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  • il y a 2 jours
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Télématin reçoit David Hallyday pour sa tournée "Requiem pour un fou", et Mélusine Mallender, exploratrice.

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00:00Ah ça fait du bien, voilà, on est sur France 2, on est dans Télé Matin, on écoute de belles
00:05choses, on a de beaux invités, on a David Hallyday qui est avec...
00:08Bonjour David, bonjour à tous.
00:10David Hallyday, après trois ans de tournée, vous apprêtez à donner les dernières représentations de votre Requiem Tour, on est
00:17très très heureux de vous accueillir.
00:19Ce qu'on entendait là, c'est le plus heureux des hommes, cette chanson qu'on adore, que j'imagine
00:23vous interprétez sur scène ?
00:25Oui, oui, oui, je l'ai fait, oui.
00:26Alors ça fait combien de temps précisément que vous êtes en tournée avec...
00:30Deux ans et demi, ça fait à peu près deux ans et demi, un peu plus, trois ans et demi
00:34avec les préparations de la tournée, de l'album et tout, presque quatre ans maintenant.
00:38Donc c'était un gros, c'est une grosse belle parenthèse dans ma carrière musicale, c'est sûr.
00:44Ça va vous faire tout drôle d'arrêter parce qu'il y a cet effet de troupe, j'imagine.
00:47Ça fait toujours drôle d'arriver, il y a une espèce de syndrome post-tournée où tu te dis, bon,
00:56moi j'ai de la chance de pouvoir composer, de continuer à faire de la musique,
01:00donc c'est moins pire que certains qui sont interprètes.
01:04Mais oui, il y a cette espèce de syndrome où on ne voyage plus autant.
01:09Et puis le lien, j'imagine, entre tout le monde.
01:11Avec le public, les gens, c'est quelque chose de formidable.
01:15Il y a un petit vide, c'est vrai, qui s'installe.
01:18Bon, David Alidé, tout le monde vous adore, ici, dans ce...
01:21Oui, je vous le dis, et les Français aussi.
01:22On est en karaoké depuis ce matin.
01:23C'est louche.
01:25Il y a un truc là-dessous.
01:27Pas mal, ouais.
01:30Le fils de Johnny.
01:31Il a un très bon niveau de batterie.
01:32Très bon compositeur, un bon musicien, mais également un bon chanteur.
01:37Tu ne m'as pas laissé le temps, ce morceau-là ?
01:40J'adore cette musique.
01:42Il a composé des belles chansons à son père.
01:45On a été contents de les voir ensemble,
01:48chanter la chanson qui les a réunies.
01:51Il a réussi à avoir sa vie indépendamment de Johnny.
01:55C'est pas mal.
01:56Ah oui, sa vie, sa carrière.
01:57C'est vrai que vous avez créé votre propre identité musicale,
02:00ce qui n'était quand même pas gagné,
02:01avec le poids d'un nom comme ça ?
02:03Non, rien n'est gagné, de toute manière.
02:04Mais chacun a son poids, en fait.
02:06Chacun a son...
02:07J'imagine que c'est une fierté, quand même,
02:09d'avoir réussi à tracer votre route.
02:10J'allais dire, chacun a son fardeau et ses montagnes.
02:13Ça, c'est vrai.
02:13Mais moi, c'était plutôt un joli fardeau.
02:16J'ai toujours été fier de mes parents.
02:17J'ai beaucoup appris d'eux.
02:19J'ai toujours été très...
02:22Je contemplais un petit peu leur vie artistique
02:24depuis que j'étais tout petit.
02:25Donc, ça m'a appris beaucoup de trucs.
02:27Quand moi, j'ai commencé personnellement à faire de la musique,
02:29à composer et à être sur scène aussi,
02:32j'avais quand même une certaine connaissance déjà par mes parents.
02:38Donc, j'ai appris assez vite.
02:41Mais c'est vrai que c'est toujours passé après deux monstres sacrés comme ça.
