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  • il y a 21 heures

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Éducation
Transcription
00:00En avril 1986, dans le nord de l'Ukraine soviétique,
00:0350 000 personnes vivent à 3 km d'une centrale nucléaire à Pripyat.
00:08La ville a été construite pour une seule raison,
00:11loger le personnel de la centrale Vladimir Ilyich Lenin.
00:15Mais dans ces immeubles et depuis quelques semaines,
00:17les habitants commencent à mal dormir.
00:19Certains font le même rêve plusieurs nuits de suite,
00:22sans arriver à dire ce qu'ils ont vu.
00:25Et 5 employés de la centrale au moins
00:27auraient vu la même chose au-dessus des bâtiments.
00:30Une silhouette immense et noire, sans tête,
00:33avec des ailes ouvertes et deux points rouges à la place des yeux.
00:36Certains sont allés jusqu'à le signaler à leur hiérarchie.
00:39On est à quelques jours de la catastrophe.
00:41Le 26 avril 1986, à 1h23 du matin,
00:46le réacteur numéro 4 explose deux fois à 3 secondes d'intervalle.
00:51Quand les premiers pompiers montent sur le toit,
00:53ils sont persuadés d'éteindre un feu de toiture.
00:56Mais plusieurs d'entre eux auraient décrit une forme noire de 6 mètres d'envergure
01:00qui planait dans la fumée, au-dessus du réacteur.
01:03Et ce n'est pas la première fois qu'une créature est aperçue avant une catastrophe.
01:07En novembre 1966,
01:10à Point-Plaisante, une petite ville américaine au bord de l'Ohio,
01:13des habitants ont signalé une forme de 2 mètres,
01:16des ailes repliées dans le dos et des yeux rouges.
01:19Ils sont des dizaines à le signaler, sur 13 mois.
01:22On l'appelait Mott-Maine.
01:25Le 15 décembre 1967, à 17h,
01:28le pont qui traverse le fleuve s'effondre avec 31 voitures dessus,
01:32faisant 46 morts.
01:33Et il n'y a plus jamais eu de signalement après ce jour-là.
01:37Deux villes, deux formes noires,
01:39et à chaque fois, les signalements s'arrêtent le jour de la catastrophe.
01:43Mais en Ukraine, il y a eu un deuxième avertissement.
01:46Et celui-là ne volait pas.
01:48Il était écrit.
01:50Et il l'était depuis la fin du 1er siècle.
01:53Bien avant que cette ville existe,
01:55et bien avant qu'on lui trouve un nom.
02:00Avant 1970,
02:02il n'y a ni ville ni centrale à cet endroit.
02:05Le 4 février 1970,
02:07l'Union soviétique ouvre un chantier
02:09dans une zone de marée et de forêt,
02:11au bord d'une rivière,
02:12à 150 kilomètres au nord de Kiev.
02:14Tout est décidé avant que quiconque habite là.
02:17Le nombre d'immeubles,
02:19le nombre d'écoles
02:19et le nombre de lits à l'hôpital.
02:21Ce type de ville a un nom en russe.
02:24On appelle ça Atomgrad,
02:26la ville de l'atome.
02:27C'est une ville construite pour une centrale
02:30et habitée uniquement par ceux qui la font tourner.
02:33Au 1er janvier 1986,
02:35Pripyat compte 49 400 habitants
02:37et la moyenne d'âge y est de 26 ans.
02:39Sur la place centrale,
02:40il y a le palais de la culture énergétique,
02:42le cinéma Prometheus
02:44et le grand magasin Raduga
02:46où l'on trouve des articles introuvables
02:48à Kiev et à Minsk.
02:50Les salaires y sont supérieurs
02:51à la moyenne du pays,
02:53les appartements sont neufs,
02:54le travail est stable,
02:56prestigieux
02:57et il est présenté
02:58comme le plus important
02:59d'Union soviétique.
03:00Cette centrale s'appelle
03:01Vladimir Ilyich Lenin.
03:03Elle a démarré en décembre 1977.
03:07Elle a 4 réacteurs en service,
03:082 autres en construction
03:10et dans les brochures officielles,
03:12l'énergie qu'elle produit
03:13est décrite
03:14comme la plus sûre au monde.
03:16Ces gens ont exactement
03:17la même vie que vous et moi.
03:18Ils ont un travail,
03:20des enfants à l'école du quartier,
03:21des collègues
03:22qu'on retrouve
03:23à la piscine de samedi
03:24et une fête foraine
03:25toute proche
03:26qui ouvre de temps à l'autre
03:27avec des autotamponneuses,
03:29des balançoires
03:29et une grande roue jaune
03:30qui attend de faire son premier tour.
03:32Mais pendant que cette ville
03:33se construisait,
03:34quelqu'un parlait
03:34d'une toute autre réalité.
03:36Elle est restée classifiée
03:37pendant 30 ans
03:38et elle ne parle
03:39ni de piscine
03:40ni de salaire.
03:42Dès mai 1970,
03:44avant même que les premiers
03:45immeubles sortent de terre,
03:47le KGB ouvre
03:48un département dans la commune.
03:49En juillet 1976,
03:539294 personnes
03:54travaillent sur le chantier.
03:55Le KGB les a toutes
03:57passées au crible
03:57et il envoie le résultat
03:59à Kiev.
03:5931 ont des origines allemandes,
04:014 ont été condamnés
04:02pour crimes contre l'État,
04:042 sont chinois
04:05et 11 échangent du courrier
04:07avec des gens
04:08qui vivent
04:08dans des pays capitalistes.
04:10Sur place,
04:11des agents
04:11et des informateurs
04:12recrutés parmi les ouvriers
04:14rendent compte
04:15sous des noms de code.
04:16Magistre,
04:17Petrovitch,
04:18Ivan
04:19ou Tina.
