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  • il y a 2 jours
Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nommé chancelier. En trois ans, la dictature nazie s'installe. Hitler démantèle la république de Weimar, promulgue les lois antijuives et instaure la terreur. Beaucoup voient dans ce régime la promesse d'un ordre retrouvé.Comment la société allemande a-t-elle basculé dans le nazisme ? Que nous enseigne cette histoire, alors que l'extrême droite allemande enregistre ses meilleurs scores électoraux depuis 1945 ?Pour en débattre, Ali Baddou reçoit Nicolas Patin, historien et coauteur du Monde nazi, Hélène Miard-Delacroix, historienne spécialiste de l'Allemagne contemporaine, et Michaël Foessel, philosophe et auteur de Récidive : 1938.

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00:00:01Paris partirisée et Paris libérée.
00:00:06Je suis un big leader.
00:00:08Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
00:00:11Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur.
00:00:14Qui s'aime la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:00:26How dare you !
00:00:27Est-ce qu'un nazi, c'est une personne qui est membre du parti nazi ?
00:00:33Ou être nazi, est-ce que ça signifie se comporter en nazi, faire du nazisme dans la vie quotidienne ?
00:00:42Si on choisit cette dernière définition, alors évidemment on doit dire que la majorité de la société allemande était nazi.
00:00:52Bonsoir et bienvenue dans Débat Doc.
00:00:54Heureux de vous retrouver sur la chaîne parlementaire avec un débat ce soir.
00:00:58Avant la catastrophe, la naissance de la dictature nazie réalisée par Jean Bulot.
00:01:03Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler était nommé chancelier.
00:01:08En trois ans des premières persécutions contre les opposants, contre les juifs,
00:01:13et jusqu'aux Jeux Olympiques de Berlin de 1936,
00:01:15une démocratie bascule dans la dictature sous les yeux des correspondants étrangers.
00:01:20Qu'ont-ils vu, qu'ont-ils écrit, qu'ont-ils passé sous silence ?
00:01:23C'est ce récit raconté notamment à travers la presse américaine, anglaise et française que vous allez découvrir.
00:01:30Et nous ouvrirons ensuite le débat avec les historiens Nicolas Patin,
00:01:34Hélène Millard de la Croix et le philosophe Michael Faisel.
00:01:38Débat Doc, c'est parti !
00:01:45Dès leur arrivée au pouvoir, en janvier 1933,
00:01:49les nazis ont voulu mettre en ordre l'image que le monde avait d'eux.
00:01:59Les villes comme les rues sont devenues des décors de défilés et de rituels,
00:02:03joués et rejoués.
00:02:08Un spectacle permanent,
00:02:10durant lequel les nazis célébraient une communauté du peuple,
00:02:13imaginaire,
00:02:14basée sur la suprématie d'une race,
00:02:17arienne,
00:02:18blanche
00:02:18et non juive.
00:02:23Parmi la foule des spectateurs,
00:02:25il y avait des centaines de journalistes étrangers
00:02:27qui ont couvert la naissance de ce nouveau régime.
00:02:32Si certains d'entre eux ont accepté les règles
00:02:34comme les secrets des nouveaux maîtres de l'Allemagne,
00:02:37d'autres ont fait le choix de raconter le hors-champ de la dictature,
00:02:40au risque d'être recondus à la frontière,
00:02:42comme ce journaliste britannique.
00:02:58Presque un siècle plus tard,
00:03:00que nous apprennent ces articles lus et publiés à l'aube du Troisième Reich ?
00:03:05Que savait-on de la vie des Allemands,
00:03:07partisans comme ennemis du régime ?
00:03:10Qu'est-ce qui a été dit et caché des premiers mensonges et crimes d'Hitler ?
00:03:14Avant la guerre,
00:03:16avant la catastrophe.
00:03:3710 février 1933.
00:03:40Les partisans nazis se retrouvent une nouvelle fois au Sportpalace de Berlin.
00:03:45Dès sa nomination à la chancellerie,
00:03:47leur chef, Adolf Hitler,
00:03:49a obtenu du président Hindenburg la dissolution du Parlement.
00:03:54Mais à quelques jours du scrutin,
00:03:56en pleine nuit,
00:03:58le Reichstag, symbole de la République de Weimar,
00:04:00sombre dans les flammes.
00:04:04Dès l'aube,
00:04:05les journalistes étrangers sur place
00:04:06transmettent leurs articles par téléphone à leur rédaction.
00:04:10Parmi eux,
00:04:11le correspondant permanent du Chicago Daily News,
00:04:14l'Américain Edgar Anselmoehrer.
00:04:1928 février 1933.
00:04:22Le Reichstag allemand a été ravagé par les flammes la nuit dernière.
00:04:26On prétend que l'incendie serait l'œuvre d'un incendiaire néerlandais,
00:04:30Marinus van der Leube,
00:04:32membre du Parti communiste.
00:04:36On suppose qu'il aurait réussi à se faufiler
00:04:39ou aurait été introduit par des amis du parti
00:04:41dans le bâtiment du Reichstag,
00:04:42qui est très soigneusement surveillé.
00:04:46Le chancelier Adolf Hitler,
00:04:48le viche chancelier Franz von Papen
00:04:50et le ministre Hermann Göring
00:04:52sont personnellement arrivés sur les lieux du bâtiment en flammes
00:04:54en un temps record.
00:04:57Alors que des communistes individuels
00:04:59exprimaient leur totale incrédulité
00:05:01quant au fait que leur parti puisse avoir eu
00:05:03quelque chose à voir avec un incendie criminel,
00:05:06le gouvernement a agi avec une énergie inattendue.
00:05:11Cet incendie du Reichstag
00:05:12va donner le prétexte aux nazis
00:05:14de faire tomber la chape de plomb de la dictature.
00:05:17De quelle manière ?
00:05:18Tout simplement le lendemain,
00:05:19le 28 février 1933,
00:05:22le président du Reich,
00:05:24poussé par son chancelier Hitler,
00:05:26va signer une ordonnance
00:05:28sur la protection de l'État et du peuple allemand.
00:05:32Cette ordonnance, elle abroge un nombre considérable
00:05:38de libertés individuelles,
00:05:40la liberté de réunion, la liberté de la presse.
00:05:43Elle autorise l'État à non seulement mettre en détention les gens,
00:05:48mais à faire des fouilles chez eux, etc.
00:05:52Pendant les 100 premiers jours,
00:05:55mais on peut l'élargir aussi à toute l'année 1933,
00:05:58le régime nazi va vraiment cibler les opposants politiques
00:06:02et s'aimer la terreur.
00:06:04La répression contre les communistes,
00:06:08les syndicalistes, les socialistes,
00:06:10allemands non-juifs ou allemands-juifs,
00:06:13sera féroce.
00:06:14Et portée notamment par les paramilitaires SA,
00:06:18qui là vont vraiment passer à des méthodes de torture,
00:06:23à des incarcérations,
00:06:24sans fondement juridique.
00:06:30Dans cinq jours auront lieu des élections,
00:06:32au cours desquelles le parti d'Hitler espère,
00:06:35avec ses alliés nationalistes,
00:06:36obtenir une majorité complète,
00:06:38ce qui leur permettrait de concrétiser leurs revendications
00:06:41pour quatre années de règne ininterrompue.
00:06:48Le 5 mars 1933,
00:06:50les bureaux de vote ouvrent.
00:06:53Près de 12 millions d'Allemands votent
00:06:55pour des candidats communistes et sociodémocrates.
00:06:57Un score insuffisant pour renverser le gouvernement d'Hitler
00:07:00qui obtient le vote des pleins pouvoirs.
00:07:06Progressivement, par décret successif,
00:07:09la dictature s'abat sur l'ensemble du Reich
00:07:11et détruit peu à peu la République de Weimar.
00:07:16Quelques touristes se retrouvent pris dans la nasse du nouveau régime.
00:07:20La presse internationale s'en fait l'écho.
00:07:25Wolf, qui est venu en Allemagne il y a trois semaines pour une visite,
00:07:29a juré qu'à 5h du matin, samedi,
00:07:31cinq hommes en uniforme ont fait irruption dans sa chambre,
00:07:34l'ont battu et l'ont emmené dans un endroit
00:07:36qu'il pensait être le quartier général des nazis.
00:07:41Là, ils l'ont retenu prisonnier,
00:07:43ligoté et baïonné dans une pièce sombre pendant deux heures.
00:07:46Puis, ils lui ont fait signer une déclaration comme suit.
00:07:51Je suis juif, je partirai pour Paris par le premier train.
00:07:55Je promets de ne plus jamais revenir en Allemagne.
00:07:58Aucune violence n'a été commise et aucun bien ne m'a été enlevé.
00:08:03L'ASA a ouvert dès fin janvier 1933 plusieurs centaines de camps de concentration sauvages,
00:08:10dans des caves, dans des cinémas, dans des entrepôts, dans des brasseries,
00:08:13dans des locaux commerciaux, au cœur même des villes,
00:08:17où elle se livrait à toutes sortes d'exactions.
00:08:19Ils l'ont ensuite emmené en voiture dans la forêt de Grönwald,
00:08:23dans la banlieue ouest de Berlin.
00:08:25Wolf a juré et a été jeté hors de la voiture.
00:08:29Il est retourné au consulat général, a rapporté l'affaire et est reparti.
00:08:35Wolf aurait admis avoir fait des remarques défavorables sur Hitler,
00:08:38en public, avant l'agression.
00:08:41C'était désastreux en termes de politique, de communication,
00:08:45à l'égard de la population allemande et à l'égard de l'étranger,
00:08:47dans la mesure où les nazis voulaient se...
00:08:49Enfin, la hiérarchie nazie voulait se poser en pacificatrice et ordonnatrice du pays.
00:08:56De ces violences des groupes SA nazis,
00:08:59il demeure quelques images.
00:09:02Cet homme était député social-démocrate.
00:09:06Cela nettoie des tags anti-hitlériens.
00:09:10Celui-ci, enfin, aux pantalons coupés,
00:09:13était avocat, allemand et juif.
00:09:17Alors qu'il était venu porter plainte, on le tabassa,
00:09:20puis le jeta dans la rue avec cette pancarte
00:09:22« Je ne me plaindrai plus à la police ».
00:09:26De nombreux journaux américains choisissent cette photo
00:09:29pour illustrer la terreur nazie.
00:09:35On sait ce qui se met en place.
00:09:37On sait les premières mesures de persécution,
00:09:40les vitrines cassées, etc.
00:09:41Il y a des images fortes, l'humiliation des juifs,
00:09:44les premières mesures d'exclusion sociale,
00:09:47qui sont doublées par la mise en place d'un régime,
00:09:50d'une dictature.
00:09:52Donc tout ça, je pense, est facilement assimilé, en fait,
00:09:56par l'opinion publique.
00:09:58Sa propre image à l'étranger est très importante pour le régime.
00:10:02C'est pourquoi on crée le ministère de la Propagande
00:10:05avec Goebbels comme nouveau ministre
00:10:07et qu'on le dote de ressources financières abondantes.
00:10:11Le principal objectif est avant toute chose
00:10:14de rayonner vers l'extérieur.
00:10:16C'est une mission qu'il va remplir avec un immense talent
00:10:19puisque c'est quelqu'un d'extrêmement intelligent.
00:10:21C'est le seul diplômé de l'enseignement supérieur
00:10:23du cercle dirigeant en Asie.
00:10:25Il est docteur en littérature.
00:10:27Et il est responsable de la propagande du parti nazi
00:10:29depuis quelques années à l'échelle du Reich.
00:10:31Donc là, il prend possession d'un ministère
00:10:34que l'on crée pour lui.
00:10:35Et en l'occurrence, il va donner à voir le monde
00:10:40tel que les nazis veulent qu'on le voit.
00:10:45Pour cela, le gouvernement publie un décret
00:10:48qui condamne toute personne faisant des déclarations
00:10:51susceptibles de nuire au Reich.
00:10:53Les Allemands sont réduits au silence.
00:10:56Les journalistes étrangers, eux,
00:10:58perdent leurs témoins,
00:11:00comme le souligne la plume acerbe d'Edgar Anselmoer.
00:11:05De toute évidence,
00:11:06avec le pouvoir entre ses mains,
00:11:08selon cette disposition de décider ce qui est vrai ou non,
00:11:12le gouvernement pourrait être encore plus efficace
00:11:14pour empêcher la connaissance de la barbarie récente
00:11:17à la majorité des Allemands.
00:11:21Parallèlement à l'annonce de ses décrets,
00:11:23une campagne fantastique est menée
00:11:25pour discréditer les correspondants
00:11:27des journaux étrangers en Allemagne,
00:11:29accusés d'exagérer à l'infini l'abomination dans le pays.
00:11:34Edgar Maurer, finalement,
00:11:35par rapport à la communauté des journalistes occidentaux à Berlin,
00:11:39c'est l'exception.
00:11:40C'est-à-dire, c'est celui qui ne va pas jouer le jeu.
00:11:43Dès avant l'arrivée des nazis au pouvoir,
00:11:46il va écrire un livre dans lequel il raconte
00:11:48la pression quotidienne que font peser les SA à Berlin
00:11:52et dans toutes les villes de l'Allemagne, d'ailleurs.