02:46C'est toujours compliqué.
02:47Mais bon, il faut s'accrocher.
02:48Et puis, j'étais un peu inconscient aussi.
02:50Je n'avais pas de plan B, de toute manière.
02:51Je me suis dit...
02:53Je sais écrire une chanson.
02:55Donc, je vais essayer d'en faire quelque chose.
02:59Et puis, j'ai eu de la chance.
03:00Le public a suivi il y a longtemps.
03:02Et il est toujours là.
03:03Et c'est une grande chance d'avoir ça.
03:06Aujourd'hui, c'est plus compliqué.
03:07Chant, c'est talent quand même.
03:08Oui.
03:10Quelques chiffres sur votre vie.
03:11Oui.
03:11Et on démarre avec ce chiffre 100.
03:13Si je vous dis, David, 100 dollars,
03:16est-ce que ça vous parle ?
03:17Est-ce que ça vous dit quelque chose ?
03:19100 dollars, oui.
03:20C'est ce que vous a coûté à Los Angeles
03:22une fausse carte d'identité.
03:24Ah oui, c'est vrai.
03:25Il vous a permis de faire vos débuts
03:26dans un bar à strip-tease.
03:28Exactement, oui.
03:29C'est fantastique.
03:30Dès le matin, comme ça, c'est formidable.
03:33On y va direct.
03:34On va avoir des sujets comme ça.
03:37Ah oui, ça fait le tour, ça.
03:39Oui, c'est vrai.
03:40Je n'avais pas l'âge.
03:41C'était notre première...
03:43Parce que je faisais de la musique avec mes potes.
03:44J'ai commencé dans des groupes.
03:46À Los Angeles.
03:47À Los Angeles.
03:47Et donc, cette opportunité est arrivée.
03:51On s'est dit, pourquoi pas ?
03:52Mais on n'a pas l'âge.
03:53Ce n'est pas grave, on va faire ce qu'il faut.
03:56Et puis, on a pu faire une demi-heure de bruit
04:01dans cet endroit.
04:03Et on s'est bien marré.
04:05Vos parents, ils étaient au courant ?
04:07Non, pas du tout.
04:09Elle a été courante.
04:11Elle ne me croit toujours pas aujourd'hui
04:12que j'ai fait mes premiers pas comme ça.
04:18Ils auraient été durs avec vous ?
04:19Non, je ne pense pas.
04:22Je ne pense pas trop.
04:23Un peu, mais...
04:24Allez, un autre chiffre.
04:27Cinq semaines en tête des ventes en France
04:29pour ce tout premier titre.
04:31On est en 1988.
04:33Et vous sortez ça.
04:38Alors, c'était vraiment une entrée en force.
04:40Un high quand c'est sorti en France.
04:42Ça a été un raz-de-marée.
04:43Tout le monde découvrait.
04:44Le fils de Johnny, Sidi Vartan.
04:46Il y a eu un effet très fort.
04:47Ce titre était assez génial.
04:50Il a très, très bien fonctionné à l'époque.
04:52Et puis après, il y a eu une forme
04:53de traversée du désert.
04:54On peut le dire en France.
04:55Ça a été compliqué pendant des années
04:58de revenir.
04:59Comment vous l'avez vécu, vous, ça ?
05:00En fait, ça a été compliqué après.
05:02J'ai fait trois albums.
05:03En fait, j'ai commencé aux Etats-Unis.
05:05Et ce titre, l'album avait été rentré
05:07dans le top 30 là-bas des charts.
05:08C'est ce qui m'a permis de venir jouer
05:11et chanter en France, mais aussi en Italie,
05:13un peu partout en Europe, en Asie aussi.
05:15Donc, j'ai été jouer partout.
05:20Et la France me tenait forcément à cœur,
05:22même si j'avais vécu presque toute ma vie là-bas.
05:24Parce que c'est mon pays.
