qui est comment est-ce qu'on va aller s'attaquer à des chaînes de valeur qui sont extrêmement
04:01complexes,
04:02notamment dans la santé, dans la biologie, dans la robotique.
04:05Donc plus verticale.
04:06Exactement, verticale extrêmement précise et où des modèles d'intelligence artificielle
04:10vont venir rencontrer le monde physique et donc vont aller chercher de la donnée
04:14et capter de la donnée qu'on n'avait pas historiquement
04:16et donc vont pouvoir faire des choses qu'on ne pouvait pas faire historiquement non plus.
04:19Et ça, c'est une nouvelle catégorie qui est émergente,
04:21qui a attiré peu de financement, qui en attire de plus en plus
04:24et dans laquelle je suis convaincu que l'Europe et la France a fortiori
04:27a vraiment une carte à jouer au niveau mondial.
04:29Donc vers ces domaines verticaux, parce que j'allais vous poser une question.
04:31C'est vrai que je voyais la directrice du FMI, la Cristalina Georgieva,
04:35qui alerte une perte de confiance dans l'IA pour déstabiliser la finance mondiale.
04:40Voilà cette bulle que l'on a.
04:41Maintenant, je crois que ça doit faire un an et demi qu'on parle d'une bulle.
04:44Comment vous le ressentez, vous ?
04:46C'est un peu ce que je disais, c'est qu'on a vu des sociétés
04:49qui sont sur ces couches applicatives, qui ont eu des croissances phénoménales
04:51que nous, on n'avait jamais vues en tant qu'investisseurs avant.
04:54Et donc là, la question, c'est quelle est la qualité,
04:56quelle est la pérennité de ce chiffre d'affaires ?
04:58Et là-dessus, on peut anticiper qu'il y a une forme de bulle,
05:02en tout cas une forme de hype qui, à un moment donné, va redescendre.
05:05Sur les modèles fondationnels et sur cette partie vraiment monde physique
05:09qui rencontre l'intelligence artificielle, on en est encore au balbutiement.
05:12Et je pense que pour le coup, il y a encore énormément de choses à faire.
05:14Et on vient de complètement délivrer des capacités qui n'étaient pas possibles avant.
05:18Alors ce qui est intéressant avec vous, avec Serena et vous, Sébastien Leroy,
05:21c'est que vous êtes un peu dans le back office.
05:23Vous voyez ce qui se passe un peu derrière tout ça.
05:27Quand on voit Anthropic OpenAI qui vient de démanteler le mythe de l'illimité
05:32sur les seuils d'utilisation,
05:36est-ce que c'est l'aveu quelque part qu'on n'a pas trouvé encore
05:38le bon modèle économique de l'IA ?
05:41Ça, c'est sûr. On n'a pas encore trouvé le modèle économique.
05:43On vient du monde du logiciel où on avait l'habitude de faire payer
05:46ce qu'on appelle au siège, donc à l'utilisateur.
05:49Déjà, on avait changé un peu le modèle.
05:50On avait passé du on-premise au SaaS.
05:54Qui était déjà une innovation assez forte de passer du on-premise au SaaS.
05:57Maintenant, on passe du SaaS à l'usage, de l'usage à l'outcome.
06:01Mais on se rend compte que les directeurs financiers,
06:03ils aiment bien avoir de la prédictibilité.
06:05Et donc, en fait, c'est compliqué de vraiment pouvoir pricer à l'outcome,
06:10en tout cas au résultat, tant qu'on n'a pas vraiment démontré
06:12le résultat qu'on peut générer.
06:14Donc, on revient un petit peu au basique qui est finalement,
06:17faisant un modèle qui est simple, qui est donnant de la prédictibilité
06:20au client avec un paiement à l'usage, enfin un paiement au siège.
06:25Et ensuite, voyons comment est-ce qu'on peut aller,
06:27ce que nous, on appelle du line-end-expan,
06:29donc comment est-ce qu'on peut aller s'étendre chez les clients
06:32en allant chercher encore plus de valeur, encore plus d'usage.
06:34Oui, c'est là.
06:35Et juste après vous, on aura Ariel Lebaille de chez Stripe,
06:37justement, qui accompagne les entreprises dans cette économie du token.
06:41C'est un gros sujet pour Stripe, notamment avec les acquisitions qu'ils ont faites.
06:43Comment ils font penser les réflexions en mode ?
06:46Exactement. L'IA agentique aussi, elle est dominée par les acteurs américains.
06:48Mais on voit que c'est quand même une recomposition du logiciel pour vous.
06:52Là, il peut y avoir une porte.
06:54On cherche toujours à avoir ce côté souveraineté,
06:56à faire pousser un peu notre Europe du logiciel.
