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##GENERATION_BERCOFF-2026-10-16##

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News
Transcription
00:0113h-14h, Sud Radio, Génération Bercoff, André Bercoff, Céline Alonso.
00:08Méfisez la science et dominez le temps, France socialiste, puisque tu existes, tout devient possible ici et maintenant.
00:20Mes camarades, c'est la camarade Céline Alonso que vous allez entendre maintenant.
00:24Vous avez entendu l'hymne du Parti Socialiste et maintenant c'est la camarade Céline Alonso.
00:29Et puis effectivement, changer la vie, c'était l'hymne du Parti Socialiste, André Bercoff, interprété et créé par Herbert
00:36Pagani et ce, en 1977.
00:39Et cette année, ça faisait déjà 6 ans que Mitterrand était premier secrétaire du PS, André.
00:45Alors vous l'avez bien connu dans les années 80, sa vie, on peut le dire, a été d'une
00:49complexité rare, André, entre secrets, non-dits et zones d'ombre.
00:54Qui était-il vraiment ? Vous allez nous le raconter sur Sud Radio aujourd'hui, André.
00:57Oui, n'exagérons pas Céline, il y a aussi des zones de lumière, il y a eu des zones de
01:00lumière.
01:01Alors Mitterrand, évidemment, vous savez, c'est très simple.
01:04D'ailleurs, un petit truc, les gens qui l'aiment bien, enfin en tout cas, qui l'apprécient, qui le
01:08considèrent, l'appellent Mitterrand.
01:10Et quand vous voulez savoir si quelqu'un a détesté Mitterrand, vous l'écoutez, il dira Mitterrand.
01:15Il ne dira jamais Mitterrand, il dira Mitterrand.
01:18Ça, vous ferez. Faites le test autour de vous, vous allez voir.
01:22Après Mitterrand, oui, ça a été un chapitre étonnant de l'histoire de France, il faut le dire, dans toutes
01:28ses zones et dans toutes ses contradictions.
01:30Et c'est ça qui est passionnant.
01:31On ne va pas tout vous raconter aujourd'hui, il faudrait 16 heures.
01:34On va vous raconter effectivement cette espèce de parcours de vie.
01:38Et puis, comment je l'ai connu et comment, effectivement, j'ai été amené à côtoyer un certain nombre d
01:44'épisodes de sa vie.
01:46Mais c'est quelqu'un de passionnant, en tout cas, avec une culture extraordinaire, avec effectivement un parcours sinueux, on
01:54peut le dire, mais vraiment qui vaut le coup.
01:57Alors, accrochez-vous, mettez-vous, prenez ce que vous voulez, mais écoutez, écoutez bien.
02:03Eh oui, le 26 octobre prochain, il aurait eu 110 ans, alors qui était vraiment ce paradoxal héros de la
02:13gauche ?
02:14Que reste-t-il aujourd'hui, effectivement, de son règne ?
02:16Parce qu'il a régné, effectivement, longtemps sur la France.
02:19Eh bien, on va tout vous raconter dans un instant sur Sud Radio.
02:2413h-14h, Sud Radio, Génération Bercoff, André Bercoff, Céline Alonso.
02:29Il a son beau chapeau, il a son long manteau, il a son chien, le brave, le gros qui bave,
02:44il a le regard des sages, il est la force, tranquille, soeur.
02:51Eh oui, Renaud, André Bercoff, qui rend hommage à Mitterrand, dont la vie, il faut le dire, a été intensément
02:57romanesque.
02:58Il n'est pas né à gauche et encore moins socialiste, André.
03:01Et dans sa jeunesse, eh bien, il a été à la droite de la droite.
03:05Alors, comment la personnalité complexe, effectivement, de ce personnage hors du commun, André, s'est-elle forgée ?
03:11Oui, alors, je l'ai dit, effectivement, d'ailleurs, c'est intéressant, le portrait qu'en fait Renaud, il fait,
03:17vous savez, il s'était habillé à la bloum, le chapeau, l'écharpe, le manteau, etc.
03:22Oui, c'est quelqu'un d'extraordinairement complexe, mais qui a compté et qui a fait beaucoup, alors, pour le
03:27meilleur, et d'autres diront pour le pire, dans l'histoire de France.
03:30Mais c'est très intéressant parce qu'il a commencé, effectivement, il a commencé à être dans la droite nationaliste
03:37catholique et républicaine de 18 à 31 ans.
03:40Il est né en 1916 dans une famille bourgeoise, conservatrice et catholique pratiquante, institution religieuse à Angoulême.
03:47Ensuite, à Paris, chez les pères Maristes du 104 de la rue de Vosgirard, faculté de l'État et des
03:53droits, ainsi qu'à l'École libre de sciences politiques, dont il sort diplômé en juin 1937.
03:59On le voit dans une photo restée célèbre. Il a, quoi, 17 ans, 18 ans, et il est en train
04:08de participer à une manifestation, on l'en connaît très bien, c'est déjà Mitterrand,
04:11une manifestation d'action française, effectivement, contre la gauche, contre le Front populaire, etc., etc.
04:19Il n'était vraiment pas du tout là.
04:22Et il a été... Alors, on dit qu'il a été dans les croix de feu, volontaire nationale, etc.
04:28Donc, il a été, effectivement, il a été élevé au sein de la droite, de la droite nationaliste, morassienne, etc.
04:40Et ensuite, Hélène, ça a bougé.
04:42Et oui, ça a bougé en septembre 1939. Il est mobilisé en juin 1940. Il est capturé par les Allemands
04:48en Lorraine, où il était, donc, sous-lieutenant de réserve.
04:52Dix mois, dix-huit mois après, eh bien, il s'évade et il rejoint le régime de Vichy.
04:56Racontez-nous comment il est passé, donc, de prisonnier à pétainiste.
05:00Alors, écoute, il y a des zones d'ombre là-dedans. On sait qu'il a fait trois tentatives d
05:05'invasions.
05:06Et il était dans un stalag. Ce n'étaient pas les camps. Ce n'étaient pas ni les camps de
05:10concentration, ni quoi que ce soit.
05:12Il était dans un stalag comme prisonnier. Et il s'est évadé. Voilà, la troisième fois, il s'est évadé.
05:19Et il a réjoint, il faut dire, le régime de Vichy. Et c'est là où il y a eu
05:23toute cette zone qui est, jusqu'à aujourd'hui,
05:29abondamment discutée, contestée, pas contestée dans la réalité. Mais évidemment...
05:34Quel rôle il a joué, justement, dans ce régime de Vichy, alors ?
05:39Alors, il a été au service de documentation de la Légion des combattants, puis au commissariat au reclassement des prisonniers
05:45de guerre.
05:46À Vichy, dans le régime de Vichy. Et c'est là où, effectivement, il y a cette fameuse photo, qui
05:54date du 15 octobre 1942.
05:56Très important, où il est photographié lors d'une audience accordée à Pétain.
06:00Eh bien, on le voit, cette photo-là est devenue célèbre, parce que l'écrivain Pierre Péan, en 95, a
06:08publié son livre
06:09« Une jeunesse française » et la couverture, eh bien, via V. Mitterrand et Pétain.
06:14Et ce qui est très intéressant, c'est que cette photo, il faut le raconter là, est restée absolument sous
06:21le manteau.
06:22Ça a circulé auprès d'une certaine élite, ou d'un certain milieu, mais personne ne l'a jamais publié.
06:28Oui, ça a été un secret d'État pendant 52 ans, André Bercoff, c'est incroyable.
06:33C'est énorme. À l'époque, vous imaginez, à l'époque, qui pouvait avoir un secret d'État, à l
06:38'époque des réseaux sociaux, aujourd'hui, n'en parlons pas.
06:40Mais à l'époque, c'est resté. Alors, ça a circulé énormément, et effectivement, il a été... Alors, c'est
06:46très intéressant,
06:48parce qu'il ne s'est pas contenté d'un rendez-vous avec Pétain.