04:20Le service écoute
04:21les téléphones,
04:22il ouvre le courrier
04:22et il garde des appartements
04:24dans la ville
04:24sans nom sur la porte
04:25pour y recevoir
04:27ses informateurs.
04:28Et ce que ces rapports
04:29décrivent,
04:29c'est une ville
04:30privilégiée
04:31qui ne l'est pas tant que ça.
04:33C'est une ville
04:33qui manque de pain
04:34et d'eau potable.
04:35Ce sont des familles
04:36qui passent des années
04:37dans des foyers
04:38de travailleurs surpeuplés
04:39avant d'obtenir
04:40un appartement.
04:41C'est une population
04:42jeune,
04:43surveillée en permanence
04:44dans un endroit
04:45où ils sont précisément
04:47venus
04:47parce qu'on y vivait
04:48soi-disant mieux qu'ailleurs.
04:49Ces rapports
04:50partent à Kiev,
04:51le parti les enregistre,
04:53le parti les classe
04:54et le pain
04:56manque toujours.
04:57Le 1er mai,
04:58la Grande Roue
04:58devait tourner
04:59pour la première fois.
05:00Elle ne tournera jamais.
05:02Le 21 février 1979,
05:05un autre rapport
05:06part pour Moscou.
05:07Il ne parle plus de pain,
05:08ni d'eau potable,
05:09ni de logement.
05:11Il parle de la façon
05:12dont la centrale
05:13a été construite
05:13et il dit
05:14que ses défauts
05:15peuvent conduire
05:16à des avaries
05:16et à des accidents.
05:18Ce rapport est signé
05:19par le chef du KGB,
05:20Yuri Andropov.
05:22Dans moins de 4 ans,
05:23cet homme dirigera
05:24l'Union soviétique.
05:25Personne ne répondra
05:26à sa note
05:26avant le 26 avril 1986.
05:30Ce n'était pas
05:30le plus ancien avertissement
05:31écrit sur cet endroit.
05:33Le plus ancien
05:34avait été rédigé
05:35avant
05:36que la Russie existe.
05:38Ce rapport de février 1979
05:40n'est pas le premier.
05:41Le KGB surveille
05:42cette centrale
05:43depuis le premier jour
05:44du chantier
05:44et il remonte tout.
05:46La qualité du béton,
05:47les équipements défectueux
05:49livrés par les sous-traitants,
05:50les règles de sécurité
05:51qu'on ne respecte pas,
05:53il est panne.
05:53Selon l'historienne
05:55Galia Ackermann
05:56qui a dépouillé
05:57ses archives,
05:58on y compte
05:589 accidents majeurs
06:00et 68 défaillances importantes
06:02avant l'explosion
06:04du réacteur 4.
06:05Et entre 1977
06:06et 1981,
06:09la centrale
06:09connaît 29 arrêts d'urgence.
06:1229 fois en 4 ans,
06:14un réacteur de Tchernobyl
06:16s'arrête en catastrophe.
06:17A chaque fois,
06:18un rapport part
06:19et à chaque fois,
06:20il est classé sans suite.
06:22Le premier de tous
06:23date de 1976,
06:25un an avant la mise en service.
06:27Un responsable du bureau régional
06:29écrit que lancer
06:30le premier réacteur
06:31dans ces conditions
06:32est impossible
06:32et inacceptable.
06:34Que l'état réel du chantier
06:35et l'hiver
06:36rendent un démarrage
06:37prématuré
06:37susceptible de provoquer
06:38une situation critique
06:40associée
06:41à une contamination
06:42radioactive
06:43de l'environnement.
06:44Le réacteur démarre
06:45en décembre 1977.
06:47En 1982,
06:49un incident libère
06:50dans l'atmosphère
06:51ce que les documents
06:52appellent
06:52des quantités significatives
06:54de radiation.
06:55Les hommes qui étaient là
06:56doivent signer un papier
06:57dans lequel ils s'engagent
06:58à n'en parler
06:59à personne.
07:01Et en 1984,
07:02le KGB rédige une synthèse.
07:04Elle liste méthodiquement
07:06les défauts structurels
07:07des unités 1 et 2
07:09et elle se termine
07:10par une phrase administrative
07:11« Les mesures nécessaires
07:13n'ont pas encore
07:14été mises en œuvre. »
07:16Voilà 8 ans de rapport.
07:18Tout ça,
07:19c'est ce qu'on a mal construit
07:21à Tchernobyl.
07:22Un chantier bâclé
07:23des matériaux médiocres
07:25et des équipes
07:26qui vont trop vite.
07:27Le reste avait été mal conçu
07:28avant même
07:30que le chantier commence.
07:31Les 4 réacteurs
07:32de Tchernobyl
07:33sont du même modèle.
07:34Un modèle soviétique
07:35dessiné à Moscou
07:37entre 1964 et 1912
07:391968
07:40et construit en série
07:41de la Lituanie
07:42à l'Ukraine.
07:43Il porte un sigle
07:44de 4 lettres.
07:46RBMK.
07:46C'est le réacteur national
07:48le plus puissant
07:49que le pays produit
07:50et la fierté
07:51de son programme nucléaire.
07:52Il a aussi des particularités
07:54qu'on ne trouve
07:54nulle part en Occident.
07:56La première,
07:57c'est qu'il n'a pas
07:58d'enceinte de confinement.
07:59Sur un réacteur occidental,
08:00une coque de béton armée
08:02entoure le cœur
08:03pour retenir
08:04ce qui sortirait
08:05en cas d'accident.
08:06Le RBMK,
08:07eh bien,
08:07il n'en a pas.
08:08Il est trop grand
08:10et une enceinte
08:11coûte très trop cher.
08:12La deuxième particularité,
08:13c'est son comportement
08:14à basse puissance.
