00:00Je suis ici en tant que consultant, on va dire, aux côtés de Benjamin et Cédric, dans une belle maison.
00:06Ici, j'aime bien, c'est parce que c'est une maison de famille, je dirais, une maison d'aubergiste
00:11à taille humaine.
00:12J'aime bien ce genre de maison, moi.
00:15Et donc, on vient avec Benjamin et Cédric travailler, essayer de trouver des axes, des choses à raconter dans les
00:21assiettes.
00:22Chaque histoire est différente, c'est-à-dire que tantôt, ça va être drôle, tantôt, ça va être philosophique, tantôt,
00:27c'est un message.
00:28Voilà, c'est toujours un peu ce que j'essaie de faire partout où je vais, c'est que chaque
00:31assiette a un sens, quoi.
00:33Elle n'est jamais démonstratif, elle est toujours très poétique, très honnête.
00:35Ce qui est important, c'est de chercher le bon produit pour raconter la bonne histoire.
00:38Même si j'alimente le moulin de Benjamin et Cédric, ils alimentent le mien aussi.
00:42Et en fait, tout ça, tous ces échanges, les trucs nourrissiers pour chacun, je crois.
00:46Et moi, je crois que c'est important de ne pas s'enfermer dans ces restaurants.
00:50Et moi, aujourd'hui, en tout cas, j'ai cette envie, quoi.
00:52C'était quelque chose que je n'avais pas forcément envie de faire avant.
00:55Mais aujourd'hui, j'ai mon univers culinaire et je trouve que c'est important d'aller voir ceux des
01:00autres.
01:00Je crois qu'il n'y a pas beaucoup d'ingrédients qui ne me parlent pas.
01:03Tout est bon quand c'est bien fait, quand on arrive à trouver quelque chose d'intéressant à raconter.
01:08Je trouve que tout prend du sens.
01:10Évidemment, la truffe, mais pour moi, la truffe n'a pas plus de valeur qu'une pomme de terre.
01:15En fait, c'est le cuisinier qui va, je trouve, donner ses lettres de noblesse à un produit.
01:20Si tant est qu'il y a des produits nobles, pas nobles, moi, je pense que tous les produits se
01:23valent.
01:24Bizarrement, voilà, je n'ai pas de...
01:27Je trouve qu'au contraire, je trouve que plus le produit est mal perçu, plus j'aime le travailler, je
01:31crois.
01:32J'aime bien travailler à un chou-fleur, par exemple.
01:33Je trouve que c'est...
01:34Il y a de la betterave, des choses qui...
01:37À cause ou grâce, pour moi, je dirais, à la cantine, on laissait des traces, des mauvaises pensées, je dirais.
01:43Et donc, voilà, j'adore leur donner une forme de renaissance.
01:47J'aime bien la sobriété de l'assiette et la belle pensée qui n'est pas alambiquée par du superflu.
01:52Et bien sûr qu'il y a des gens qui pensent que, des fois, ça peut manquer de travail.
01:55Ce n'est pas du tout le cas, en fait.
01:57C'est assez drôle, quoi.
01:57C'est-à-dire que tout ce qui ne serait pas nécessaire à raconter l'histoire n'est pas dans
02:01l'assiette.
02:02C'est-à-dire qu'on ne va jamais faire du bon, on va faire du bon avec honnêteté et
02:04sobriété.
02:06Ça s'appelle la maturité, je crois.
02:08Ça nécessite quand même, malgré tout, une lecture du client.
02:11C'est-à-dire qu'il faut des gens matures ou avec une vision commune pour comprendre ce qu'on
02:15fait.
02:16Mais c'est comme quand on va au cinéma ou quand on écoute de la musique.
02:18Il faut qu'il y ait des valeurs communes pour qu'on se comprenne dans une assiette.
02:20Ce n'est pas si évident que ça.
02:21Je crois que chaque cuisinier a un griffe, un style, une pâte.
02:25Et je crois qu'il y a des amateurs de table, de gastronomie, qui vont d'une table à l
02:31'autre pour aller découvrir et à la recherche, j'espère, d'une émotion.
02:35Voilà ce qu'on essaie, nous, de donner ici.
02:39Et je crois, comme beaucoup de nos confrères, je sais qu'on n'est pas un cas isolé.
02:43On se bat, chaque maison se bat pour essayer d'exister et de passer un message.
02:48Mais le château, juste à côté, qui est quand même incroyable.
02:50Et puis, c'est des régions, c'est un peu, on est sous cloche ici.
02:54C'est des petites régions comme ça, des petits villages sympathiques, posés.
02:59Voilà, ici, on vient chercher une forme de quiétude, une lumière, voilà, un calme.
03:05Voilà, c'est ça qu'on vient chercher ici.
03:06Et puis, je crois qu'ici, on sent, on ressent cette maison de famille que j'aime beaucoup, que j
03:11'affectionne particulièrement.