06:52Au printemps 1943, il a été décoré de la francisque par le maréchal Pétain, c'est-à-dire la légion
07:01d'honneur de l'État français pétainiste.
07:04Il a eu la francisque, et il faut que je vous raconte là quelque chose, avant que vous ne parliez
07:09du reste.
07:10C'est qu'en 1971, Bitterrand venait de reprendre le Parti Socialiste, la direction du nouveau Parti Socialiste.
07:18Eh bien, le journal Le Crapouillot, qui n'existe plus, c'est un trimestriel très connu, très très polémique,
07:25publie la liste complète des titulaires de la francisque de Pétain.
07:29La liste complète, d'ailleurs, il y avait deux Giscard d'Estaing, pas Valéry Giscard d'Estaing,
07:33mais je crois que son père et son frère, il y avait Renaud, il y avait d'autres, et il
07:36y avait François Mitterrand.
07:38Donc, en 1971, un journal publiquement, il était public, il était vendu en kiosque,
07:45publie la liste des titulaires de la francisque avec François Mitterrand.
07:49Et ça a été complètement couvert, en tout cas, vous voyez, ça ne l'a pas empêché de prendre le
07:55Parti Socialiste,
07:56de devenir président de la République, etc.
07:58Et oui, alors justement, André Bercoff, comment vous expliquez ?
08:02Parce que déjà, dès les années 50, effectivement, l'insulte Francisque Mitterrand bruissait à l'Assemblée nationale.
08:09En 59, il y a même le journaliste Jacques de Rogy qui avait publiquement sommé Mitterrand de rendre la francisque.
08:17Pourquoi la droite, effectivement, n'a jamais utilisé cette arme ?
08:21De Gaulle, notamment, lors de la présidentielle de 1965, pour l'abattre ?
08:25C'est De Gaulle, parce que De Gaulle, justement, notamment, n'a jamais voulu.
08:30Vous savez, quand Mitterrand s'est présenté contre De Gaulle en 1965, on va en reparler,
08:35aux présidentielles de 1965, des partisans du général, de l'entourage général, ont dit,
08:40écoutez, il faut absolument que vous sortiez cette photo de Mitterrand avec Pétain et de la francisque.
08:46Et le général De Gaulle a dit, je ne mange pas de ce pain-là, je ne veux pas utiliser,
08:49vous imaginez, la hauteur du personnage, je parle de De Gaulle, il a dit, je ne veux pas utiliser cette
08:54arme-là.
08:55Non, non, parce qu'un jour, effectivement, Mitterrand peut occuper des hautes fonctions,
08:59et je ne veux pas jouer de là.
09:00Donc, c'est resté en théorie.
09:02Oui, il a dit exactement, De Gaulle a dit, je ne ferai pas la politique des boules puantes.
09:06Voilà, exactement.
09:07Lui, ce n'était pas son style.
09:09Depuis, la politique des boules puantes, comme vous le savez, est devenue institutionnelle,
09:14aujourd'hui, dans les merdias, dans certains merdias.
09:17Et De Gaulle, à l'époque, disait de Mitterrand, André, qu'il était un arriviste, un impudon et une arsouille.
09:22Enfin, disons que De Gaulle n'aimait pas du tout Mitterrand.
09:24Mais pour vous dire, c'est très intéressant, cette période-là,
09:27et il y a eu ensuite l'épisode de René Bousquet, pour en parler.
09:31Oui, c'est ça, exactement.
09:32Alors, l'épisode de René Bousquet, pardon, c'est très différent.
09:34Chef de la police, effectivement, de Vichy, qui a organisé la rafle du Veldivre.
09:43Voilà, de juillet 1942.
09:45Mais, il faut le dire aussi, ce n'est pas à ce moment-là que Mitterrand.
09:48Mitterrand ne l'a pas connu quand il était à Vichy.
09:50Mitterrand l'a connu en 1949.
09:53Mais, en 1949, il était à Banque de Suez, etc.
09:56Donc, après son acquittement ?
09:57Quoi ?
09:58Après l'acquittement, effectivement, par la haute cour...
10:00Vous voulez dire le non-lieu de René Bousquet ?
10:02Oui, absolument.
10:03Il l'a connu, il était à la Banque, je crois, je ne veux pas me tromper, à la Banque
10:07de Suez.
10:08En tout cas, il l'a connu là.
10:10Mais ce qui est très intéressant, vraiment.
10:12Dans Mitterrand, je vous dis, ses parcours sont très compliqués.
10:15Je me rappelle, parce qu'il faut en parler de René Bousquet,
10:18j'étais à L'Express, en 73 ou 74,
10:24arrive un écrivain, une écrivaine, une femme,
10:28qui écrivait un livre, la biographie de René Bousquet.
10:31Et elle va voir, effectivement, le chef des archives photographiques de L'Express,
10:39Manuel Bidermannas, fils de déporté, d'ailleurs.
10:43Et il dit, écoutez, est-ce que je peux regarder des photos de Mitterrand, etc.
10:47Et il avait beaucoup photographié Bidermannas, avait beaucoup suivi Mitterrand.
10:52Et je rappelle, c'était en 74, donc il était au parti...
10:55Enfin, il est président du parti sous-nationaliste, mais à 7 ans des présidentielles.
10:59Et on regarde les photos.
11:01Je vous rappelle, j'étais avec lui.
11:02Et à un moment donné, la fille regarde, il y a, c'est René Bousquet.
11:08Et c'était une photo dans la petite cuisine de Laché.
11:12Donc, il ne recevait que les intimes là-bas.
11:14Et il y avait sa femme, il y avait...
11:17Je ne sais pas si Roger Hanin était là, il y avait son beau-frère, etc.
11:20Et elle dit, c'est René Bousquet.
11:22Et je me rappelle que Bidermannas a pas dit, a changé de tête.
11:26Il a dit, mais ce n'est pas possible.
11:27Mitterrand fréquente Bousquet à Laché.
11:29Il le reçoit à Laché, dans les Landes.
11:32Il dit, oui, mais c'est René Bousquet.
11:33Et effectivement, cette photo aussi est sortie après.
11:37Donc, vous voyez, c'est très, très compliqué.
11:38Et si les réseaux sociaux avaient existé en 1981, André Bercoff,
11:43est-ce que Mitterrand aurait été élu président de la République ou non ?
11:47Écoutez, on ne peut pas faire spéculation, mais franchement, je ne vois pas comment.
11:51Imaginez un peu, les réseaux sociaux aujourd'hui, X, TikTok et compagnie,
11:55passant par des milliers, la photo de Mitterrand avec Pétain.
11:59C'est-à-dire, l'homme de la gauche, l'homme de l'union de la gauche,
12:03l'homme du socialisme, l'homme du progressisme, l'homme de l'antifascisme.
12:08On le voyait avec René Bousquet et on le voyait, et surtout avec Pétain.
12:15Donc, selon vous, est-ce qu'il aurait perdu cette élection ou pas ?
12:19Je pense que oui, je pense que oui.
12:20À l'époque, en 1981, oui.
12:23Parce qu'il y avait quand même un rejet du président sortant, quand même.
12:27Il y avait un grand rejet du président sortant, mais ce n'est pas le problème.
12:29C'est qu'attendez, il personifiait la gauche.
12:31Il faut bien comprendre ce que c'était.
12:33La gauche avait le monopole culturel.
12:36D'ailleurs, elle l'a encore.
12:38C'était vraiment, la gauche avait la culture, avait tout cela.
12:43Et c'était, attendez, c'était l'antifascisme.
12:45Et c'est normal.
12:46On était tous antifascistes et on est toujours tous antifascistes, etc.
12:50Donc, c'était ça, la gauche de Mitterrand.
12:53Et on le voit.
12:55Donc, à l'atche, dans sa cuisine, avec René Bousquet.
12:58Vous y meniez ce que ça veut dire, ça ?
13:00En même temps, André Bercoff, Mitterrand était quand même un communicant hors pair.