08:15En dessous d'un certain seuil,
08:17le réacteur devient instable
08:18et une hausse de puissance
08:20a tendance à en entraîner
08:21une autre
08:21au lieu de s'amortir.
08:23Et il en existe
08:24une troisième
08:25qui n'est écrite
08:26dans aucune brochure.
08:28Dans la salle de commande
08:29de chaque RBMK,
08:31il y a un bouton.
08:32C'est le bouton
08:33d'arrêt d'urgence,
08:34celui qui enfonce
08:35toutes les barres de contrôle
08:36dans le cœur
08:37d'un seul coup
08:38et qui doit stopper
08:39la réaction
08:39en quelques secondes.
08:40Il porte trois caractères.
08:42A, Z, 5.
08:44Quand ce bouton est enfoncé,
08:46211 barres descendent
08:47dans le cœur du réacteur.
08:49Elles sont là pour ça,
08:50pour étouffer la réaction
08:51sur leur passage.
08:52Mais sous chaque barre,
08:54il y a une pièce
08:55en graphite.
08:56Et le graphite,
08:57dans un réacteur,
08:58fait le contraire
08:59d'une barre.
09:00Il entretient la réaction.
09:02Alors quand le bouton
09:03est enfoncé,
09:04c'est cette pièce
09:05qui entre dans le cœur
09:06en premier.
09:07Pendant les premières secondes,
09:09appuyé sur le bouton
09:10d'arrêt d'urgence,
09:11fait en fait
09:12monter la puissance.
09:14Et ce n'est pas la première fois
09:16qu'un réacteur de ce modèle
09:17part tout seul.
09:17Le 30 novembre 1975,
09:20à la centrale de Leningrad,
09:22l'unité 1 est remise en marche
09:24après une opération
09:25de maintenance.
09:25La puissance monte
09:27sans que personne
09:27l'ait demandé.
09:28Les opérateurs déclenchent
09:30l'arrêt d'urgence
09:31et pendant que les barres
09:32descendent,
09:33une partie du cœur fond.
09:3432 assemblages
09:35de combustibles
09:36sont détruits
09:37ou endommagés
09:38et de la radioactivité
09:39part au-dessus
09:40du golfe de Finlande.
09:41C'est le même modèle
09:42de réacteur qu'à Tchernobyl
09:43et c'est le même bouton.
09:4611 ans avant.
09:47À ce moment-là,
09:49personne ne parle encore
09:49de graphite.
09:50Ce qu'on retient
09:51de Leningrad,
09:52c'est qu'un RBMK
09:54peut s'emballer
09:55et que l'arrêt d'urgence
09:57peut arriver trop tard.
09:58Cinq ans plus tard,
09:59l'Institut de Moscou
10:00qui a dessiné ce réacteur
10:01termine une étude confidentielle.
10:04Elle liste neuf défauts
10:05de conception majeure
10:06et elle précise
10:07que les accidents
10:08ne sont pas seulement possibles
10:09dans des circonstances rares
10:11mais probables
10:12en exploitation courante.
10:14Le réacteur
10:15n'est pas modifié
10:17et le personnel des centrales
10:19n'est même pas prévenu.
10:20Le rôle exact du graphite,
10:22lui,
10:22n'est compris qu'en 1983
10:24et par les soviétiques
10:26eux-mêmes,
10:27cette année-là,
10:28deux réacteurs neufs
10:29passent leur essai
10:30de mise en service,
10:31les équipes appuient
10:32sur le bouton
10:33d'arrêt d'urgence
10:33et la puissance monte.
10:36Le premier de ces deux réacteurs
10:38est en Lituanie.
10:39Il s'appelle
10:39Ignalina 1.
10:41Le second
10:41est le réacteur numéro 4
10:43de Tchernobyl.
10:45Ces ingénieurs
10:45n'ont rien caché.
10:47Ils écrivent ce qu'ils ont vu,
10:48ils demandent
10:49qu'on modifie les barres
10:50et le dossier remonte
10:52jusqu'au même institut de Moscou.
10:54Là,
10:54il redescend vers les directions
10:55des autres centrales
10:57et il s'arrête
10:58à la porte des directeurs.
10:59Les barres
11:00ne seront jamais modifiées.
11:02Et le dossier
11:03ne descend pas
11:03jusqu'aux opérateurs,
11:04ceux qui passent leur nuit
11:05devant le pupitre
11:06à un mètre du bouton.
11:08Et vous savez
11:09ce qui est seulement
11:10à quelques centimètres
11:11en bas de votre écran ?
11:13C'est le bouton
11:14pour s'abonner
11:15à cette chaîne, évidemment.
11:16Je sors une vidéo
11:17par semaine
11:18sur des sujets
11:19plus fous,
11:20les uns que les autres.
11:21Donc n'hésitez pas
11:22à nous rejoindre.
11:23Nous sommes
11:23une belle bande
11:24de joyeux lourous.
11:25La même année,
11:27Moscou reçoit une note
11:28qui classe la centrale
11:29de Tchernobyl
11:29parmi les plus dangereuses
11:31d'Union soviétique.
11:32Faute d'équipements
11:33de sécurité.
11:34Mais l'affaire des barres,
11:35elle,
11:35ne quitte pas les bureaux.
11:37Le réacteur numéro 4
11:38est déclaré terminé
11:39le 31 décembre
11:40de cette année-là.
11:41Il rejoint
11:42les trois autres
11:43et les hommes
11:43qui vont le faire tourner
11:44ne savent rien
11:46de ce que les équipes
11:47de démarrage ont vu.
11:47Un réacteur qui s'emballe
11:49quand on le fait descendre
11:50trop bas.
11:50Un bouton d'arrêt d'urgence
11:52qui commence
11:52par aggraver
11:53ce qu'il doit stopper.
11:54Et un système
11:55qui range
11:56ses propres avertissements
11:58dans des dossiers
11:59que personne ne rouvre.
