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  • il y a 2 heures
Avec Eric, policier
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##LA_VIE_EN_VRAI-2026-10-23##

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News
Transcription
00:03Les nouvelles journées de mobilisation attendues demain dans certaines villes, dans certains cœurs de villes, les manifestations seront interdites en
00:11raison d'un risque de trouble à l'ordre public.
00:14Ailleurs, le gouvernement a prévu un dispositif de sécurité massif. Ce matin, nous sommes avec un policier bordelais qui a
00:20accepté de témoigner pour nous sur Sud Radio.
00:23Je l'en remercie. Bonjour Eric.
00:26Bonjour.
00:26Et soyez le bienvenu sur Sud Radio. Vous étiez vous-même mobilisé le week-end dernier. On va y revenir.
00:32Mais d'abord, comment vous sentez-vous Eric à la veille de cette nouvelle journée de manifestation ? Vous êtes
00:37dans quel état d'esprit ce matin ?
00:40Toujours dans l'attente déjà d'être appelé parce qu'on ne sait toujours pas. Souvent, c'est comme ça
00:44dans notre institution. On est souvent avisé la veille pour le lendemain.
00:50Après, comment je me sens ? Surtout la frustration. Parce que la manifestation qui s'est déroulée le 17 octobre,
00:57elle s'est déroulée en plusieurs temps.
00:59Et la grosse surprise, ça a été le nombre de manifestants. On a été pris de court.
01:07Vous avez été pris de court. C'est-à-dire que vous ne vous attendiez pas, mais comme dans plein
01:11d'autres villes, à avoir autant de manifestants. Ça veut dire que vous étiez en sous-effectif.
01:16Vous, vous avez pris votre service à la mi-journée, à midi. Et vous avez travaillé jusqu'à tard, dans
01:22la nuit, de samedi à dimanche jusqu'à 3h du matin, c'est ça ?
01:26En effet, on avait un chiffre qui était annoncé, qui était de 500 au 600 manifestants.
01:31Ce qui nous semblait, nous, en tant que policiers, avec l'expérience, très peu.
01:35Vu qu'on connaissait déjà l'histoire des Gilets jaunes.
01:39Et en fait, on a commencé à midi et on a fini à 3h du matin.
01:44Seulement à midi, il n'y a pas eu un temps de latence ou de préparation.
01:48C'est que ça a démarré de suite, les échauffes ouverts, en fait.
01:50Ça a commencé direct, peut-être au bout de 20 minutes.
01:53Et là, on s'est vite rendu compte qu'en fait, il n'y avait pas 500 ou 600 personnes.
01:57Mais au bout du compte, je crois que c'était 10 fois plus encore.
02:00Et là, comment ça se passe quand on est policier et qu'on se rend compte qu'on n'est
02:04pas assez nombreux ?
02:05C'est quoi ? C'est la panique ?
02:08Ce n'est pas la panique, parce qu'on avait un secteur qui était dévoué à chaque équipe.
02:13Il y avait plusieurs services de mobilité.
02:15Il y avait un nombre de collègues mobilisés en fonction du nombre annoncé de manifestants.
02:22Mais non, il ne faut pas paniquer dans ces moments-là.
02:24Parce que je peux vous dire qu'au bout de 20 minutes, quand vous avez des centaines de personnes
02:28qui vous déboulent dessus, hostiles, si c'est la panique, on part.
02:33On laisse la population s'en toute seule, vouée aux manifestants.
02:36Donc non, on a tenu le point.
02:38Mais ça a été hyper violent.
02:40Ça a été violent pendant des heures, en fait.
02:42Ça veut dire quoi ? Ça a été violent concrètement pour vous ?
02:46Ça s'est déroulé comment ?
02:48Moi, j'étais sur le secteur du Bordeaux-Centre, à côté du Grand Théâtre,
02:52quartier Ceramie, qui est un quartier avec des petites rues.
02:55Heureusement pour nous, ça a joué dans notre faveur, pour le coup.
02:58Ils ne pouvaient pas arriver à des centaines d'un coup, forcément.
03:03Comment ça s'est passé ?
03:04Ça a été du caillassage, ça a été des jets de mortiers, ça a été des parricades.
03:09Ils ont foutu le feu carrément pour bloquer les rues.
03:12Ils ont foutu le feu à un restaurant.
03:14Il y a des gens qui travaillaient à ce moment-là.
03:16Ils ne se sont pas posés la question s'il y avait quelqu'un qui était encore dedans.
03:19Ça a foutu le feu direct au bout d'une demi-heure.
03:21Et dans ces carrières, c'est quoi les consignes ?
03:23Vous êtes sur le terrain, vous êtes sur place.
03:25Je rappelle, vous êtes policier.
03:27Eric, qu'est-ce qu'on vous dit de faire à ce moment-là ?
03:29Là, pour le coup, c'est de tenir le point, c'est de faire reculer la masse.
03:34J'emploie le mot « masse » parce que c'est vraiment ça.
03:36Vous ne pouvez pas dénombrer exactement le nombre de personnes.
03:39Vous avez une grosse masse noire qui vous caillasse.
03:43Les instructions, on a tenu le point avec l'aide de plusieurs services.
03:48En grenadant, en jetant de la lacrymogène, on a repoussé la population.
03:53Mais ça n'a pas été sans casse, que ce soit matériel ou que ce soit physique ou même psychologique.
04:00Vous avez eu des blessés dans vos rangs, Eric, du côté de Bordeaux ?
04:05Alors, du côté de Bordeaux, je crois qu'on a eu 63 blessés, à peu près.