00:11:54Donc déjà, quand ils arrivent au pouvoir,
00:11:56les nazis l'ont dans le collimateur, celui-là.
00:11:58Ils ont décidé de se le faire.
00:12:01Après l'accession au pouvoir de Hitler,
00:12:04la pression sur les journalistes étrangers en Allemagne
00:12:06s'est bien sûr accrue.
00:12:10Le régime a ainsi pris toutes sortes de mesures
00:12:12pour surveiller les téléphones et les télégrammes.
00:12:18Certains journalistes avaient même l'impression
00:12:20que leur domicile était fouillé
00:12:21lorsqu'ils n'étaient pas chez eux.
00:12:24Alors que dans les premiers mois du nazisme,
00:12:28on pouvait imaginer que des opposants
00:12:32se retrouvent la nuit,
00:12:35notamment dans le jardin zoologique de Berlin,
00:12:37à la faveur de l'obscurité,
00:12:39pour se passer des notes, des pièces, des infos,
00:12:43à partir d'un certain moment, c'est terminé.
00:12:48En ce printemps 1933,
00:12:50l'impact des articles des correspondants américains,
00:12:53dont ceux de Maurer,
00:12:54donne naissance à un mouvement de protestation
00:12:56sans précédent contre l'Allemagne nazie.
00:13:01Le 27 mars,
00:13:03plus de 50 000 personnes se retrouvent au Madison Square Garden.
00:13:08Face à l'émotion internationale,
00:13:10le ministre de la Propagande allemand, Joseph Goebbels,
00:13:12imagine un coup de force politique et médiatique.
00:13:17Hitler et Goebbels,
00:13:20complètement pris dans leur paranoïa antisémite,
00:13:23estiment qu'évidemment,
00:13:24la presse internationale est tenue par les juifs.
00:13:26Pour eux, c'est complètement logique.
00:13:27Et donc, leur idée machiavélique,
00:13:29qui aujourd'hui apparaît comme totalement folle,
00:13:31c'est de dire,
00:13:31puisque les journalistes internationaux sont,
00:13:33pour la plupart, juifs,
00:13:34nous allons menacer les juifs allemands,
00:13:36et comme ça, nous allons faire taire la presse internationale.
00:13:41Le 1er avril 1933,
00:13:43Joseph Goebbels ouvre symboliquement la journée de boycott
00:13:46contre les magasins juifs d'Allemagne.
00:13:51Dans les rues des grandes villes,
00:13:53des dizaines de journalistes et envoyés spéciaux étrangers sont là,
00:13:56dont l'écrivain français Roger Vaillant,
00:13:58présent à Francfort pour Paris Soir.
00:14:03Voici comment cela se passa.
00:14:05Devant chaque porte de magasin juif,
00:14:07c'est-à-dire devant deux portes sur trois,
00:14:09il y eut soudain un nazi en uniforme.
00:14:12Les uns très jeunes,
00:14:14presque des enfants,
00:14:15souriaient aux jeunes filles
00:14:16et rougissaient si elles les regardaient avec insistance.
00:14:20D'autres aux visages ridés,
00:14:22dignes comme des magistrats.
00:14:24Tous graves
00:14:25et un peu solennels.
00:14:28La scène à laquelle Vaillant assiste
00:14:30et qui m'a frappé,
00:14:31c'est que, bon, voilà,
00:14:33il y a une armoire à glace,
00:14:34et ça, qui se trouve devant la porte du magasin.
00:14:37Arrive une jeune femme,
00:14:3818-20 ans,
00:14:40le SA lui dit, n'entrez pas,
00:14:42et Vaillant voit le SA rougir,
00:14:44manifestement intimidé
00:14:46par ce contact avec une jeune femme
00:14:48qui ne sait pas très bien comment appréhender.
00:14:53Des passants firent brusquement cercle.
00:14:55La jeune fille n'avança plus,
00:14:57ne rentrant pas non plus.
00:14:58Elle resta là,
00:15:00immobile.
00:15:01Alors le nazi lui dit,
00:15:02vous êtes libre d'entrer tout de même,
00:15:04si vous le voulez.
00:15:06Elle hésita encore un peu,
00:15:08puis, soudain,
00:15:09entra résolument.
00:15:10Le nazi resta immobile et silencieux,
00:15:13le cercle des passants se dissipa.
00:15:17Comme il est écrivain,
00:15:18il aime bien cette scène,
00:15:19donc il en fait un peu le moment fort
00:15:22de son reportage,
00:15:23et du coup, évidemment,
00:15:23ça atténue totalement,
00:15:26pour les lecteurs,
00:15:27la portée historique de ce boycott.
00:15:30Mais comment on peut lui reprocher ?
00:15:31Nous, on regarde ça aujourd'hui,
00:15:33presque un siècle plus tard,
00:15:35évidemment,
00:15:35avec dans la tête et dans les yeux
00:15:37tout ce qui s'est passé depuis.
00:15:38Mais sur le moment,
00:15:40il n'en perçoit pas la portée politique.
00:15:44J'ai eu l'impression
00:15:45d'une grande manifestation totale.
00:15:48La foule,
00:15:49les spectateurs étaient très paisibles.
00:15:51Les hitlériens jouaient leur rôle
00:15:52très sérieusement.
00:15:54La mise en scène
00:15:55avait été minutieusement réglée.
00:15:59De grandes autos,
00:16:00pavoisés de drapeaux rouges
00:16:02à la croix gammée,
00:16:03passaient lentement
00:16:04avec des pancartes
00:16:05sur lesquelles on lisait
00:16:06« N'achetez pas dans les magasins juifs ».
00:16:10À midi,
00:16:11dans les milieux officiels,
00:16:12on nous dit
00:16:13qu'aucun incident
00:16:13ne s'est encore produit
00:16:14dans la ville.
00:16:16Il ne s'agit d'ailleurs
00:16:17aujourd'hui
00:16:17que du prologue.
00:16:21Ce qui est clair,
00:16:22c'est que c'est la volonté
00:16:23du parti
00:16:23que ce soit calme
00:16:24et bien huilé.
00:16:25Parce que ce que détestent
00:16:26les nazis,
00:16:26ça peut paraître paradoxal,
00:16:27mais c'est les effusions
00:16:28de violences,
00:16:29le sang.
00:16:30Ils veulent montrer
00:16:31qu'ils sont capables
00:16:33de régler
00:16:34ce qu'eux-mêmes appellent
00:16:35la question juive
00:16:36d'une manière rationnelle,
00:16:38dépassionnée
00:16:40et organisée.
00:16:41Mais ensuite,
00:16:42il faut toujours se méfier.
00:16:43C'est des images de propagande
00:16:44et donc on sait
00:16:44que pour ce boycott
00:16:45comme pour d'autres événements,
00:16:47il y a évidemment
00:16:47des formes de violences
00:16:49mises en place
00:16:49par le parti,
00:16:50par en bas,
00:16:50les militants,
00:16:51mais aussi par la population.
00:16:52Le boycott des commerces juifs
00:16:56qui commencent dès 1933
00:16:59est une sorte de test
00:17:01pour la presse allemande
00:17:02qui s'exprime encore
00:17:03contre le régime
00:17:04et qui doit être mis au pas.
00:17:08Et bien sûr,
00:17:08aussi pour la presse étrangère
00:17:10qui produit des récits hostiles
00:17:11au régime.
00:17:13C'est-à-dire qu'il y a
00:17:14une sorte de guerre journalistique
00:17:16entre la presse américaine
00:17:17et la presse allemande
00:17:18et le régime observe.
00:17:24Dans les jours qui suivent,
00:17:26plusieurs journaux internationaux
00:17:27racontent le hors-champ
00:17:28du boycott.
00:17:30C'est le cas
00:17:30du Manchester Guardian.
00:17:33Il n'est pas vrai
00:17:35que la terreur brune a cessé.
00:17:37Dans un village,
00:17:38une femme qui tenait
00:17:40une auberge fréquentée
00:17:41par des hommes
00:17:41du Reichsbanner
00:17:42a été traînée dans les rues
00:17:43après que ses cheveux
00:17:45ont été coupés.
00:17:47à Worms également,
00:17:50un certain nombre de juifs
00:17:51ont été arrêtés,
00:17:52enfermés dans une porcherie
00:17:54et battus sur les fesses.
00:17:56Ensuite,
00:17:56on les a fait se frapper mutuellement.
00:18:01Le 7 avril,
00:18:03jour de la promulgation
00:18:04d'une loi
00:18:05qui exclut les juifs
00:18:06de la fonction publique,
00:18:08Adolf Hitler s'adresse
00:18:09aux diplomates.
00:18:11En costume,
00:18:12le chancelier décrit
00:18:13la révolution nazie
00:18:14et tempère ses excès.
00:18:17Le 7 avril,
00:18:19le 30 janvier,
00:18:20a été évoqué
00:18:22une évoquation
00:18:23qui a été évoquée
00:18:25dans notre histoire
00:18:27comme la révolution nationale.
00:18:32C'est un évoquement
00:18:34historique
00:18:34qui a été évoquée
00:18:36dans chaque évoquement
00:18:37qui a été évoquée
00:18:38et qui a été
00:18:39dans les évoquées
00:18:40et qui a été
00:18:41Il y a été
00:18:42dans les évoquées
00:18:44qui a été évoquées.
00:18:45Depuis des ans, le national-socialisme devient avec le temps un mouvement transnational et finalement mondial.
00:18:54Hitler a l'intention notoire de conquérir le monde sur le plan politique et militaire.
00:19:01Il cherche aussi à le conquérir sur le plan médiatique et donc relativement tôt à gagner des batailles sur ce
00:19:08front.
00:19:09Il veut remporter ses victoires avant que n'éclate la véritable guerre.
00:19:16Dans les rangs des partisans et des compagnons internationaux, quelques journalistes étrangers acceptent de se prêter au jeu de la
00:19:22propagande.
00:19:46Les nazis n'ont pas eu à faire beaucoup d'efforts pour imposer leur vision du monde, en l'occurrence
00:19:52ici leur vision de la biologie, du peuple, de la race.
00:19:55C'était leur très grande force de faire fond sur des idées très banales, très courantes, non seulement en Allemagne
00:20:03mais dans tout l'Occident européen et nord-américain.
00:20:09Plusieurs patrons de presse, américains notamment, viennent visiter l'Allemagne au cours de l'année 1933 et sont impressionnés.
00:20:18Sont impressionnés par une Allemagne qui se remet au travail, par une Allemagne où règne l'ordre.
00:20:24Ça leur plaît ça, à des patrons capitalistes.
00:20:28On a un certain nombre d'exemples qui seront racontés ultérieurement dans les souvenirs, de débats entre les journalistes sur
00:20:34place et leurs patrons.
00:20:36Les journalistes disant, attention, il y a quand même des problèmes avec l'opposition, avec les juifs.
00:20:43Et les patrons disant, moi ce que je vois, c'est un pays formidable où l'ordre règne.
00:20:48Parmi les expériences nazies qui soulèvent la curiosité de la presse internationale, il y a les camps de concentration.
00:20:56Ouverts depuis mars 1933, la dictature nazie y organise des visites pour certains journalistes étrangers.
00:21:06Aujourd'hui, cela semble étrange que le régime nazi n'ait pas fait des camps de concentration à sujet tabou.
00:21:15On voulait faire preuve d'une certaine transparence.
00:21:19C'était bien sûr des villages Potemkin.
00:21:22Quand les journalistes étrangers venaient visiter les camps de concentration, tout y était merveilleux et magnifique.
00:21:31On vendait les camps aux journalistes étrangers comme des centres de redressement pour les égarés politiques.
00:21:40Ces ennemis du régime, les sociodémocrates, les communistes, les syndicalistes, les juifs, etc.,
00:21:46qui sèment le chaos en Allemagne, sont ramenés à la raison et à récipicence dans le cadre d'un lieu
00:21:54parfaitement géométrisé,
00:21:56ordonné, où on fait de la gymnastique obligatoire le matin, où l'on est astreint à un travail, astreint à
00:22:03la discipline, à la propreté, etc.
00:22:05Donc c'est un véritable lieu de promotion de la volonté et des réussites du régime.
00:22:12On a des photographies officielles qui sont véhiculées dans la presse, où on voit justement l'appel, par exemple.
00:22:21On voit aussi l'espace où ils vivent.
00:22:26On laisse un tout petit peu entrevoir ce qu'est un camp de concentration.
00:22:32C'est d'un côté une volonté aussi pour communiquer la terreur et s'aimer la terreur, mais d'autre
00:22:37côté aussi, c'était pas aussi réfléchi.
00:22:40On teste un peu ce que ça donne dans la société civile nazie.
00:22:46Une promotion éphémère qui ne dure que le temps des premiers mois.
00:22:50Pour entendre des voix discordantes sur les camps, c'est dans la presse militante qu'il faut se plonger.
00:22:55Dans la presse française engagée contre le régime hitlérien, il y avait le populaire, dirigé alors par le socialiste Léon
00:23:02Blum.
00:23:05En juin 1933, c'est lui qui envoie Daniel Guérin chercher les dernières voix de l'autre Allemagne.
00:23:16À quelques centaines de kilomètres d'ici, des hommes comme nous se meuvent dans un autre monde.
00:23:22Un monde fermé.
