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  • il y a 2 semaines
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Télématin reçoit Anthony Kavanagh pour son spectacle "Jet lag", et Stéphanie Sounac, thanatopractrice et autrice du livre "À la vie à la mort, papa".

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Transcription
00:04Vous avez vu Anthony Cavanaugh, on vous accueille quand même avec du Rulio, ça vous rappelle des souvenirs, non ?
00:08Rulio glissassé, il fait sa première partie, il s'écarissait comme ça,
00:17Anthony, est-ce que c'est vrai qu'à un moment vous vous êtes fait virer parce que vous étiez
00:24trop drôle ?
00:25Pas virer, c'est après le premier soir, j'ai fait quatre soirs sa première partie,
00:29après le premier soir, son manager est venu me voir, il a dit écoutez, soit moins drôle, je veux que
00:37ce soit moins drôle, moins d'énergie, moins bon.
00:41Moins bon pour ne pas faire de l'ombre à...
00:43Exactement, parce que là c'est trop d'énergie, les gens rigolent, parce que dans les journaux et les critiques,
00:50ils disaient que la première partie était meilleure que le show, donc ils n'ont pas du tout aimé ça.
00:55Voilà, maintenant vous n'avez plus besoin de faire de première partie, vous avez votre spectacle et ça fait bien
00:59longtemps,
01:00là vous revenez avec Jetlag, Jetlag dans lequel, mais alors vous m'avez épaté parce que vous chantez,
01:06vous faites des imitations, vous êtes à mourir de rire, on est bien là, comme c'est sur les décalages,
01:12votre spectacle ?
01:12Je parle des décalages de ma vie, de tous les décalages de ma vie, en fait l'idée est venue
01:17justement de mes décalages horaires fréquents,
01:19et après on a dit, mais pourquoi on ne fait pas un show sur tous les décalages qui sont souvent
01:25causés par ce décalage horaire-là,
01:27le fait que je rentre, là ça fait un mois et demi que je ne suis pas rentré à la
01:31maison,
01:33donc je vais rentrer, moi dans ma tête, je me dis un mois et demi, souvent je vais être accueilli
01:37comme un prince,
01:38oui c'est lui, oui c'est bien lui, en tout cas vada ! Non, c'est pas ça, j
01:43'arrive à la maison, tout le monde dort,
01:45tout le monde dort, il est tard, j'ai un mot de ma femme sur la porte de la chambre
01:49à coucher qui dit,
01:50j'ai pris l'habitude d'avoir le lit pour moi toute seule, va dormir sur le canapé, j'arrive
01:53dans le salon,
01:55j'arrive dans le salon, il y a un mot de mon chien qui dit, j'ai pris l'habitude
01:57d'avoir le canapé pour moi tout seul,
01:58va dormir dans la niche, il y a des chiens qui écrivent sur des post-it,
02:03ma fille, elle est touchée, papa, t'es de retour, mon poup de neige, je ne veux plus que tu
02:08partes,
02:10je dis, mon amour, si papa ne part pas, t'auras plus de manège, t'auras plus de Disneyland, t
02:14'auras plus de cadeau,
02:15pourquoi t'es rentré, va bosser, Feignasse ! Il y a mon fils, le lendemain, je dis, fiston, je suis
02:21de retour,
02:22il a dit, t'es parti ? T'es parti ?
02:27C'est bien, ça rassure, on allait même à la maison.
02:31Il n'a pas remarqué, il n'a pas tout ça remarqué que j'étais parti.
02:33En tout cas, de toute façon, l'humour, de toute façon, ce qui fait rire, c'est le décalage,
02:37donc c'est vous dire, si vous allez rigoler devant Jetlag, en tout cas, vous, vous êtes un électron libre,
02:42Anthony Cavanaugh, c'est dingue, parce qu'on vous connaît, animateurs télé, chanteurs, comédiens,
02:47vous avez même été doubleurs de voix, donc ça nous intéressait de savoir ce que les Français pensaient de vous,
02:53quand on leur parle de vous, ce que ça leur évoque.
02:55Je l'ai adoré quand il jouait au tennis.
02:58Magnifique chevelure, Energy Music Awards.