13:05Et derrière lui, à l'époque, en 1980, il avait quand même une jeunesse très impressionnante
13:09qui aurait sans doute mené une campagne contre-offensive.
13:13Le communiquant ou pas communiquant, un produit qui se serait vu avec Pétain, ça n'aurait
13:20pas marché.
13:20Vous savez, ça va jusqu'à un certain point.
13:22Ça, je ne crois pas du tout.
13:23De toute façon, on ne va pas spéculer là-dessus.
13:25Mais ce qui est intéressant, c'est que quand on a su, même dans 86, quand les photos
13:32sont sorties, ils disent qu'il a reçu en 86.
13:35Non, non, non.
13:36Dans l'île Pierre Péhan, c'était la photo de Mitterrand et Pétain.
13:40Je vous parle de Mitterrand avec René Bousquet.
13:43Il l'a reçu.
13:44Il l'a reçu à l'atche, chez lui, pas seulement à l'Elysée.
13:46Il l'a reçu plusieurs fois, il paraît, à l'atche.
13:48Bien sûr.
13:49Et simplement, quand on l'interrogeait là-dessus, pas moi qui l'interrogeais, mais
13:53j'ai des amis qui l'ont interrogé, il dit, mais comment vous recevez René Bousquet ?
13:57Il a dit, jeune homme, vous ne savez pas de quoi vous parlez.
14:00René Bousquet a sauvé beaucoup de gens, y compris les Juifs, pendant l'occupation.
14:05C'est ce que disait Mitterrand.
14:06Il disait, écoutez, et il avait ça, Mitterrand, une espèce de culte de l'amitié.
14:10Alors, je ne sais pas ce qui s'est passé entre eux.
14:12Il n'empêche que c'était quand même des...
14:16Vous voyez, c'est ça aussi, Mitterrand, c'est des temps très compliqués.
14:19Il allait à Jérusalem aussi.
14:22Il vantait un certain nombre de gens et d'amis qu'il avait du côté d'Israël.
14:27Mais en même temps, il y avait cette espèce d'ombre et de lumière tout à fait étonnant
14:33et qui a fait qu'il a remporté, on va en parler, la victoire présidentielle, au bout de combien de
14:40temps ?
14:40Et oui, mais vous, André Bercoff, justement, est-ce qu'il a continué vraiment à vous fasciner
14:45quand vous avez vraiment découvert sa façon ?
14:47Non, mais moi, je n'ai jamais été Mitterrand-Dolâtre.
14:49Mais j'ai été fasciné par le personnage, oui, comme beaucoup.
14:53Pourquoi ? Parce qu'il avait une culture immense, parce que c'était un type qui voyait en long terme.
14:57Écoutez, on l'a laissé trois fois baignant dans son sang.
15:01L'affaire des piastres, l'affaire de l'Observatoire,
15:04l'affaire, effectivement, après un certain nombre d'affaires.
15:09L'Algérie, on va en parler après.
15:11Eh bien, je vais vous dire, il a non seulement survécu, mais il a gagné.
15:14Et rappelez-vous, il est resté 14 ans, il ne faut pas oublier.
15:17Il a fait deux septennats à Mitterrand.
15:19Et donc, il avait cette espèce de force, de caractère, de force d'esprit,
15:25de savoir admirablement manœuvrer.
15:29Et il savait admirablement manœuvrer.
15:31Et manœuvrer, et attendez, il avait le culte de l'amitié.
15:35Je vais vous raconter juste une histoire, une anecdote.
15:37Un jour, je suis chez Roger Quilliot, qui était le maire de Clermont-Ferrand.
15:41On discutait, je crois, je ne sais pas quel journal.
15:45Et puis, à un moment donné, le téléphone sonne.
15:46Il dit, ah, c'est le président Mitterrand.
15:48Il voulait que je m'en...
15:49Il dit, non, non, non, restez.
15:51Ah, oui, oui, merci, président.
15:52Oui, merci, président.
15:54Oui, oui, elle va bien, elle va bien.
15:55Je lui dis, mais qu'est-ce qu'il y a ?
15:56Il lui dit, imaginez-vous que le président Mitterrand a pris sur lui le temps
15:59de m'appeler pour savoir comment allait ma cousine qui avait eu un accident.
16:03Et là, tu imagines, le président m'appelle pour savoir s'il y avait eu un petit accident
16:08de voiture pas trop grave et il demandait des nouvelles.
16:10C'est ça aussi, Mitterrand.
16:12Vous voyez, les zones d'ombre et les zones de lumière.
16:14Et oui, alors, parmi les zones d'ombre, André Bercoff, il y a eu, il faut le dire,
16:18la guerre d'Algérie.
16:20Mitterrand a été, pendant la guerre, il a été ministre de la justice.
16:26Il a été, il faut le dire, un guillotineur.
16:29Dans 45 affaires de condamnation, il a refusé la grâce dans 80% des cas.
16:36Comment vous expliquez, cet homme a aboli la peine de mort 27 ans plus tard.
16:41Après, comment vous expliquez cela de lui, André ?
16:43Eh bien, écoutez, vous soulevez un très bel exemple des contadictions de Mitterrand.
16:49Mais Mitterrand, il peut dire comme ça, oui, mais écoutez, en 20 ans, j'ai changé d'avis.
16:54Mais il faut se rappeler que quand Mitterrand était ministre de l'Intérieur
16:57et puis ministre de la justice, au début de la guerre d'Algérie,
17:00il a été en 64, 65, 66, dans le gouvernement de Guimollet,
17:05il était Algérie française.
17:06Il faut le savoir, il était totalement Algérie française.
17:10Comme la majorité des politiques de l'époque.
17:12Comme la majorité, comme beaucoup de politiques de l'époque, effectivement.
17:16Et il a, donc, 54, 56, c'est ça.
17:20Et il a, effectivement, envoyé à la mort un certain nombre d'Algériens
17:24qui avaient commis des crimes, enfin, etc.
17:27La peine de mort, il a lui-même appliqué au moins une vingtaine de fois.
17:31Ou il l'a fait appliquer, pardon, au moins une vingtaine de fois.
17:34Ça fait partie de ces contradictions de Mitterrand.
17:37Mais selon vous, c'est quoi ?
17:38C'est faute politique, raison d'État ?
17:40Je pense à l'affaire, effectivement, Fernand Hiveton.
17:44Ou ambition démesurée ?
17:45Parce qu'il avait une sacrée ambition, Mitterrand.
17:47Il avait une ambition démesurée.
17:49À l'époque, il pensait cela.
17:50Mais encore une fois, je ne veux pas me faire son avocat.
17:52Mais il ne faut pas oublier, quand même,
17:54que l'histoire de la peine de mort,
17:56si on avait fait un référendum, donc, en 1981,
17:59au moment où Robert Badinter, qui était son ministre de la Justice,
18:03a plaidé, a obtenu à l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort.
18:07Il ne faut pas oublier qu'à l'époque,
18:09s'il y avait eu un référendum en France,
18:11eh bien, une majorité de Français très nette
18:13se seraient prontés pour la continuation de la peine de mort.
18:17Donc, il a vraiment pris sur lui de faire ça.
18:19Bon, écoutez, il a changé ou pas.
18:21En tout cas, ça fait partie, je pense, qu'il a vraiment changé.
18:25Je pense qu'il y croit.
18:25Je ne pense pas que c'est uniquement par opportunisme politique.
18:30Mais l'opportunisme, il l'avait.
18:32C'est-à-dire que c'était d'abord un politique et un politique.
18:34Donc, à quoi il pense ?
18:35Mais je pense que certains experts ont dit
18:38qu'il avait regretté l'affaire, effectivement,
18:40Fernand Hifton, ce fameux pied-noir anticolonialiste,
18:42effectivement, qui avait été exécuté, effectivement.
18:45Oui, mais ce n'est pas là-dessus qui a changé, Céline.
18:47Certains experts le disent, André Bercoff.
18:49En revanche, vous avez parlé, il y a un instant, effectivement,
18:51de l'affaire de l'Observatoire.