05:25Je suis né ici.
05:25Il y a quand même des affinités,
05:27un ADN qui ne trompe pas.
05:29Et j'avais envie de réussir ici aussi.
05:32C'était un peu ma fierté
05:34de pouvoir surmonter un petit peu.
05:36Donc, je me suis mis un challenge
05:37avec la France.
05:38Je me dis, ça va être compliqué en France.
05:39Il faut y arriver.
05:40Mais si j'y arrive, ça va être bien sur le long terme.
05:44Et puis, après, j'ai refait mes groupes.
05:46Après, j'ai fait trois albums qui ont très bien marché ici.
05:50Chanté en anglais parce que j'allais partout, encore une fois.
05:53Et ensuite, j'avais mes potes aux États-Unis me monter.
05:56Mon groupe de rock me manquait.
05:59Donc, j'ai un peu tout quitté avec beaucoup de pression
06:03de la famille, de mes potes.
06:04Ils me disaient, mais qu'est-ce que tu fais ?
06:05Tu ne peux pas quitter comme ça.
06:07Et j'ai suivi un petit peu mon instinct.
06:08Je suis parti pendant 7-8 ans refaire mon groupe.
06:11Il s'appelait Nova Kane à l'époque.
06:14Et on a commencé à retourner aux États-Unis
06:16avec mon groupe.
06:17Et c'était génial.
06:18Je ne regrette pas du tout.
06:18Et à la fin des années 2000, vous revenez à la fin des années 90, pardon,
06:221999, vous revenez en France.
06:25Et vous sortez ce titre avec Lionel Florence
06:27qui sera un immense succès.
06:28Tu ne m'as pas laissé le temps
06:33De te dire tout ce que je t'aime
06:36Et à partir de là, vous allez faire votre toute première tournée en France
06:40donc dans les années 2000.
06:42Et un autre chiffre pour finir, 2 millions.
06:45Parce que 2 millions, il faut le rappeler quand même,
06:46c'est le nombre d'albums vendus de 100%.
06:48Vous avez composé pour votre père, Johnny.
06:52Et ce que je trouve beau dans ce chiffre,
06:55c'est que c'est son plus gros succès discographique, Johnny Hallyday.
06:59Est-ce que vous lui rappeliez régulièrement
07:01que vous devez un petit peu une part de son immense succès ?
07:04Oui, oui, oui.
07:05Non.
07:06Non, non, non.
07:08Non, mais c'était avant tout.
07:09C'est vrai que le succès commercial...
07:15Ça compte quand même.
07:16Ça compte évidemment.
07:17Ça a eu tellement de succès.
07:18Je pense que personne, moi y compris,
07:21on ne pensait pas avoir un succès aussi énorme que celui-là.
07:24Parce que, en fait, pour nous,
07:26c'était vraiment un projet de père et fils.
07:28C'est la première fois qu'on bossait ensemble.
07:29C'est la première fois que je m'étais au service
07:32d'un artiste qui fut mon père aussi.
07:35Donc, il y avait une charge émotionnelle qui était énorme.
07:37Donc, je voulais vraiment le réussir pour lui
07:41et pour moi aussi, évidemment.
07:42Mais donc, c'était plutôt une aventure humaine.
07:47Alors évidemment, après un succès commercial comme ça,
07:50on est très contents.
07:51Mais moi, ce que j'en regarde aujourd'hui,
07:52c'est vraiment les moments qu'on a passés ensemble
07:54et où je lui faisais écouter de la musique.
07:57Ça a changé votre relation à tous les deux, on peut le dire.
07:59Ça n'a pas changé notre relation.
08:01Mais on va dire qu'on a pu se connecter, peut-être plus.
08:08Parce que moi, j'habitais aux États-Unis encore jusqu'à les années 2000.
08:12Et donc, on ne se voyait pas souvent.