03:00Tous ces sketchs, je les ai écoutés des heures et des heures.
03:02Un type sympa, marrant, exubérant.
03:05Des fous rires dans les voitures, humoristique et un peu satirique.
03:08Et en plus, avoir un petit accent québécois, moi, il m'a eu.
03:11J'aime bien comment il exagère dans le propos.
03:13Je trouve qu'il est trop fort.
03:14Moi, j'aime les humoristes qui dénoncent.
03:16Je trouve ça parfois un peu graveleux.
03:18C'est un de mes humoristes préférés, au moins 3 ou 3.
03:20Ça date un Anthony Cavanaugh, on ne le voit plus.
03:22Il nous manque un peu, on ne sait plus trop ce qu'il fait.
03:24Ben, reviens, Anthony, reviens.
03:26On fait un comeback sur Energy Music Awards, s'il te plaît.
03:30Et je suis de retour avec ce super studio.
03:32Il est immense ce studio.
03:34Je suis prêt.
03:35J'ai de retour, je dois aller m'entraîner.
03:37Allez, je vais m'entraîner dans votre studio.
03:39L'avantage, c'est qu'on fait faire le sport de nos amis et chaque matin.
03:42Crossfit, crossfit.
03:43Voilà, ils se lèvent de la fronte.
03:45Voilà.
03:47Non, non, c'est collé.
03:49C'est qui bouge, tout est collé.
03:50Ne cassez pas le dé, ça y est.
03:51Ils ont menti, on ne peut pas te casser.
03:53C'est collé, on peut passer.
03:54On a dit pourtant que c'était un peu plus récent.
03:56Non, mais on s'est dit, il est calme.
03:57Et puis non.
03:58En fait, je ne sais pas si vous avez marqué.
03:59Allez, je vous asseoir immédiatement.
04:01Anthony, je vous laissez vous.
04:03Allez vous asseoir parce que Benoît a des chiffres pour vous.
04:06Oui.
04:07Anthony, gros jet lag dans le temps puisqu'on va jouer avec vos...
04:11On va remonter le temps avec vos années en neuf.
04:13Puisque vous êtes né en...
04:152009.
04:162009.
04:17En 69.
04:18Oui.
04:21Alors, 1969, ce n'est pas que l'année érotique chantée par Gainsbourg et Birkin.
04:24C'est donc votre naissance le 26 septembre 1969 à Greenfield Park, près de Montréal.
04:31Et c'est précis à 2h45.
04:33Tout à fait.
04:34Gros jet lag déjà à la naissance.
04:35Ascendant Lyon, balance Ascendant Lyon pour ceux qui s'intéressent.
04:39Vous allez donc grandir dans les années 70.
04:43Oui.
04:43Et alors, disons, en 79, je me demandais à quoi elle pouvait ressembler la chambre d'enfant d'Anthony Cavanaugh.
04:49Déjà, j'avais une toute petite chambre.
04:51Comme c'était moi le plus jeune, c'est ma soeur qui avait la grande chambre.
04:54J'avais la plus petite chambre.
04:55J'avais un lit avec une bibliothèque qui faisait le tour de mon lit comme ça.
05:00J'avais une affiche, une affiche de…
05:04Des affiches d'humoristes déjà ?
05:06Non, pas d'humoristes.
05:07L'affiche de la Terre vue de la Lune.
05:10J'adorais les modèles à coller.
05:12Donc, j'avais plein de modèles à coller.
05:13Un Faucon Millenium, par exemple ?
05:16Le vaisseau de Star Wars ?
05:17Oui, exactement.
05:19C'est celui-là que j'avais.
05:22Et qu'est-ce que j'avais ?
05:23J'avais beaucoup de livres.
05:24Je lisais beaucoup, beaucoup à l'époque.
05:26À l'époque.
05:28Alors, 1979, vous avez 10 ans.
05:29En 1989, 20 ans plus tard, c'est la révélation au Québec.
05:34Vous remportez les auditions nationales Juste pour rire.
05:37C'était quoi, ces auditions ?
05:39Chaque année, Juste pour rire faisait un concours
05:42pour trouver les deux meilleurs nouveaux humoristes
05:44de 18 ans au cercueil.
