00:00Monsieur le maire, merci de prendre le temps ce matin.
00:03Lorsque vous entendez le ministre de l'Intérieur qui reconnaît ce matin qu'il y a eu une perte de
00:09contrôle,
00:09ça correspond à ce que vous avez observé ?
00:13Bien évidemment, c'est une perte de contrôle quasiment totale.
00:18On est passé du maintien de l'ordre au rétablissement de l'ordre.
00:21Les forces de l'ordre ont été dépassées, non pas parce qu'elles n'avaient pas les compétences,
00:26mais parce qu'elles n'étaient pas en nombre, parce qu'elles ont été désorganisées.
00:30Mal organisées et qu'on a vécu ce que je pensais à n'avoir jamais connaître en tant que maire
00:37ou en tant que citoyen,
00:38pas simplement à Marseille, mais dans toutes les villes de France,
00:40c'est-à-dire un pays, une démocratie complètement dépassée en voyant des scènes de violence absolument inouïes,
00:48des voyous, des casseurs qui se sont introduits dans des mairies, la mairie de Limoges brûlée,
00:52la porte de ma mairie défoncée, des commissariats de police municipales,
00:56mes commerçants.
00:59Pendant des heures et des heures, j'ai assisté en direct à des scènes de pillage comme dans un pays
01:05du tiers-monde.
01:06Or, la sixième puissance du monde ne mérite pas ça.
01:09La France ne mérite pas de voir ces scènes-là.
01:13Le monde entier nous regarde.
01:14Nous sommes la honte de l'Europe ce matin.
01:19Et je peux vous le dire, j'ai honte pour l'idée que je me fais de la République et
01:22de la démocratie.
01:23En voyant ces scènes, on en tremble.
01:25Quand j'ai vu la Marianne par terre dans ma ville, dans ma mairie, j'en ai eu les larmes
01:30aux yeux.
01:30Et j'en ai été bouleversé.
01:32Et j'ai pensé à mes prédécesseurs.
01:34Et j'ai pensé à l'idée même de ce qu'était la République dans ce pays,
01:38de ce qu'est la cohésion sociale, de ce qu'est le pacte social, qui a été mis à bas.
01:42Parce que plus personne n'est capable d'écouter, plus personne.
01:45On a fait dans ce pays des forces de l'ordre de la chair à canon.
01:49On a fait des manifestants de la chair à canon.
01:52J'ai vu des doctrines de maintien de l'ordre complètement ahurissantes.
01:57Ces gens-là se prétendent des professionnels.
02:00Je ne parle pas des forces de l'ordre.
02:01Je pense à ceux qui les emploient.
02:03Au moment où, 100 mètres derrière eux, des dizaines et des dizaines de vitrines étaient cassées.
02:09Des centaines de vandales entraient dans les commerces pour les piller.
02:14Nous avions des manifestants qui se faisaient gazer.
02:17Et nous avons eu des responsables politiques qui, toutes honte bu, sont venus à ma place sur votre antenne.
02:23Vous estimez qu'ils se sont trompés de cible ?
02:25Vous dites, je veux savoir quels ordres ont été donnés ?
02:28De cible ?
02:29Mais bien évidemment, de cible.
02:31Mais je ne pense pas que des manifestants soient des cibles, Apolline de Malherbe.
02:33Vous savez, être manifesté, c'est un droit constitutionnel dans ce pays.
02:37Et je ne confonds pas un manifestant et un voyou.
02:40Un voyou, sa place, elle est en prison.
02:41Un manifestant qui réclame quoi, en fait ?
02:43D'avoir de la dignité quand il est dans un lycée ?
02:46N'étaient pas orientés vers ceux qui...
02:48Pas les forces de l'ordre, ceux qui les ont employés.
02:49Pas les forces de l'ordre, ceux qui les ont employés.
02:52Les forces de l'ordre, un, en sous-nombre.
02:54Apolline de Malherbe, je veux le dire de manière solennelle.
02:57Une UFM, une unité de forces mobiles pour que vos auditeurs, pour que vos téléspectateurs le comprennent bien.
03:0480 CRS de forces mobiles dès le matin.
03:07Il a fallu que j'appelle le président de la République, le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre
03:11pour que deux forces mobiles et deux centaures soient envoyées à Marseille.
03:15A deux reprises, ils ont été réapprovisionnés en munitions.
03:19Ils ont balancé des grenades lacrymogènes toute l'après-midi dans la manifestation.
03:25Au même moment, de manière impunie, pendant des heures et des heures, plus de cinq heures, j'ai assisté à
03:30des scènes de pillage sans la moindre intervention.
03:32Il a fallu que je fasse sortir la police municipale pour rétablir le calme.
03:38Bien évidemment, quelquefois avec l'être des forces de l'ordre.
03:41Et je veux les saluer. Mais quand je vois que les marins-pompiers ont été pris pour cible, quand je
03:46vois que la police, quand je vois que les manifestants ont été pris pour cible,
03:48quand je vois que certains ont essayé de mettre le feu, se sont introduits dans des immeubles, dans des commerces.
03:57Vous ne voulez pas qu'on ait la rage ? Dans des habitations.
04:01Mais vous mesurez ce qui se passe dans ce pays ? Et quelle réponse on a ?
04:05Ah, il y avait 30 000 casseurs à Marseille. Mais qu'est-ce que c'est que ce chiffre ?
04:10Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
04:11Vous croyez que ça va masquer ? Vous croyez qu'une telle bêtise peut masquer le fiasco sécuritaire que j
04:18'ai vécu à Marseille ?
04:18La bêtise dont vous parlez, ce sont les propos du préfet des Bouches-du-Rhône, qui a effectivement estimé qu
04:23'il y avait 30 000 casseurs.
04:27Vous aurez le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, qui est en route vers Marseille pour vous voir ce matin.
04:33Laurent Nunez qui avait remis sa démission, démission qui n'a pas été acceptée.
04:37Qu'est-ce que vous allez lui dire ?
04:41D'abord, je trouve que c'est assez rare, et je veux le souligner, c'est un acte assez courageux
04:46d'avoir remis sa démission.
04:47Je connais beaucoup de responsables politiques qui, dans ces moments-là, se seraient soit cachés, soit n'auraient pas fait
04:53le geste qu'il a eu.
04:55Elle n'a pas été acceptée. Mais je veux souligner ce geste. Il est suffisamment rare.
04:58J'attends de Laurent Nunez la vérité. Il a été préfet de police chez moi. Vous m'avez entendu sur
05:05votre antenne dire, il y a un an, que la décision de supprimer la préfecture de police aurait un jour
05:10des conséquences.
05:11Voilà, aujourd'hui on le paie. À Marseille, on le paie. J'ai, avec la préfète Camilleri, qui était préfète
05:16de police, Dieu a...
05:18Nous avons eu à gérer ensemble, et c'est elle qui pilotait, les émeutes après la mort de Naël.
05:24Je pense que si ces émeutes-là avaient été gérées comme elles ont été gérées avant hier soir, il y
05:28aurait eu dix fois plus de casses il y a trois ans.
05:31J'avais une préfète de police, j'avais des préfets de police à la hauteur, dont Laurent Nunez.
05:35Qui sait qu'à Marseille, nous ne méritions pas la suppression de la préfecture de police.
05:38Mais je veux la vérité parce que cette vérité, nous la devons aux Marseillaises et aux Marseillais.