12:00Mais rien de tout ça
12:01n'explose
12:02tant que le réacteur
12:03tourne à pleine puissance.
12:05Il aura fallu
12:05une nuit.
12:07Une nuit
12:07où on l'a fait descendre
12:09très bas
12:09et où on l'y a maintenu.
12:11Celle
12:11du 25 avril
12:141986.
12:18Cette nuit-là
12:18à Tchernobyl
12:19on fait un test
12:20de sécurité.
12:22Sur cette centrale
12:23tout dépend
12:23de l'eau.
12:24Des pompes
12:25la font circuler
12:26dans le cœur
12:26en permanence
12:27et si elle s'arrête
12:28le réacteur continue
12:30de chauffer
12:30sans que rien
12:31ne l'évacue.
12:32Les pompes tournent
12:33au courant
12:33que produit la centrale
12:34elle-même
12:35alors quand la centrale
12:36s'arrête
12:36elle s'arrête avec elle
12:37et il faut environ
12:38une minute
12:39au groupe diesel
12:40de secours
12:40pour prendre le relais.
12:42Sachez qu'une minute
12:43sans refroidissement
12:44sur un réacteur
12:45de cette taille
12:46c'est déjà trop.
12:48Il reste pourtant
12:48une source de courant
12:49pendant 7 minutes.
12:50Quand on coupe
12:51la vapeur
12:52la turbine
12:52ne s'arrête pas net
12:53elle tourne encore
12:54sur son élan
12:55et tant qu'elle tourne
12:57elle produit.
12:58C'est ça
12:59qu'on veut mesurer
13:00cette nuit-là.
13:01Combien de temps
13:01et combien de courant ?
13:04Le test a déjà été tenté
13:05sur cette centrale
13:06et il a échoué
13:07à chaque fois
13:07parce que la tension
13:08produite par la turbine
13:09tombait trop vite
13:10pour alimenter
13:11quoi que ce soit.
13:12Des ingénieurs
13:12seront conçus
13:13depuis deux régulateurs
13:14de tension
13:14et cette nuit
13:15doit servir
13:16à les essayer.
13:17Le test est prévu
13:18pour le vendredi 25 avril
13:19en journée
13:20avec l'équipe
13:22qui s'y prépare
13:22depuis le matin.
13:23La baisse de puissance
13:24commence à 1h du matin
13:25le 25 avril
13:26et elle dure toute la journée.
13:27En début d'après-midi
13:28un des deux turbogénérateurs
13:30est arrêté.
13:31Puis,
13:32comme le prévoit
13:32le programme d'essai
13:33on ferme à la main
13:34les vannes
13:35du système de refroidissement
13:36d'urgence
13:37pour qu'ils ne se déclenchent
13:38pas au milieu du test
13:39et n'envoient pas
13:40d'eau froide
13:41dans le cœur.
13:42À 14h
13:4315 minutes
13:44avant le début prévu
13:45le téléphone sonne
13:46dans la salle de commande.
13:47C'est le dispatching de Kiev.
13:49Une autre centrale
13:50vient de tomber
13:51le réseau manque de courant
13:52et le réacteur 4
13:53doit continuer à produire.
13:55Le test
13:56est donc reporté.
13:57Il attendra 9h.
13:589h pendant lesquelles
14:00le réacteur tourne
14:01à mi-puissance
14:01avec son refroidissement
14:03d'urgence
14:03fermé à la main.
14:04L'autorisation arrive
14:05à 23h10
14:06et à cette heure-là
14:07les hommes
14:08qui ont préparé le test
14:09toute la matinée
14:10sont rentrés chez eux.
14:11Dans la salle de commande,
14:13il y a
14:13Anatoly Dyatlov.
14:15Il est ingénieur en chef adjoint.
14:17C'est le plus gradé présent
14:18dans le bâtiment
14:19et c'est lui
14:20qui dirige l'essai.
14:21Les opérateurs
14:22qui sont dans la pièce
14:22cette nuit-là
14:23raconteront plus tard
14:24qu'il a imposé
14:25la poursuite du test
14:26contre leur avis.
14:27À côté de lui,
14:29Alexandre Akimov
14:29dirige le quart.
14:31C'est lui
14:31qui commande l'équipe
14:32et c'est à lui
14:33qu'il reviendrait
14:34d'arrêter l'essai.
14:35Et devant le pupitre
14:36du réacteur,
14:37il y a un homme
14:38de 25 ans
14:38qui s'appelle
14:40Leonid Toptunov.
14:41Il est arrivé ici
14:42en mars 1983
14:43avec son diplôme d'ingénieur
14:45et il tient ce poste
14:46depuis deux mois.
14:47C'est le premier arrêt
14:49du réacteur
14:49qu'il pilote lui-même.
14:50À 23h10,
14:51ces trois hommes
14:52reprennent la descente.
14:53Le programme d'essai
14:54demande que le réacteur
14:55se pose entre 700
14:56et 1000 MW
14:58et qu'il y reste
14:59le temps du test.
15:00Ce réacteur en produit
15:013200
15:01quand il tourne à plein.
15:03Ces 700 MW
15:04ne sont pas choisis au hasard.
15:05En dessous,
15:06un RBMK
15:07devient instable
15:08et une hausse de puissance
15:10en entraîne une autre.
15:11À minuit 28,
15:12pendant le passage
15:13des commandes
15:13d'un système de régulation
15:14à l'autre,
15:15la puissance continue de tomber.
15:17Elle descend
15:17à 30 MW,
15:1930 sur 3200.
15:21Et un réacteur
15:21qui tombe aussi bas
15:22se met à fabriquer
15:23du xénon,
15:24un gaz qui absorbe
15:25les neutrons.
15:26À pleine puissance,
15:27ce xénon est consommé
15:28aussi vite qu'il apparaît.