05:48Il n'y avait pas de limite d'âge.
05:50Et j'ai gagné en 1989.
05:52On gagnait une place dans une gala télévisée de Juste pour rire.
05:58Tous les jeunes humoristes rêvaient de passer là.
06:00Et 2000 dollars, comme j'étais l'homme le plus pauvre
06:03à l'est du Mississippi à l'époque.
06:04C'était formidable.
06:05Donc, c'est vous, là ?
06:06Oui, exact.
06:06C'est moi.
06:08Trop mignon.
06:10Et ça, ça a ouvert toutes les portes pour moi
06:12de participer à ce gala.
06:15Révélation du festival.
06:17Vous avez fait quel sketch ?
06:19J'ai fait un sketch qui s'appelle le raciste.
06:21Et je jouais un Québécois raciste,
06:24mais qui n'est pas raciste.
06:27À chaque deux phrases, je disais, je ne suis pas raciste.
06:29Et donc, ça a ouvert toutes les portes.
06:32Ça a choqué beaucoup de gens.
06:35Mais voilà.
06:36Donc, ça, 1989 au Québec.
06:38Dix ans plus tard, en France,
06:39vous fêtez un anniversaire à l'Olympia.
06:42Pas pire, comme on dit.
06:44Je fais mes 30 ans à l'Olympia.
06:45C'est un des plus beaux jours de ma vie.
06:47C'était extraordinaire.
06:49J'avais mon équipe du Québec qui était là,
06:52l'équipe de France.
06:53L'équipe de France, oui, l'équipe de France.
06:55Les Bleus étaient là.
06:56Les Bleus étaient là.
06:57Les Bleus étaient sur scène.
06:58Les Bleus étaient là.
06:58Il y avait Pascal Gittimus qui était là.
07:00Il y avait toute l'équipe française.
07:04Et on s'était donné comme objectif
07:06de passer d'inconnus en secret
07:09avec ma manageuse de l'époque.
07:10C'était d'inconnus à l'Olympia en moins d'un an.
07:13Et on l'a fait en 51 semaines.
07:15Et c'était mes 30 ans.
07:17Et j'étais sur un nuage.
07:20Tout Gittimus, du coup.
07:21Oui.
07:22Et comment vous percevez en France à l'époque ?
07:24Parce que dans un entretien,
07:26vous dites, on me prenait pour un extraterrestre.
07:28Oui, oui.
07:29Quand je suis arrivé,
07:30les gens ne comprenaient pas.
07:31Je me souviens,
07:32j'avais fait un showcase
07:35devant tous les plus gros producteurs de France.
07:38Et il n'y en a aucun qui y croyait.
07:39Il disait, mais c'est quoi ce truc ?
07:41C'est quoi ce truc ?
07:42Black, cheveux longs,
07:43avec un nom irlandais.
07:46Il chante, il chante.
07:48Pourquoi il parle au public ?
07:48C'est quoi ça, le stand-up ?
07:50Pourquoi il n'y a pas de quatrième mur ?
07:53Il danse.
07:53C'est un show de variété ou c'est un show d'humour ?
07:55On ne comprend pas.
07:56Ça ne marchera jamais.
07:57Et puis, c'est Gérard Louvain et Claude Fournier
07:59qu'on fait go, on y va.
08:01Et donc, en 2019, là, vous faites la voix.
08:04Alors là, Will Smith, le génie d'Aladdin.
08:07C'est quand même hallucinant.
08:09En 2019, c'est la consécration en vocal de pouvoir faire ça.
08:12Oui, et c'est la première fois que je faisais du doublage d'être humain.
08:15Je faisais surtout des voix de films d'animation comme
08:18« Maui, demi-dieu du vent et de la mer »
08:20dans Vaiana.
08:22Et Marty Lezeb dans Madagascar.
08:25Et de faire Will Smith, c'était tout un défi
08:28parce qu'il fallait justement chanter, rapper.
08:31Il avait parlé comme...
08:35Il a un rythme d'humoriste.
08:37Donc, c'était difficile de trouver des acteurs
08:40qui arrivaient à le doubler.