08:14Donc, c'était l'opportunité pour nous
08:16d'apprendre à se connaître bizarrement un peu plus
08:19à travers la musique,
08:21à travers ce qu'on aimait le plus tous les deux.
08:24Oui, une belle histoire de lien père-fils.
08:26David Hallyday, notre prochaine invitée,
08:28et celle qu'on va vous présenter,
08:29partage la même passion que vous pour les deux roues.
08:32Parce qu'elle est exploratrice à moto.
08:35Elle est incroyable.
08:35Elle a parcouru une cinquantaine de pays
08:37pour aller à la rencontre d'hommes,
08:39enfin surtout de femmes,
08:41qui vivent aux quatre coins du monde.
08:43Et après plusieurs années de pause,
08:45elle s'apprête à reprendre la route,
08:47mais cette fois avec son fils.
08:48On accueille tout de suite Melusine Malander.
08:52Bonjour.
08:53Bonjour.
08:53Bonjour.
08:54Je ne suis pas trop creusée pour la musique d'accueil.
08:56Oui, Melusine.
08:57Je vous présente David Hallyday.
08:59J'imagine que vous connaissez.
09:01Melusine, vous avez grandi avec la moto,
09:02vous, parce que vos parents
09:04sillonnaient déjà les routes de France
09:07avec vous quand vous étiez petite.
09:08Et puis, à 29 ans,
09:09vous êtes costumière de théâtre
09:11et vous vous lancez un défi.
09:12C'est rejoindre le Japon depuis la France
09:15au guidon de votre 125,
09:17qui affichait quand même déjà
09:18110 000 kilomètres au compteur.
09:20Ce n'est pas rien.
09:21Et là, c'est quand même un voyage
09:22qui va marquer un tournant dans votre vie
09:24parce que vous allez devenir
09:27officiellement exploratrice à moto,
09:29réalisatrice de documentaires,
09:31autrice.
09:32Quel est le déclic qui vous a donné envie de partir ?
09:34Il faut avoir quand même un sacré courage.
09:37Je pense que la graine, elle était là.
09:39C'est juste qu'elle s'arrose
09:41au fur et à mesure du temps.
09:43J'avais déjà voyagé à sac à dos.
09:45Et je pense que le vrai déclic,
09:47c'est que l'année d'avant,
09:48j'étais partie quand même en Patagonie
09:50avec mon conjoint de l'époque
09:52à pied et en kayak pendant six mois.
09:54Donc là, j'avais eu un peu les outils de l'aventure.
09:56Vous avez déjà donné le goût de l'aventure ?
09:58Mais je pense que le coup de pouce,
10:01ça a été le garagiste qui m'a dit
10:02110 000 bornes, votre moto,
10:04là, il faut qu'elle aille à la casse,
10:06ça suffit, je ne m'en occupe plus.
10:08Et là, moi, c'était impensable.
10:10C'était ma compagne de route.
10:11Je l'avais eu neuve,
10:13j'avais fait tous ces kilomètres avec elle.
10:16Et là, l'idée est venue naturellement
10:18en roulant, de dire
10:19tiens, on va faire un dernier voyage ensemble.
10:22Elle et moi.
10:23Vous l'avez fait pour votre moto, en fait.
10:24Oui, et moi aussi.
10:25C'est mes copines.
10:26C'est un peu le dernier,
10:28le cimetière des éléphants.
10:29On va aller vers le...
10:30Et allons vers le Japon
10:31parce que c'était une Honda.
10:33Et donc...
10:34On va retourner dans ton pays,
10:36on va retourner dans ton pays.
10:37Allons-y.
10:38On la prend vraiment pour une humaine.
10:40David Alidé, c'est une bonne idée
10:41de partir avec une 125 au Japon,
10:43vous qui vous y connaissez.
10:44Il faut avoir le goût
10:45de l'exploration et de la découverte.
10:48Oui, en fait,
10:49quand on est passionné de moto,
10:50je pense qu'il n'y a rien de mieux.
