00:00En respectant les codes, M. Mélenchon et le code de déontologie interdit qu'on tire dans la direction d'un
00:08visage.
00:09Comment vous expliquez que ça a eu lieu 32 fois et qu'il n'y a pas eu une personne
00:12qui a été jugée pour un acte qui contredit le...
00:16M. Mélenchon, je peux vous inverser vos propos, je peux vous parler aussi des jets de projectiles qu'ont subi
00:20mes collègues et les collègues qui ont été blessés.
00:23Oui, oui, non mais attendez, la différence c'est que moi je ne vais pas vous dire que je suis
00:26d'accord avec le fait qu'on vous jette des projectiles,
00:28parce que je ne suis pas d'accord, parce que j'ai toujours expliqué sur tous les tons que ça
00:32ne nous menait nulle part, d'accord ?
00:33Mais ce qui est frappant c'est que moi je dis que je ne suis pas d'accord pour qu
00:36'on vous jette des projectiles,
00:37ou pire, parce que j'ai vu une fois qu'on jette des trucs enflammés, mais vous, vous n'êtes
00:41pas prêt à me dire une seule seconde d'homme à homme
00:43que vous ne pouvez pas approuver le fait qu'on tire dans la figure de quelqu'un et qu'on
00:46l'éborgne.
00:47C'est quand même un monde, est-ce que vous êtes à ce point pris dans le corporatisme ?
00:56On en parle avec Fabrice Taupin, 51 ans, il est policier, il est délégué syndical SGPFO,
01:02il a passé 9 ans à la BAC des Bouches-du-Rhône notamment, bon on ne va pas se mentir,
01:07vos derniers, vos récents propos sur les policiers l'ont pas mal heurté.
01:11Bonsoir Fabrice.
01:12Monsieur Mélenchon, monsieur le député, bonsoir.
01:14Donc vous voyez, il y a une semaine de ça, vous avez tenu des propos sur une chaîne concurrente, en
01:19disant que la police travaillait à la bonne franquette,
01:22que la police était raciste, que la police était violente, que la police tuait.
01:27Si, si, monsieur Mélenchon, c'était sur le plateau de monsieur Cyril Hanouna.
01:32Vos propos, monsieur Mélenchon, ont attisé encore la haine contre la police.
01:38Monsieur Mélenchon, si vous êtes élu président de la République, comme l'a dit mon collègue, je vous obéirai, comme
01:44je le fais d'habitude.
01:45Car je suis respectueux de nos institutions et de ma fonction.
01:49C'est bien.
01:50Monsieur Mélenchon, si vous êtes élu président de la République, j'ai une question à vous poser.
01:54Comment vous montrerez-vous à mes collègues votre soutien ?
01:57Et quelles seront vos mesures pour assurer leur sécurité sur les interventions ?
02:02Alors, commençons par aller directement à la contradiction qui nous oppose.
02:09Je ne suis pas d'accord avec le fonctionnement actuel de la police, comme je ne suis pas d'accord
02:14avec le fonctionnement actuel de l'hôpital, des EHPAD, etc.
02:18Et je pense qu'il faut changer des choses.
02:21Il faut changer beaucoup de choses.
02:23Il faut tout changer.
02:25Ma vision de l'action policière dans le pays, parce qu'il faut partir de ça, le moyen on le
02:29discute après, c'est d'abord d'attaquer de plein fouet et frontalement les sources du crime et de la
02:35délinquance.
02:36C'est-à-dire le trafic des êtres humains, le trafic de drogue, le trafic des armes.
02:41Ça, c'est la tâche prioritaire.
02:43Par conséquent, je ne crois pas habile d'avoir fait 7000 personnes dans la BAC, 5000 dans la police judiciaire.
02:49Je pense qu'il faut beaucoup plus de monde dans la police judiciaire qui fait des enquêtes et qui court
02:54après les grands délinquants.
02:56Quant à la police, pour le reste, je fais l'objet de divers faux procès.