15:29À 30 MW,
15:30il ne l'est plus,
15:31alors il s'accumule
15:32dans le cœur
15:33et il étouffe
15:34ce qui reste de réaction.
15:35Et moins la réaction fonctionne,
15:37plus il s'en accumule.
15:39Ce que disent les règles
15:40dans ce cas précis,
15:41c'est qu'il faut
15:42arrêter le réacteur
15:43et attendre 24 heures.
15:45Selon les témoignages
15:46recueillis
15:46après la catastrophe,
15:47Alexandre veut
15:48interrompre l'essai
15:49et Anatolie refuse
15:51en menaçant
15:52de confier le car
15:52à quelqu'un d'autre.
15:53Le test continue.
15:55Pour remonter la puissance
15:56contre le xénon,
15:57il n'existe qu'un moyen,
15:59sortir les barres de contrôle.
16:00Alors les opérateurs
16:01les sortent
16:02une à une
16:03et la puissance
16:04remonte lentement.
16:05À 1h du matin,
16:06elle se stabilise
16:07à 200 MW.
16:08C'est 500
16:09en dessous du niveau prévu.
16:10Le réacteur tourne
16:11dans la zone
16:12où il est le plus instable.
16:13À 1h03,
16:15puis à 1h07,
16:16deux pompes supplémentaires
16:17sont mises en marche
16:18pour que 8 pompes tournent
16:19pendant l'essai.
16:20Elles envoient plus d'eau
16:21dans un cœur
16:22qui produit
16:22beaucoup moins de chaleur.
16:25L'eau bout moins,
16:26la vapeur diminue
16:27et pour compenser cette perte,
16:29il faut encore sortir des barres.
16:31Il y a une règle
16:32sur ces réacteurs
16:32qu'aucun opérateur
16:33n'a le droit de franchir.
16:35Gardez 30 barres
16:36au moins
16:37à l'intérieur du cœur
16:38en permanence
16:39pour que l'arrêt d'urgence
16:40ait de quoi agir vite.
16:42À 1h22,
16:43il en reste 6 à 8.
16:46Dans la salle de commande,
16:47les aiguilles sont basses,
16:48l'unité est en cours d'arrêt.
16:50Il ne reste plus
16:50qu'un essai
16:51de 40 secondes à faire.
16:52À 1h23 et 4 secondes,
16:54on ferme l'arrivée de vapeur
16:55sur la turbine.
16:56Le test commence.
16:59La turbine ralentit.
17:00Les pompes qu'elle alimente
17:01ralentissent avec elle.
17:03L'eau circule moins vite
17:04dans le cœur,
17:05donc elle chauffe davantage.
17:07Donc,
17:07elle se met à bouillir.
17:08Et dans un RBMK,
17:10plus il y a de vapeur,
17:12plus la réaction s'accélère.
17:14La puissance
17:14commence à monter.
17:16À 1h23 et 40 secondes,
17:18Leonid Toptunov
17:20appuie sur AZ-5.
17:22C'est ce que dit la procédure.
17:23Et c'est ce qu'on lui a appris à faire.
17:24Quand la puissance monte,
17:26on appuie sur le bouton
17:27qui doit tout arrêter.
17:28Ce fameux geste
17:29va le tuer
17:3018 jours plus tard.
17:31Les 211 bar
17:32commencent à descendre
17:34et les pièces de graphite
17:35entrent dans le cœur en premier
17:36en chassant l'eau devant elle.
17:38En 3 secondes,
17:39la chaleur produite par le réacteur
17:40dépasse 12 000 MW,
17:42presque 4 fois
17:44ce qu'il produit
17:44à plein régime.
17:45Après,
17:46les instruments saturent.
17:47Personne ne connaîtra
17:48jamais le pic réel.
17:49L'uranium se fragmente
17:50à l'intérieur de ses gaines.
17:52L'eau des circuits
17:52se transforme en vapeur
17:53d'un seul coup
17:54et la pression soulève
17:55ce qui ferme le réacteur
17:57par le haut,
17:57un couvercle de béton et d'acier
17:59de 17 mètres de large
18:01et 2 000 tonnes.
18:03La déflagration qui suit
18:04est telle
18:05que la dalle supérieure
18:06et ses 2 000 tonnes
18:07se soulèvent
18:08rompant les tubes de force.
18:10Il est 1h23 et 44 secondes
18:12quand la vapeur
18:13fait sauter le couvercle.
18:14Quelques secondes plus tard,
18:15une deuxième explosion
18:16emporte le toit
18:17et le haut des murs.
18:20À 1h du matin,
18:21j'ai entendu le bruit
18:22d'une petite explosion.
18:25J'ai pensé
18:26qu'il était arrivé
18:27quelque chose.
18:28Après cela,
18:294 secondes à peu près,
18:30j'ai entendu
18:30une explosion assez forte
18:32et vu se lever
18:33au-dessus du toit
18:33une colonne de flammes.
18:35Puis,
18:36il y a eu
18:36un dégagement
18:37de fumée gris-noire
18:38surmonté d'un champignon
18:39d'environ 300 mètres.
18:41Autour du bâtiment,
18:42sur le bitume
18:43et sur le toit
18:44de la salle des machines,
18:45il y a maintenant
18:46des blocs de graphite.
18:47Les analyses menées plus tard
18:48sur ces fragments
18:49montreront qu'ils étaient
18:50à plus de 1000 degrés
18:52au moment
18:52où ils ont été éjectés du cœur.
18:54À l'intérieur,
18:551700 tonnes de graphite
18:57restées dans le réacteur
18:58prennent feu
18:59au contact de l'air.
19:01Ce graphite
19:01ne se trouve
19:02qu'à un seul endroit
19:03dans cette centrale,
19:04à l'intérieur du cœur.
