00:00Et justement, revenir sur ce qu'il s'est passé en centre-ville de Grenoble, nous allons le faire avec
00:03notre invité à 8h14, Noémie Philippot.
00:05Oui, on reçoit Emmanuel Lenoir, président de l'association des commerçants La Belleville à Grenoble, vice-président commerce à la
00:11chambre de commerce et d'industrie de l'Isère.
00:13Bonjour Emmanuel Lenoir.
00:15Bonjour à toutes et à tous, à vos auditrices et à vos auditeurs.
00:18Le centre-ville de Grenoble avait déjà été le théâtre de pillage en 2023 après la mort de Naël.
00:23Là, on parle d'une violence inédite, ce sont les mots de la préfète de l'Isère.
00:28Quel est votre sentiment ce matin ?
00:30La même chose, puisque hier nous étions ensemble pour déambuler dans la ville, on est passé un cran au-dessus.
00:34C'est sûr, on est passé un cran au-dessus et j'espère qu'on ne passera pas au cran
00:38au-dessus, parce que je ne sais pas ce qu'il pourrait y avoir.
00:40Qu'est-ce que vous disent vos confrères, consœurs qui ont été directement touchés ?
00:45Il y a 36 commerces et une agence bancaire qui ont été vandalisés, pillés.
00:48Oui, à peu près. Alors, on est en train de faire le recensement aujourd'hui entre les forces de l
00:53'ordre, nos adhérents, notre association, la CCI, etc.
00:58pour avoir un chiffrage précis, aussi bien au niveau des dégâts, mais aussi des commerçants touchés.
01:04Donc 36, 40, je n'ai pas encore le chiffre exact, il sera certainement dévoilé à 10h30 ce matin.
01:10Qu'est-ce qu'ils me disent ?
01:12D'abord, il faut avoir les mots pour en parler, parce que quand vous voyez un tel désastre, j'ai
01:16vu samedi, j'ai vu dimanche, et c'est chaotique.
01:22Oui, c'est une violence inouïe. Enfin, moi, je n'ai pas connu ça, je n'ai jamais connu ça.
01:27Mais quand vous déambulez en ville et que vous voyez la rue de Beaune comme elle était, dans quel état
01:32elle était, dimanche soir, il n'y a pas de mots, il n'y a pas d'expression, il n
01:39'y a rien.
01:39D'autant qu'on imagine le traumatisme. Nos reporters ont vu ce week-end des commerçants qui étaient enfermés dans
01:45leur magasin,
01:46qui avaient l'air tétanisés alors que les vitrines autour d'eux étaient brisées.
01:50Ils essayaient de protéger comme ils pouvaient leur commerce. Certains ont eu ce mot peut-être de traumatisme.
01:57Oui, oui, écoutez, ça va du tag sur la vitrine, jusque, vous l'avez cité, jusqu'à la destruction de
02:05l'outil de travail.
02:06C'est-à-dire que quand vous avez votre commerce en feu, vous avez au moins sauvé votre vie, parce
02:11qu'à un moment donné, c'est ça.
02:12Mais après, il y a toutes les conséquences. Ok, vous êtes toujours devant votre commerce, mais derrière vous, il y
02:17a un commerce qui est brûlé.
02:19Des années de travail qui s'envolent et des mois pour s'en relever, si on peut s'en relever
02:25?
02:25Des mois, oui, si on peut s'en relever, comme vous dites. Je ne suis pas sûr qu'on puisse
02:29s'en relever.
02:29Ça dépend de la situation dans laquelle vous vous trouviez avant les dégâts.
02:33Je ne suis même pas sûr qu'on puisse refaire, et encore.
02:37Donc oui, c'est un véritable traumatisme.
02:40Donc aujourd'hui, l'urgence, c'est d'aider déjà les commerçants et de venir en solidarité, et de venir
02:46faciliter leur démarche.
02:47Parce que vous savez, on fait un métier de commerçant, pas un métier administratif, à gérer les problèmes de ce
02:52type-là.
02:53On n'a pas jamais imaginé qu'on pourrait avoir ce problème.
02:56Même dans nos contrats d'assurance, je ne suis pas sûr qu'on ait ces éléments-là.
03:00Même s'il y a trois ans, comme vous le soulignez, on avait déjà eu ce type de dégradation.
03:05Et vous aviez eu le soutien de vos assurances à ce moment-là ?
03:08Oui, il y a un soutien qui se met en place, mais vous savez, comment vous dire ?