03:00Par exemple, j'ai parlé une fois, j'ai dit désarmer la police.
03:02Aussitôt, on a dit, ah, vous voulez désarmer la police alors que les voyous sont armés.
03:06Je ne dis pas que vous l'ayez dit, vous, mais ça a été dit un nombre de fois incalculable.
03:10Alors que j'explique que ce qu'il faut désarmer, c'est la police dans les manifestations.
03:14Je suis contre les flashballs, contre les techniques de nassage et d'encerclement,
03:19contre les grenades de désencerclement, contre les grenades assourdissantes,
03:23parce que ces méthodes-là ne sont pas employées dans la plupart des pays civilisés, et notamment ceux de l
03:29'Europe.
03:29Il faut en revenir à une police qu'on va qualifier de gardien de la paix.
03:34C'est-à-dire des gens qui, par leur pratique et leur relation au grand nombre,
03:38sont non seulement acceptés, mais demandés, réclamés par le grand public.
03:42Je vous rappelle la période où on est sortis de l'assassinat djihadiste qui avait eu lieu à Charlie, si
03:48vous vous rappelez.
03:49Les gens applaudissaient les flics dans la rue, d'accord ?
03:52On était tous pareils, quand on en voyait un, bravo, c'est bien, etc.
03:55On en était là. Comment on en est arrivé à la situation qu'on a aujourd'hui ?
03:59Elle n'est pas satisfaisante.
04:00Vous ne pouvez pas dire que ça a entretenu la haine anti-flic.
04:03Je n'entretiens pas de haine anti-flic, je ne suis pas anti-flic.
04:07Je ne suis pas anti-juge, je suis un républicain.
04:09Et je considère que j'ai le droit de critiquer un mode de fonctionnement que je condamne d'un bout
04:14à l'autre.
04:14Je ne suis pas d'accord avec le fait que Mme Zineb Redouane,
04:18qui a été tuée au 4ème étage à Marseille, personne ne sait comment elle est morte.
04:21Je ne suis pas d'accord pour que, vous êtes un homme fait, vous n'avez pas 20 ans,
04:25vous êtes un adulte qui avait de l'expérience du commandement.
04:28Tout à fait, tout à fait.
04:28D'accord ?
04:29Donc vous savez comme moi, ce qu'on sait tous quand on est un homme qui a l'expérience du
04:33commandement,
04:33c'est que les plus jeunes imitent autour d'eux.
04:37Et que le rôle de la hiérarchie est essentiel pour dire, ça on ne le fait pas, ça on ne
04:42le fait pas,
04:42ça on se comporte comme ça.
04:44Et bien, comment en est-on arrivé ?
04:45En plus, vous êtes à FO, donc en principe, c'est une confédération syndicale qui participe à l'histoire du
04:50mouvement ouvrier.
04:51Ce n'est pas rien à mes yeux.
04:52Je ne vous parlerais peut-être pas pareil si vous étiez à Alliance, mais vous êtes à FO.
04:56Vous savez, pour moi, les collègues d'Alliance sont avant tout des camarades de travail.
04:59Ce n'est pas parce qu'ils ont une appartenance syndicale que ce ne sont pas des policiers.
05:04D'accord, non mais si je voulais me fâcher avec tout le monde, je le ferais,
05:06parce que vous êtes venus manifester devant mon siège les uns et les autres.
05:09Mais ce n'est pas pareil pour moi.
05:11Un syndicat qui est rattaché à une confédération syndicale qui est liée à l'histoire du mouvement ouvrier
05:15est un groupe que je considère comme un ramasside factieux.
05:18C'est ma vision des choses.
05:19Une chance pour moi alors.
05:21Pardon ?
05:21Une chance pour moi.
05:23Je ne sais pas si c'est une chance, j'espère que ça vous fait plaisir.
05:25Mais bon, donc vous savez comme moi que ce n'est pas possible de maintenir,
05:30dans la tradition républicaine, celle qu'incarnaient par exemple des hommes comme Bernard Delplasse,
05:35que j'ai connus.