00:23:23Où rien de ce qui compose nos habitudes de penser, de sentir, de combattre, n'est plus admis.
00:23:31Un socialiste voyageant aujourd'hui de l'autre côté du Rhin a comme l'impression d'explorer, après un tremblement
00:23:37de terre, une cité en ruine.
00:23:40La peste brune a passé par là.
00:23:45Ce qui est intéressant dans le cas de Daniel Guérin, c'est qu'on a là quelqu'un qui vient
00:23:50en électron libre un peu.
00:23:51Il vient, il va rester plusieurs semaines, un mois, et puis après il repart.
00:23:55Et donc, il a une liberté pour raconter ce qu'il a vu, que n'ont pas les journalistes en
00:24:04poste à Berlin
00:24:05qui doivent gérer les rapports avec le pouvoir nazi jour après jour
00:24:11et qui sont toujours sous le coup d'une menace latente d'expulsion.
00:24:18Dans son périple, il fait d'abord face à la révolution nazie.
00:24:22Il s'infiltre dans ces lieux, interroge ses jeunes partisans, se plonge dans la littérature et les champs du régime.
00:24:30Au cinquième jour, le journaliste français croise un ami révolutionnaire, étudiant en droit, dont il fait le portrait.
00:24:40Je ne doute pas un instant qu'il soit resté fidèle à ses convictions.
00:24:44Pourtant, quel étrange décor.
00:24:46Sur la table, sur le lit, sur le plancher, des ouvrages fascistes.
00:24:52Ce que cela signifie ?
00:24:54Mon pauvre vieux.
00:24:55Mais tout simplement que je prépare des examens de droit.
00:24:58Parfaitement.
00:25:00Tu sais ou tu ne sais pas que pour être un juge allemand, il faut avoir compris l'essence intime
00:25:03du national-socialisme.
00:25:08Alors tu comprends, ces messieurs vont me faire subir un interrogatoire de cinq heures sur cette essence intime.
00:25:13Et je m'y prépare.
00:25:16La question qu'on doit se poser, c'est aussi qui est un nazi ?
00:25:21Est-ce qu'un nazi, c'est une personne qui est membre du parti nazi ?
00:25:27Ou être nazi, est-ce que ça signifie se comporter en nazi, faire du nazisme dans la vie quotidienne ?
00:25:37Si on choisit cette dernière définition, alors évidemment, on doit dire que la majorité de la société allemande était nazie.
00:25:46Parce qu'on commence à s'adapter.
00:25:51C'est justement là où on peut dire que les gens font le nazisme.
00:25:55Et peu importe s'ils sont convaincus ou pas, rien par le fait d'assister à un tel spectacle, donne
00:26:04de la légitimité à ce régime et contribue à cette hégémonie qui devient la culture nazie.
00:26:18Après plusieurs semaines de divagation, à Hambourg, près des chantiers des grands ports et dans les vieilles rues des quartiers
00:26:25d'Altona,
00:26:26Daniel Guérin pense trouver enfin l'autre Allemagne.
00:26:32Soudain, sur le trottoir, de grandes lettres blanches fraîchement tracées.
00:26:36Le communisme vit.
00:26:40Et si vous pénétrez dans les impasses nauséabondes, sous les voûtes obscures,
00:26:45vous pouvez lire sur tous les murs de semblables inscriptions.
00:26:48Abba Hitler, vive la révolution.
00:26:52Dès l'hiver 1933, la vie publique est impossible pour un opposant au régime.
00:26:59Et singulièrement pour un syndicaliste et un militant de gauche.
00:27:03Vous avez des militants de base ou des sympathisants de base qui peuvent pratiquer non plus de la politique, mais
00:27:10de l'infra-politique.
00:27:11Du graffiti, du papillon, distribué sous forme de papier, parfois même rédigé à la main,
00:27:18qui peut également rester bras croisés lors d'une cérémonie où tout le monde est censé tendre le bras dans
00:27:26le salut nazi.
00:27:29Donc vous avez tous ces éléments d'un registre infrapolitique qui sont mobilisés par des gens qui, très courageusement,
00:27:40veulent montrer qu'il existe une autre Allemagne, qu'elle est dormante, peut-être,
00:27:46parce qu'écrasée par une chape de plomb et par une botte, mais qu'elle demeure.
00:27:55Le 14 juillet 1933, le mouvement national socialiste devient le seul parti autorisé sur l'ensemble du Reich.
00:28:04Toute critique se limite désormais au secret des maisons et à l'intimité.
00:28:11Les journalistes étrangers les plus virulents, eux, sont expulsés.
00:28:16Après des semaines de pression et de menaces, Edgar Anselmohrer quitte l'Allemagne en août 1933.
00:28:23L'expulsion de Morer va avoir un effet dissuasif très fort sur la communauté des correspondants occidentaux à Berlin,
00:28:33en leur montrant bien que, voilà, il y a certaines limites qu'il ne faut pas franchir.
00:28:39L'expulsion doit rester le dernier recours.
00:28:42On ne peut pas l'utiliser de manière inflationniste et se débarrasser constamment de tout le monde.
00:28:47On tolère donc de nombreux articles critiques et négatifs.
00:28:53Mais disons qu'il est toujours judicieux, deux à trois fois par an, d'expulser quelqu'un.
00:28:57Cela arrive toujours.
00:29:02Les allemandes autorités, ou peut-être aussi les bavériens autorités,
00:29:06ont eu un certain temps de attention à moi, parce que j'ai jamais été détourcées.
00:29:11Tout ce que j'ai fait, c'est la vérité, c'est parfois à certaines personnes impalatables.
00:29:16Et je suis certaine convaincée, que si je n'étais pas un britannien sujet,
00:29:20que j'aurai pas dix jours dans la prison, peut-être plusieurs mois, sans jamais à l'expulsion.
00:29:38A l'automne 1933, Joseph Goebbels se rend à Genève, au siège de la Société des Nations.
00:30:09Hitler est présenté, et se présente lui-même à la presse internationale,
00:30:12dans des grands entretiens très complaisants,
00:30:14qui font la une de journaux français, britanniques, américains,
00:30:18qui se présentent comme « der Friedenskanzler », le chancelier de la paix.
00:30:22Et l'argumentation est très convaincante.
00:30:24« Je suis un ancien combattant, j'ai connu l'horaire des tranchées, plus jamais ça. »
00:30:34Et c'est évidemment ce que l'on a envie d'entendre à l'étranger.
00:30:37Donc on achète ça, on le reçoit et on l'accepte.
00:30:41Parce que c'est doux aux oreilles d'opinions publiques qui, évidemment, sont horrifiées
00:30:46par une guerre qui a fait 20 millions de morts et qui est, au fond, l'avant-veille.
00:30:55Donc les nazis, c'est la paix, disent-ils.
00:30:59La guerre, c'est les juifs, c'est les communistes, c'est les sociodémocrates.
00:31:04Et ça, c'est parfaitement reçu à l'étranger.
00:31:07Hitler manie avec un cynisme absolu, un double standard,
00:31:13dans la parole toujours apaisé, toujours dire que tout va bien aller,
00:31:18toujours appeler à la paix et faire exactement l'inverse dans les actions.
00:31:21En fait, Hitler sait qu'il va à la guerre.
00:31:24La remilitarisation de l'Allemagne, c'est très très tôt dans le Reich.
00:31:27Mais il ne veut pas que ça déclenche une conflagration internationale au mauvais moment.
00:31:34Fin octobre, l'Allemagne quitte la société des nations
00:31:37pour protester contre les contraintes du traité de Versailles qui pèse sur son armée,
00:31:41qu'elle reconstruit pourtant de façon clandestine.
00:31:46C'est un tabou, mais c'est aussi un secret de Polichinelle.
00:31:52Chacun essaie donc d'y faire face à sa manière.
00:31:55Mais parmi ceux qui souhaitent rester plus longtemps à Berlin,
00:31:58qui souhaitent être accrédités comme correspondants étrangers,
00:32:00qui apprécient ce travail et souhaitent passer les prochaines années auprès de ce régime,
00:32:05aucun n'écrit à ce sujet de manière très critique.
00:32:08C'est impossible à dissimuler.
00:32:13Quand vous produisez des armements pour passer d'une armée de 100 000 hommes
00:32:17à une armée de 3 millions, puis de 5 millions d'hommes,
00:32:20quand vous multipliez par 30 et 50 les effectifs,
00:32:24et donc les équipements afférents,
00:32:27il est évident que ce n'est pas dissimulable.
00:32:30Les nazis essaient au maximum de masquer certaines opérations,
00:32:35mais ils n'y parviennent pas.
00:32:39Ensuite, c'est la question de la réception.
00:32:43Qui voit quoi et qui croit à ce qu'ils voient ?
00:32:46Et pourquoi ?
00:32:49À Londres, en mai 1934, un journal brise l'Omerta.
00:32:56Le Daily Express révèle l'existence d'un aérodrome caché
00:32:59et dévoile la nouvelle aviation nazie.
00:33:02Un article signé de Pembroke Stephens qui fait le tour du monde.
00:33:09C'est le plus vaste que j'ai jamais vu.
00:33:11Ses dimensions dépassent celles de Crandorn et du Bourget.
00:33:15Malgré cela, totalement entouré de bois,
00:33:18invisible de la route et du chemin de fer,
00:33:20il est extrêmement difficile à découvrir.
00:33:25Le Reich n'a pas pour le moment de flotte aérienne,
00:33:28ou plus exactement, cette flotte n'est pas perceptible.
00:33:31Elle se trouve répartie éparses et en pièces détachées
00:33:35dans diverses parties du territoire.
00:33:39Tous les travailleurs affectés à la fabrication des armements
00:33:42doivent s'engager par un serment écrit
00:33:45à garder un secret absolu.
00:33:48En vertu des nouveaux codes,
00:33:50toute révélation faite à un étranger est punie de mort.
00:33:57Ce qui est le plus intéressant à propos de l'affaire Pembroke Stephens,
00:34:01c'est que très peu se sont montrés solidaires avec lui.
00:34:04De très nombreux journalistes américains, britanniques, français, italiens
00:34:08ont déclaré qu'il était allé trop loin.
00:34:12Ce sont des révélations que n'importe quel pays considérerait comme de l'espionnage.
00:34:16Vous ne pouvez pas voyager à travers un pays,
00:34:19photographier ses installations militaires
00:34:20et parler aux gens de ce qui est produit, de ce qui est fait.
00:34:24Aucun pays n'accepterait ça longtemps.
00:34:29Mes amis se sont moqués de moi à l'époque.
00:34:31Mais les événements m'ont conforté dans l'idée
00:34:33qu'il est impossible de dire la vérité,
00:34:34la vraie vérité sur l'Allemagne,
00:34:36et de rester un correspondant accrédité à Berlin.
00:34:41À partir du moment de l'expulsion de Moreur,
00:34:43tous les correspondants occidentaux accrédités qui restent à Berlin
00:34:49acceptent de jouer le jeu.
00:34:50C'est-à-dire de ne pas être trop curieux sur les problèmes économiques,
00:34:57les conditions de vie des Allemands
00:34:59qui ne sont pas non plus mérifiques,
00:35:03et évidemment le totalitarisme croissant du régime
00:35:11à l'égard de ses oppositions
00:35:12et les persécutions croissantes à l'égard des Juifs.
00:35:18L'année 1934 est marquée par de nouveaux coups de force d'Hitler.
00:35:24Dans la nuit du 29 au 30 juin,
00:35:26le chancelier donne l'ordre d'assassiner
00:35:28une centaine de figures nazies opposées à lui,
00:35:30dont le chef SA, Ernst Röhm.
00:35:36Quelques semaines plus tard,
00:35:38le président Hindenburg décède.
00:35:41Hitler s'octroie alors le titre de Führer.
00:35:44L'influence du pouvoir nazi se déploie désormais
00:35:47dans l'ensemble des terres de l'Ancien Empire,
00:35:49notamment en Sars.
00:35:54Cette terre fut de façon alternative française et allemande.
00:35:58Après la Première Guerre mondiale,
00:36:00et conformément au traité de Versailles,
00:36:02c'est la Société des Nations qui l'administre.
00:36:06En janvier 1935,
00:36:08un référendum doit trancher de son futur.
00:36:11Le statu quo,
00:36:13leur attachement à la France ou à l'Allemagne.
00:36:17Parmi les journalistes étrangers présents pour couvrir le vote,
00:36:20l'une des plus célèbres de France,
00:36:22André Violis.
00:36:24André Violis dit que l'atmosphère est irrespirable en Sars
00:36:28et elle recueille beaucoup de témoignages sur les violences physiques
00:36:32que subissent les partisans du statu quo
00:36:37et les opposants au régime hitlérien
00:36:40et les opposants au rattachement à l'Allemagne.
00:36:43Elle est invitée chez eux,
00:36:45elle voit bien qu'ils sursautent
00:36:48quand on frappe à leur porte,
00:36:52ils sont obligés de mettre à l'abri leur famille.
00:36:566 janvier 1935,
00:36:58la foule coule par flots serrés et ordonnés,
00:37:01à la fois de la rue qui descend de la gare
00:37:03et de celle qui vient des faubourgs.
00:37:06Sombre masse, morne et disciplinée,
00:37:09hommes et femmes, bras dessus, bras dessous.