08:42Et puis, surtout, il rappait, chantait,
08:45il faisait du beatbox, il faisait tout ça.
08:46Il dit qu'il faut quelqu'un qui va être à...
08:49À la hauteur de ça.
08:52J'ai râmet, mais on a réussi.
08:54Oui, mais c'était très réussi.
08:54On a réussi.
08:55Très, très réussi.
08:56Bon, Anthony, on en a organisé des rencontres improbables
08:59depuis le début de la saison.
09:01Mais là, Anthony Cavana avec une thanatopractrice, là.
09:05Mon rêve !
09:06Oui, je savais que ce rêve était le vôtre.
09:08Et on va l'exaucer.
09:09Donc, une thanatopractrice, c'est quoi ?
09:11C'est une femme qui passe ses journées auprès des défunts.
09:14Elle les coiffe, elle les habille, elle les maquille.
09:16Parfois, elle restaure leur visage.
09:18Elle s'appelle Stéphanie Sunak.
09:19Elle est donc thanatopractrice.
09:21Elle va nous raconter les coulisses de son métier.
09:24On l'accueille tout de suite.
09:27Stéphanie !
09:29Stéphanie, restaurez mon visage, s'il vous plaît.
09:31C'est trop tôt, j'ai à peine dormi.
09:33Il est bien conservé pour le moment.
09:35Je vais m'étendre devant vous.
09:37C'est ça, pour le moment.
09:38Restaurez-moi.
09:38Pour le moment, il n'y a pas d'urgence.
09:40Non, voilà, il n'y a pas d'urgence.
09:41Stéphanie Sunak, merci d'être avec nous.
09:43Vous connaissiez Anthony Cavana, j'imagine ?
09:44Bien sûr, bien sûr.
09:46Donc, on l'a dit, votre métier consiste à prendre soin des défunts et aussi des vivants.
09:53Parce que c'est vrai que c'est un métier qui est extrêmement important pour ceux qui restent.
09:57Et c'est aussi un métier qui intrigue, qui fait un petit peu peur.
10:00C'est vrai que là, vous êtes venus avec vos accessoires.
10:03Bon, comment vous dire ?
10:05On essaie de ne pas trop se projeter, mais c'est vrai que c'est un petit peu compliqué.
10:08Et c'est pour cette raison, parce qu'il y a beaucoup de clichés, de tabous autour de votre métier,
10:13que vous avez décidé d'en parler sur votre Instagram.
10:17Vous êtes suivie par plus de 500 000 personnes.
10:19Vous venez aussi de publier le livre « À la vie, à la mort, papa »,
10:23qui est un livre extrêmement émouvant.
10:24C'est chez Michel Laffont.
10:25Comment les gens réagissent quand vous dites que vous êtes thanatopractrice, Stéphanie ?
10:29Alors, de mieux en mieux.
10:31Mais au départ, ça heurte toujours les gens, alors de façon parfois un peu écœurante.
10:37Et puis, ça termine toujours sur des questions, finalement, qui se posent tous.
10:42Peu importe la vision qu'ils peuvent avoir du métier ou de la mort.
10:46Et vraiment, c'est des questions très précises.
10:50Mais au départ, c'est « Est-ce que tu n'as pas peur ? »
10:52Parce qu'eux-mêmes pensent qu'ils auraient peur.
10:54Et ensuite, c'est « Qu'est-ce que tu fais exactement ? »
10:57Parce qu'on se pose tous cette question-là.
11:00Et ce sont les questions qu'on va vous poser, bien sûr,
11:02parce que je suis sûre que nos téléspectateurs ont mille questions qui se pressent dans leur tête.
11:06Déjà, comment ça se passe, votre quotidien, Stéphanie ?
11:08Vous êtes seule avec un défunt ?
11:11C'est d'improvisation, c'est surtout beaucoup d'improvisation.
11:15Non, alors ça nous arrive quand on prend des stagiaires, voilà.
11:18Puis il y a toujours quand même des professionnels du funéraire, porteurs ou conseillers funéraires
11:21qui passent nous offrir un café, nous dire bonjour,
11:24ou nous donner simplement des indications sur ce qu'on doit faire.