04:09Il y a eu 4000 grenades de lancers, quand même.
04:144000 grenades.
04:14Je ne sais pas si ça vous parle.
04:16On ne se rend pas compte, en fait.
04:17Un chiffre comme ça, on ne se rend pas compte.
04:19Non, mais c'est énorme.
04:21C'est surtout que les 4000 grenades, elles n'ont pas été jetées dans l'amplitude de midi, 3h du
04:26matin.
04:26Elle est là, toute la différence.
04:28C'est pour ça qu'elle s'est déroulée en plusieurs étapes, la manifestation.
04:31Elle a été peut-être jetée entre midi et 20h, grand max.
04:36Et il y a eu, je crois, plus d'une centaine d'interpellations.
04:39Je crois que c'est plus de 110.
04:41Il y a eu aussi, samedi dernier, de nombreux blessés du côté des manifestants.
04:46On a eu deux personnes décédées en marge de l'amobilisation du côté de Paris.
04:50Certains, vous entendez les accusations.
04:52Certains dénoncent des violences policières.
04:53Un recours disproportionné à la force.
04:56Qu'est-ce que vous souhaitez répondre à cela ?
04:58Comment réalisez-vous, vous, policier, à ces accusations, Eric ?
05:02Déjà, premièrement, concernant les blessés,
05:05tout ce qui concerne les grenades,
05:06s'il y a des gens qui veulent manifester samedi,
05:09même si ce n'est pas autorisé,
05:10ne ramassez pas les grenades.
05:12Si vous les ramassez et que ça explose,
05:15ça vous arrache la main.
05:16Ce n'est pas l'explosion en elle-même de la grenade qui fait ça,
05:18c'est parce qu'on l'attrape, la grenade, que ça arrache la main.
05:21Ça, c'est la première chose.
05:23Deuxième chose qui est des manifestants,
05:24forcément, il faut savoir qu'en face,
05:27on se fait caillasser.
05:29Quand je vous dis caillasser, ce n'est pas des petits cailloux,
05:30ce sont des pavés qui sont rachetés du sol.
05:32Il faut à peu près votre tête et qu'on vous balance dessus.
05:36Et nous, on répond avec du gaz.
05:37On dépend avec du gaz.
05:38ou, bien sûr, s'il faut l'utilisation d'armes intermédiaires
05:41comme le LBD ou le bâton télescopique ou le tonfa,
05:46qui sont des armes qui sont fournies par les policiers.
05:48Donc oui, il y a des blessés, bien évidemment.
05:50Vous êtes servi vous-même de votre LBD ou pas ?
05:54LBD, non.
05:55Mais le tonfa, oui.
05:56Parce qu'en fait, quand on utilise le LBD,
05:58on a des normes de sécurité,
06:00donc la distance qui est de 7 mètres.
06:02Et les mecs, ils viennent directement en contact,
06:03donc ne pouvaient pas utiliser le LBD, déjà.
06:05D'ores et déjà, le LBD, en ce moment-là,
06:07il devient plus un problème qu'autre chose.
06:09Ce qui vous reste, c'est la lacrymogène.
06:11Et ce qui vous reste, c'est le bâton télescopique
06:14ou le tonfa.
06:17Voilà, ça fait job,
06:19mais face à une masse, c'est pas assez.
06:22D'un mot, alors, il faut différencier aussi les manifestants
06:24et ceux qui veulent en découdre avec vous,
06:26avec la police.
06:27C'est important aussi de faire le distinguo.
06:29Juste, dernière question, rapidement, Eric.
06:31Vous aviez déjà connu des mobilisations
06:33aussi tendues, aussi violentes ?
06:34Vous avez parlé des Gilets jaunes ?
06:36Non, non, non.
06:37Gilets jaunes, moi, j'étais dans un service,
06:40on va dire, qui ne s'occupait pas de ça à l'époque.
06:42D'accord.
06:42Moi, pourquoi ?
06:43Je sais que moi, mes collègues, ils ont dit,
06:45ils n'ont jamais vu ça, quoi, certains.
06:47On se demande à quoi on sert.
06:50C'est la frustration, à quoi on sert.
06:53Quand vous avez une manifestation,
06:54au début, c'est des manifestants, comme vous dites.
06:56Après, ça monte, c'est des gens qui nous caillassent.
06:59Et puis, la nuit, à partir de...
07:01Quand je dis la nuit, c'est 18-19 heures,
07:03vous avez des pillards,
07:04les pillards qui arrivent dans les magasins de Bordeaux
07:06et qui pillent absolument tous les magasins,
07:09on va dire stratégiques.
07:10Donc, ça va être...
07:11Quand je dis stratégique,
07:12c'est des marques de luxe, comme Louis Vuitton,
07:14vous avez Galerie Lafayette,
07:16des Nocibés, des Sephora
07:17qui se font piller avec les employés d'intérieur.
07:20Donc, en fait, c'est une manifestation en plusieurs temps.
07:24En fait, c'est pas...
07:26Merci beaucoup, Eric.
07:27Merci infiniment pour votre témoignage.
07:30Voilà.
07:30Vous racontez un petit peu,
07:31aussi, en tant que policier,
07:34comment vous avez vécu ce samedi 17 octobre.
07:37Vous savez pas encore,
07:38vous le saurez dans les prochaines heures,
07:39si vous êtes mobilisé ou pas pour demain,
07:41en tout cas à Bordeaux.
07:42A priori, la préfecture devrait officialiser
07:45l'interdiction de la manifestation dans le centre-ville.
07:47Merci beaucoup, Eric.

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