19:05Et aucun des hommes présents
19:07n'a jamais appris
19:08qu'il puisse en sortir.
19:09Ce n'est écrit
19:10dans aucun manuel soviétique.
19:12Alors les trois hommes
19:13font ce qu'on fait
19:13quand un réacteur a un problème.
19:15Ils cherchent la panne,
19:17ils donnent l'ordre
19:17d'envoyer de l'eau
19:18dans le cœur
19:19pour le refroidir
19:20et ils appellent
19:21les pompiers pour le feu
19:22qui a pris dans la salle
19:23des machines.
19:23Il n'y a plus
19:24de réacteur à refroidir.
19:25Le cœur d'un réacteur nucléaire
19:27est à ciel ouvert
19:28pour la première fois
19:29de l'histoire humaine.
19:31À trois kilomètres de là,
19:33à Pripyat,
19:34il est 1h24 du matin
19:36et 50 000 personnes dorment.
19:41À 1h25,
19:42la sirène part
19:43à la caserne de la centrale.
19:45Le lieutenant Volodymyr Pravik
19:47commande la garde
19:48cette nuit-là.
19:49Il est dans son bureau
19:50au moment de l'explosion
19:50et deux minutes plus tard,
19:52ses hommes sont dans les camions.
19:53Sur la route,
19:54il appelle par radio
19:55son chef de brigade
19:56et il décrit ce qu'il a
19:57devant le pare-brise.
19:58Les flammes sont bleues.
20:00Personne dans ces camions
20:01ne sait ce que ça veut dire.
20:03Ce qu'on leur a annoncé,
20:04c'est un incendie de toiture.
20:05C'est la seule chose
20:06qu'un pompier de Pripyat
20:07pouvait imaginer
20:08parce qu'un réacteur soviétique
20:10n'explose pas
20:10et parce que c'est écrit
20:12dans tous les documents
20:12qu'ils ont lus.
20:13Ils portent tous
20:14des vestes de toile,
20:16des casques
20:16et des bottes en caoutchouc.
20:18Aucun d'entre eux
20:19n'a de dosimètre,
20:20l'appareil qui mesure
20:21la dose de radiation
20:22qu'on reçoit.
20:23À 1h35,
20:24un second camion arrive
20:26de la ville.
20:26C'est la caserne de Pripyat
20:28et il est commandé
20:29par le lieutenant
20:29Victor Kibenok,
20:3123 ans.
20:32Parmi ces hommes,
20:33il y a un sergent-chère
20:35chef de 25 ans
20:36qui s'appelle
20:37Vasily Ignatenko.
20:40Quand ils descendent
20:41des camions,
20:41il y a des morceaux noirs
20:42partout sur le sol,
20:43autour du bâtiment.
20:44Grégory Kmel,
20:46un des conducteurs,
20:47racontera qu'il en a poussé
20:48un du pied
20:49et qu'un de ses collègues
20:50en a ramassé un à la main
20:51avant de dire simplement
20:53qu'il était chaud.
20:54Ces morceaux sortaient
20:55du cœur du réacteur.
20:56Les hommes montent
20:57sur le toit,
20:58mais pas celui du réacteur 4
20:59qui n'existe plus,
21:00celui du réacteur 3,
21:01juste à côté,
21:02dans le même bâtiment
21:03sur lequel l'explosion
21:05a projeté des morceaux
21:06de graphite en feu.
21:07Ce réacteur-là
21:08tourne toujours
21:08avec ces hommes
21:09à l'intérieur.
21:10Alors,
21:11ils déroulent les tuyaux,
21:12ils éteignent les foyers
21:13un par un
21:14pendant 40 minutes.
21:16Au bout de 20 minutes à peine,
21:18les premiers commencent
21:19à vomir.
21:19Ils ont mal à la tête,
21:21ils n'arrivent plus
21:21à porter le matériel
21:22et ils ont tous
21:23un goût de métal
21:24dans la bouche.
21:25Vers 2h30,
21:27une nouvelle équipe
21:28monte les remplacés.
21:29Vasily Ignatenko
21:31redescend soutenu
21:32par ses camarades.
21:33Il est transporté
21:34à l'hôpital de Pripyat
21:35vers 2h35.
21:36Sur ce toit,
21:37en 40 minutes,
21:38ces hommes ont reçu
21:39ce qu'un travailleur
21:40du nucléaire
21:41ne doit pas recevoir
21:43en toute une carrière.
21:44Ça ne se voit pas,
21:45ça ne se sent pas
21:47et ça ne fait pas mal
21:48sur le moment.
21:49Ce qui se voit,
21:50c'est la peau.
21:51Elle a bruni.
21:53Comme s'ils avaient passé
21:54plusieurs jours
21:55en plein soleil
21:56et à Tchernobyl,
21:58on appelle ça
21:58le bronzage nucléaire.
22:00C'est une brûlure
22:01partie de l'intérieur
22:03du corps
22:03qui met des jours
22:05à remonter
22:06jusqu'à la surface.
22:07À l'hôpital,
22:08on déshabille les pompiers
22:09et on descend
22:10leurs affaires au sous-sol.
22:11Les vestes,
22:12les casques,
22:13les bottes,
22:14tout y est encore.
22:15Ces tissus ont absorbé
22:16des poussières
22:17de combustible
22:18et 40 ans après cette nuit,
22:20ce sous-sol
22:21reste l'un des endroits
22:22les plus radioactifs
22:24de Pripyat.
22:25À la centrale,
22:27à 6h du matin,
22:28l'équipe suivante
22:29vient relever
22:30Alexandre Hakimov
22:31et Léonide Toptunov.
22:33Mais les deux hommes
22:34refusent de partir.
22:35Ils ont compris
22:35que l'eau n'arrive pas
22:36au réacteur
22:37et ils pensent
22:38qu'une vanne fermée
22:39bloque le circuit
22:40quelque part.