11:27Et à la suite de ça, la plupart du temps, après, on est dans notre voiture,
11:32puisqu'on se déplace, nous, vers les défunts, évidemment.
11:36Donc, voilà, on est très seul toute la journée, mais pas que,
11:40parce qu'il y a tous les professionnels du funéraire qui sont autour de nous quand même.
11:43Alors, ce que vous faites a été illustré par une BD, ça s'appelle « Le soleil va se lever
11:49»
11:49de « L'homme étoilé », c'est une BD qui, donc, raconte le quotidien
11:52de ceux qui accompagnent les personnes en deuil.
11:55Et c'est vrai qu'on est dans une société où c'est extrêmement tabou de parler de la mort,
11:59alors que la mort, on n'en sortira pas vivant, quoi.
12:02Donc, en fait, ça fait vraiment partie de la vie.
12:04Donc là, on vous imagine, sur cette planche, en train de donner un soin.
12:08Vous n'avez jamais quand même un petit frisson dans l'échine
12:10quand vous êtes seule avec un défunt ?
12:11Non, jamais. C'est là où je me sens le plus en sécurité.
12:14C'est sûr que vous ne risquez pas de vous faire agresser.
12:16Non, exactement.
12:18Contrairement à ce que des gens peuvent s'imaginer.
12:20Mais les psys disent que pour conjurer ces peurs,
12:24en fait, il faut s'y confronter.
12:25Vous avez peur des araignées, regarder des araignées.
12:28La peur ultime, c'est la mort.
12:30Est-ce que, grâce à ça, vous avez moins peur de la mort,
12:32à force de vous confronter à la mort tous les jours ?
12:34Alors, non seulement j'en ai moins peur,
12:36mais j'ai surtout compris qu'elle pouvait toucher tout le monde
12:39à n'importe quel moment de la vie.
12:41Et ça m'a permis aussi d'être moins en colère,
12:44puisque moi, j'ai perdu mon papa à l'âge de 7 ans d'un accident de bouteau.
12:46C'est tout le livre.
12:47Voilà, donc ça a été quelque chose de très, très violent.
12:50Surtout qu'enfant, on ne m'a pas permis de pouvoir le voir,
12:53ni d'assister à la cérémonie.
12:55Et ça, c'est un de mes plus grands combats de vie.
12:57Parce qu'en fait, on a voulu vous protéger, j'imagine.
12:59Oui, c'est toujours avec une très bonne intention
13:01que les adultes pensent faire au mieux pour les enfants.
13:04Mais un enfant a le droit de choisir.
13:08Et comment vous avez fait le choix de cette profession ?
13:13Eh bien, en fait, forcément, à 7 ans, on se pose plein de questions.
13:17Moi, je n'avais même pas perdu un animal de compagnie.
13:18Le mot mort, c'était quelque chose d'abstrait.
13:21Donc, on a découlé plein de questions.
13:23Qu'est-ce qui se passe après la mort ?
13:24Qui s'occupe de nous ? On va dans quel monde ?
13:27Et il faut savoir qu'un enfant qui est comme ça,
13:30amputé d'une partie de son deuil,
13:31va s'imaginer tout et n'importe quoi.
13:34Et j'en étais même arrivée à me dire
13:35que mon papa ne nous aimait pas assez,
13:37qu'il était parti dans une autre famille, etc.
13:39Et quand j'ai grandi, j'ai rencontré les professions du funéraire.
13:43Et là, j'ai compris qu'il y avait des gens
13:44avec des métiers qui s'occupaient des défunts.
13:46Et c'est comme ça que j'ai décidé que je ferais ça
13:48tout le reste de ma vie.
13:49Mais très jeune, parce que c'est à 10 ans
13:50que vous décidez de le faire.
13:51Oui, à la suite d'un autre deuil.
13:53Donc, c'est une véritable vocation, quoi.
13:56Je ne sais pas si on peut appeler ça une vocation,
13:58mais je dis toujours que c'est le métier
14:00qui m'a appelée, en fait.
14:02Mais qu'est-ce que vous avez ressenti
14:03la première fois que vous avez vu un corps ?
14:05J'ai trouvé ça magique.
14:07Je me suis dit, ça a permis...
14:08On a perdu Emma.