03:12Je dirais qu'il y a quand même du lien.
03:14Parce que, justement, ici, on a un propriétaire, Jean-Luc, qui est là tous les jours,
03:18qui se donne du mal pour essayer de faire vivre la maison, qu'on l'entende, qu'elle dépasse les
03:22frontières.
03:23Et moi, j'aime bien ces gens qui sont là, corps et âme, pour essayer d'exister.
03:29Et c'est pas facile.
03:30Voilà, on est un peu...
03:31Il faut imaginer venir s'installer ici.
03:34Alors, ça paraît évident, mais ça n'est pas tant que ça.
03:35Et comme peut l'être à l'époque, Beaumanière, il y a 80 ans, s'installer au Beau-de-Provence,
03:40il faut une forme de culot et de courage, dans une époque pas simple.
03:44Donc, voilà, moi, ce que j'aime ici, c'est moi, c'est d'apporter ma touche à cette envie
03:51d'exister
03:52dans le prisme de la gastronomie et dans un contexte, encore une fois, pas si simple et particulier.
03:57Moi, j'ai des clients, des fois, qui viennent me dire, c'était un rêve de venir.
04:01Je suis content parce que, finalement, c'est un rêve accessible malgré tout.
04:04Parce que c'est vrai que ça a un coup de venir manger dans un restaurant gastronomique,
04:07mais avec des petites économies chaque mois, on peut y arriver à la fin de l'année.
04:10Donc, c'est un rêve qui, pour certains, donne le vertige, bien évidemment.
04:14Mais un rêve, ça doit être vertigineux.
04:15Un rêve, ça doit, presque par moments, être un peu prétentieux.
04:18Et il y a des gens qui ont ces rêves, là, de venir manger dans des restaurants comme ici,
04:23comme à Beaumanière.
04:24Et je crois que beaucoup de gens vont y arriver quand même à venir.
04:28C'est un rêve accessible.
04:29Et je trouve que ça, c'est beau.
04:30Chacun doit avoir des rêves.
04:31Il y a des rêves qui se prévoient à long terme.
04:33Il faut des rêves du quotidien.
04:34Il faut des objectifs.
04:35Ce n'est pas forcément des rêves.
04:36On peut aussi les appeler des objectifs.
04:38Moi, j'avais des rêves, plein de rêves que j'essaie de réaliser.
04:44Et puis, si je n'arrive pas, ce n'est pas si grave que ça.
04:46Et puis, j'ai des rêves du quotidien qui sont du l'ordre de la tâche ménagère, même des fois.
04:50Je me dis, aujourd'hui, il faut que je fasse les carreaux.
04:55Mais c'est des petits objectifs de la journée qui me font me sentir vivant.
04:58C'est bizarre, ces petits trucs comme ça.
05:00Et après, il y a des rêves encore une fois, comme d'aller chercher la troisième étoile,
05:03comme d'entreprendre, comme de faire de la télévision.
05:06C'était des objectifs qui m'étaient propres, qui peuvent paraître prétentieux,
05:10qui sont un peu vertigineux.
05:12Mais je pense qu'un reste, ça doit être ça.
05:14Ça doit être quelque chose qu'on doit avoir du mal à attraper.
05:16Ma vision de gamin d'une classe moyenne, c'était d'être millionnaire.
05:20Et souvent, ça fait frémir les gens.
05:24Mais finalement, c'est plus prétentieux de dire que j'aurais trois étoiles Michelin que d'être millionnaire.
05:27Il est beaucoup moins chef de trois étoiles que d'être millionnaire.
05:30Vous voyez ce que je veux dire ?
05:31Et c'est bizarre le rapport à l'argent, etc.
05:32Mais ce n'est pas le rapport à l'argent, c'est l'objectif qui m'intéresse dans ça.
05:35Vous voyez ce que je veux dire ?
05:36Et encore une fois, ça doit paraître prétentieux.
05:38Et ça peut être à l'écoute de certains prétentieux, mais ce ne l'est pas.
05:41C'est des objectifs qui, moi, me rend vivant.
05:44Vous voyez ce que je veux dire ?
05:45Ça n'empêchera pas la simplicité, ça n'empêchera pas d'aller pêcher le macro avec mes potes
05:49et d'aller chercher les cèpes en pleine saison.
05:51Voilà, c'est ça qui me fait vibrer, moi, dans mon quotidien.
05:55C'est ces objectifs de gamins que j'essaie d'accomplir en tant que grands.
05:59Très content d'être à côté de Cédric et Benjamin,
06:01qui sont respectivement pâtissiers et chefs cuisiniers de talent,
06:05avec qui j'ai beaucoup d'affection et de plaisir à voir régulièrement,
06:11pour échanger, pour parler, pour envisager.
06:15C'est toujours très intéressant.
06:17On se retrouve à Beaumanière, comme d'habitude,
06:21et puis sur les plateaux de Top Chef.
06:23Est-ce que ça commence bientôt ?