22:41Alors ils descendent
22:41dans la salle
22:42des pompes d'alimentation
22:43à moitié détruites
22:44et ils ouvrent
22:45les vannes
22:45des deux conduites.
22:46Puis,
22:47ils passent
22:48dans une autre pièce
22:49où ils restent debout
22:50pendant des heures
22:50dans un mélange d'eau
22:51et de combustible
22:52qui leur monte au genou.
22:54Ils sont là.
22:55à tourner à la main
22:56des volants
22:57à demi-immergés.
22:58Ils s'arrêtent seulement
23:00quand la radiation
23:01les empêche
23:02de tenir debout.
23:03Dans la journée,
23:04on met les hommes
23:04irradiés dans des cars.
23:05On les emmène
23:06à l'aéroport
23:06de Boris Pyl
23:07près de Kiev
23:08et on les envoie
23:09à Moscou
23:10par avion.
23:11Ils sont conduits
23:11à l'hôpital numéro 6,
23:13le seul établissement
23:14du pays
23:14qui sache traiter ça.
23:15La femme de Vasily
23:16s'appelle Ludmilla.
23:18Elle a 23 ans,
23:19ils se sont mariés
23:20il y a 3 ans
23:21et elle est enceinte
23:21de 6 mois.
23:22À Moscou,
23:23on lui refuse l'entrée.
23:24On ne peut laisser passer
23:25personne,
23:26surtout pas une femme enceinte.
23:27Alors elle dit
23:28qu'elle ne l'est pas,
23:29elle paie une employée
23:30pour passer la porte
23:31et elle s'installe.
23:32Elle y reste.
23:3414 jours.
23:35Elle a raconté
23:36ces 14 jours
23:36à l'écrivaine
23:37Svetlana Aleksevitch
23:3810 ans plus tard.
23:40Elle raconte
23:40qu'elle rencontrait
23:41un homme différent
23:42chaque matin,
23:43que sa peau partait par couche
23:44et changeait de couleur
23:45et qu'à la fin,
23:46il n'y avait plus
23:47grand chose à toucher.
23:48Une infirmière
23:49l'avait pourtant prévenue
23:50dès le premier jour.
23:52Elle pouvait rester
23:53à condition
23:53de ne pas pleurer
23:54devant son mari.
23:55Alors elle a décidé
23:56de faire ce que n'importe qui
23:57ferait pour la personne
23:58qu'il aime.
23:58Elle est restée collée
24:00à un corps
24:00qui était une source
24:01de radiation
24:01à lui seul
24:02pendant 14 jours
24:04alors qu'elle portait la vie.
24:06Le 11 mai,
24:07Volodymyr Pravic
24:08et Viktor Kibenok
24:09meurent
24:10à quelques heures
24:11d'intervalle.
24:11Alexandre Akimov
24:13meurt le même jour.
24:14Vasily Ignatenko
24:15meurt le 13 mai
24:16à 11h20 du matin
24:17à 25 ans seulement.
24:20Leonid Toptunov
24:21meurt le 14.
24:22Le jour de l'enterrement
24:23de Vasily,
24:24ses pieds ont tellement gonflé
24:26qu'on n'arrive plus
24:27à lui mettre ses chaussures
24:28et il faut découper
24:29son costume
24:30pour réussir à l'habiller.
24:31On le met
24:31dans un cercueil de zinc,
24:33on soude le couvercle
24:35et on le descend
24:36au cimetière de Mitino
24:37sous une dalle de béton.
24:39Les 27 autres
24:39sont enterrés
24:40de la même façon
24:41dans le même cimetière.
24:43Ludmilla,
24:43elle,
24:44survivra.
24:44Sa fille Natacha
24:46naît deux mois plus tard
24:47avec de graves malformations
24:49et elle ne vivra
24:50et elle ne vivra
24:50que quelques heures.
24:51Ces hommes agonisent
24:52à Moscou
24:53depuis quatre jours
24:54quand le 1er mai
24:55à Kiev
24:55on fait défiler
24:57les enfants des écoles
24:58dans la rue.
25:00Le réacteur explose
25:01à 1h23
25:02le samedi 26 avril.
25:04L'ordre d'évacué
25:05Pripyat
25:05tombe le dimanche
25:0627 avril
25:07à 10h du matin
25:08et les haut-parleurs
25:09des cuisines
25:10l'annoncent
25:11à 13h10.
25:12Entre les deux,
25:13il s'est écoulé
25:1436 heures.
25:34Pendant ces 36 heures,
25:36la ville vit.
25:37Les enfants vont à l'école,
25:39les gens font
25:40leurs courses au magasin
25:41et certains sortent
25:42sur les balcons
25:43pour regarder la lumière
25:43au-dessus de la centrale.
25:45L'annonce que les habitants
25:46entendent ce dimanche
25:47est lue par une voix de femme.
25:48Calme.
25:49Elle explique
25:49qu'à cause de l'accident,
25:51les conditions radiologiques
25:52se dégradent,
25:52que le parti et l'armée
25:53prennent les mesures nécessaires
25:55et qu'il faut évacuer
25:56temporairement la population.
25:58Elle conseille d'emporter
25:59les documents,
26:00quelques affaires personnelles
26:01et un peu de nourriture
26:02pour deux ou trois jours
26:03au cas où.
26:051200 autobus
26:06arrivent de Kiev.
26:07La ville est vidée
26:08en trois heures et demie.
26:10Personne ne panique
26:11parce que personne
26:12n'a compris
26:12ce qui se passait.
26:13Aucun d'entre eux
26:14ne reviendra jamais.
26:15Aujourd'hui,
26:17Pripyat est encore
26:17pleine de vaisselle,
26:19de photos,
26:20de vêtements
26:20et de jouets d'enfants.