10:52Moi, je fais beaucoup de road trips.
10:53Je n'ai pas été jusqu'au Japon,
10:54mais j'ai fait beaucoup de...
10:56Sur quelle moto ?
10:58Oui, j'ai fait
11:00plusieurs sortes de motos.
11:01Là, actuellement,
11:02j'ai une Africa Twin,
11:04mais j'ai eu...
11:06C'est gros ?
11:07C'est une moto d'aventure,
11:09on l'appelle d'aventure.
11:10C'est plus gros qu'une 125.
11:11C'est plus gros qu'une 125, oui.
11:13C'est plus gros qu'une 125.
11:14Je dirais qu'avec une 125,
11:15il faut...
11:16Oui, c'est...
11:18Oui, oui, c'est une sacrée gonzesse
11:20qu'on vous présente ce matin.
11:21Absolument, oui.
11:21Mais déjà, pour aller si loin,
11:23déjà, il faut avoir...
11:24Mais c'est vrai,
11:24moi, je comprends complètement.
11:26Je n'ai fait qu'une partie de l'Europe en moto,
11:30mais avec la Trans-European Trail et tout ça,
11:33mais c'est tellement génial
11:34de pouvoir se perdre.
11:36Et puis, le plaisir de la moto,
11:38déjà, je ne sais pas,
11:39il y a les odeurs,
11:40il y a tout ce qu'on ne ressent pas en avion
11:44quand on est pressé.
11:45Et là, on a le temps de...
11:46C'est un truc génial.
11:47Et c'est très thérapeutique d'être seul.
11:50Je trouve, je ne sais pas
11:50si vous êtes partie seule.
11:51Oui, principalement seule, en fait.
11:54C'est incroyable.
11:54C'est vrai que ça donne quelque chose.
11:55On a une sorte de méditation
11:56qui va se créer au fur et à mesure du roulage.
11:58Et puis, c'est comme...
11:59Et c'est complètement génial.
12:01On a tous les sens.
12:02On éveille.
12:02On sent l'humidité, la terre, le soleil.
12:05On est vraiment encore avec...
12:07Des cultures différentes
12:07quand on va si loin, c'est...
12:09Oui, et puis il n'y a pas eu que le Japon
12:10parce que vous avez visité comme ça 50 pays.
12:13On va en parler un petit peu.
12:14Forcément, des doutes dans votre entourage.
12:16Vous êtes partie, donc, pendant quatre mois.
12:18Vous avez traversé la Suisse, l'Autriche,
12:20la Slovaquie, l'Ukraine, la Russie,
12:22le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, la Mongolie.
12:25Et c'était la première fois
12:27que vous partiez seule, en fait, hors de France.
12:29C'est ça qui est encore plus dingue.
12:30Et vous partez directement...
12:33Je ne sais pas, pas dans un tour du monde,
12:35mais enfin quasiment.
12:35Vous n'avez jamais eu peur ?
12:37Ah ben c'est, tout le temps.
12:39Et je pense que c'est ce qui fait
12:40que je suis là maintenant.
12:42C'est justement d'avoir un peu ce...
12:43Il faut un dosage.
12:46Il ne faut pas que cette peur,
12:47elle soit paralysante.
12:49Mais je pense qu'elle est essentielle
12:50quand on fait quelque chose
12:52parce que ça crée le garde-fou
12:54ou l'instinct.
12:55Après, on l'appelle comme on veut,
12:56mais je pense que c'est...
12:57La peur a des vertus, bien sûr.
12:58Elle sert à quelque chose.
12:59Elle n'est pas là pour rien.
13:00Mais quand même,
13:00quand vous arrivez dans votre première escale,
13:04est-ce que vous ne dites pas
13:04« Mais pourquoi est-ce que j'ai fait ça ? »
13:06Avec complètement, oui.
13:07Tout à fait.