03:13Ce matin, il y en a qui ont tout perdu, ça c'est clair, vous le citiez.
03:18Puis il y en a d'autres qui vont retourner dans leur commerce et vont dire, mais comment je vais
03:22faire ?
03:22Qu'est-ce qui va se passer ? Je n'ai plus de stock.
03:24Qu'est-ce que je dis à mes salariés ? Qu'est-ce que je dois faire ?
03:27Comment je dois organiser ma semaine de travail ?
03:30En attendant, le banquier va toujours prélever les échéances, le propriétaire va demander son loyer, etc.
03:38Tout ça, ça vient en moins.
03:39Si vous ne rentrez pas de chiffre d'affaires, votre vie, je ne sais pas, ça s'est arrêté, mais
03:46il n'y a pas de ressources.
03:48Il n'y a pas de ressources qui vont tomber.
03:50Donc ça veut dire qu'il faut penser, il faut réfléchir à comment ça va se passer dans les jours,
03:58dans les semaines et dans les mois futurs.
04:00Et puis répondre à des questions où on n'a pas les réponses.
04:03Il y a une réunion qui est prévue dès ce matin à Bercy entre le ministre de l'économie, des
04:08représentants de commerce, de l'hôtellerie, mais des banques aussi et des assurances pour voir ce qui est faisable.
04:13Vous avez aussi une réunion prévue en préfecture de l'Isère, c'est ça ?
04:17Oui, complètement, parce qu'on parle de Grenoble aujourd'hui, mais vous voyez bien que ce n'est pas Grenoble.
04:23C'est d'autres villes en France et d'autres villes avec des niveaux qui, vous avez vu les images,
04:28vous avez tout vu.
04:29À Saint-Etienne, à Lyon, c'est pour les plus proches de chez nous.
04:33On est impacté comme les autres villes, donc j'imagine bien qu'on attend des choses au niveau national, parce
04:40qu'il y a une préoccupation nationale.
04:42Et puis moi, je dois en répondre avec la CCI, avec la Belleville, au niveau des commerçants locaux.
04:49Donc d'où l'intérêt effectivement de se réunir, d'où l'intérêt d'être unis, aussi bien avec les
04:54élus, les forces économiques et les forces de l'ordre,
04:58pour justement répondre à nos commerçants qui vont me dire ce matin, je dois faire quoi ?
05:04Prévenir mon assurance, c'est bien, sécuriser.
05:06Il y avait des vitrines encore qui n'étaient pas sécurisées hier, qui n'avaient pas de planche devant, qui
05:12n'avaient pas de bois.
05:12Donc ils sont restés grandes ouvertes.
05:14Donc il y avait encore des gens qui circulaient en ville, comme si les boutiques étaient ouvertes.
05:19Et pour eux, ça ne leur posait pas de problème de rentrer et d'aller...
05:21Bon, il n'y a plus rien, mais d'aller voler un cintre, d'aller voler, je ne sais pas,
05:25un mannequin.
05:27Donc oui, effectivement, nous, il faut qu'on réponde déjà à l'urgence, c'est de dire de sécuriser, au
05:32moins de se dire de sécuriser.
05:33Et encore, vous aviez vu, il y avait des bâtiments qui étaient sécurisés, mais ça ne les a pas empêchés
05:39d'enlever les planches pour rentrer dans les commerces.
05:43De piller malgré tout.
05:44Est-ce que vous craignez la prochaine journée de mobilisation avec cet appel à la grève lancé pour le 5
05:50novembre, quand on a vécu un épisode pareil ?
05:52Bien sûr, c'est évident.
05:54Mais là, il va falloir nous donner, et c'est la deuxième étape, nous donner des gages de sécurité.
05:58Si aujourd'hui, on ne peut plus faire en France notre métier de commerçant en toute sécurité,
06:03à ce moment-là, à ce moment-là, qu'on nous le dise, et qu'on arrête tout, ça ne
06:07sert à rien.
06:07Je veux dire, on n'est pas là pour pouvoir détruire son travail au quotidien, ce n'est pas possible.
06:13Merci beaucoup, Emmanuel Lenoir, d'avoir été avec nous ce matin.
06:17Je rappelle que vous êtes vice-président en commerce à la CCI de l'Isère,
06:21président de l'association de commerçants La Belleville à Grenoble.
06:23Donc, pour revenir sur cet épisode de violence et ces pillages dans de nombreux commerces grenoblois.
06:29Merci à vous.
06:29Merci à vous.