05:36D'accord ?
05:36Grand syndicaliste flic.
05:39qui avait pris le risque énorme alors qu'on était dans un moment dont peut-être vous vous souvenez,
05:44peut-être que non, mais c'était l'époque où il y avait le préfet Grimaud
05:48et Delplasse était le syndicaliste.
05:50Et l'un et l'autre disaient, on ne frappe pas un homme à terre parce qu'un policier se
05:54déshonore en le faisant.
05:56Même en tir et tirer dans la figure de quelqu'un, ce n'est pas acceptable.
05:59Moi je ne veux plus entendre parler de ça.
06:01Alors c'est toujours cette pratique qui vaut droit, on ne frappe pas un homme à terre dans tous les
06:05cas.
06:08Je ne sais pas qui vous conseille au niveau de la police et de la sécurité en général,
06:13mais cette personne soit n'a jamais été policier, soit ça fait bien longtemps qu'elle n'a pas été
06:17sur la voie publique.
06:18La police, c'est 120 000 fonctionnaires venant de toute origine, de toute religion, de toute appartenance politique.
06:26C'est 3 500 000 interventions de police secours par an.
06:30C'est une intervention de police secours toutes les 8 secondes.
06:33C'est un refus d'obtempérer tous les quarts d'heure.
06:35Et cette année, enfin pour l'année passée, c'est 10 000 policiers blessés.
06:39Donc ma question était toute simple, M. Mélenchon.
06:42Comment apporteriez-vous votre soutien à mes collègues ?
06:45Et quelles seront vos mesures pour assurer la sécurité de mes collègues lors des interventions ?
06:49Attendez, mais vous ne m'avez pas entendu, j'ai l'impression.
06:53Je pense ne pas avoir compris très forcément.
06:55Est-ce qu'on a au moins en commun le fait que vous désapprouvez comme moi
06:58des actes tels que tirer dans la figure de quelqu'un et de les borniers ?
07:02Que frapper Mme Le Guay comme ça a été le cas ?
07:04En plus après on m'entend en disant que ce n'est pas vrai parce qu'elle était rentrée dans
07:07le camp des labs.
07:08Vous ne pouvez pas être d'accord avec ça, vous êtes forcément d'accord avec moi.
07:11Dès lors que vous êtes d'accord avec moi, que le citoyen lambda, j'espère que vous êtes d'accord
07:16avec moi,
07:16a une voie de recours, c'est la vie monsieur, des divergences il y en aura toujours.
07:20Et dans un état libre, les gens libres disent ce qu'ils ont envie de dire.
07:24S'ils veulent protester et qu'ils s'adressent à l'IGPN, qui est composé de policiers jugeant leurs collègues,
07:29personne ne peut croire que l'IGPN est un organe indépendant.
07:32Donc je créerai un organe indépendant avec des policiers bien sûr,
07:36qui connaissent le fonctionnement de la police, mais aussi des sociologues, des philosophes,
07:40comme ça se fait en Angleterre ou dans d'autres pays dont personne n'a dit jusqu'à présent que
07:44leur police ne valait rien.
07:46Ce que je propose de faire, je vous demande de m'entendre, de ne pas écouter ce qui se dit
07:49à mon sujet,
07:50mais de regarder ce que je me propose de faire.
07:53Ce que je me propose de faire, c'est de réintégrer la police dans la réalité dans d'autres conditions.
07:57Une police de proximité, pas la BAC.
08:01Pas la BAC, une police de proximité.
08:03Un IGPN entièrement renouvelé.
08:05Des fonctionnaires qui sont en cours de carrière, élevés par un niveau de formation qui leur permet de progresser.
08:11Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
08:12Monsieur Mélenchon, vous voyez là, je suis devant vous, je vous respecte, je garde mon choix, je n'élève pas
08:19la voix.
08:19Et j'ai suivi la même formation que mes collègues en école de police pendant un an pour ma part,
08:24d'autres 18 mois, d'autres 10 mois.