00:37:13Voici le défilé des drapeaux,
00:37:15400 magnifiques drapeaux
00:37:17des sections du Deutsche Front.
00:37:19Des cris, des chants confus s'élèvent,
00:37:22le spectacle est assez émouvant.
00:37:24L'après-midi,
00:37:25ce furent en nombre à peu près égal
00:37:27les partisans du statu quo.
00:37:30Max Braun, le leader socialiste,
00:37:33dénonce les crimes d'Hitler,
00:37:34parmi lesquels sa politique de haine envers la France.
00:37:38« Chaque voix contre Hitler, conclut Max Braun,
00:37:41est une voix pour l'autre Allemagne,
00:37:43celle que nous aimons,
00:37:44notre patrie, celle de la liberté. »
00:37:48André Viollis est très inquiète
00:37:50sur l'organisation du plébiscite.
00:37:54puisqu'elle pense que la sincérité du vote
00:37:57sera difficilement obtenue.
00:38:03Elle voit bien,
00:38:04elle recueille de nombreux témoignages
00:38:06sur les manipulations
00:38:09auxquelles s'adonnent
00:38:10les partisans du rattachement à l'Allemagne,
00:38:13en allant chercher des voix
00:38:16auprès des aliénés,
00:38:18de gens qui n'habitent plus en Sars.
00:38:24Le 13 janvier 1935,
00:38:26au soir des résultats du référendum,
00:38:29près de 90% des votants,
00:38:30soit plus de 477 000 Sarrois,
00:38:33ont appelé à la réunification avec l'Allemagne,
00:38:35qui pour la première fois s'agrandit.
00:38:46La question de la Sars est une question
00:38:50parfaitement anodine de leur point de vue.
00:38:52Il s'agit de rendre à l'Allemagne
00:38:54un territoire allemand,
00:38:57sur le fondement même
00:38:58des principes édictés par les vainqueurs en 1918.
00:39:01Le droit des peuples a disposé de même.
00:39:03Et c'est d'ailleurs comme ça
00:39:04que ça va être perçu à l'étranger.
00:39:07Pourquoi est-ce qu'on va s'en émouvoir ?
00:39:09Pourquoi est-ce qu'on s'en émeuverait, en fond ?
00:39:12L'Allemagne envahit l'Allemagne,
00:39:14la belle affaire.
00:39:17Pour son dernier article,
00:39:19André Violis se rend à la frontière,
00:39:21où elle assiste au départ de nombreuses familles.
00:39:25À peine quelques heures se sont-elles écoulées
00:39:28depuis le plébiscite,
00:39:29et c'est déjà le début des violences.
00:39:31Quant aux barrages de police,
00:39:33ils viennent d'être rétablis
00:39:34sur tous les points de la frontière.
00:39:37160 malheureux s'y sont présentés
00:39:39au cours de la nuit.
00:39:40Un certain nombre,
00:39:41faute des visas exigés par les nouveaux règlements,
00:39:45durent être refoulés.
00:39:47Un homme qui s'était déjà enfui d'Allemagne
00:39:49parce qu'on le menaçait de stérilisation,
00:39:51arrivait devant nous.
00:39:52Il lui fallut rebrousser chemin.
00:39:55Je le vis, avec sa femme et un enfant,
00:39:58s'en aller, dos courbés, tête basse,
00:40:00traînant ses bagages
00:40:01dans un sentier couvert de neige.
00:40:04Quand on relie à la lumière, évidemment,
00:40:07de ce qu'on sait,
00:40:08de ce qui s'est passé par la suite,
00:40:10voilà, tout était là, en fait, déjà.
00:40:15Et y compris la barbarie,
00:40:18enfin la torture
00:40:20contre les opposants politiques.
00:40:23Alors que le pouvoir nazi célèbre le retour de la Sare,
00:40:27une nouvelle vague de persécutions antisémites
00:40:29s'abat sur l'ensemble du Reich.
00:40:31Les Allemands en couple avec des Juifs sont pris pour cible.
00:40:36Toute personne qui a des relations sexuelles avec une personne juive
00:40:43est targuée si elle est dénonciée.
00:40:47Et donc, on met en place des rituels d'humiliation publique,
00:40:53qui sont vraiment des pylories modernes.
00:40:56On a énormément de personnes qui assistent,
00:40:59des enfants qui regardent, des femmes qui applaudissent, qui rigolent.
00:41:04Et évidemment, ça a un impact énorme sur la société.
00:41:11Si certaines de ces photos sont publiées dans la presse allemande nazie,
00:41:15aucune n'apparaît dans la presse étrangère généraliste.
00:41:19La persécution antisémite de l'été 1935 se limite à quelques articles,
00:41:24en pages intérieures, sans photos.
00:41:28Au début, il y a forcément une espèce de pic,
00:41:30à la fois d'horreur, d'agnation, de curiosité également,
00:41:34qui par la suite tend un peu à s'estomper.
00:41:37S'estomper sous le coup, non pas d'une lassitude,
00:41:41mais d'une forme de normalisation,
00:41:44qui ont fini par intégrer le fait qu'on a un régime à côté qui persécute,
00:41:49mais finalement, c'est une menace, etc.
00:41:52Mais il faut la vie continue.
00:41:53Ces violences publiques-là préexistent à la norme qui va intervenir plus tard,
00:42:01puisque ce sont les lois Nuremberg qui, de manière explicite,
00:42:04en septembre 1935, interdisent tout mariage interracial,
00:42:08mais en amont de cela, toute relation sexuelle interraciale,
00:42:12pour éviter toute mixtion des fluides et toute mixtion des sangs.
00:42:26Alors, il faut dire que ces lois sont votées à la Sauvette, à Nuremberg,
00:42:31où le Parlement, ou ce qu'il en reste, a été rassemblé, dans la nuit.
00:42:37Et le lendemain et le jour suivant, je veux dire, les lois de Nuremberg,
00:42:41c'est deux petits paragraphes dans les articles de la presse internationale.
00:42:44Ce n'est pas un événement politique ou militaire comme les autres.
00:42:50On ne peut pas l'illustrer avec des photos ou avec des images.
00:42:54Elles n'existent pas.
00:42:55C'est une mesure administrative et législative.
00:42:59Aujourd'hui, on le considère comme un événement majeur,
00:43:02un événement clé dans la persécution et la privation des droits
00:43:05de nombreuses personnes en Allemagne, en particulier des Juifs.
00:43:08Mais à l'époque, tout comme le boycott des Juifs en 1933,
00:43:14si on en fait mention, il n'est alors pas du tout perçu
00:43:17comme quelque chose de si crucial.
00:43:25De ce congrès de Nuremberg de 1935,
00:43:28les envoyés spéciaux présents ne retiennent qu'une image,
00:43:32celle de l'armée.
00:43:36Les exercices en eux-mêmes, comme tous ceux dans ce genre,
00:43:39présentés dans le cadre artificiel d'un terrain de manœuvre,
00:43:42n'avaient pas d'autre intérêt que celui d'un spectacle.
00:43:46Ce qui retient l'attention devant le matériel terrestre
00:43:49de la nouvelle armée allemande,
00:43:50c'est l'unité des modèles employés,
00:43:53leur robustesse et l'emploi général de moteurs
00:43:56extrêmement puissants pour tous les véhicules,
00:43:58y compris les motocyclettes et les cycars.
00:44:02Tout cela va vite et s'arrache bien du terrain.
00:44:06Hitler souhaite toujours jouer, encore une fois,
00:44:10d'une politique insaisissable.
00:44:12Montrer la Wehrmacht, c'est en même temps,
00:44:14c'est un jeu, c'est un jeu dangereux,
00:44:17c'est-à-dire c'est une manière de bomber le torse,
00:44:20de montrer le réarmement,
00:44:22de, encore une fois, mettre un coup de canif
00:44:25dans chacune, une par une,
00:44:26chacune des conditions du traité de Versailles,
00:44:28et il y en avait de nombreux, d'articles,
00:44:30et en même temps, c'est aussi un discours
00:44:31vers la population allemande.
00:44:33C'est une manière de dire, regardez,
00:44:35nous restaurons la tradition de l'armée allemande
00:44:38qui était quand même chérie par un certain nombre d'acteurs
00:44:40du corps national, pour le dire vite.
00:44:44Mais ce qui frappe plus que tous les progrès,
00:44:46si grand soit-il, que l'armée allemande a fait depuis un an,
00:44:49c'est la solidarité de la foule allemande avec elle.
00:44:53Les acclamations soulevaient littéralement les hommes en marche,
00:44:56et à chaque pas, dans la foule,
00:44:59ce n'était qu'une longue succession de saluts adressés aux officiers,
00:45:02avec une ferveur, un respect qui ne trompe pas sur l'esprit d'un peuple.
00:45:08Le régime nazi se fonde sur plusieurs relais
00:45:11pour susciter l'adhésion ou l'obéissance de sa population.
00:45:15Et ce qu'on perçoit un peu aujourd'hui,
00:45:17mais dont on ne prend pas assez l'ampleur,
00:45:19c'est que le nazisme est une dictature de l'acclamation nationale.
00:45:26C'est-à-dire que participer dans son corps, dans sa chair,
00:45:29à des événements publics,
00:45:31ça sculpte une opinion de manière extrêmement puissante,
00:45:34d'autant qu'ensuite on en tire des jolies images,
00:45:36les films de Leni Riefenstahl,
00:45:38Triomphe de la volonté, Fête des peuples,
00:45:40on voit ces grandes foules dans des stades,
00:45:43dans les rues, pavoisées,
00:45:45avec la croix gammée comme symbole, comme logo du régime,
00:45:49et tous ces gens-là qui font le salut nazi.
00:45:51C'est extrêmement puissant,
00:45:52parce que ça montre l'adhésion.
00:46:00Janvier 1936.
00:46:02La journaliste française Suzanne Bertillon
00:46:05est venue fêter la nouvelle année à Berlin.
00:46:09Envoyée spéciale du journal national et anti-bolchévique Le Jour,
00:46:13elle n'était pas revenue ici depuis le temps de la République.
00:46:17Parmi les changements qu'elle note,
00:46:20Winterhilfe, les secours d'hiver.
00:46:24Partout, sur les murs, dans les magasins, dans les restaurants, dans les journaux,
00:46:29ce mot frappe le regard et se grave dans l'esprit.
00:46:32Des tirelires, des affiches, des quêtes,
00:46:35tout pour la Winterhilfe.
00:46:37On ne parle, on ne se préoccupe que de la réussite de la Winterhilfe.
00:46:43C'est une œuvre magnifique, me dit l'un des directeurs.
00:46:46Une œuvre grandiose.
00:46:48Un des plus grands bienfaits du national-socialisme.
00:46:54Nous secourons toutes les infortunes, ou du moins les plus intéressantes.
00:46:58Les familles nombreuses, les jeunes ménages qui n'ont pas d'argent pour s'établir,
00:47:02les chômeurs méritants.
00:47:05Le secours d'hiver est vraiment un peu le symbole de cette société de bienfaisance et de bien-être.
00:47:14Cette solidarité aussi qu'on célèbre publiquement et qu'on met en scène sans arrêt
00:47:21pour dire, voilà, nous, nous nous occupons de nos propres citoyens.
00:47:26Ceux et celles qui font partie de cette communauté peuple-race,
00:47:31ceux qui sont dans les normes.
00:47:35Nous avons besoin de fonds énormes pour arriver à les secourir tous.
00:47:39Et nous ne pouvons et ne voulons compter que sur des dons bénévoles.
00:47:44Nous souhaitons que des liens d'affection et de sollicitude mutuelle
00:47:47unissent toute la grande nation allemande, du plus humble au plus puissant,
00:47:52sans distinction de classe.
00:47:59C'est une société qui se pense comme une entité homogène,
00:48:04évidemment en excluant énormément de personnes,
00:48:07soit du point de vue racial, soit du point de vue social,
00:48:10soit du point de vue aussi eugéniste.
00:48:12Mais la société majoritaire vit une vie assez paisible.
00:48:20C'est des personnes qui veulent réussir,
00:48:23c'est des personnes qui veulent avoir une bonne vie
00:48:26et qui s'engagent dans un projet politique
00:48:30qui peut-être au départ n'était pas le leur.
00:48:35En cette année 1936,
00:48:38ce sont les Jeux olympiques qui sont dans toutes les conversations.
00:48:42Depuis des mois,
00:48:43les correspondants étrangers racontent la transformation de l'Allemagne
00:48:46et de sa capitale.
00:48:49Sous leurs plumes,
00:48:50et devant les objectifs du régime,
00:48:52la révolution nazie semble s'achever pour faire naître un nouveau monde.
00:48:58La question des Jeux olympiques de Berlin
00:49:00est évidemment une question qui est centrale pour le régime nazi
00:49:04qui veut d'une certaine manière normaliser son image
00:49:07tout en montrant sa puissance.
00:49:09Et évidemment, pour les anti-nazis,
00:49:13c'est un moment aussi de mobilisation très important.
00:49:17Donc il y a un grand mouvement de boycott qui est organisé à travers le monde.
00:49:24Il y a une mobilisation,
00:49:26mais elle ne prend pas dans la presse générale,
00:49:28et encore moins dans la presse sportive.