14:10Emma a poussé un petit cri, il a fait...
14:12Je me suis simplement dit, dans un premier temps,
14:14j'espère que la personne qui a pris soin de mon papa
14:16l'a fait avec autant de délicatesse et de bienveillance.
14:20Et surtout, quand on voit le avant
14:23et quand on voit le après,
14:25on se dit, grâce à ce métier,
14:28les endeuillés peuvent veiller
14:30un défunt
14:32sans traumatisme supplémentaire, olfactif, visuel.
14:35Et on retrouve vraiment un épiderme
14:37qui a une coloration de peau
14:39qui n'est pas traumatisante.
14:41Et vraiment, ça,
14:42en fait, c'est quelque chose
14:43qui me paraît magique pour moi
14:45parce que c'est ce qui va permettre
14:46à une famille endeuillée
14:47de ne pas vivre ce que j'ai vécu.
14:49Oui, c'est ce que je disais tout à l'heure.
14:50C'est que c'est important, bien sûr,
14:52pour les personnes qui ne sont plus là,
14:53mais surtout pour ceux qui restent.
14:55Exactement.
14:55C'est tellement important.
14:56Est-ce que vous avez déjà arrivé
14:57de sentir une présence ?
15:00Non, parce que je pense
15:01que je suis tellement concentrée
15:02sur ce que je fais
15:03qu'il n'y a plus rien autour, en fait.
15:05Il n'y a jamais un qui s'est réveillé ?
15:06Non, non, non.
15:08Mais qu'est-ce que tu fais sur mon élève ?
15:09Qu'est-ce que tu fais ?
15:10C'est quoi, ces couleurs de rouge à lèvres ?
15:13Regarde la photo, regarde la photo.
15:15Non, non.
15:15Je t'avais dit un petit rose.
15:17Mais par contre, mes élèves
15:18m'ont déjà fait remarquer
15:20qu'il m'arrive de fredonner des chansons
15:23qui ne sont pas du tout
15:24dans des répertoires que j'écoute habituellement.
15:26Et parfois, je me suis dit
15:28d'où ça vient ?
15:29Parce que c'est des chansons
15:30que vraiment, je n'écoute pas.
15:32Donc voilà, c'est le seul petit noir.
15:33Donc, il vous parle, finalement.
15:34Je ne sais pas.
15:34Je ne suis pas capable de...
15:35Peut-être qu'il faudrait vérifier
15:36auprès des endeuillés, justement,
15:38si c'était les chansons préférées du mort.
15:40Oui, pourquoi pas ?
15:41On parle, justement, de maquillage.
15:42C'est vrai que quand on imagine
15:45la thanatopraxie, c'est dur à dire,
15:47on se dit que ça consiste
15:48à maquiller les défunts.
15:50Mais en fait, vous faites
15:50beaucoup plus que ça, Stéphanie.
15:52Oui, c'est ça.
15:53Justement, j'ai amené des petits objets
15:57pour montrer un petit peu
15:59ce dont on ne peut pas trop se douter.
16:01Alors ça, c'est par exemple
16:03qui fait partie de l'habillement
16:05et qui est un peu insolite,
16:06qu'on nous demande quand même
16:08assez souvent de mettre des gants.
16:09Alors pour des personnes
16:10qui étaient très frileuses,
16:12pour des personnes
16:13qui sont en costume d'apparat
16:16dans leur métier,
16:17et on ne se rend pas compte,
16:18mais c'est quelque chose
16:19de très compliqué à mettre
16:20sur les défunts,
16:21puisque nous,
16:22on rompt la rigidité cadavérique
16:24par des massages
16:25qui sont semblables
16:26à ce que font les kinés, en fait.
16:27ce n'est pas violent,
16:29mais du coup,
16:30les doigts sont comme nous actuellement,
16:32et donc on n'a plus la rigidité
16:33justement pour passer ces gants.
16:36Ensuite,
16:37je vous ai amené le masque.
16:39C'est ça qui fait peur,
16:40là je vous le dis, Stéphanie,
16:41ça,
16:41ça vous me perdez un peu
16:42avec votre masque à gaz.