08:27Un an ?
08:28D'autres 10 mois même.
08:30Maintenant c'est 6 mois.
08:31Tout au long de ma carrière, j'ai appris.
08:32On ne devient pas policier du jour au lendemain.
08:34On rentre par conviction, bien souvent.
08:36Mais on ne devient pas policier.
08:37La formation continue est importante.
08:40La formation en école est importante.
08:41Et je vous dis, pour moi, mes collègues agissent de la meilleure des façons.
08:47Bien souvent.
08:48Même très souvent.
08:50Je suis sûr qu'ils agissent en pensant bien faire.
08:52Mais permettez-moi de vous dire que ce n'est pas à la conviction.
08:55En respectant les codes, monsieur Mélenchon, le code de déontologie.
08:59Le code de déontologie interdit qu'on tire dans la direction d'un visage.
09:04Comment vous expliquez que ça a eu lieu 32 fois et qu'il n'y a pas eu une personne
09:07qui a été jugée pour un acte qui contredit le...
09:11Monsieur Mélenchon, je peux vous inverser vos propos.
09:13Je peux vous parler aussi des jets de projectiles qu'ont subi mes collègues.
09:16Et les collègues qui ont été blessés.
09:18Oui, oui.
09:19Pour voir les choses des deux côtés.
09:20La différence, c'est que moi, je ne vais pas vous dire que je suis d'accord avec le fait
09:22qu'on vous jette des projectiles.
09:24Parce que je ne suis pas d'accord.
09:25Parce que j'ai toujours expliqué sur tous les tons que ça ne nous menait nulle part.
09:28D'accord ?
09:29Mais ce qui est frappant, c'est que moi, je dis que je ne suis pas d'accord pour qu
09:32'on vous jette des projectiles.
09:33Ou pire, parce que j'ai vu une fois qu'on jette des trucs enflammés.
09:36Mais vous, vous n'êtes pas prêt à me dire une seule seconde d'homme à homme
09:39que vous ne pouvez pas approuver le fait qu'on tire dans la figure de quelqu'un et qu'on
09:42l'éborgne.
09:42C'est quand même un monde.
09:43Est-ce que vous êtes à ce point pris dans le corporatisme ?
09:46Vos collègues, ils s'en sont suicidés depuis le début de l'année, 13.
09:49Quand nous déposons, nous insoumis, qui sommes censés être des anti-flics,
09:53dans le vocabulaire de certains syndicats, une motion pour demander qu'il y ait une enquête qui soit faite
09:58sur pourquoi il y a un tel nombre de suicides dans la police,
10:01il n'y a aucun syndicat de police qui nous soutient.
10:03Zéro, pas un, juste par a priori politique contre nous.
10:07Eh bien, il faut écouter ce que les gens disent et proposent,
10:09et pas se référer seulement à l'apparence des choses.
10:11Moi, je propose une police républicaine.
10:14Je sais qu'on peut la faire, mais pas comme on est là.
10:16Je crois que nous sommes déjà des policiers républicains.
10:19Vous l'êtes sans doute, monsieur, je n'ai pas l'intention de vous offenser.
10:22Écoutez-moi, monsieur, je n'ai pas l'intention de vous offenser
10:24ou de vous dire que vous n'êtes pas républicain ou pas démocrate.
10:27Mais vous connaissez comme moi le poids des mots.
10:29Aujourd'hui, nous sommes dans une crise de désamour absolu.
10:33Et il faut régler ça, parce qu'il n'y a aucune société civilisée qui peut fonctionner
10:37si la police est regardée par toute une partie de la population comme un corps étranger.
10:41Il faut donc remettre tout ça d'aplomb.
10:43Ce n'est pas si compliqué, je sais le faire.
11:19Sous-titrage Société Radio-Canada
11:21Merci.
11:22Merci.
11:23Merci.
11:23Merci.
11:23Merci.
11:23Merci.