13:08Il y a des moments où vous avez dit
13:09« Non, c'est bon, j'arrête,
13:10c'est trop dangereux, c'est trop dur,
13:12c'est pas raisonnable, je rentre. »
13:13Non, jamais je me suis dit
13:14que j'allais rentrer.
13:15Quel que soit l'endroit, là.
13:16Oui, quel que soit l'endroit.
13:17Je me suis dit « Je roule ».
13:19Enfin, en fait, j'étais accompagnée.
13:21Ma moto, c'était...
13:22Je me suis dit « Je vais rouler. »
13:24Ça ne va pas, je prends ma moto.
13:25Et je roule, voilà.
13:26C'était le réflexe.
13:27Vous avez fait de très belles rencontres,
13:28notamment aux Mongolies.
13:30Oui.
13:30Forcément, on découvre des cultures
13:32dont on ne s'attend pas
13:33à ce qu'elles soient aussi parfois solidaires.
13:35Oui, je crois que c'est ce qui est
13:37la plus grande surprise.
13:38C'est qu'à beaucoup d'endroits,
13:40j'ai eu l'impression d'avoir été attendue.
13:42Que la maison était ouverte,
13:44que le plat était prêt,
13:46que j'étais une vieille cousine
13:47qui passait par là et qu'on m'attendait.
13:50Parce que sinon, vous dormiez sous la tente.
13:51Oui.
13:52Oui, oui.
13:53Je préfère dormir dans ma tente.
13:55Après, l'idée n'était pas
13:56d'aller s'imposer chez des gens.
13:57Et puis aussi, d'un point de vue budget,
14:01il faut rentrer dans le budget.
14:02Mais aussi le plaisir d'être en nature
14:04et de pouvoir camper.
14:06Mais je pense que c'est justement cette peur
14:09qu'il a fallu dépasser d'aller vers l'autre
14:11et de dire, est-ce que c'est possible de camper
14:13pas chez toi mais à côté ?
14:15Je pars demain, ne t'inquiète pas.
14:17On se débrouille avec l'anglais ?
14:19On se débrouille avec tout.
14:20Les gestes.
14:21Et puis, on observe énormément les gens.
14:23On se rend compte dans le comportement.
14:25On peut mimer.
14:26Mais j'essaie d'avoir quand même
14:28au moins le minimum pour dire
14:30bonjour, merci, à gauche, à droite,
14:32essence.
14:33Est-ce que je peux camper ici ?
14:35Je pars demain.
14:36Et puis après, finalement,
14:38il voit que cette personne qui vient,
14:40cette esthétique d'ovni qui arrive
14:42de nulle part, elle est toute seule.
14:44Mais pourquoi ?
14:44Est-ce que ton mari est où ?
14:46Une femme.
14:47Une femme.
14:47Parce qu'on lève la visière.
14:50Et puis, ils sont où les autres ?
14:52Non, non, je suis toute seule.
14:54Oui, donc il y a une grande solidarité
14:55qui se crée.
14:56Et d'ailleurs, il y a plein de valeurs
14:58chez les motards, David Hallyday.
14:59La solidarité, l'entraide.
15:02L'entraide, beaucoup, oui.
15:03Surtout dans des road trips aussi longs
15:06et aussi perdus, entre parenthèses,
15:07que ça, on trouve toujours des gens à moto.
15:10Et il y a beaucoup plus de gens maintenant
15:12qui font de la moto découverte,
15:13on va dire, aventure,
15:14qu'avant.
15:15Les femmes ont ouvert beaucoup aussi
15:17la route à cette passion.
15:20Je suis d'ailleurs depuis quelques années,
15:22vous très récemment,
15:23depuis ce matin,
15:24parce que je savais que vous veniez,
15:25donc je ne vous connaissais pas.
15:27Mais il y a d'autres femmes aussi
15:29qui font des choses incroyables.