18:53Effectivement, quel est votre avis sur cette affaire ?
18:56L'affaire de l'Observatoire, il faut le raconter.
18:58C'était un moment où il avait la traversée du désert.
19:01Alors, c'était en 59.
19:03En 59, effectivement, il n'était plus ministre, etc.
19:08Il sort de chez Libs, sa voiture.
19:10Alors, il prend sa voiture pour rentrer chez lui, rue de Bièvre.
19:14Alors, la voiture est mitraillée, il a juste le temps d'en sortir
19:17pour se jeter dans le charnin de l'Observatoire.
19:19Et alors, on a raconté, oui, Mitterrand, victime d'un attentat.
19:23Et on se disait, ce n'est pas possible.
19:24Et après, il s'est fait qu'un certain Pesquet,
19:27un ancien député de l'extrême droite,
19:28a dit qu'il avait monté cette affaire avec Mitterrand,
19:33avec la complicité de Mitterrand,
19:34pour que ce Mitterrand se pose en victime.
19:36Alors, l'histoire est restée très, très, très, très controversée.
19:40Mais il se fait que Mitterrand, ça a très mal joué.
19:42Quand il y a eu ce témoignage de Pesquet avec une lettre antidatée,
19:46ça a très, très mal joué Mitterrand.
19:48Et franchement, beaucoup de gens à l'époque...
19:49Il aurait vraiment, vous pensez qu'il a pu simuler son enlèvement en cette année ?
19:53Je ne sais pas. Honnêtement, je ne peux pas l'affirmer.
19:55Je n'ai aucune preuve.
19:57Mais incontestablement, ça lui a valu.
20:00Il était, je me rappelle très bien, à l'époque,
20:02j'avais 19 ans, 18 ans, j'étais encore au Liban.
20:07Mais je me rappelle très bien qu'on disait, ce Mitterrand, il est fichu.
20:10Vous voyez, même là-bas, on disait, il était mort.
20:14Eh bien, il n'était pas mort du tout.
20:15Et la preuve, il l'a montré.
20:17Eh oui, il l'a montré, effectivement.
20:18Et il faut rappeler, effectivement, il s'est présenté, effectivement,
20:20face à De Gaulle en 1965.
20:24Effectivement, donc, il a mis De Gaulle en ballottage au premier tour.
20:27Et au second tour, il a perdu, mais avec 44,80% des voix.
20:33Un score élevé.
20:34Non, mais alors, justement, c'est très intéressant,
20:37parce qu'on va en parler de cela.
20:39C'est qu'il avait un petit parti de rien du tout, Mitterrand.
20:43Ce n'était pas le parti socialiste.
20:44Il arrive en 1965, donc 20 ans après la libération,
20:50ou la fin de la guerre, de la Seconde Guerre mondiale,
20:54il arrive à représenter le camp de gauche.
20:56Et on a parlé de Pétain, on a parlé de Bousquet, on a parlé de Cousin.
20:59C'était le candidat unique de la gauche.
21:00Oui, le candidat unique de la gauche.
21:02Il arrive à représenter le camp de la gauche.
21:04C'est là où, quand même, on ne peut pas dire,
21:05allez, chapeau, il est très fort.
21:07Quel que soit ce qu'on peut penser de lui,
21:09c'est Houdini, c'est le magicien.
21:12Il ne sort pas le lapin du chapeau, il sort les urnes du chapeau.
21:15Il peut le faire.
21:16En 71, Mitterrand a fait un véritable hold-up politique,
21:20André Bercoff, en prenant la tête du parti socialiste.
21:23On va tout vous raconter dans un instant sur Sud Radio.
21:2713h-14h, Sud Radio, Génération Bercoff, André Bercoff, Céline Alonso.
21:34De retour sur Sud Radio pour parler des années Mitterrand.
21:37Alors André Bercoff, l'année 1971 a été un tournant majeur dans sa carrière.
21:42À ce propos, écoutons un extrait du discours qu'il a prononcé
21:45lors du congrès du PS à Épinay-sur-Seine.
21:48C'était le 13 juin 1971.
21:52Celui qui n'accepte pas la rupture,
21:56la méthode, ça passe ensuite.
21:59Celui qui ne consent pas à la rupture,
22:01avec l'ordre établi,
22:03politique, ça va de soi, c'est secondaire,
22:06avec la société capitaliste,
22:09celui-là, je le dis,
22:12il ne peut pas être adhérent du parti socialiste.
22:18André Bercoff, il faut le dire,
22:19Mitterrand, ce jour-là, a réalisé une OPA magistrale sur la gauche.
22:23Moi, c'est ça, quoi je pense.
22:24Et regardez comment se passe la chute des niveaux.
22:28Alors Mitterrand, formidable,
22:30il dit celui qui ose, ose, effectivement,
22:32n'accéder pas à la rupture avec l'ordre capitaliste.
22:35Il ne peut pas être adhérent du parti socialiste.
22:37« Ouais ! »
22:39Et vous vous rappelez, quand même,
22:41allez, attendez, 71, vous dites,
22:43eh bien, c'était 2011,
22:45donc ça fait 40 ans plus tard,
22:47un certain François Hollande disait,
22:50« Mais mon ennemi, mon véritable ennemi n'a pas de visage,
22:54c'est la finance. »
22:55Vous voyez, il a repris 40 ans plus tard,
22:57les mêmes mots, pratiquement,
22:59« Mon autre ennemi, c'est la finance »,
23:02disait-il au Congrès, voilà, en 2011.
23:04Donc, effectivement, oui, oui, absolument,
23:07merveilleux, c'est-à-dire,
23:08c'est ça, Mitterrand aussi,
23:09il pouvait être ami avec tout le monde,
23:11et puis, attention, hein,
23:13le capitalisme, c'est fini !
23:15Et c'est là où il y a eu,
23:16on va en parler,
23:17la grande peur des bien-pensants, Céline.
23:20Eh oui, mais justement,
23:21alors, racontez-nous,
23:22comment de 71 à 81,
23:25pendant 10 ans,
23:27il a tracé son chemin vers la victoire de 81,
23:30comment, justement,
23:30cette montée de la gauche est-elle faite, André Bercoff ?
23:33Eh bien, d'abord, cette montée de la gauche,
23:34je peux le rappeler encore une fois,
23:35et le dire,
23:36la gauche, culturellement,
23:38elle était très forte.
23:39La gauche dans les universités,
23:41la gauche des artistes,
23:42la gauche des créateurs, etc.,
23:45il n'y avait aucun problème.
23:46Vous savez, la phrase qu'on disait toujours,
23:48c'était,
23:49il vaut mieux avoir tort avec Sartre
23:50que raison avec Aron.
23:52Raymond Aron,
23:53eh bien sûr, le grand...
23:54Eh bien, c'était ça,
23:55la droite était là, bien sûr,
23:56mais la droite,
23:57c'était la droite qui était là,
23:59qui se recoquevillait.
24:01Alors, elle avait le fric, elle.
24:02La gauche avait moins le fric,
24:03il faut le dire,
24:04mais elle avait le pouvoir culturel.
24:06Et donc, il a très, très bien joué,
24:08il s'est allié.
24:09Alors, on ne va pas rentrer dedans,
24:10parce qu'il faudrait en parler pendant 3 heures,
24:12avec Pierre Moroy,
24:13avec Chevènement, etc.
24:15Il a renversé la direction sortante,
24:18il a su manœuvrer formidablement,
24:21il a unifié les différentes sensibilités,
24:24il a fait une stratégie de rupture,
24:26la rupture avec le capitalisme,
24:28conditions idéologiques,
24:29voilà, la vieille SFIO,
24:30on l'envoyait en l'air.
24:31Parce que la gauche était vraiment morcelée
24:33quand il a pris le...
24:34Oui, c'est-à-dire que le Parti Socialiste
24:36était un peu,
24:37il faut bien le dire,
24:38un peu subclaquant,
24:39avec des courants, etc.
