00:00Mathieu, pour la première fois, l'Allemagne organise son propre sommet de l'attractivité sur le modèle Choose France.
00:05Les plus grands investisseurs mondiaux sont donc réunis à Berlin depuis hier.
00:10Dans votre parti pris, vous essayez de comprendre pourquoi une aussi grande puissance que l'Allemagne est aussi sous-investie.
00:16Oui, l'Allemagne est très riche, mais elle n'attire pas du tout.
00:19Alors, il y a du très beau monde aujourd'hui à Berlin.
00:21Il y a le patron de Goldman Sachs, David Solomon, celui de BlackRock, Larry Fing, des grands fonds asiatiques.
00:27Près de 200 investisseurs réunis pendant deux jours à l'invitation de Friedrich Merz, le chancelier qui connaît bien son
00:33public.
00:33Avant de revenir en politique, il a lui-même présidé le conseil de surveillance de BlackRock en Allemagne.
00:39Aujourd'hui, il déroule donc le tapis rouge aux investisseurs étrangers.
00:43Et c'est vrai que sur le papier, l'Allemagne ne manque pas d'atouts.
00:45C'est la troisième économie mondiale.
00:47Le seul pays du G7 à conserver un triple A auprès des trois grandes agences de notation.
00:52C'est 1700 PME qui sont toutes leaders sur leur marché.
00:55Un pays qui, culturellement, met le paquet sur la R&D.
00:59Bref, il y en a sous le capot.
01:00Seulement voilà, l'Allemagne n'attire pas.
01:02Oui, elle n'attire pas parce qu'elle a aussi un marché hyper fragmenté qui empêche l'émergence des grands
01:08projets.
01:08L'Allemagne, c'est 800 services publics municipaux.
01:11C'est une bureaucratie qui est trop lourde, qui entraîne jusqu'à 146 milliards de pertes de production par an.
01:17C'est un prix de l'énergie qui s'est envolé.
01:19C'est des raccordements électriques qui ne sont pas assez fluides.
01:22C'est un coût du travail élevé, le deuxième taux d'imposition le plus élevé de l'OCDE.
01:27Bref, autant d'arguments qui jouent en sa défaveur.
01:30Et qui explique aussi peut-être pourquoi le japonais Softbank a plutôt choisi la France l'été dernier
01:36pour investir plus de 40 milliards d'euros dans des data centers.
01:39La solution nucléaire française et les facilités de raccordement avec Schneider Electric ont clairement fait la différence.
01:46Alors, Friedrich Merz a pris le taureau par les cornes en Allemagne.
01:48Les règles budgétaires sont assouplies. Il promet de réformer la bureaucratie, les retraites.
01:53Mais la réalité, c'est qu'il a du mal à embarquer.
01:56A l'image du groupe suisse Roche, qui hier, le jour même de l'ouverture du sommet,
02:01annonce geler ses investissements en Allemagne à cause d'une réforme du système de santé.
02:05C'est un véritable camouflet pour le chancelier.
02:07Comme le dit la directrice générale de Commerce Bank au Financial Times,
02:11l'Allemagne intéresse.
02:12Mais le problème, c'est qu'on doute de sa capacité à pouvoir réformer.
02:16Oui, et ce scepticisme, il grandit avec la montée de l'extrême droite en Allemagne.
02:20Oui, l'AFD qui vient de remporter deux élections régionales dans l'est du pays.
02:24Friedrich Merz est clairement fragilisé.
02:26Et si on se met à la place d'un grand fonds d'investissement étranger,
02:30l'AFD, c'est quoi ?
02:31C'est un retour au nationalisme économique débridé.
02:34Regardez ce qui figure à la page 61 du programme de l'AFD.
02:38Je le cite.
02:39L'Allemagne doit sortir du système de l'euro.
02:42Sortir de l'euro.
02:43Ça, c'est une incertitude monétaire majeure pour les investisseurs étrangers.
02:47Et l'AFD défend également une politique d'expulsion massive,
02:51alors que l'industrie allemande manque déjà de main-d'oeuvre qualifiée.
02:55Bref, cette montée de l'AFD, c'est un véritable tue-l'amour pour les investisseurs étrangers.
03:00Bon, c'est clair, c'est pas sexy l'Allemagne.
03:02Mais est-ce qu'elle pourrait bénéficier aux yeux des investisseurs étrangers
03:05d'un climat social qui est peut-être moins brutal que chez ses voisins ?
03:09C'est vrai que son voisin français prépare dans quelques semaines son dernier sommet de Choose France à Versailles.
03:14Ce sera mi-janvier.
03:15Mais dans quel climat, après ce week-end quasi insurrectionnel,
03:18avec des images d'émeutes et de saccages qui font le tour du monde ?
03:21L'Italie qui a aussi connu de très fortes tensions.
03:25Alors on pourrait se demander si demain,
03:26la stabilité sociale devenait un argument décisif
03:30dans la bataille européenne pour attirer les capitaux.
03:33Encore faut-il que l'Allemagne parvienne à garantir sa propre stabilité politique.
03:39Et puis il y a une dernière donnée à prendre en compte,
03:40c'est le risque géopolitique.
03:43Car l'Allemagne, il faut le rappeler,
03:44est en première ligne de la guerre hybride que Poutine mène en Europe.
03:49Cyberattaque, sabotage, désinformation,
03:51près d'une entreprise sur cinq en Allemagne a déjà subi ses menaces.
03:55Pour la Bundesbank, cette guerre hybride russe fragilise la confiance
04:00et accroît l'incertitude économique.
04:01La menace à l'Est a malheureusement ouvert une brèche
04:04dans l'attractivité de l'économie allemande.
04:06Merci Mathieu Jolivet.
04:08C'était votre parti pris.
04:08Une chronique à retrouver en podcast et en replay
04:11sur l'application BFM Business et sur l'ensemble de nos plateformes.