00:02Avec vous Etienne Jernel, directeur du Point, l'Elysée a complété par communiqué ce matin,
00:08et c'est assez inhabituel à 7h, l'allocution du Président de la République hier soir.
00:11Vous l'avez écouté attentivement vous, le chef de l'État, Etienne, qui réagissait aux violences survenues en marge des
00:16mobilisations,
00:17et il vous avait semblé désemparé.
00:19Oui, le communiqué de ce matin ne fait que démontrer le raisonnement.
00:24Hier, Emmanuel Macron n'était pas à son aise, et premier signe d'un certain désarroi pour un Président qui
00:30s'exprime parfois très longuement.
00:32Cette intervention était courte, 8 minutes 30, à part celle sur la dissolution et celle sur l'incendie de Notre
00:38-Dame,
00:39il n'en a pas souvent fait de plus courte.
00:41Alors, bien sûr, il a mis des mots forts sur ce qui s'est passé, il a parlé de colère,
00:46de honte,
00:46il a souhaité une réponse judiciaire exemplaire, etc.
00:49Il a aussi évoqué les failles du renseignement et sommé le gouvernement de faire la transparence sur ce qui s
00:55'est passé,
00:56afin que cela ne se reproduise pas.
00:58Mais à la fin, la remise en cause est plutôt rapide en regard de la sidération nationale face aux violences.
01:05D'autant que ces violences avaient repris à l'heure même où il parlait.
01:08Il aurait dû annoncer quelque chose, selon vous, dès hier soir ?
01:11Ah, vous savez, les annonces à chaud, ce n'est pas forcément toujours le mieux,
01:14mais cela s'explique aussi, et c'est peut-être le deuxième étage du désarroi présidentiel.
01:20Les questions de sécurité ne sont pas son sujet de prédilection.
01:25Rien que cette phrase prononcée hier est étonnante.
01:28Je le cite, comment des Français peuvent-ils faire cela à la France ?
01:33Fermez les guillemets.
01:34Curieuse formule quand on connaît l'histoire violente de la France,
01:38et je parle sous le contrôle de Virginie Giraud.
01:40Mais depuis le début de sa carrière politique, Emmanuel Macron est beaucoup plus à l'aise,
01:44de toute évidence, pour parler d'économie, d'émancipation, etc.
01:48Ce sont ses thèmes.
01:50Alors, il s'est saisi de la défense une fois à l'Elysée,
01:53mais la sécurité intérieure, eh bien, beaucoup moins.
01:56Regardez le contraste.
01:57Hier, il a pris soin, il a raison d'ailleurs,
01:59de ne pas confondre les lycéens et leurs revendications
02:03avec les violences et leurs auteurs.
02:04Il a annoncé vouloir réunir des organisations étudiantes,
02:09collectivités parlementaires, pour construire, dit-il, des solutions durables.
02:13Mais sur les violences elles-mêmes,
02:15qui sont la source de l'assidération de ce week-end,
02:18il n'a pas évoqué de grande réflexion nationale
02:21pour s'adapter à une donne qui, manifestement, est nouvelle.
02:24Il faut dire aussi qu'il est en fin de mandat et que cela se voit.
02:27Il n'a plus la main, selon vous ?
02:29Pas vraiment, c'est le troisième étage du désarroi, probablement.
02:31Il n'a pas de majorité,
02:33il lui est donc difficile de faire adopter de nouvelles lois,
02:35ainsi tant est que c'est ça la bonne réponse.
02:37Il n'a aucune marge de manœuvre budgétaire pour la police.
02:41Il est surtout un président politiquement faible,
02:44ce qui est logique, normal, en fin de mandat hier.
02:47Vous savez, il a souhaité une belle présidentielle,
02:50une formule curieuse.
02:51Mais c'est une formule normale pour un homme qui n'y sera pas engagé,
02:54qui sera finalement en surplomb,
02:56et qui peut être déjà un peu en surplomb.
02:59En 1851, au moment du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte,
03:03Victor Hugo écrivait ceci, je le cite,
03:05en temps de révolution,
03:07qui est neutre et impuissant.
03:09Etienne Gernet, directeur du Point.
03:11L'histoire en direct.