24:40Et attention,
24:42à l'époque,
24:42le Parti Communiste,
24:44Georges Marchais,
24:44était beaucoup plus fort
24:45que le Parti Socialiste.
24:47C'est là, quand même,
24:48le coup de maître de Mitterrand,
24:50il a su renverser la vapeur,
24:52et il faut le dire,
24:53il a plumé ensuite
24:54la volaille communiste
24:55de façon absolument formidable.
24:58C'est ce qu'il a su faire,
25:00il savait faire.
25:00Donc, il prend le pouvoir,
25:02il est le premier secrétaire,
25:04il transforme une partie de notable
25:05avec une machine de guerre remontable,
25:08rupture à capitalisme,
25:09attention,
25:10terminer les puissances d'argent,
25:12tout ça,
25:12terminer les nationalisations,
25:15etc.,
25:15retraite,
25:16on va en parler,
25:16retraite à 60 ans,
25:18voilà, c'est fini,
25:19le peuple va prendre le pouvoir.
25:20Oui, il a vraiment fait basculer
25:21l'histoire du Parti.
25:23Totalement,
25:24il l'a même changé,
25:25complètement,
25:25et union avec le Parti Communiste,
25:27c'est là ce qu'on appelle
25:28le programme commun
25:29avec le Parti Communiste
25:31de Georges Marchais
25:32et les radicaux de gauche
25:33de Fabre,
25:35de Robert Fabre.
25:37Oui, ce qui a ancré la gauche,
25:38il faut le dire,
25:39dans une dynamique
25:40vraiment d'alternance
25:41face au gouvernement gaulliste.
25:42C'est-à-dire,
25:43on disait,
25:44voilà,
25:44on a un parti,
25:45on a vraiment l'union de la gauche,
25:49il a joué l'union de la gauche
25:50face à la droite,
25:51et il y a Giscard Dessin,
25:53le représentant de la finance,
25:54des capitalistes,
25:55etc.,
25:55et puis il y a nous
25:56qui allons transformer
25:57effectivement la France,
25:59et on la fera passer
26:00de l'ombre à la lumière.
26:01Et oui,
26:02alors le 10 mai 1981,
26:04il devient donc
26:05premier président socialiste
26:06de la Vème République.
26:08Lors du premier tour,
26:09ils étaient dits candidats,
26:11André Bercoff,
26:11certains,
26:12eh bien,
26:13faute de paranage,
26:14ont dû renoncer
26:15à cette campagne.
26:15ce fut le cas de Coluche
26:17qui lui avait annoncé
26:18sa candidature
26:19en octobre 80,
26:21souvenez-vous.
26:22J'ai peur,
26:22si vous voulez,
26:23que le régime de Giscard
26:24soit appelé
26:26à prendre de l'ampleur
26:27et que tout le monde
26:27crie vive l'ampleur.
26:29Alors,
26:29comme on a voté
26:30pendant 30 ans
26:31pour des gens compétents
26:32et intelligents,
26:32je propose aujourd'hui
26:33qu'on vote pour un imbécile
26:34qui n'y connaît rien,
26:35c'est-à-dire moi.
26:37Ma candidature
26:38est très sérieuse
26:38dans la mesure
26:39où j'ai plus de chances
26:41d'avoir des voix
26:43que les autres candidats
26:45qui se présentent,
26:45tout simplement.
26:46Il y a plus de gens
26:47qui sont censés adhérer
26:50à mon...
26:50À vos quoi, justement ?
26:52À mon programme.
26:52Quel programme ?
26:53À mon carrière de charge
26:54et de revendication
26:55que les autres.
26:57Alors,
26:57c'est quoi votre cahier
26:58de revendication ?
26:58Par exemple,
26:59il y a à peu près
27:0014% d'abstentionnistes
27:01en France
27:02si on compte les gens
27:02qui ne s'inscrivent pas.
27:04Or,
27:04au dernier sondage,
27:05par exemple,
27:05Michel Debré,
27:06il aurait 8%.
27:06Donc,
27:07il est quand même
27:07très très loin derrière.
27:08Très facile, ça.
27:09Très facile.
27:10À la limite,
27:10n'importe quel candidat
27:11peut réclamer
27:12les mêmes voix que vous.
27:13Oui, d'accord,
27:13mais personne ne le fait.
27:14C'est ça le problème.
27:15C'est que justement,
27:16les types pour qui je me présente,
27:17ils n'existent pas en politique.
27:19C'est-à-dire,
27:19tout le monde les prend
27:20pour rien, quoi.
27:21Et simplement,
27:22ce que je leur propose,
27:23c'est de renvoyer
27:23le compliment aux hommes politiques.
27:25André Bercoff,
27:26en 81,
27:26vous avez fait la campagne
27:27de Coluche.
27:28Comment vous vous êtes retrouvé
27:30dans cette aventure ?
27:31Alors, je lui raconte,
27:31d'abord,
27:32je connaissais bien Coluche,
27:33c'était un ami,
27:34et j'allais très très souvent
27:35rue Gazan,
27:36il habitait face au parc Montsouris,
27:37vous savez,
27:38il a une maison,
27:39et on se recevait,
27:40on faisait vraiment des fêtes
27:41et tout cela,
27:42et j'allais le voir souvent.
27:44Et,
27:45ils décident de se présenter,
27:47en rigolant,
27:47en disant,
27:48vous savez,
27:49les Français sont divisés en deux,
27:51et bien moi,
27:51je vais les faire plier en quatre.
27:53Et,
27:54il racontait,
27:54et,
27:55je vous raconte,
27:56je vous raconte,
27:56quand il a commencé à dire,
27:58je me présente,
27:59et je vais,
27:59je vais,
28:00tous les gens,
28:00les PD,
28:01les Arabes,
28:01les Juifs,
28:02et tout ça,
28:02tout le monde va voter pour moi,
28:03je vais voter le peuple.
28:05Baran,
28:05c'était le style Araki,
28:07Charlie Hebdo,
28:08de l'époque,
28:09je rappelle que nous sommes
28:10en 80-81.
28:12Et,
28:14il se présente,
28:15et je vous assure qu'à un moment donné,
28:17la presse du monde entier venait,
28:19je me rappelle,
28:19de conférences de presse,
28:20chez lui,
28:20de rue Gazan,
28:21où il y avait 40 journalistes
28:23qui étaient là,
28:24monsieur Coluche,
28:25qu'est-ce que vous voulez faire,
28:26etc.
28:27Mais est-ce que c'était la première fois,
28:28en quelque sorte,
28:29qu'un clown se présentait
28:30à une élection présidentielle en France ?
28:32Il y avait eu un certain Marcel Barbu
28:33dans la 4ème République,
28:35mais là,
28:35c'était vraiment,
28:36mais lui,
28:36il disait,
28:37il se présentait,
28:38et je vais vous dire,
28:39il y a eu des sondages,
28:40je me rappelle très bien,
28:4180-81,
28:43lui donnaient 10 à 12% des voix.
28:45Oui,
28:45il a même été jusqu'à 16%
28:47d'intention de vote
28:48dans les sondages,
28:49André Bercoff.
28:50Et du coup,
28:51je vais vous dire,
28:51les socialistes commençaient à s'inquiéter,
28:54les mitterrandistes,
28:54même,
28:55il dit,
28:55mais il va nous prendre des voix,
28:56lui,
28:56face à Giscard,
28:57il va nous prendre des voix.
28:58Oui,
28:58il a fait trembler l'Élysée
28:59pour résumer la situation,
29:01en quelque sorte.
29:02L'Élysée est arrivée,
29:03ils ont fait des tractations,
29:04ils ont négocié avec lui.
29:06Ils ont négocié avec lui,
29:07et ah oui,
29:08ça,
29:08je peux vous le dire.
29:09Négocier,
29:09c'est-à-dire,
29:09qu'est-ce que vous pouvez nous dire
29:10sur ces négociations ?
