00:00Mathieu Vladimir, Poutine se dit prêt à reprendre les négociations de paix avec les Etats-Unis et l'Ukraine dès
00:04le mois prochain.
00:05Mais au même moment, il y a une autre confrontation qui oppose Russes et Américains à 500 km au-dessus
00:10de nos têtes.
00:11Dans votre parti pris, vous racontez comment Moscou teste les limites de l'Occident jusque dans l'espace.
00:17Oui, il y a quelques jours, il s'est produit dans l'espace un événement assez spectaculaire.
00:21Imaginez deux satellites qui tournent autour de la Terre à 540 km d'altitude.
00:25Le premier est russe, il s'appelle Cosmos 2612, le second est un satellite commercial IceEye X36,
00:33exploité par une entreprise finlandaise et immatriculé aux Etats-Unis.
00:36Fin septembre, le satellite russe commence à modifier sa trajectoire pour se rapprocher à moins de 100 mètres du satellite
00:43occidental.
00:44Il faut se rendre compte que dans l'espace, moins de 100 mètres s'est extrêmement proche.
00:48C'est comme si deux voitures à fond sur l'autoroute étaient pare-chocs contre pare-chocs.
00:52Et ce qui est particulièrement intéressant, c'est le choix de la cible.
00:56Selon les experts du think tank de défense américain CSIS,
01:00les Russes ont sûrement choisi un satellite vieillissant qui ne semble presque plus manœuvré.
01:05C'est comme un prédateur qui s'attaque au gnous le plus faible du troupeau.
01:10Autrement dit, un satellite occidental qui risque moins de donner un coup de volant pour s'échapper.
01:14Alors pourquoi la Russie prend-elle un tel risque ?
01:16Parce que ce satellite occidental n'est pas n'importe lequel, il appartient à un réseau qui fournit du renseignement
01:22à l'armée ukrainienne.
01:24Grâce à ses radars, il peut observer les mouvements de troupes, repérer des installations militaires de jour comme de nuit,
01:29même à travers les nuages.
01:30Et Moscou considère depuis longtemps que ses satellites commerciaux peuvent devenir des cibles militaires lorsqu'ils participent à l'effort
01:37de guerre ukrainien.
01:38Alors que cherche exactement la Russie ? Peut-être à voler du renseignement dans l'espace, peut-être à intimider
01:44ou à tester une interception dans l'espace, du corps à corps spatial.
01:48Autre fait troublant, un autre satellite russe avait déjà effectué des manœuvres quasiment identiques l'an dernier avant de libérer
01:55un petit objet dans l'espace.
01:57Et aujourd'hui, plusieurs autres engins russes sont surveillés de très près dans l'espace.
02:01Et en fait, la guerre hybride qu'on vit sur notre sol en Europe, elle a aussi lieu dans l
02:04'espace.
02:04Oui, les cyberattaques, les sabotages de câbles sous-marins, la désinformation russe, cette zone grise s'étend jusque dans l
02:11'espace.
02:12Ce qui est compliqué là-haut, c'est que le droit international est très mal calibré pour encadrer ces confrontations.
02:18Il existe bien un traité international de l'espace, signé en 1967 en pleine guerre froide,
02:24mais par exemple, il ne fixe aucune distance minimale à respecter entre deux satellites.
02:30Là, dans l'espace, une idée pourrait être de s'inspirer d'un accord signé en 1972 entre les Etats
02:36-Unis et l'Union soviétique pour éviter des incidents en mer à l'époque.
02:40Alors, comment dissuader Moscou de continuer ces intimidations dans l'espace ?
02:44Eh bien là, les experts du CSIS avancent une idée assez intéressante.
02:48Pour dissuader Poutine dans l'espace, il faudrait peut-être le toucher sur Terre.
02:52Par exemple, en s'attaquant beaucoup plus durement à sa flotte fantôme de pétroliers qui permet à la Russie de
02:58financer sa guerre.
02:59Car les Américains ont un problème, ils sont beaucoup plus dépendants de leurs satellites que les Russes.
03:05Une escalade dans l'espace pourrait donc se retourner contre Washington.
03:08En tout cas, derrière toutes ces intimidations spatiales, les Russes testent une fois de plus la solidarité entre Washington et
03:15les Européens.
03:16car le satellite visé est finlandais, donc lié à un pays membre de l'OTAN, mais immatriculé aux Etats-Unis.
03:23Et selon les experts du think tank américain, la question n'est plus vraiment de savoir si, mais quand Moscou
03:29recommencera ses intimidations spatiales.
03:31Merci Mathieu Jolivet pour ce parti pris.
03:34C'est une chronique à retrouver en podcast et en replay sur l'application BFM Business et sur l'ensemble
03:38de nos plateformes.
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