00:49:30Je dirais la logique à la fois politique
00:49:33et puis l'événement sportif,
00:49:35plus les intérêts commerciaux ou autres,
00:49:38prennent le dessus,
00:49:41et finalement c'est un échec.
00:49:45Le 6 février 1936,
00:49:48les Jeux olympiques d'hiver s'ouvrent à Garmisch-Bartenkirchen.
00:50:04À l'entrée des villes,
00:50:06les pancartes antisémites ont été remplacées par les anneaux olympiques.
00:50:11Les journalistes en prennent note,
00:50:12rien de plus.
00:50:14Les regards sont ailleurs,
00:50:15vers les pistes et les sportifs.
00:50:21Hitler et le régime ont vraiment,
00:50:24si j'ose dire,
00:50:24mis les petits plats dans les grands
00:50:25pour présenter un visage tout à fait apaisé et harmonieux.
00:50:29Tous les journalistes qui viennent pour couvrir les Jeux olympiques
00:50:32vont avoir l'impression de vivre dans un pays parfaitement harmonieux
00:50:37et où toutes les traces visibles des discriminations ont été effacées.
00:50:45Ce qu'il y a de plus intéressant et de plus fascinant dans la presse de l'époque,
00:50:49c'est qu'en fait, on savait tout.
00:50:51Et qu'on pouvait tout savoir.
00:50:53Aussi, le vieux slogan « Bad news is good news » avait déjà cours chez les nazis.
00:50:59Ils ne voulaient précisément pas d'une dictature verrouillée et hermétique.
00:51:03Ils ont au contraire toujours voulu se faire remarquer
00:51:06et apparaître sur la scène et dans la presse internationale.
00:51:14Le 7 mars, Hitler acte la remilitarisation de la Rennanie
00:51:18sans que cela ne soulève une réaction internationale.
00:51:24Quelques semaines plus tard, comme si de rien n'était,
00:51:28les délégations de sportifs et des milliers d'étrangers débarquent à Berlin
00:51:31pour assister aux Jeux d'été.
00:51:34Parmi eux, le journaliste français Gaston Benac.
00:51:39« J'ai retrouvé Berlin en fête,
00:51:41tout enrubané d'oriflammes, de drapeaux, de banderoles,
00:51:44accueillant, souriant,
00:51:46mais terriblement secoué par l'intense propagande olympique.
00:51:51À la fièvre brune a succédé la fièvre,
00:51:53j'allais écrire la folie olympique. »
00:51:58Les Jeux olympiques, c'est évidemment un outil de soft power
00:52:01auprès des puissances internationales pour dire
00:52:04« Regardez tout ce que vous avez entendu sur les violences,
00:52:07la répression des mouvements de gauche communiste et socialiste,
00:52:10les persécutions contre les juifs,
00:52:12tout ça, ce ne sont que de la propagande.
00:52:14Nous sommes un pays qui fonctionne,
00:52:16un pays, l'Allemagne que vous avez toujours connue,
00:52:18mais en plus jeune, en nouveau,
00:52:21et un certain nombre d'acteurs vont être charmés.
00:52:27On voit moins ces jours-ci d'uniformes bruns.
00:52:30Et les hitlériens ne se hissent plus sur des camions
00:52:33pour hurler comme ils le faisaient
00:52:34leur reine du juif et du catholique
00:52:36à grand renfort de caricatures ridicules.
00:52:39C'est la trêve du muscle.
00:52:41Pour combien de temps ?
00:52:48Dans la manière dont les nazis se présentent,
00:52:51se projettent, se mettent en images,
00:52:54se mettent en récits et en mots,
00:52:55tout est faux.
00:52:56Tout est faux.
00:52:58C'est Jean Genet qui le dit très bien.
00:53:01Jean Genet fait un voyage en Allemagne,
00:53:04à cette époque-là,
00:53:06et il est très décontensé,
00:53:08il est même un peu éperdu.
00:53:10Parce qu'il dit « Mais le voleur et le menteur,
00:53:12c'est moi d'habitude.
00:53:13Et là, je n'ai même plus ma singularité,
00:53:17ma spécificité.
00:53:18Ils sont tous menteurs.
00:53:19Ils sont tous voleurs.
00:53:21C'est une nation d'escrocs. »
00:53:25Cet été 1936,
00:53:27les touristes venus assister aux Olympiades
00:53:29découvrent une dictature sans heurts,
00:53:32sans violence.
00:53:35Dans les stades,
00:53:36les athlètes américains,
00:53:38anglais, français et allemands
00:53:39s'affrontent de façon pacifique.
00:53:43La foule applaudit
00:53:44et encourage leurs champions.
00:53:47Le Führer célèbre son triomphe
00:53:49et l'indifférence du monde
00:53:51face au démantèlement du traité de Versailles
00:53:53et de la République.
00:53:57Alors qu'au même moment,
00:53:58en Espagne,
00:54:00aux côtés des nationalistes du général Franco,
00:54:02des soldats de la Wehrmacht
00:54:04se battent et meurent au combat.
00:54:08Si Hitler promet aux puissances européennes
00:54:10la paix,
00:54:12sa marche vers la guerre
00:54:13a déjà commencé.
00:54:14Sous-titrage Société Radio-Canada
00:54:39Bonsoir,
00:54:40des paddocks ce soir
00:54:41avant la catastrophe,
00:54:42la naissance de la dictature nazie
00:54:44réalisée donc par Jean Bulot,
00:54:46nommé chancelier,
00:54:48sans jamais avoir conquis la majorité.
00:54:51Hitler a démantelé la République de Weimar
00:54:52en quelques mois seulement
00:54:54avant d'installer la terreur,
00:54:56les premiers camps
00:54:57et les lois anti-juives.
00:54:58Alors nombreux sont ceux
00:54:59qui n'ont voulu y voir
00:55:00qu'un ordre retrouvé.
00:55:02Comment une démocratie
00:55:03se défait-elle de l'intérieur
00:55:05et que nous enseigne l'histoire
00:55:06alors que l'extrême droite allemande
00:55:08signe ses meilleurs scores
00:55:09depuis la guerre ?
00:55:11On ouvre le débat
00:55:12avec nos invités
00:55:13que je suis ravi d'accueillir.
00:55:15Nicolas Patin,
00:55:16bonsoir.
00:55:16Bonsoir.
00:55:17On vous a vu dans le documentaire,
00:55:18vous êtes maître de conférence
00:55:19à l'université de Bordeaux-Montagne.
00:55:21Vous avez travaillé
00:55:22avec Johan Chapoutot
00:55:23pour ce livre
00:55:24Le Monde Nazi
00:55:25qui a été publié en 2024
00:55:27et qui est absolument passionnant.
00:55:29Hélène Myard de la Croix,
00:55:30bonsoir.
00:55:30Bonsoir.
00:55:30historienne,
00:55:32vous êtes professeur d'histoire
00:55:33à la Sorbonne Université.
00:55:35Vous avez travaillé, vous,
00:55:36sur une Allemagne
00:55:37plus proche de nous,
00:55:38celle de 1989,
00:55:39les émotions de 1989,
00:55:42France et Allemagne
00:55:43face au bouleversement du monde.
00:55:44Et Michael Fesel,
00:55:45bonsoir.
00:55:46Bonsoir.
00:55:46philosophe, professeur
00:55:47à Polytechnique
00:55:48et à l'université de Lausanne
00:55:50en Suisse.
00:55:50Vous êtes l'auteur
00:55:51d'un livre qui a fait date,
00:55:52Récidive, 1938,
00:55:54Récidive et par répétition.
00:55:56On y reviendra tout à l'heure.
00:55:57Avant de parler de 1933,
00:56:00est-ce qu'on peut,
00:56:01on va faire un tour de table rapide,
00:56:03est-ce qu'on peut parler
00:56:04de cette histoire-là
00:56:05dont nous connaissons la fin ?
00:56:07C'est ce qui est passionnant
00:56:08dans le documentaire,
00:56:09c'est qu'on suit justement
00:56:11la naissance et la montée
00:56:12de la dictature nazie.
00:56:14Est-ce qu'on peut le faire pas à pas
00:56:16en oubliant un peu 39, 45 ?
00:56:21Cette histoire-là,
00:56:22elle est tragique,
00:56:23elle est la tragédie du XXe siècle,
00:56:24une espèce de vortex
00:56:25qui avale tout,
00:56:27que ce soit l'après, l'avant,
00:56:30ce qui fait que c'est très compliqué
00:56:31de ne pas tomber dans la téléologie
00:56:32ou l'anachronisme.
00:56:34La théologie, c'est-à-dire
00:56:34l'histoire a un but ?
00:56:36L'interprétation des faits
00:56:38uniquement vers l'événement
00:56:40qui polarise tout.
00:56:41On peut le faire,
00:56:42il y avait eu un bon livre
00:56:43assez intéressant il y a quelques années
00:56:45sur la République de Weimar,
00:56:46cette République de 1918
00:56:47jusqu'à l'échec de 1933,
00:56:49qui s'appelait
00:56:49Les Futurs de la République.
00:56:51Comment les gens,
00:56:51à l'époque,
00:56:53imaginaient ce monde
00:56:54qui était ouvert ?
00:56:54Il n'a jamais été fermé
00:56:55comme nous, on le sait,
00:56:56puisqu'on est par définition après.
00:56:59Et donc, ça demande
00:56:59beaucoup d'efforts,
00:57:00beaucoup de curiosité
00:57:02et surtout,
00:57:02le temps de s'arrêter
00:57:04sur les faits
00:57:04pour voir comment
00:57:04les contemporains
00:57:05percevaient tout ça.
00:57:06Hélène Mir de Lacroix,
00:57:07même question.
00:57:08C'est le propre des historiens
00:57:09de connaître la fin du film
00:57:11et d'essayer de reconstituer
00:57:13les différentes étapes.
00:57:15Bon, ça a été tout à fait dit,
00:57:17il faut essayer
00:57:17de voir les possibles
00:57:19des contemporains
00:57:20et c'est ce qui est très bien montré,
00:57:22je trouve,
00:57:22dans le documentaire,
00:57:23c'est comment les spectateurs,
00:57:25y compris extérieurs,
00:57:27décryptent,
00:57:27quels sont les outils
00:57:28qui leur permettent
00:57:30de décrypter
00:57:31et d'envisager un futur.
00:57:33Et puis, ça pose la question
00:57:34de la responsabilité
00:57:35de chacun des acteurs.
00:57:36de la responsabilité
00:57:37des acteurs
00:57:38à ce moment précis.
00:57:39Comment est-ce que
00:57:40vous avez fait, vous,
00:57:41Michael Fussell,
00:57:41pour essayer
00:57:42de faire cet exercice
00:57:43de pensée,
00:57:45écrire l'histoire
00:57:46sans en connaître la fin ?
00:57:48C'est-à-dire qu'en fait,
00:57:49l'anachronisme
00:57:50est un péché
00:57:51des historiens,
00:57:51mais comme je ne suis pas historien,
00:57:52je me suis permis
00:57:53parfois de le commettre.
00:57:55Et votre documentaire
00:57:56montre assez bien
00:57:57qu'en réalité,
00:57:58la fin était
00:57:59pour une bonne part
00:58:00contenue dans le commencement.
00:58:01C'est-à-dire que les...
00:58:02Je parle là du nazisme,
00:58:05la rapidité
00:58:06avec laquelle
00:58:06le régime démocratique
00:58:08a été aboli,
00:58:09la violence
00:58:10avec laquelle
00:58:10cela s'est fait,
00:58:11parce que la violence
00:58:12du rue n'a pas cessé
00:58:13le 30 janvier 1933,
00:58:15montre qu'en réalité,
00:58:16il y avait déjà
00:58:17beaucoup d'éléments
00:58:18de ce qu'allait constituer
00:58:19la dictature de 1933.
00:58:21Et ce sont
00:58:21les correspondants étrangers,
00:58:23une grande partie d'entre eux,
00:58:24qui n'ont pas voulu voir
00:58:25en réalité
00:58:25ce qui, par ailleurs,
00:58:27était assez explicite
00:58:27dans le discours,
00:58:28mais surtout
00:58:29dans les actes des nazis.
00:58:30Donc, connaître la fin,
00:58:32c'est aussi
00:58:33une certaine manière
00:58:33pouvoir reconstituer
00:58:34ce qu'il annonçait,
00:58:35ce qui paraît être
00:58:36historiquement
00:58:37peut-être une bonne méthode.
00:58:38Alors, revenons
00:58:39non pas au début,
00:58:40mais à cette date
00:58:41fondatrice de 1933,
00:58:43puisque c'est un moment
00:58:43de bascule.
00:58:44Il y a une idée commune
00:58:45qui est très largement répandue.
00:58:47Hitler est arrivé au pouvoir
00:58:48par les urnes,
00:58:49il a été élu démocratiquement.
00:58:50Cette expression,
00:58:52est-ce qu'elle a un sens
00:58:53pour vous, l'historien ?
00:58:55En fait, il y a deux dates,
00:58:56il y a 1933 et 1945.
00:58:571945, c'est le crime du siècle,
00:58:59c'est la Shoah
00:59:00et la Seconde Guerre mondiale.