29:11Je ne sais pas ce qu'il y a eu
29:12comme négociation,
29:13je ne veux pas rentrer là-dedans,
29:15il y a eu peut-être des négociations,
29:17peut-être matérielles,
29:18je ne sais pas,
29:18pas qu'il a touché et tout ça,
29:20en tout cas,
29:21il a renoncé,
29:22et il y a eu,
29:23vous savez,
29:23son régisseur qui a été assassiné,
29:25ça n'avait rien à voir
29:26avec la campagne,
29:27et en tout cas,
29:28il a dit,
29:29je m'arrête là,
29:30et j'appelle à voter Mitterrand.
29:32Oui,
29:32mais vous,
29:32par exemple,
29:33André Bercoff,
29:33est-ce que vous avez été,
29:34donc,
29:35chercher des parrainages
29:36pour lui ?
29:36Racontez-nous.
29:37Bien sûr,
29:37avec des amis,
29:37nous sommes partis,
29:39je me rappelle,
29:40c'était dans la Creuse,
29:41on est partis voir des maires,
29:43parce qu'il fallait,
29:43vous savez,
29:44il fallait des signatures de maires.
29:45Et c'était déjà 500 à l'époque ?
29:47C'était absolument,
29:48je crois que c'était 500 à l'époque.
29:50Oui,
29:50c'était 500.
29:51Ça fait 45 ans,
29:53cette histoire,
29:53mais je me rappelle très,
29:55très, très bien
29:55que les maires disaient,
29:56ah oui,
29:56on l'adore Coluche,
29:57mais vous savez,
29:58c'est difficile,
29:59mais nous avons eu,
30:01nous avons eu trois signatures.
30:02On est partis un week-end,
30:04comme ça,
30:04et on a fait beaucoup de mairies de la Creuse.
30:07C'était très drôle,
30:08ces maires,
30:09voilà.
30:09Oui,
30:09mais c'était,
30:10pourquoi,
30:11à votre avis,
30:11ces maires ont renoncé ?
30:13Est-ce que c'était
30:13par peur
30:14ou par non-conviction ?
30:16je pense qu'ils pensaient
30:17que ce n'était pas très sérieux,
30:18tout ça,
30:19et qu'au fond,
30:20donc,
30:20ils disaient,
30:21oui,
30:21ils aimaient beaucoup Coluche,
30:22tout le monde le connaissait,
30:23bien sûr,
30:24mais ils disaient que ce n'était pas la peine.
30:26Donc,
30:26voilà,
30:26mais c'était très drôle.
30:27Mais l'atmosphère,
30:28je vous assure,
30:29Rugazan,
30:30quand on l'a vu,
30:31ça a duré quelques semaines,
30:33voire quelques mois,
30:34où Coluche se présentait,
30:36faisait 10 à 17%,
30:37je vous assure que ça a fait,
30:39effectivement,
30:40frissonner des gens.
30:41Oui,
30:41et pourquoi,
30:42justement,
30:43mars 81,
30:44il décide de se retirer
30:45de la campagne
30:47et de soutenir,
30:48donc,
30:48Mitterrand ?
30:49Je vous l'ai dit.
30:49Oui,
30:50mais pourquoi Mitterrand
30:51n'est pas un autre candidat à l'époque ?
30:53Parce que c'était entre Mitterrand et Giscard,
30:55il vit son corps penché à gauche,
30:57car Coluche n'était pas un type de droite.
30:59Tous les artistes,
31:00comme aujourd'hui,
31:01étaient vraiment à gauche,
31:02en fait.
31:03Tous,
31:03et tous étaient ralliés à Mitterrand,
31:05tous,
31:06pratiquement,
31:07à 95%,
31:09alors,
31:09peut-être pas Alain Delos,
31:11pas Brigitte Bardot,
31:12et encore...
31:13Non,
31:13vous savez,
31:14Mitterrand avait la quasi-totalité
31:16de l'élite culturelle,
31:18des culturelles et intellectuelles,
31:20et puis,
31:21vraiment,
31:21il se présentait,
31:22et on l'y croyait,
31:23comme la gauche,
31:24la véritable gauche
31:25qui va changer le pays.
31:27Plus de rupture,
31:27effectivement,
31:28oui.
31:29En tout cas,
31:29après sa victoire le 10 mai 81,
31:32face à Giscard,
31:32l'euphorie sera quand même de courte durée.
31:35André Bercoff,
31:36ce soir-là,
31:37Mitterrand a dit,
31:38il n'y a qu'un vainqueur,
31:39c'est l'espoir,
31:40il a promis la rupture.
31:42Alors,
31:42a-t-il vraiment rompu avec le capitalisme,
31:44ou juste réformé à la marge ?
31:46Nous allons tout vous raconter,
31:48dans un instant,
31:49sur Sud Radio.
31:5113h-14h,
31:52Sud Radio,
31:53Génération Bercoff,
31:55André Bercoff,
31:56Céline Alonso.
31:58On sait que ça peut être autrement,
32:02sans chômage,
32:04sans déprime.
32:05On sait qu'il existe autre chose,
32:08un chemin différent.
32:11On sait qu'on peut vivre autrement.
32:15Alors,
32:16qu'est-ce qu'on attend ?
32:20Oui,
32:21on veut que ça change maintenant.
32:24Eh oui,
32:25c'était l'hymne officiel
32:26de la campagne présidentielle
32:28de Mitterrand en 81,
32:29André Bercoff.
32:30Alors,
32:31cette volonté de changement
32:32des Français
32:33après 23 ans de droite,
32:35est-ce que c'était vraiment
32:35l'une des principales raisons
32:37de la victoire de Mitterrand ?
32:39Totalement,
32:39totalement.
32:40Il faut vraiment insister
32:41sur le fait,
32:42parce que je parle d'un temps
32:43que les moins de 40 ans
32:44ne peuvent pas connaître,
32:45c'était évident
32:47que beaucoup de gens
32:48pensaient vraiment
32:49que la vie allait changer,
32:50que ça allait être autre chose,
32:52qu'on avait eu effectivement
32:53De Gaulle
32:54avec un côté un peu serré,
32:56on en a parlé
32:56au moment de mai 68,
32:58etc.
32:58Puis on avait eu Pompidou,
33:00puis on avait eu,
33:01bon,
33:01c'était un peu le bonhomme,
33:02on avait eu Giscard
33:03avec le côté technocrate,
33:06le côté l'économie,
33:07l'économie avec Barre
33:08et tout ça,
33:09et puis tout d'un coup,
33:10on se disait,
33:10ça y est,
33:11c'est la libération,
33:12c'est Paris libéré,
33:14c'est la gauche,
33:15la gauche,
33:15l'égalité,
33:16la fraternité,
33:16le peuple va enfin
33:18prendre le pouvoir,
33:19parce qu'il le disait,
33:20Mitterrand,
33:20mon souci est de le rendre,
33:21ils veulent tous
33:22rendre au peuple le pouvoir,
33:24après,
33:24ça se passe autrement.
33:25Il faut rappeler que le contexte économique
33:27de l'époque,
33:28effectivement,
33:29était difficile,
33:29André,
33:30il y avait effectivement
33:30plus d'un million,
33:32virgule sept de chômeurs,
33:33quand même,
33:33et les chocs pétroliers,
33:34et tout ça.
33:351,7 million de chômeurs,
33:35qu'est-ce qu'on dit aujourd'hui ?
33:36Par rapport à aujourd'hui,
33:36c'est clair.
33:37Avec les 8 millions de chômeurs
33:38d'aujourd'hui,
33:39et franchement,
33:40les chocs,
33:41alors il y avait eu
33:41les chocs pétroliers,
33:42bien sûr,
33:44de 74,
33:4575,
33:46etc.
33:46Bon,
33:47le chômage,
33:48alors il fait tout ça,
33:49effectivement,
33:49les 110 propositions,
33:50etc.
33:51Si Rack avait obtenu,
33:52effectivement,
33:5318%,
33:53il faut le rappeler,
33:54au premier tour,
33:54il a vraiment,
33:55il a joué un rôle réel
33:57dans la victoire de Mitterrand.