15:30Ichibuts, enfin des femmes comme ça
15:33qui ont parcouru le monde entier
15:36seules à moto,
15:37dans des endroits aussi pas tout à fait
15:40sécurisés des fois.
15:41Et c'est bravo.
15:43C'est justement des endroits
15:45pas très sécurisés,
15:46vous en avez traversé.
15:46Alors vous, vous êtes devenue
15:47une des rares femmes
15:48à avoir intégré officiellement
15:49la société des explorateurs français,
15:52c'est fou.
15:53Vous sillonnez à moto
15:54les routes persanes,
15:55l'Afrique de l'Est,
15:56l'Amérique latine,
15:57l'Asie du Sud-Est.
15:58À chaque fois que vous posez
16:00votre bécane dans un village,
16:03vous suscitez toujours
16:04la même fascination.
16:05Regarde.
16:07Il y a tellement de monde,
16:08tellement de monde.
16:09Je suis sollicitée
16:09pour prendre mes photos.
16:10Ils sont partout.
16:12Mais bon,
16:13c'est aussi ça leur liberté,
16:14de pouvoir venir vers moi.
16:15Donc là, vous êtes où ?
16:16Parce que vous...
16:17Voilà, il y a plein
16:18d'endroits différents.
16:19Là, je suis au Somaliland.
16:21Et à chaque fois,
16:23donc, ils sortent leur portable,
16:24ils vous prennent en photo.
16:25Qu'est-ce qui fascine ?
16:26C'est la moto
16:26ou c'est la femme sur la moto ?
16:28Il y a les deux,
16:29ça se fait en deux temps.
16:30Il y a à la fois la moto
16:31qui est quand même...
16:32Parce que au départ,
16:33je pars avec une 125,
16:34mais au fur et à mesure
16:35de mes voyages,
16:36j'ai une moto
16:37de plus en plus grande.
16:39et la moto,
16:40l'anarchement de la moto,
16:41parce qu'elle est quand même
16:42très imposante.
16:43Et puis, après,
16:45oui, ils s'aperçoivent
16:45qu'il n'y a personne.
16:47Et est-ce que le fait...
16:48Vous avez voyagé aussi
16:49avec un sac à dos.
16:50Est-ce qu'il y a une différence
16:51quand on arrive quelque part ?
16:52On a le sac à dos
16:53ou on a la moto ?
16:54Est-ce que l'accueil est différent ?
16:55Est-ce qu'on vous reçoit différemment ?
16:57Oui et non.
16:58Je pense que...
16:59La moto, ça impressionne quand même.
17:01La moto, elle impressionne.
17:02Elle aussi,
17:03elle est très claire
17:04dans l'intention,
17:05le voyage.
17:06Je suis une voyageuse,
17:07je ne vais faire que passer.
17:10Et aussi, ça me permet
17:12d'aller dans des endroits
17:12où personne ne va.
17:13Alors qu'à sac à dos,
17:15alors après,
17:15sauf si on est à marche,
17:17vraiment à travers la pampa,
17:19mais on est souvent contraints
17:20à un certain moment
17:21de suivre certains circuits
17:23qui sont fréquentés.
17:25et donc la surprise,
17:28elle est moins grande aussi.
17:30Mais là, avec la moto,
17:31oui, on s'aperçoit.
17:32On se demande
17:33comment on fait ses bagages.
17:34Est-ce que je prends
17:34plus de vêtements ?
17:35Oui, c'est ça.
17:36Ou alors plus de pièces
17:37de rechange, en fait ?
17:38Je ne sais pas.
17:39Boulons, boulons,
17:40une trousse de toilettes.
17:42Vous avez connu une fois,
17:43Mélezine,
17:44une restriction de votre liberté,
17:46c'était en Iran.
17:46Vous disiez, David,
17:47que c'était quand même
17:48assez balèze
17:49d'aller dans certains pays,
17:50là, l'Iran.
17:51Il faut avoir quand même
17:52un sacré courage pour y aller.