16:44Au niveau de notre santé,
16:45qui fait partie des équipements
16:46de protection individuels,
16:48puisque le formaldéhyde
16:49est quand même un produit
16:50qui est chimique
16:52et nocif pour notre santé.
16:53Donc quand on reste vraiment
16:55toute une journée
16:56dans un laboratoire
16:57en présence de formaldéhyde,
16:59il faut absolument le porter.
17:00Quand on fait un soin de conservation,
17:02il faut le porter.
17:02Quand on fait une simple toilette,
17:03on ne va pas le porter.
17:04Voilà,
17:05on va être sur un masque plus léger.
17:07Ensuite,
17:07j'ai amené donc
17:10un casque.
17:12Alors,
17:12moi je suis très très centrée
17:14sur les détails,
17:15donc c'est peut-être pas
17:17tout le monde qui l'a,
17:17mais c'est un casque
17:18qu'on met sur les cheveux
17:19pour faire les permanentes.
17:21Donc on passe le sèche-cheveux
17:23ici à l'intérieur.
17:24Mais ça c'est quelque chose
17:25dont vous discutez,
17:26j'imagine,
17:27avec la famille,
17:28c'est-à-dire,
17:29c'est eux qui décident
17:30ou qui vous expliquent
17:31ou qui vous montent des photos,
17:32comment ça se passe ?
17:33Alors,
17:33dans le cadre de soins
17:34de restauration
17:35et de reconstruction,
17:37évidemment on va travailler
17:37sur photo,
17:38puisque le but va être
17:39de réparer un visage
17:40qui a été vraiment
17:41très très abîmé.
17:43Et donc là,
17:44on n'a pas le choix.
17:45Par contre,
17:45il y a parfois
17:46des personnes âgées,
17:47on voit nous-mêmes
17:48qu'elles avaient une permanente
17:49et donc on va...
17:50Voilà,
17:50moi j'utilise toujours
17:51ce petit objet
17:52parce que je leur fais
17:54les choses correctement.
17:56et puis il y a enfin
17:58ceci.
17:58Alors là,
17:59vous me perdez un peu aussi
17:59avec ce crochet.
18:01On appelle ça
18:01une canule
18:02et c'est en fait
18:03ce qu'on va rentrer
18:04dans l'artère
18:05pour injecter le produit
18:06à base de formaldéhyde
18:07qui va donc conserver le corps
18:09et ralentir le phénomène
18:10de décomposition.
18:11Alors,
18:11je sais que c'est un petit peu
18:12dur vous qui nous regardez
18:13mais en même temps,
18:14où est-ce que vous auriez
18:14pu voir ça
18:15si vous ne vous avez pas montré ?
18:16C'est vrai.
18:16C'est vrai.
18:17Est-ce qu'il y a une différence
18:18dans la façon
18:19de pratiquer ce métier
18:20en Europe
18:21et en Amérique du Nord ?
18:23Alors sur les produits,
18:25voilà,
18:25mais la méthodologie
18:26et la chronologie
18:27sont les mêmes.
18:29J'imagine que quand
18:30l'entourage vous dit
18:31oh là là,
18:32on dirait qu'il dort
18:32ou il a l'air apaisé,
18:34ça c'est le plus beau cadeau
18:35que vous pouvez...
18:36C'est ça que vous voulez
18:37atteindre en fait,
18:38j'imagine ?
18:38Pas forcément.
18:39Moi,
18:39je pense qu'à partir du moment
18:40où justement les gens
18:41ne disent pas
18:42que je ne le reconnais pas,
18:43c'est que j'ai bien fait
18:44mon travail.
18:45Voilà.
18:45Et ça peut arriver
18:46dans le cadre d'accidents
18:47très traumatiques
18:49et très violents.
18:50Les familles endeuillées
18:51psychologiquement
18:52n'ont pas le discernement
18:53nécessaire
18:53et donc le travail
18:55peut être très bien fait.
18:57Pour autant,
18:58le cerveau ne va pas
18:58accepter que c'est
19:00notre défunt ici
19:01et va faire un blocage
19:02et ce n'est pas forcément
19:03contre notre travail
19:04mais c'est simplement
19:05la psychologie
19:06qui...