00:59:02Donc, on n'est plus tellement
00:59:03dans l'attente des gens
00:59:04envers tout ça,
00:59:05dans les causalités historiennes
00:59:06qui sont souvent plurielles.
00:59:07On cherche le coupable.
00:59:09Et donc, le coupable,
00:59:10ça va être alternativement
00:59:11les Allemands
00:59:12qui ont mal voté
00:59:13ou les élites
00:59:14ou etc.
00:59:15Alors, pour répondre très rapidement,
00:59:17parce que c'est facile à faire,
00:59:19cette victoire
00:59:19de 30 janvier 1933,
00:59:21c'est une combinatoire
00:59:22avec trois choses,
00:59:23mais on ne peut pas séparer,
00:59:23on ne peut pas en enlever une.
00:59:25La première,
00:59:25c'est une victoire électorale.
00:59:27Alors, jamais Hitler
00:59:27n'a fait la majorité,
00:59:29il n'y a pas une majorité
00:59:30d'Allemands
00:59:30qui ont voté pour le parti nazi,
00:59:32jamais.
00:59:3237,3 au maximum en 1932,
00:59:35c'est la dernière,
00:59:36les élections d'ensuite,
00:59:37surtout celles de 1933,
00:59:38ne sont pas légales.
00:59:39Mais ça existe.
00:59:40Il y a 37% des Allemands
00:59:42qui ont dit oui
00:59:42et ce n'était pas
00:59:43qu'une protestation.
00:59:45Mais ce n'est pas légal
00:59:46complètement
00:59:46parce qu'il y a
00:59:47la violence dans la rue,
00:59:48il y a les sections d'assaut,
00:59:49les chemises brunes,
00:59:49400 morts
00:59:50dans ces batailles politiques
00:59:52de 1932.
00:59:53Et ça,
00:59:53c'est aussi une grosse différence
00:59:54par rapport à aujourd'hui,
00:59:55même si cette violence politique,
00:59:56elle existe.
00:59:57Et la troisième chose,
00:59:58c'est la compromission des élites,
00:59:59politiques surtout
01:00:00et un peu économiques,
01:00:01qui en fait,
01:00:02on se dit,
01:00:03ils résistaient,
01:00:04ils ne voulaient pas d'Hitler au pouvoir,
01:00:05ils sont très contents
01:00:06de lui donner.
01:00:06Et ces trois facteurs-là,
01:00:08chaque historien
01:00:09les éclaire alternativement
01:00:11pour montrer
01:00:11la complexité de tout ça.
01:00:13Et l'admire de la Croix,
01:00:14c'est assez intéressant
01:00:15de voir que s'est installée
01:00:16cette petite musique
01:00:17d'une victoire
01:00:18ou d'une élection démocratique.
01:00:20Mais la démocratie,
01:00:21ce n'est pas que dans les urnes
01:00:22que ça se joue,
01:00:23c'est aussi une culture,
01:00:24c'est aussi dans la rue.
01:00:25Quand il y a effectivement déjà
01:00:27l'usage de la terreur,
01:00:28de l'intimidation
01:00:29et de la violence,
01:00:30quel regard, vous,
01:00:32portez-vous
01:00:32sur l'arrivée
01:00:33d'Hitler au pouvoir ?
01:00:34Soutenu par qui ?
01:00:36Porté par qui ?
01:00:37Alors,
01:00:37c'est une très bonne question
01:00:38parce que c'est la question
01:00:39en fait qui va éclairer aussi
01:00:40toute la question
01:00:41des responsabilités,
01:00:42de la responsabilité collective
01:00:43que l'Allemagne
01:00:44porte depuis 1945
01:00:45et d'identifier
01:00:46jusqu'à aujourd'hui
01:00:47de savoir si mon grand-père,
01:00:48mon arrière-grand-père
01:00:49était membre du parti
01:00:51ou pas.
01:00:52Et être membre du parti,
01:00:53cela ne veut pas nécessairement dire
01:00:54« Ah, vous êtes actif
01:00:55de telle et telle façon ».
01:00:56Et donc,
01:00:57cette reconstruction
01:00:57de la part de chaque individu
01:01:00à cette histoire collective
01:01:01qui a une violence.
01:01:05En allemand,
01:01:06c'est le même mot,
01:01:07Gewalt,
01:01:07pour dire
01:01:08la puissance
01:01:09et la violence.
01:01:10C'est le même mot.
01:01:11Le mot Gewalt.
01:01:11Et en fait,
01:01:12ce à quoi on assiste
01:01:13et qui est très bien montré
01:01:14dans ce reportage,
01:01:16c'est qu'il y a
01:01:17une espèce de mouvement
01:01:18qui donne à beaucoup
01:01:19d'ailleurs
01:01:20cet enthousiasme
01:01:21de participer
01:01:22à quelque chose
01:01:22d'exceptionnel
01:01:23qui est mis en mots
01:01:25comme
01:01:26une révolution nationale,
01:01:28ethno-nationale
01:01:30si l'on veut
01:01:30et qui conduit
01:01:32des individus
01:01:33qui seraient finalement
01:01:34pour rester peut-être
01:01:35observateurs
01:01:35dans l'ensemble
01:01:36assez critique
01:01:39de l'ensemble
01:01:39de l'espace démocratique
01:01:43et des partis existants.
01:01:44Ça, c'est un élément
01:01:45quand même
01:01:46qui est assez marquant.
01:01:47Weimar n'est pas aimé,
01:01:48le système n'est pas aimé
01:01:50et rejeté.
01:01:50Et il y a cette dynamique
01:01:52qui se met en marche
01:01:54et qui est,
01:01:55si c'est une des choses
01:01:56à mettre au crédit
01:01:57des nazis,
01:01:57c'est d'avoir réussi
01:01:58à emmener
01:01:59une masse de population
01:02:00qui après peut dire
01:02:02c'est porté par le peuple
01:02:03donc c'est démocratique.
01:02:05Alors que,
01:02:05comme ça a été dit,
01:02:06il y a avec 37% d'électeurs.
01:02:07Michael Fassel,
01:02:07même question.
01:02:08Oui, vous avez bien fait
01:02:09poser la question
01:02:10de savoir si c'est
01:02:10la démocratie
01:02:11comme on l'entend souvent
01:02:12qui a amené
01:02:13la dictature au pouvoir
01:02:14ce qui est une manière
01:02:15d'incriminer la démocratie
01:02:16dans sa propre mort.
01:02:17Or, ce que le documentaire
01:02:18ne pouvait pas montrer
01:02:19parce qu'il commence en 1933
01:02:21c'est que la démocratie allemande
01:02:23en 1933
01:02:23n'est déjà depuis
01:02:24plusieurs années
01:02:25que l'ombre d'elle-même
01:02:26en vérité.
01:02:27Il y a une habituation
01:02:29à la dictature
01:02:30déjà présidentielle
01:02:31en l'espèce
01:02:31puisque le Parlement
01:02:33ne se réunit quasiment
01:02:34que pour voter
01:02:34les pleins pouvoirs.
01:02:35La plupart des mesures
01:02:37sont prises par
01:02:38Hindenburg,
01:02:39le président de la République.
01:02:40Qui nomme Hitler-chancelier
01:02:41d'ailleurs.
01:02:42Qui nomme Hitler-chancelier
01:02:43sur le conseil
01:02:44de la grande bourgeoisie
01:02:46mais cela étant
01:02:46il y a déjà
01:02:48dès les années
01:02:48dès 1930
01:02:49je parle sous l'autorité
01:02:50des historiens
01:02:51il y a déjà
01:02:52une dédémocratisation
01:02:54très avancée
01:02:55non seulement
01:02:55dédémocratisation
01:02:56Oui c'est-à-dire
01:02:57pourquoi ne pas
01:02:58employer dire
01:02:59montée de la dictature ?
01:03:01Parce que précisément
01:03:02on reste encore
01:03:02en tout cas factuellement
01:03:03dans une démocratie élective
01:03:05c'est-à-dire que ce qui demeure
01:03:06de la démocratie
01:03:07c'est l'élection
01:03:08qui effectivement
01:03:08va mener Hitler
01:03:09non pas du tout
01:03:10à la majorité
01:03:11mais à être le premier parti
01:03:12par contre
01:03:13pour ce qui est
01:03:14des habitudes parlementaires
01:03:15en particulier
01:03:16de l'état de droit
01:03:17en réalité
01:03:18il n'existe
01:03:19pour ainsi dire plus
01:03:20à ce moment-là
01:03:21puisqu'il y a déjà
01:03:22d'ailleurs
01:03:22y compris de la part
01:03:23du pouvoir
01:03:24qui précède Hitler
01:03:26von Pappen
01:03:26et autres
01:03:27il y a déjà
01:03:28une très grande répression
01:03:29en particulier
01:03:30des mouvements de gauche
01:03:30Un système
01:03:31qu'on pourrait qualifier
01:03:32de présidentiel autoritaire
01:03:35c'est assez fascinant
01:03:36parce qu'il y a
01:03:37cette historienne
01:03:39qui se demande
01:03:39au fond
01:03:40qu'est-ce qu'être nazi ?
01:03:41La question
01:03:41elle peut paraître
01:03:42évidente
01:03:43elle peut paraître
01:03:46même scandaleuse
01:03:46et elle dit
01:03:48non
01:03:48en fait
01:03:48être nazi
01:03:49oui il y a
01:03:50l'appartenance
01:03:51à un parti
01:03:52mais il y a aussi
01:03:53se compromettre
01:03:55dans une société
01:03:56d'ordre
01:03:57dans une promesse
01:03:58d'ordre
01:03:58apporter
01:03:59son soutien
01:04:01au symbole
01:04:02à la vitalité
01:04:03de ce mouvement
01:04:04qui est en train
01:04:05de prendre le pouvoir
01:04:06qu'est-ce qu'être nazi ?
01:04:10Vous partagez
01:04:11la définition
01:04:11du documentaire ?
