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  • il y a 4 minutes
Chaque vendredi dans la matinale de Dimitri Pavlenko, Eugénie Bastié livre son regard sur l'actualité. Aujourd'hui, elle s'intéresse à Richard Ferrand aurait-il censuré le Général De Gaulle ?

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Transcription
00:007h, 9h, Europe 1 Matin, place à votre seconde signature du vendredi.
00:04Bonjour Génie Bastier.
00:05Bonjour à tous.
00:06Vous revenez ce matin sur le bras de fer opposant Marine Le Pen à Richard Ferrand,
00:09le président du Conseil constitutionnel, a balayé d'un revers de manche la possibilité,
00:14pour la patronne du RN, de recourir au référendum pour changer la constitution
00:18si jamais elle remportait l'élection présidentielle.
00:21Oui, rappelons un peu l'objet du litige, qui est un peu technique mais tout à fait central.
00:25Pour pouvoir appliquer son programme, notamment en matière de priorité nationale
00:28et de mesures restrictives sur l'immigration, sans être bloquée par le Conseil constitutionnel,
00:33il faut que le RN change la constitution.
00:36Le recours à l'article 11 lui permettrait de soumettre son projet directement aux électeurs par référendum,
00:41sans devoir passer par le marlement avec un Sénat qui n'aura pas à sa main en 2027, ce serait
00:46impossible.
00:47Mais pour Richard Ferrand, cette hypothèse est inadmissible,
00:51car on ne peut pas modifier la constitution par référendum.
00:55Je le cite,
00:55« Vouloir réformer la constitution par l'article 11, ça n'existe pas, c'est l'article 89, il n
01:00'y a pas de débat ».
01:02Alors d'abord, on peut s'étonner que le président du Conseil constitutionnel s'exprime publiquement
01:06pour décréter à l'avance qu'il n'y a pas de débat juridique, avant même toute saisine officielle.
01:11Ensuite, il est faux de dire que ça n'a jamais existé, il y a eu un précédent historique, et
01:15pas des moindres.
01:16En l'occurrence, le général de Gaulle, 1962, il passe outre le Parlement pour faire voter par référendum l'élection
01:22du président de la République au suffrage universel.
01:24Tout à fait, de Gaulle décide de passer par l'article 11 pour provoquer un référendum,
01:28car il sait très bien que le Sénat fera obstacle à sa réforme.
01:32C'est un séisme politique et juridique.
01:34Les juristes crient à la violation de la Constitution.
01:37Gaston Monnerville, président du Sénat, dénonce une forfaiture.
01:40François Mitterrand envoie l'illustration du coup d'État permanent.
01:44On annonce la mort de la République, la dérive autoritaire, le retour du césarisme.
01:48Et qu'arrive-t-il ? Eh bien rien.
01:50Les Français votent pour, la République survit,
01:52et l'élection du président au suffrage universel devient l'un des piliers de notre démocratie.
01:57Alors le général de Gaulle serait sans doute accusé aujourd'hui de piétiner l'État de droit,
02:01et on imagine sans peine Richard Ferrand censurant de Gaulle au nom de la Constitution que celui-ci avait lui
02:07-même fondée.
02:08Tout le monde aujourd'hui se dit gaulliste, célèbre le film La bataille de Gaulle d'Antonin Baudry,
02:13mais qualifie d'apprenti dictateur quiconque veut appliquer ses méthodes et redonner la parole au peuple.
02:19Richard Ferrand a même eu cette phrase lapidaire,
02:22« N'est pas de Gaulle qui veut ».
02:23On pourrait lui rétorquer, « N'est pas Jean Moulin qui veut ».
02:27Et se donner des allures de résistant face à une menace autoritaire imaginaire,
02:31ne masquera pas le fait qu'il n'a aucune légitimité pour dicter la politique que veut se donner la
02:36nation.
02:36Alors ça pourrait paraître une querelle juridique, éloigner des préoccupations des citoyens,
02:40mais selon vous en fait c'est essentiel ?
02:42Bien sûr, parce que que nous dit Richard Ferrand ?
02:44Que le Parlement peut changer la Constitution, mais pas le peuple.
02:47Lors d'une conférence, il a précisé sa pensée, je le cite,
02:50« Face à des enjeux complexes, une demande populaire grandit,
02:54celle de réponses simples, rapides, immédiates.
02:57Or, la démocratie n'est pas une machine à produire des réponses miraculeuses.
03:01On aura compris la leçon, le peuple est trop impatient pour être souverain,
03:05et les citoyens trop simplistes pour décider de leur destin.
03:08La démocratie n'est plus le gouvernement du peuple,
03:11mais celui de mandarin en chambre,
03:13chargé de protéger les institutions contre les emballements de la volonté populaire.
03:17Drôle de conception de la démocratie,
03:19où le premier devoir des gouvernants serait de se méfier des gouvernés.

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