19:07Est-ce qu'il y a des familles
19:07qui demandent des retouches ?
19:09Qui disent...
19:09Oui, oui, oui,
19:10ça arrive souvent, oui.
19:12Parce que, par exemple,
19:13la couleur du rouge à lèvres
19:14n'était pas la bonne
19:15ou parce que, justement,
19:17les questions qui ont été
19:18posées en amont
19:18n'ont pas été suffisantes
19:20et donc on a peut-être
19:21fait l'arrêt sur le côté
19:22alors qu'elle a l'habitude
19:23de la porter au milieu
19:25de la tête.
19:25Où il y a des ajustements,
19:26bien sûr.
19:27Et puis, souvent,
19:28c'est aussi dans le but
19:28de nous rencontrer.
19:29C'est des questions
19:30qui cachent derrière
19:31la rencontre
19:32de qui s'est occupé
19:33de mon défunt,
19:34à qui je l'ai laissé.
19:35Oui, c'est important aussi.
19:36Parce qu'ils abandonnent
19:37leurs défunts
19:37sur ce laps de temps
19:38et c'est très compliqué.
19:40Et dans leur intimité.
19:41C'est-à-dire qu'en fait,
19:41il y a aussi cette notion
19:42d'intimité qui, à mon avis,
19:43est très importante.
19:44Pour en revenir un peu
19:45à votre histoire
19:46et à votre livre.
19:48Donc, vous l'avez dit,
19:48vous avez eu cette vocation
19:50ou en tout cas cette envie
19:51de faire ce métier
19:52à l'âge de 10 ans
19:53et 33 ans plus tard,
19:54vous avez décidé
19:56de faire exhumer
19:57les restes de votre père.
19:59Alors, je n'ai pas décidé.
20:01Enfin, en tout cas,
20:02vous les avez fait exhumer
20:04pour pouvoir peut-être
20:05métaboliser un petit peu
20:06ce deuil.
20:07Alors, mon papa,
20:07quand il est décédé,
20:08il avait un souhait
20:09et ma maman,
20:10pour ne pas heurter
20:11le reste de la famille
20:13et ses parents,
20:13a décidé d'inhumer son corps
20:16pour avoir un lieu
20:17de recueillement.
20:18Parce que c'était
20:18trop difficile
20:19et elle pensait
20:20que nous, en tant qu'enfants,
20:21on aurait besoin aussi
20:22de ce lieu.
20:23Donc, quelque part,
20:24elle est allée
20:24contre les souhaits
20:26dont ils avaient discuté
20:27ensemble.
20:29Et tout au long de ma vie,
20:30je me suis dit
20:31que la seule preuve
20:32que je pourrais avoir
20:32un jour,
20:34c'est d'assister.
20:35Le jour où ma maman
20:36déciderait que c'était
20:37le moment d'effectuer
20:38le souhait de mon papa,
20:39c'était d'assister
20:40à cette exhumation
20:41et je pense que finalement
20:42à travers nos métiers
20:43respectifs,
20:44puisque ma maman
20:45et mon frère
20:45sont aussi
20:46dans les métiers
20:46du funéraire,
20:48c'était peut-être
20:49de nous préparer
20:50à ce moment-là
20:50en espérant qu'un jour
20:51ils se produisent
20:52et ils s'est produit.
20:54Et c'est là où on arrive
20:55à faire le deuil
20:56et le message
20:56que vous faites passer
20:57très important
20:58sur les enfants,
20:59c'est qu'effectivement,
21:01ils imaginent toujours
21:02pire que la réalité.
21:04Ah non, pas les enfants,
21:05les adultes.
21:05Et les adultes, oui, aussi.
21:07Merci beaucoup.
21:08Vous restez avec nous,
21:09bien sûr, Stéphanie.
21:10Dans un instant,
21:10on va rigoler
21:13avec Anthony Cavana.
21:15On va prendre un gros coup
21:16de jet lag.
21:16Vous allez voir,
21:17ça va nous faire du bien.
21:18Vous allez devoir choisir
21:19entre la France et le Québec.
21:20C'est aujourd'hui, Anthony.
21:22OK ?
21:22C'est aujourd'hui,

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