33:58Non seulement,
33:59il a joué un rôle réel,
34:00mais il a joué un rôle
34:01extrêmement moteur.
34:03Et je vais vous dire,
34:04et j'ai eu des confidences,
34:05moi,
34:05de Charles Pasqua,
34:06que j'ai rencontré après.
34:08Pasqua m'a raconté,
34:09ça,
34:09je vous dis,
34:10je le tiens de lui,
34:12ils étaient persuadés,
34:14la droite,
34:15chiraquienne,
34:16d'abord,
34:16ils détestaient Giscard,
34:17vous savez,
34:18alors c'était,
34:19juste après,
34:19on a parlé de la rupture
34:21de 1976,
34:22hein,
34:23donc,
34:231976,
34:25Chirac avait égité,
34:26l'appel de Cochin,
34:27il est évident que si Chirac
34:28était encore Giscard,
34:30Giscard repassait.
34:31Et qu'est-ce qu'il y a eu ?
34:32Il n'y a pas eu que Chirac,
34:33bien sûr,
34:34mais Chirac,
34:34les gaullistes de gauche,
34:36Closterman et compagnie,
34:37ont appelé,
34:38dans une lettre,
34:39écrite,
34:40à voter Mitterrand en 81.
34:42C'est-à-dire que la gauche
34:44chiraquienne,
34:45la gauche du RPR,
34:47n'était pas,
34:48ce n'est pas seulement
34:48une petite minorité,
34:50beaucoup de gens
34:51qui disaient un nom,
34:52et pourquoi ?
34:53Alors,
34:54ceux qui,
34:55sincèrement,
34:55détestaient Giscard,
34:57ils disent,
34:57bon,
34:57Mitterrand,
34:58on ne l'aime pas spécialement,
34:59et on va voter Mitterrand.
35:00Oui, parce qu'à l'époque,
35:00il faut le dire,
35:01il avait quand même un peu
35:01une étiquette d'Hazbin,
35:03Séguela a dépoussiéré
35:04son image politique.
35:06Sur la France tranquille,
35:07etc.
35:07Mais je vous dis,
35:08tout le monde croyait
35:09qu'il était fini en 68.
35:10C'est ça.
35:10Après son tweet,
35:11Mitterrand,
35:11c'était fini,
35:12il n'existait plus,
35:13etc.
35:14Après,
35:14bon,
35:15mais qu'est-ce qui s'est passé ?
35:16Eh bien,
35:16il a pris le Parti Socialiste,
35:18il y est allé,
35:19il a eu des très bons communicants,
35:20notamment Jacques Séguela
35:21et Jacques Pilon.
35:22Il ne faut se rappeler
35:23Jacques Pilon.
35:24Et puis,
35:24ce qu'il y a eu,
35:25surtout,
35:26c'est qu'il y a eu le fait
35:27qu'effectivement,
35:29la droite était totalement divisée,
35:31la gauche était unie,
35:33Georges Marchais avait joué
35:34le jeu à l'époque,
35:35ne sachant pas qu'après,
35:36il allait être le dindon
35:38dont il a été la farce,
35:39si vous voulez.
35:41Oui,
35:42le soir de l'élection
35:43de Mitterrand,
35:44en fait,
35:44la gauche,
35:45effectivement,
35:45c'était la liesse
35:46pour la gauche,
35:47mais la droite a vraiment
35:48paniqué, André.
35:49Il y a eu un mouvement
35:50de panique qui a duré
35:51trois mois.
35:52Qu'est-ce qui s'est passé
35:54exactement ?
35:54Je l'ai vécu.
35:56J'ai vu ce qui s'était passé,
35:57c'était très drôle.
35:58Je ne donnerai pas de nom,
36:00mais je peux vous dire
36:01que, par exemple,
36:02à Saint-Tropez,
36:03dans la presqu'île
36:03de Saint-Tropez,
36:04il y a eu des terrains
36:05qui valent aujourd'hui
36:06des milliards,
36:07qui ont été vendus
36:08pour rien.
36:09C'est-à-dire que,
36:10dans une partie
36:11de la haute bourgeoisie,
36:12d'abord,
36:13tous sont partis,
36:14enfin,
36:14les capitaux partaient
36:15en Suisse,
36:16mais alors vraiment,
36:17Suisse,
36:17Luxembourg,
36:19les paradis fiscaux,
36:20alors il y a eu vraiment...
36:21Mais c'était un exode,
36:23c'était massif.
36:25C'est-à-dire qu'ils étaient
36:26persuadés que les communistes
36:27allaient prendre leurs biens,
36:28c'est ça ?
36:28Oui, que la gauche
36:29allait prendre leurs biens,
36:29que la gauche allait confisquer
36:32leurs trucs,
36:33aller bloquer les comptes bancaires,
36:34aller faire des impôts terribles
36:36et aller même
36:37prendre les maisons.
36:38Vous savez,
36:39les Cossacks arrivent,
36:40c'était les Cossacks,
36:41les Cossacks soviétiques,
36:42on était encore
36:42en Union soviétique.
36:44Les Cossacks,
36:44avant d'arriver
36:45place de la Concorde,
36:46ils vont tout nous prendre.
36:47Et moi,
36:48je me rappelle
36:49qu'un journaliste
36:50l'appelait
36:52Peggy Guggenheim,
36:53la célèbre Peggy Guggenheim
36:55du musée Guggenheim
36:57et compagnie,
36:58avait une sublime maison
37:00à un immeuble
37:01rue de la Tour,
37:02dans le 16e arrondissement
37:03de Paris.
37:04Eh bien,
37:05Alain Ayache,
37:06paix à son âme,
37:07il guignait cette maison
37:09et il lui dit
37:09« Madame,
37:10écoutez Madame,
37:11les communistes vont arriver,
37:12ils vont prendre votre maison.
37:13Vous allez vous prendre
37:14votre maison,
37:14vous n'auront rien et tout.
37:16Ah oui, vous croyez ?
37:16Mais non, mais non. »
37:17Et puis, il est parti,
37:19il a pris
37:19que Peggy Guggenheim
37:21était à New York,
37:24il est allé,
37:25il a dit « Voilà,
37:26les commis sont arrivés
37:27et elle a vendu sa maison,
37:29je crois pour un prix
37:30très modéré. »
37:31Incroyable !
37:32Je dis ça sous réserve.
37:34Mais, c'est-à-dire
37:34qu'il y a eu véritablement...
37:36Un vent de panique.
37:38Mais pas seulement
37:39un vent de panique,
37:39mais une réalité de panique
37:40qui n'a pas de vrai longtemps.
37:42La Bourse de Paris
37:43a lourdement chuté,
37:44effectivement,
37:45quand Mitterrand a été élu,
37:46perdant près de 25%
37:48de sa valeur.
37:49Dans la semaine suivant
37:50l'élection, André,
37:51c'est impressionnant.
37:51Mais après, je vais vous dire,
37:52au bout de trois mois,
37:53ils ont vu qu'ils n'étaient pas là,
37:55ils n'étaient pas en train
37:55de nationaliser tout
37:56et surtout,
37:57ils n'étaient pas en train
37:58de prendre des maisons
37:59et qu'ils faisaient sans tension
38:00et qu'ils cohabitaient
38:02avec le capitalisme
38:03sans trop de problèmes.
38:05Donc, ça s'est calmé.
38:06Mais la panique a duré,
38:08effectivement,
38:08deux à trois mois.
38:10Ah oui.
38:10Mais justement,
38:12dès le début de son premier septembre,
38:16quelles sont les grandes réformes
38:17qu'il a mises en place ?
38:18Mitterrand, rappelons ce qu'il a fait.
38:21Il a mis beaucoup de choses.
38:23Alors, relance de l'économie
38:25par la consommation,
38:26vous savez,
38:26augmentation des revenus
38:27les plus modestes,
38:29création de 210 000 emplois
38:30dans la fonction publique,
38:31évidemment,
38:32la fonction publique.