07:02Est-ce que là, pour vous, il y a une porte qui s'ouvre sur l'IA agentique ?
07:06On a quelques espoirs de rester collés au peloton ?
07:13En tout cas, on voit qu'on a plusieurs modèles qui ont un niveau de ce que nous, on appelle
07:17accuracie.
07:18Donc, il y a vraiment le niveau de précision des modèles qui sont extrêmement bons.
07:23La souveraineté ne répondra pas à tout.
07:24C'est-à-dire que c'est un facteur qui est important, mais il n'est pas unique.
07:28Et donc, en fait, si on arrive à mêler souveraineté et accuracie,
07:32je pense qu'on peut faire émerger des champions,
07:34notamment sur ces thématiques dont je parlais,
07:36comme la biologie, la robotique, l'industrie, le manufacturing.
07:40Pour vous, c'est ça. Maintenant, on était un peu large.
07:42Maintenant, on va commencer à descendre un peu plus en profondeur dans les secteurs.
07:45On a adressé les cas d'usage un peu évidents, entre guillemets,
07:47qui sont beaucoup des cas d'usage de productivité.
07:50Et maintenant, on va aller, à mon avis, de plus en plus vers une hyper-verticalisation
07:53et dans des marchés, des chaînes de valeur qui étaient historiquement peu sexy
07:57parce que cycle de vente long, complexité de captation de la donnée,
08:01enfin, beaucoup de paramètres qui faisaient qu'on n'avait pas envie de s'y intéresser.
08:03Parler de santé, il faut connaître à la fois la technologie, le modèle financier
08:09et puis le métier, la technologie de si on est dans la santé.
08:14Est-ce qu'on mise sur la bonne biotechnologie ?
08:16Une nouvelle génération d'entrepreneurs qu'on voit émerger,
08:19qui sont des chercheurs qui étaient dans les labos
08:21et qui commencent à sortir des labos pour se lancer dans le privé.
08:25Dans ces domaines de santé et ce dont vous venez de nous parler.
08:30Je rappelle, vous avez misé sur Mistral et Aïe.
08:32Vous avez évoqué, Sébastien Leroy, la souveraineté européenne.
08:36C'est une vraie réalité aujourd'hui pour vous,
08:39quand vous dialoguez avec, quand vous allez soit lever de l'argent,
08:42soit quand vous dialoguez avec des clients de vos start-up ?
08:47C'est un vrai sujet pour les corporate européens et français a fortiori.
08:53Pour toutes les start-up qui adressent les segments d'entreprise,
08:57c'est un vrai sujet de pouvoir leur proposer une proposition de valeur
08:59qui repose sur la souveraineté.
09:01Une dernière question, qu'est-ce qui manque aujourd'hui ?
09:03On a vu Hugging Face, donc racheté par NVIDIA.
09:07Bon, là, on a parlé d'AmiLabs, on a parlé de Mistral.
09:09Mais qu'est-ce qui manque en France pour justement avoir davantage de grands acteurs comme cela ?
09:16Et pourtant, on voit que les industriels s'intéressent à eux.
09:18Les grands, les Thalès, les CMACGM, propriétaires de BFMISES, s'intéressent à ces entreprises.
09:23Mais qu'est-ce qui manque pour qu'on en ait un peu plus de Mistral, un peu plus d
09:26'AmiLabs ?
09:27C'est des fonds, c'est des...
09:29Deux facteurs.
09:30Encore plus de chercheurs qui sortent des labos privés,
09:33donc soit d'Enthropic, Mistral, etc.
09:36pour se lancer à leur compte.
09:38Et ça, on peut anticiper ce qu'on appelle les mafias,
09:40donc des prochains employés qui, en tout cas, se lancent et créent leur propre société.
09:45Et puis, de l'autre côté, c'est des capitaux souverains aussi,
09:49parce qu'on voit que finalement, dans ces tours de table,
09:50ça vient beaucoup des États-Unis ou d'Asie.
09:52Et donc, si on a un enjeu de souveraineté,
09:54ça pose quand même la question du capital et de la préservation de la souveraineté.
09:58Eh bien, merci d'être venu nous parler de tout ça.
10:00Votre prochaine actualité, c'est quoi chez Serena ?
10:02Prochaine actualité, on publie un tout nouveau rapport, justement,
10:05sur l'IA, qui s'appelle le French Air Report,
10:08en partenariat avec Chausson et Galion,
10:09qui sont un autre fondation, une banque d'affaires,
10:12et qui est un panorama de l'intelligence artificielle en France.
10:14Eh bien, ce sera l'occasion de venir nous en parler.
10:16Merci Sébastien Leroy, partenaire chez Serena.
10:18Merci d'avoir été avec nous ici depuis l'EI Pulse à Station F.

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