01:04:12De Elissa Meylander
01:04:14très bonne historienne
01:04:15sur la question
01:04:15spécialiste d'histoire sociale
01:04:17il y a un autre historien
01:04:19qui s'appelle
01:04:19Peter Fritsch
01:04:19qui a dit
01:04:20comment on a transformé
01:04:20les allemands en nazis
01:04:21c'est un peu ça
01:04:21c'est des allemands
01:04:22aux nazis
01:04:23et en fait
01:04:24sans vouloir
01:04:25rentrer dans les détails
01:04:26de comment on fait
01:04:27de l'histoire
01:04:27il nous faut des sources
01:04:28pour faire ça
01:04:29il se trouve que
01:04:30pour le troisième Reich
01:04:31ce terme est un terme nazi
01:04:33donc pour la dictature
01:04:33nationale socialiste
01:04:34on les a
01:04:35on a la surveillance
01:04:36par la police politique
01:04:37et on a
01:04:37les sources
01:04:39du parti social-démocrate
01:04:40en exil
01:04:41qui auscultent
01:04:42pour comprendre
01:04:42pourquoi ils ont perdu
01:04:43et qui nous disent un peu
01:04:44on appelle ça
01:04:45des rapports d'atmosphère
01:04:46qui nous disent
01:04:46comment fonctionnent
01:04:47des rapports d'atmosphère
01:04:48des rapports d'ambiance
01:04:51sur le monde nazi
01:04:52il y a une expression
01:04:52qui est absolument passionnante
01:04:53c'est la dictature
01:04:55de la participation
01:04:56c'est assez
01:04:57là aussi
01:04:57contre-intuitif
01:04:58tout à fait
01:04:59grâce à ces sources-là
01:05:00on peut restituer
01:05:01quelque chose
01:05:02qui est compliqué
01:05:03à appréhender
01:05:03c'est un régime
01:05:04de terreur
01:05:05les gens y croient
01:05:06parce qu'ils sont
01:05:07contraints
01:05:07surtout quand ils sont
01:05:08les groupes cibles
01:05:09de ce régime
01:05:10les opposants politiques
01:05:11les juifs
01:05:12les associaux
01:05:12mais les bons allemands
01:05:14protestants
01:05:15qui ne sont pas
01:05:16directement
01:05:17les cibles
01:05:18qui peuvent être terrorisés
01:05:19quand même
01:05:19se disent
01:05:19bon ça va chauffer
01:05:20eux il y a une part
01:05:21d'adhésion
01:05:22voire de croyances
01:05:24indéniables
01:05:24et c'est pour ça
01:05:25qu'aujourd'hui
01:05:25on parle de
01:05:25de croyances
01:05:26en un sens quasiment
01:05:27religieux
01:05:27bien sûr
01:05:28la foi nazie
01:05:29et aujourd'hui
01:05:30on essaie de mieux
01:05:30montrer ça
01:05:31parce qu'on est resté
01:05:31très longtemps
01:05:32dans une vision
01:05:33ils n'avaient pas le choix
01:05:34en réalité
01:05:35une part de la population
01:05:36ils croyaient vraiment
01:05:36c'est les tendances récentes
01:05:38de ce qu'on essaie
01:05:38de montrer
01:05:39Michael Fessel
01:05:40dans les responsabilités
01:05:41il y en a une
01:05:41qu'il faut tout de même
01:05:42citer parce qu'elle
01:05:43n'est pas celle
01:05:43d'individus particuliers
01:05:45c'est celle de la crise
01:05:46économique fondamentale
01:05:47qui va s'abattre
01:05:48sur l'Allemagne
01:05:49beaucoup plus
01:05:49la crise de 29
01:05:50frappe l'Allemagne
01:05:51de manière ravageuse
01:05:53dans les années 30-33
01:05:54en 28 le parti nazi
01:05:55fait 2%
01:05:56en 1930 il fait 18%
01:05:57entre les deux il y a 29
01:05:58et l'Allemagne
01:05:59est à ce moment là
01:06:00très dépendante
01:06:01des capitaux américains
01:06:02beaucoup plus que la France
01:06:03donc la chose
01:06:03est beaucoup plus radicale
01:06:05dans cette crise économique
01:06:06on ne peut pas dire
01:06:07alors si on cherche
01:06:07des responsabilités
01:06:08que la réaction
01:06:09à cette crise
01:06:10a été je dirais
01:06:11d'une intelligence folle
01:06:12parce que les gouvernements
01:06:13y compris soutenus
01:06:14par le parti social démocrate
01:06:15ont pratiqué
01:06:16des mesures d'austérité
01:06:18de limitation
01:06:19de la dépense publique
01:06:20ce qui a entraîné
01:06:21une explosion
01:06:22du nombre de chômeurs
01:06:24de pauvres en Allemagne
01:06:25de pauvres en Allemagne
01:06:26alors s'il y a aussi
01:06:27quelque chose
01:06:27à quoi il faut réfléchir
01:06:29c'est que l'Allemagne
01:06:30on l'a dit
01:06:31n'est déjà plus une démocratie
01:06:32elle vit sous une forme
01:06:33d'état d'urgence permanent
01:06:34en fait
01:06:35à la fois juridique
01:06:35économique
01:06:37et je dirais
01:06:38que la multiplication
01:06:40des états d'urgence
01:06:41toute ressemblance
01:06:42avec des phénomènes
01:06:43contemporains
01:06:43ne serait pas forcément
01:06:44oui comparaison
01:06:45n'est pas raison
01:06:46voilà comparaison
01:06:47n'est pas raison
01:06:48parfois
01:06:48l'histoire bégaye
01:06:50il faut se répéter
01:06:51et la multiplication
01:06:53des états d'urgence
01:06:54fait qu'aussi
01:06:54et ça on le voit
01:06:55alors dans la presse
01:06:56c'est bien dit
01:06:56dans le documentaire
01:06:57dans la presse
01:06:59étrangère
01:07:00la venue
01:07:01l'accès au pouvoir
01:07:01d'Hitler
01:07:02est considéré
01:07:03comme une péripétie
01:07:04dans une suite
01:07:05je dirais
01:07:06de gouvernements
01:07:07qui sont extrêmement
01:07:09rapidement effacés
01:07:10et surtout
01:07:11dans un état
01:07:11qui n'est déjà plus
01:07:12je le répète
01:07:13un état de droit
01:07:14mais c'est fascinant
01:07:14comme si Hitler
01:07:15finalement était
01:07:15le énième chancelier
01:07:17du désespoir
01:07:18mais comment
01:07:19comprendre
01:07:20qu'il n'ait même pas
01:07:21eu besoin
01:07:21de faire de purges
01:07:23parmi les magistrats
01:07:24parmi les hauts fonctionnaires
01:07:26Hitler
01:07:26ça vous fait sourire
01:07:28mais c'est une question
01:07:28qui est abordée
01:07:29dans le documentaire
01:07:30c'est à dire que
01:07:32il a tellement
01:07:33mis la société
01:07:35sous cloche
01:07:37j'avais un sourire
01:07:38parce que
01:07:39sur ce qui est
01:07:39la question
01:07:39de la justice
01:07:40sous Weimar
01:07:40avant l'arrivée
01:07:41d'Hitler
01:07:42ils n'ont pas du tout
01:07:43été ébranlés
01:07:45par la révolution
01:07:45de 1918
01:07:46une révolution allemande
01:07:47qui substitua
01:07:48l'empire allemand
01:07:49la république
01:07:49de Weimar
01:07:50donc en fait
01:07:51eux ils étaient déjà
01:07:52acquis à la cause
01:07:52ils préféraient condamner
01:07:53à 5 ans
01:07:54un communiste
01:07:55qui avait volé
01:07:55un bout de pain
01:07:55qu'un nazi
01:07:56qui avait fait
01:07:56un coup d'état
01:07:57j'exagère à peine
01:07:58donc c'était déjà fait
01:07:59ce qui est intéressant
01:08:00dans ce qu'on dit là
01:08:02et dans notre débat
01:08:02c'est cette progressivité
01:08:04et le fait que les acteurs
01:08:05de l'époque
01:08:05contrairement à nous
01:08:06qui connaissons
01:08:07la fin du film
01:08:08on ne voit pas
01:08:09les choses
01:08:10pas comme on les voit
01:08:10quand Hitler
01:08:11est nommé à la chancéerie
01:08:12le soir où il est nommé
01:08:13bon
01:08:14dans Berlin
01:08:14les gens disent
01:08:15un de plus
01:08:16comme vient de dire Mickaël
01:08:17et il y a des moments
01:08:19de rupture
01:08:19comme l'incendie du Reichstag
01:08:20pas en tant que tel
01:08:22mais parce que
01:08:22le lendemain
01:08:23il y a les lois de protection
01:08:24en 1933
01:08:24et donc on accuse
01:08:26un communiste
01:08:26c'est une mise en scène
01:08:28mais l'intérêt
01:08:29l'important de ça
01:08:29c'est évidemment l'événement
01:08:30mais c'est la loi du lendemain
01:08:31du 28 février 1933
01:08:33loi pour la protection
01:08:34du peuple
01:08:36et de l'état allemand
01:08:38détention préventive
01:08:39sans avocat
01:08:39liberté publique
01:08:41abrogée
01:08:42suspension de la réunion
01:08:44des possibilités
01:08:44de liberté de réunion
01:08:45et ce basculement là
01:08:46il est pour le coup
01:08:47très important
01:08:48un mois après
01:08:49l'arrivée d'Hitler au pouvoir
01:08:50mais il y en a d'autres
01:08:50des basculements
01:08:51le vote des pleins pouvoirs
01:08:52le 23 mars
01:08:53et ce qui est compliqué
01:08:54c'est la grenouille
01:08:55dans l'eau
01:08:55tiède
01:08:561930-1934
01:08:58la métaphore est incroyable
01:08:59ça chauffe
01:08:59ça chauffe
01:09:00ça chauffe
01:09:00et ces allemands là
01:09:02ils sont bien en peine
01:09:03de voir ces moments
01:09:04de rupture
01:09:04et en plus selon
01:09:06de quel côté
01:09:07de la barrière
01:09:08il se situe
01:09:08parce que pour la gauche
01:09:09qui est réprimée
01:09:10de manière extrêmement forte
01:09:11pour le coup
01:09:12la menace tombe
01:09:12beaucoup plus vite
01:09:13donc voilà
01:09:13c'est compliqué
01:09:14de restituer ça
01:09:15mais la grenouille
01:09:16mais la grenouille dans la marmite
01:09:17l'image elle est très forte
01:09:18elle est très parlante
01:09:19elle ne dit pas
01:09:20malgré tout
01:09:21le système concentrationnaire
01:09:23qui se met en place
01:09:25l'internement
01:09:26les lois anti-juives
01:09:27qui ne font que deux lignes
01:09:28d'ailleurs
01:09:28on le découvre dans un texte
01:09:30c'est impressionnant
01:09:32Joseph Goebbels
01:09:33qui fait le voyage
01:09:34en Suisse
01:09:35pour rencontrer
01:09:36les membres
01:09:36de la société des nations
01:09:37est-ce qu'on n'a pas
01:09:39voulu voir
01:09:39est-ce que c'est une cécité
01:09:40volontaire
01:09:41ou est-ce que
01:09:43c'est le régime
01:09:44qui a réussi
01:09:45à fabriquer
01:09:47une propagande
01:09:48qui a fonctionné
01:09:49de manière absolument
01:09:51impressionnante
01:09:51avec des camps
01:09:52de concentration
01:09:53Potemkin
01:09:54comme on pourrait dire
01:09:55en URSS
01:09:57c'est-à-dire
01:09:58et ça je pense
01:09:58qu'il faut le rappeler
01:09:59aussi à un public
01:10:00qui n'est pas historien
01:10:01et qui n'est pas allemand
01:10:02c'est que les camps
01:10:03de concentration
01:10:03ont d'abord été
01:10:04des camps d'internement
01:10:05des opposants politiques
01:10:07le premier camp
01:10:08c'est Dachau
01:10:09Dachau
01:10:10ouvert
01:10:13printemps 33
01:10:14pour
01:10:16interner
01:10:16essentiellement
01:10:17les communistes
01:10:18et puis un certain
01:10:18nombre de sociodémocrates
01:10:19et de
01:10:21personnes
01:10:21considérées
01:10:22comme opposantes
01:10:23et donc il y a une
01:10:24je veux dire
01:10:25la qualité
01:10:26excusez-moi du terme
01:10:26mais la spécificité
01:10:28des
01:10:29modes d'enternement
01:10:31n'est pas tellement
01:10:32interrogée
01:10:33dans la mesure
01:10:33où
01:10:34on l'a rappelé
01:10:35on est dans
01:10:36une ambiance
01:10:37de lutte
01:10:39et de violence
01:10:40dans les rues
01:10:40et où donc
01:10:41l'autre n'est pas
01:10:42un adversaire
01:10:43l'autre est un ennemi
01:10:44c'est-à-dire
01:10:44cette expérience
01:10:45de l'opposition
01:10:46qui a été posée
01:10:47par Karl Schmitt
01:10:48entre
01:10:48le grand juriste
01:10:49le juriste de Hitler
01:10:50il y a une société
01:10:51divisée entre amis
01:10:52et ennemis
01:10:52exactement
01:10:53la pensée dichotomique
01:10:55comme ça
01:10:55il y a les miens
01:10:56et puis il y a les autres
01:10:57mes ennemis
01:10:57elle est déjà dans les rues
01:10:59depuis plusieurs années
01:11:00et donc il y a une
01:11:01relative logique
01:11:03entre guillemets
01:11:03à interner
01:11:05ceux qui sont considérés
01:11:06comme les ennemis
01:11:07de ce régime
01:11:09et peut-être
01:11:09pour rajouter un mot
01:11:11à ce qu'a dit Nicolas
01:11:12à l'instant
01:11:12c'est que
01:11:13on s'est beaucoup interrogé
01:11:14après 1945
01:11:15sur la continuité
01:11:16des élites
01:11:17est-ce que des anciens nazis
01:11:18sont devenus
01:11:19aussi dans
01:11:20RFA
01:11:21des magistrats
01:11:22etc.