38:33Alors, l'objectif des 35 heures,
38:36il n'était pas encore là
38:37les 35 heures,
38:38mais déjà,
38:39la retraite à 60 ans
38:41et la retraite est passée
38:44de 65 en 60 ans
38:46et on peut dire aujourd'hui,
38:48franchement,
38:48sans être réactionnaire,
38:50que si aujourd'hui,
38:51on est dans une telle crise
38:53avec les retraites
38:54par répartition,
38:56le fait de passer
38:57de 65 à 60 ans
38:59a beaucoup joué
39:00et quand on est encore là,
39:01alors que les autres pays
39:02sont en 68 ans,
39:04alors que 60 ans,
39:05voilà,
39:06c'est-à-dire qu'il a fait
39:07un programme extrêmement fort,
39:08sauf que,
39:09sauf que,
39:10il faut le rappeler.
39:12Attendez,
39:12sauf qu'à un moment donné,
39:14Jacques Delors,
39:15qui était ministre de l'économie
39:16de Mitterrand,
39:17a dit basta.
39:17Basta, pourquoi ?
39:18Le franc était en train
39:19de s'effondrer,
39:20c'était encore le franc,
39:21il n'y avait pas l'euro
39:21et on voyait que,
39:23vraiment,
39:23l'économie allait très très mal,
39:25que la dette augmentait,
39:26que le quoi qu'il en coûte,
39:27déjà,
39:27avec ce qu'il faisait,
39:28était énorme
39:29et ils se sont dit
39:30basta cosi,
39:32on arrête
39:32et malheureusement,
39:34il faut frayer
39:35avec le capitalisme,
39:36sinon on ne va pas être bien.
39:38Mais vous,
39:39justement,
39:39à l'époque,
39:40vous étiez effectivement gauchiste,
39:42de gauche,
39:42vous souteniez Mitterrand
39:43à cette époque,
39:44vous,
39:45ce volte-face
39:45qui a été quand même
39:47spectaculaire
39:47pour la grande majorité
39:48de la gauche,
39:49vous,
39:51comment vous l'avez vécu ?
39:52Écoutez,
39:53moi je l'ai vécu
39:54quand j'ai vu un jour,
39:55il faut que je raconte ça là,
39:58Mitterrand est un pragmatique,
40:00Mitterrand est quelqu'un
40:01qui regardait le réel
40:02et qui disait
40:03il faut suivre le réel.
40:04C'est pas,
40:05justement,
40:06il a vu,
40:06pourquoi la gauche ?
40:08Parce qu'à l'époque,
40:09quand il fallait foncer,
40:10c'était la gauche
40:10qui permettait
40:11de prendre le pouvoir.
40:12Mitterrand voulait le pouvoir.
40:14Et ce qui l'intéressait,
40:15il me l'a dit un jour,
40:16il m'a dit...
40:16Mais est-ce que vous pensez
40:17cette rupture
40:18qu'il a annoncée
40:19dès le début de sa campagne,
40:21il savait pertinemment
40:22qu'elle n'aurait pas lieu ?
40:23Mais ça n'avait aucune importance,
40:24il fallait la vendre
40:26et il l'a vendue
40:27à son public.
40:28Il savait,
40:28et je pense qu'il n'était
40:29pas complètement insincère,
40:31mais il se disait,
40:32bon, écoutez,
40:32on va essayer,
40:33on n'a pas essayé la gauche,
40:34on va essayer la gauche
40:35dans le programme marxiste,
40:38etc.,
40:38enfin marxiste,
40:39social-démocrate,
40:40mais il y avait marché
40:42à ses côtés,
40:43le parti communiste
40:44était, encore une fois,
40:45je le rappelle,
40:45très puissant à l'époque,
40:46il était encore très puissant,
40:48pas comme aujourd'hui.
40:49Donc, Mitterrand
40:50avait joué le pouvoir
40:51et il avait gagné
40:52parce qu'il a su
40:54admirablement manœuvrer
40:55dans ces forces-là.
40:56Sauf que le réel
40:57arrive à ce moment-là,
40:58le réel enfonce la porte
40:59et le réel dit,
41:01attendez les gars,
41:01vous êtes en train
41:02de dépenser,
41:02retraite à 60 ans,
41:04le salaire minimum,
41:06tout cela,
41:08etc.,
41:08les 35 heures,
41:10les 38 heures,
41:12ils se sont dit
41:13que ce n'est pas possible.
41:14Et là,
41:14ils ont vu l'économie.
41:15Et là,
41:15Doulard,
41:16qui était lui un économiste,
41:17qui n'était pas
41:18complètement de la lumière,
41:19je me suis dit,
41:19on n'a jamais été
41:20un économiste,
41:20on n'a jamais été
41:21quelqu'un
41:21qui est spécialisé
41:22là-dedans.
41:23Et on lui a dit,
41:24écoute, attention,
41:25là on risque
41:26de se casser la gueule.
41:27Et c'est ce que voulait,
41:29je rappelle,
41:30la droite,
41:30la droite était persuadée,
41:32la droite chiracienne
41:33des passes moyennes,
41:34était persuadée
41:35que Mitterrand
41:36allait se casser la gueule
41:37au bout d'un an,
41:37un an et demi,
41:38et qu'ils allaient
41:39reprendre le pouvoir.
41:40Ils disaient,
41:41Mitterrand va faire faillite,
41:42enfin la France
41:42va être dans un état
41:43pas possible,
41:44il va être obligé
41:44de démissionner,
41:45et c'est pour ça
41:46qu'ils ont voté Mitterrand.
41:47Ils étaient,
41:48enfin que certains,
41:49ils étaient persuadés
41:50que Mitterrand
41:50allait se casser la gueule
41:51et qu'ils allaient
41:52reprendre le pouvoir
41:53au bout de deux ans.
41:54Il est resté 14 ans.
41:55Mais ce tournant
41:56de la rigueur en 83,
41:58toute cette gauche culturelle
41:59qui était derrière Mitterrand,
42:00comment a réagi ?
42:01Elle a réagi à l'époque André ?
42:03Ils ont fait contre
42:04mauvaise fortune
42:04bon cœur,
42:05ils l'ont quand même suivi,
42:06mais ils l'avaient gros,
42:07c'est-à-dire qu'ils ont vu
42:09que ce n'était pas possible.
42:10Je vous dis,
42:10le problème à un moment donné
42:11c'était ça,
42:12et à ce moment-là,
42:13moi je peux vous dire
42:14que d'ailleurs
42:14le tournant de 83,
42:15je voudrais qu'on finisse là-dessus,
42:17ce n'est pas en 83 le tournant,
42:19c'est en 82.
42:20Tout le monde parle
42:21du tournant de 83,
42:22c'est faux.
42:23C'est en août 82
42:24que le tournant a eu lieu
42:25quand Delors a annoncé
42:26la pause des réformes
42:27et c'est là
42:28que j'ai écrit mon livre
42:29Caton de la reconquête
42:31où j'étais,
42:33je crois,
42:33vraiment le premier
42:34à raconter ce grand tournant
42:36et comment les socialistes
42:38qui parlaient socialiste
42:39sont mis à parler français.
42:41Et oui,
42:41ce grand tournant
42:42effectivement de la rigueur
42:43qui vous a inspiré,
42:45ce best-seller André,
42:46combien d'exemplaires
42:47à l'époque
42:47vous avez vendu
42:48effectivement de la reconquête ?
42:50150 000,
42:51150 000 exemplaires
42:52et ça a duré un an
42:54le secret
42:54mais on vous le racontera
42:55la semaine prochaine.
42:56On va vous raconter
42:57effectivement les coulistes
42:58de ce best-seller
43:00d'André Bercoff
43:01dans la semaine prochaine,
43:02vendredi prochain
43:03de 13h à 14h
43:05dans Génération Bercoff
43:06sur Sud Radio.
43:08Tout de suite,
43:08vous retrouvez
43:09Brigitte Lahaye.
43:10Sous-titrage Société Radio-Canada

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