17:54Qu'est-ce qui s'est passé là-bas ?
17:55C'est le seul moment
17:56où vous n'avez pas pu rouler
17:57à moto toute seule ?
17:59Oui, l'ambassade d'Iran.
18:02En fait, à ce moment-là,
18:04on est en 2011,
18:05les femmes n'ont pas le droit
18:06de passer le permis
18:07de conduire de moto.
18:09Donc, à l'ambassade,
18:10on me dit,
18:11vous ne pouvez pas
18:12conduire de moto.
18:13Ainsi, on suit la logique.
18:15Et donc, du coup,
18:16je me suis fait accompagner
18:17par mon conjoint de l'époque,
18:19Christian Clot,
18:20qui est donc venu pour m'aider
18:21et qui a conduit
18:23une partie du trajet.
18:24Puis, à un moment donné,
18:24bon, j'en avais un peu marre,
18:25j'ai quand même conduit.
18:27Et puis, après,
18:28en s'apercevant qu'en Iran,
18:30écoutez, il y a beaucoup de lois,
18:32c'est très liberticide
18:34et en même temps,
18:35beaucoup de contournement.
18:36C'est-à-dire que oui,
18:36les femmes n'ont pas le droit
18:37de passer le permis,
18:38mais si elles en ont un,
18:39en fait, elles peuvent conduire.
18:41Non, mais tout est un petit peu
18:44schizophrénique.
18:44il n'a pas le droit
18:44de danser en public non plus.
18:46Et là, à un moment,
18:47vous rencontrez trois femmes
18:49sur la route
18:50qui se mettent à danser.
18:51On va voir les images.
18:52C'est un moment, j'imagine,
18:53pour vous extrêmement émouvant
18:55parce que c'est aussi ça.
18:56Quand vous allez dans ces pays,
18:58vous leur montrez qu'en fait,
18:59on peut être libre
19:00en étant une femme.
19:01Il y a un message quand même
19:02derrière tout ça aussi.
19:07C'est vraiment un moment,
19:09j'imagine,
19:10qui vous a beaucoup marqué,
19:11mais l'usine.
19:11Oui, parce qu'en fait,
19:13il n'y a pas de discothèque
19:14en Iran.
19:15On n'a pas d'espace public
19:17où des hommes et des femmes
19:18peuvent danser ensemble
19:20en commun.
19:21Ça se fait à l'abri des maisons.
19:23Il y a vraiment...
19:23Dans un lieu public.
19:24Dans un lieu public.
19:25C'est énorme.
19:26Et il y a plein de choses comme ça.
19:27Les femmes, par exemple,
19:28ensemble peuvent chanter en public,
19:29mais pas seules.
19:31Et là, à ce moment-là,
19:32tout d'un coup,
19:33on a ces femmes
19:34qui m'ont arrêtée
19:35parce qu'elles ont vu
19:35que je conduisais.
19:36Elles m'ont dit
19:36arrête-toi, arrête-toi.
19:37Elles ont mis la musique à fond
19:38parce que finalement,
19:39dans la voiture,
19:41c'est une prolongation de la maison.
19:42On peut mettre la musique
19:43et elles se sont mises à danser
19:45alors que c'est complètement interdit.
19:48Et je pense que c'était
19:49le beau cadeau.
19:49Et c'est ce qu'on retient
19:50quand on regarde
19:51votre documentaire,
19:52c'est que la joie,
19:53elle est partout.
19:54On a parfois
19:55beaucoup de clichés,
19:56d'idées reçues
19:57liées à des pays.
19:58Et dans le cas de l'Iran,
19:59c'est vraiment les habitants
20:00sans ce besoin,
20:01comme tout le monde en fait,
20:03de faire la fête,
20:04d'échanger,
20:04de créer le lien.
20:05Et dans le cas de l'Iran,
20:05c'est vraiment les habitants.

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