01:11:22il y a eu une forte continuité
01:11:24aussi avec Weimar
01:11:25parce que
01:11:26en effet
01:11:26et la justice
01:11:27en est un exemple
01:11:28qui a été très bien
01:11:29étudié
01:11:29on disait qu'à l'époque
01:11:30ils étaient aveugles
01:11:31de l'œil droit
01:11:32c'est-à-dire que
01:11:33aveugles de l'œil droit
01:11:34c'est-à-dire qu'ils poursuivaient
01:11:35très très peu
01:11:36et condamnaient très peu
01:11:37tous les actes
01:11:38venant des extrémismes
01:11:40de droite
01:11:40et en revanche
01:11:41s'attaquaient beaucoup
01:11:42aux gauchistes
01:11:43entre guillemets
01:11:43et donc on a ce biais
01:11:45qui est déjà là
01:11:46et qui donc
01:11:47dispose d'une certaine façon
01:11:49à se mouler
01:11:50se couler dans le moule
01:11:51impossible de ne pas parler
01:11:52malgré tout
01:11:52des lois anti-juives
01:11:53on a vu des choses
01:11:55ravageuses
01:11:55parce qu'il n'y a pas que
01:11:56les camps de concentration
01:11:57et la mise en scène
01:11:58on montre ce qu'on veut
01:12:00bien montrer
01:12:01aux journalistes
01:12:02du monde entier
01:12:03mais il y a aussi
01:12:04Michael Fessel
01:12:05quelque chose de très frappant
01:12:06c'est des scènes de rue
01:12:07des scènes de rue
01:12:08où un juif
01:12:09qui aurait eu
01:12:11des relations
01:12:12avec
01:12:13d'ailleurs je ne sais pas
01:12:14pourquoi reprendre
01:12:15ce vocabulaire là
01:12:16mais disons
01:12:16un allemand juif
01:12:18ayant eu des relations
01:12:19avec une allemande
01:12:20qui ne l'est pas
01:12:20se retrouve
01:12:22jeté à la vindicte populaire
01:12:24comment est-ce qu'on passe
01:12:25d'une société
01:12:27où ça n'existait pas
01:12:28à un moment
01:12:29où ça devient tout à fait normal
01:12:32d'insulter
01:12:33de regarder
01:12:35de déshumaniser l'autre
01:12:36à ce point là
01:12:36c'est une question
01:12:37effectivement abyssale
01:12:38je ne suis pas sûr
01:12:39que ça n'existait pas
01:12:40enfin bien sûr
01:12:41la mise en scène
01:12:42n'existait pas
01:12:43au sens où
01:12:43elle n'était pas soutenue
01:12:44par le pouvoir en place
01:12:45l'antisémitisme
01:12:46n'est pas né
01:12:47en 1933
01:12:48d'ailleurs le simple fait
01:12:49que Hitler
01:12:49ait pu gagner
01:12:50les élections
01:12:51de manière relative
01:12:52démontre que
01:12:53même s'il ne mettait pas
01:12:54en avant
01:12:54systématiquement
01:12:55l'antisémitisme
01:12:55dans le dernier moment
01:12:56de la campagne
01:12:57que c'était une passion
01:12:58assez partagée
01:13:00ce que j'ai remarqué
01:13:01puisque moi j'ai plutôt lu
01:13:02la presse française
01:13:03de 1938
01:13:04pour comparer à celle de 1933
01:13:05il y a la nuit
01:13:07qu'on nomme malheureusement
01:13:08nuit de cristal
01:13:08en fait
01:13:09un pogrom
01:13:11généralisé
01:13:11d'une violence
01:13:13gigantesque
01:13:13avec beaucoup de morts
01:13:14que cela ne fait
01:13:16même pas une ligne
01:13:17dans la presse française
01:13:19ou quasiment pas
01:13:19ça ne fait pas une ligne
01:13:31la nuit de cristal
01:13:33comme il a si je puis dire
01:13:34la nouveauté pour lui
01:13:35fait tout de même
01:13:36la une encore
01:13:36du New York Times
01:13:37mais il y a aussi
01:13:38une habituation
01:13:39et puis il faut se dire
01:13:40la vérité
01:13:41la passion
01:13:43antisémite
01:13:43comme la passion
01:13:44d'ailleurs
01:13:45anticommuniste
01:13:46était une chose
01:13:47partagée
01:13:47je veux dire
01:13:48bien au-delà
01:13:49de l'Allemagne
01:13:49elle était très présente
01:13:51en France
01:13:52de plus en plus
01:13:53d'ailleurs
01:13:53après le Front Populaire
01:13:54ce qui fait que
01:13:54la manière
01:13:55au fond
01:13:56cette rhétorique
01:13:57de l'aveuglement
01:13:58ou des somnambules
01:13:59elle a tout de même
01:14:00ses limites
01:14:00il y a des gens
01:14:01qui sont aveuglés
01:14:02puis il y a des gens
01:14:02qui ont les yeux très ouverts
01:14:03on ne veut pas voir
01:14:04le réarmement
01:14:05de l'Allemagne
01:14:05on ne veut pas voir
01:14:08le référendum
01:14:08de la SAR
01:14:09on ne voit pas
01:14:10ou on s'accommode
01:14:12de choses
01:14:13qui étaient interdites
01:14:14par les traités internationaux
01:14:16d'ailleurs
01:14:16à l'Allemagne
01:14:17et dont se fiche
01:14:17complètement
01:14:18Adalphe Hitler
01:14:19dans cette question
01:14:20de la perception
01:14:21en fait il faut
01:14:22là on est en plein
01:14:23dans notre première question
01:14:24la projection
01:14:25de ce que nous on sait
01:14:25de la suite
01:14:26les contemporains
01:14:27ils n'en savent rien
01:14:28et je dirais même
01:14:28il faut ouvrir
01:14:30ce que vient de faire Michael
01:14:31mais plus largement
01:14:32en Europe
01:14:32vous avez Mussolini
01:14:33en Italie
01:14:34qui a été le grand modèle
01:14:35des années 20
01:14:36pour toutes les droites européennes
01:14:37il est moderne
01:14:37le maître politique d'Hitler
01:14:39voilà
01:14:39vous avez Pilsutski
01:14:40Joseph Pilsutski
01:14:41le dictateur en Pologne
01:14:42vous avez un Smetona
01:14:44dans les Pays-Baltes
01:14:45en fait
01:14:46il n'y a pas
01:14:48Salazar
01:14:49Primo
01:14:50Lerivera
01:14:50en Espagne
01:14:51vous n'êtes pas du tout
01:14:52dans une Espagne
01:14:52dans une Europe
01:14:54comme celle d'aujourd'hui
01:14:55où il y aurait
01:14:55un accident nazi
01:14:57c'est plutôt
01:14:58l'inverse
01:14:58et ce qui fait
01:14:59que dans la perception
01:15:00quelqu'un comme Hitler
01:15:01au début
01:15:01quand il arrive
01:15:02et notamment
01:15:03quand il engrange
01:15:04dans le sillage
01:15:05de la crise de 1929
01:15:06des gros résultats
01:15:07sur la lutte
01:15:08contre le chômage
01:15:08c'est la nouvelle Allemagne
01:15:10donc évidemment
01:15:11que les gens savent
01:15:11qu'il y a des camps
01:15:12etc
01:15:12et une incarcération
01:15:15mais ils ont décidé
01:15:15de voir autre chose
01:15:16ce qu'on voit
01:15:16dans le documentaire
01:15:17avec 36
01:15:18et les Jeux Olympiques
01:15:19où tout le monde
01:15:19est très content
01:15:20sur les menaces
01:15:21on le connaît tous
01:15:23c'est classique
01:15:23la force de fond
01:15:25là il y a un aveuglement
01:15:26volontaire
01:15:26de ne pas voir
01:15:27ce que fait Hitler
01:15:28il faut vraiment être aveugle
01:15:28pour ne pas voir
01:15:29l'assar
01:15:29la remilitarisation
01:15:30de la Rénanie
01:15:31la participation
01:15:32de la Légion Condor
01:15:33dans la guerre d'Espagne
01:15:34dans les guerres d'Espagne
01:15:34c'est le pacifisme intégral
01:15:36bien sûr
01:15:36l'Europe sort
01:15:37de la première guerre mondiale
01:15:3810 millions de morts
01:15:3910 millions de blessés
01:15:41personne
01:15:41y compris les Allemands
01:15:42les Allemands
01:15:43il ne faut pas croire
01:15:43qu'ils suivent Hitler
01:15:44sur ce terrain là
01:15:44chaque fois qu'Hitler
01:15:46fait un coup de poker
01:15:47diplomatique
01:15:47les Allemands
01:15:48se mettent la tête
01:15:49sous la table
01:15:50en se disant
01:15:50qu'est-ce qui va se passer
01:15:51et c'est d'autant plus
01:15:52le génie par la suite
01:15:53il a réussi
01:15:54mais si on connaît
01:15:55cette opinion
01:15:56les Allemands
01:15:57sont comme les autres
01:15:57ils ne veulent pas retourner
01:15:58à Verdun
01:15:58alors puisque vous avez
01:16:00prononcé le mot
01:16:00aujourd'hui
01:16:01la récidive
01:16:02ce n'est pas une répétition
01:16:03mais voir un parti
01:16:04d'extrême droite
01:16:05l'AFD
01:16:05pour ne pas le nommer
01:16:06aux origines
01:16:11en tête dans un land
01:16:12en Allemagne
01:16:13qu'est-ce que ça
01:16:14vous inspire ?
01:16:15Pas beaucoup
01:16:15d'espérance
01:16:17il n'est d'ailleurs
01:16:18pas tellement
01:16:18d'origine nazie
01:16:19au départ
01:16:20il était plutôt
01:16:20un mouvement conservateur
01:16:22réactionnaire
01:16:23je dirais
01:16:23anti-européen
01:16:25qui s'est si j'ose dire
01:16:26nazifié
01:16:27ou en tout cas
01:16:27qui s'est radicalisé
01:16:29jusqu'à des remises en cause
01:16:31maintenant
01:16:32qui ferait
01:16:33de notre extrême droite
01:16:34française
01:16:35je dirais
01:16:35un mouvement assez centriste
01:16:37quasiment
01:16:37des remises en cause
01:16:38du
01:16:39je le dis
01:16:40un peu de manière ironique
01:16:41mais enfin
01:16:41des remises en cause
01:16:42du mémorial
01:16:44de la Shoah
01:16:44qui se tient à Berlin
01:16:46enfin qui est à Berlin
01:16:47donc on a là
01:16:49évidemment
01:16:49c'est un mouvement
01:16:50très compliqué
01:16:50l'AFD
01:16:51il est beaucoup plus ancré
01:16:53à l'Est
01:16:53où on peut penser
01:16:54qu'il y a aussi
01:16:55un ressentiment plus fort
01:16:56à l'égard
01:16:57de la crise économique
01:16:59sociale et culturelle
01:16:59de l'Allemagne
01:17:00il y a tout de même
01:17:01beaucoup de points communs
01:17:02entre l'AFD
01:17:04et puis cette montée
01:17:05en puissance
01:17:05du parti nazi
01:17:06c'est particulièrement
01:17:08un fait
01:17:08qu'on ne souligne pas
01:17:09assez je trouve
01:17:09que le combat
01:17:11si je puis dire
01:17:12idéologique
01:17:13se fait sur le motif
01:17:14culturel
01:17:14c'est-à-dire que
01:17:15le grand
01:17:17leitmotif
01:17:17de l'AFD
01:17:18c'est
01:17:18l'anti-walkisme
01:17:20contre ce qu'ils appellent
01:17:22le communisme culturel
01:17:24les nazis
01:17:24eux disaient
01:17:25le marxisme culturel
01:17:26donc il y a cette idée
01:17:27qu'on est dans un combat
01:17:29civilisationnel
01:17:29qui est très présent
01:17:30dans le discours
01:17:31de l'AFD
01:17:31où se jouerait
01:17:32en quelque sorte
01:17:33l'avenir
01:17:34de l'Allemagne
01:17:35et même peut-être
01:17:36la survie de l'Allemagne
01:17:37l'idée d'une menace
01:17:38existentielle
01:17:38qui pèse sur l'Allemagne
01:17:40était déjà très forte
01:17:41dans la rhétorique
01:17:42dans la rhétorique nazie
01:17:44c'est la fin de ce débat
01:17:45d'un mot
01:17:45cette menace existentielle
01:17:46c'est effectivement
01:17:47ce qu'on peut voir
01:17:48en écho
01:17:49avec cette période-là
01:17:5133-36
01:17:52oui probablement
01:17:53mais c'est là aussi
01:17:54que l'AFD
01:17:55a des spécificités
01:17:56parce qu'elle puise
01:17:57sans vergogne
01:17:58dans tout un imaginaire
01:17:59qu'on a pu connaître
01:18:00avec le nazisme
01:18:01et en même temps
01:18:01les dynamiques
01:18:02auxquelles on assiste
01:18:03sont communes
01:18:04à tous ces mouvements
01:18:05que l'on voit
01:18:06dans différents pays européens
01:18:07et qui en grande partie
01:18:08reposent sur
01:18:09ce qui est en commun
01:18:10avec Weimar
01:18:11c'est-à-dire
01:18:11le rejet
01:18:12le détournement
01:18:13de l'offre
01:18:14de partis
01:18:15qui ont quand même
01:18:16une très très grande
01:18:17variété
01:18:18de possibilités
01:18:19et ce rejet
01:18:20en bloc
01:18:21pour l'idée
01:18:21de dire
01:18:22eh bien on va sauter le pas
01:18:23on va essayer autre chose
01:18:24et cette offre
01:18:25qui me propose
01:18:26des lendemains qui chantent
01:18:27est plus alléchante
01:18:28qu'un régime démocratique
01:18:31qui certes
01:18:31dans la crise de 29
01:18:32a conduit
01:18:33à beaucoup de malheurs
01:18:34mais où on associe
01:18:36les difficultés
01:18:37des individus
01:18:38leurs difficultés économiques
01:18:39au régime politique
01:18:40avec la possibilité
01:18:42donc de tout changer
01:18:42en faisant tout exploser
01:18:43Nicolas Patin
01:18:44concordance des temps
01:18:45vous aurez le dernier mot
01:18:47en histoire
01:18:48il y a la comparaison
01:18:49l'analogie
01:18:50ce qui ressemble
01:18:50ce qui ne ressemble pas
01:18:51et aujourd'hui
01:18:52on a beaucoup de choses
01:18:53sur ce qui ressemble
01:18:54moi je rappelle toujours
01:18:55l'Europe de l'époque
01:18:56c'est une Europe
01:18:57où 40 parfois 50
01:18:5960% des gens qui votent
01:19:00ont fait la première guerre mondiale
01:19:01donc ils savent manier des armes
01:19:02ils les ont maniées beaucoup
01:19:04et ça ça fait une grande différence
01:19:05avec aujourd'hui
01:19:06ça ne veut pas dire
01:19:06qu'il faut relâcher la vigilance
01:19:07par rapport au danger
01:19:08ça veut simplement dire
01:19:10qu'il faut être vigilant
01:19:12en invitant des vrais spécialistes
01:19:13du contemporain
01:19:15par rapport à ce qu'on va chercher
01:19:17dans le passé
01:19:17c'est tout
01:19:17sinon effectivement
01:19:18il y a des effets de parallèles
01:19:19qui doivent nous alerter
01:19:21c'était passionnant
01:19:22merci infiniment à tous les trois
01:19:23d'avoir participé
01:19:24à ce débat doc
01:19:25sur LCP
01:19:27quant à moi
01:19:27je vous dis à demain
01:19:29bonne soirée à tous
01:19:43Sous-titres par Jérémy Diaz

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