26:22Le lendemain,
26:23le lundi 28 avril,
26:24à 1100 kilomètres de là,
26:26un ingénieur arrive au travail
26:27à la centrale nucléaire suédoise
26:29de Forsmark.
26:30Il passe le contrôle
26:31de routine à l'entrée
26:32et le détecteur se déclenche
26:34sur les semelles
26:34de ses chaussures.
26:36Et il vient d'arriver.
26:38Donc,
26:38ce qu'il a sous les semelles,
26:40il ne l'a pas ramassé
26:41dans la centrale.
26:42Les Suédois cherchent
26:43la fuite chez eux,
26:44ils n'en trouvent aucune.
26:45Alors,
26:46ils regardent
26:46d'où vient le vent
26:47et le vent
26:48vient de l'Est.
26:50Stockholm appelle Moscou
26:51et demande
26:52s'il s'est passé quelque chose.
26:53Moscou répond que non,
26:54mais par mesure de sécurité,
26:56les Suédois saisissent
26:57l'Agence internationale
26:58de l'énergie atomique.
26:59Et c'est seulement
27:00à ce moment-là,
27:01le soir du 28 avril,
27:03que la télévision soviétique
27:05diffuse un communiqué
27:06de quatre phrases
27:07pour dire qu'un accident
27:08a eu lieu à Tchernobyl
27:10et que les mesures
27:11sont prises.
27:12Le même jour,
27:13le chef du KGB,
27:14Viktor Chebrikov,
27:16écrit au comité central
27:17pour rendre compte
27:17de son travail.
27:18Il surveille les diplomates
27:20et les correspondants étrangers.
27:21Il limite ce qu'ils peuvent
27:22apprendre de l'accident
27:23et il contre ce qu'il appelle
27:25la campagne de propagande
27:26anti-soviétique en Occident.
27:28Les soviétiques ont évacué
27:29Pripyat
27:29avant que la Suède
27:31découvre quoi que ce soit.
27:32Ils savaient,
27:33mais ils ont attendu
27:34d'être obligés de le dire.
27:35Trois jours plus tard,
27:36c'est le 1er mai.
27:37C'est la plus grande fête
27:38du calendrier soviétique.
27:40À Kiev,
27:41à 130 km de la centrale,
27:43le défilé est maintenu.
27:45Des centaines de milliers
27:46de personnes
27:47descendent dans la rue
27:48et en tête des colonnes,
27:50comme chaque année,
27:51il y a les enfants des écoles.
27:53Le vent a tourné
27:54et le nuage est passé
27:55au-dessus de Kiev.
27:56À l'Institut de Botanique
27:57de la ville,
27:58les appareils enregistrent
27:59une hausse nette
28:00de la radioactivité
28:01dès le samedi.
28:02Des officiers du KGB
28:03se déplacent
28:04et les mettent sous scellé
28:05pour éviter la panique
28:06et les rumeurs.
28:07Mais les autorités
28:08refusent d'annuler le défilé.
28:10Elles exigent en plus
28:11qu'on sorte les enfants
28:12des écoles
28:12pour montrer que Kiev
28:14ne risque rien.
28:15Ils défilent
28:16pendant 4 heures.
28:18Les enfants
28:18des dirigeants
28:19du parti, eux,
28:20avaient été mis
28:21dans des avions
28:21et sortis de Kiev
28:22quelques jours plus tôt.
28:24Les habitants
28:25ne l'apprendront
28:26que des années plus tard.
28:27En ville aussi,
28:28tout se passait
28:28comme d'habitude.
28:29Les magasins
28:30étaient ouverts,
28:31les enfants se promenaient,
28:33tout semblait être normal.
28:34Et le nuage,
28:35lui,
28:36continue de descendre
28:36sur les champs.
28:37Il tombe sur l'herbe,
28:39sur les cultures
28:39et sur les bêtes
28:41qui broutent dehors
28:41depuis 5 jours.
28:42En Ukraine,
28:4450 000 bovins,
28:45moutons et chèvres
28:46sont chargés
28:47sur des camions
28:48et 25 000 partent
28:50directement à l'abattoir.
28:51Un pays qui manque
28:52de viande
28:52depuis 40 ans
28:53se retrouve avec
28:5425 000 carcasses
28:56radioactives
28:57sur les bras.
28:58L'Ukraine fournissait
29:00tout le pays
29:00en blé,
29:01en lait
29:01et en viande.
29:03Tant de biens
29:04perdus
29:04à cause
29:05d'irresponsabilité
29:06de quelques-uns.
29:07Le 8 mai 1986,
29:09le ministère de la Santé
29:10fixe de nouveaux
29:12seuils de radiation
29:12acceptables
29:13pour la population.
29:1410 fois plus élevés
29:15que la précédente
29:16et jusqu'à 50 fois
29:17dans certains cas.
29:18Le même jour,
29:19le polybureau,
29:20le bureau du parti communiste,
29:21se réunit pour décider
29:22quoi faire des carcasses.
29:24Il règle le problème
29:25en lavant les bêtes
29:26à l'eau
29:27et en leur retirant
29:28leurs ganglions lymphatiques.
29:29Les abattoirs doivent
29:30classer la viande
29:31selon sa radioactivité.
29:33Faible,
29:33moyenne
29:34ou forte.
29:35La faible
29:36et la moyenne
29:37partent au mélange.
29:38Une part de viande
29:39contaminée
29:39pour 10 parts de viande saine.
29:41En saucisse
29:42et en conserve.
29:43On les étiquette normalement
29:45et on les distribue
29:46dans tout le pays.
29:46Une seule ville
29:48est exclue
29:48de la distribution.
29:50Moscou.
29:51Mikhaël Gorbatchev
29:52parle à la télévision
29:53le 14 mai,
29:5518 jours après l'explosion.
30:05Il annonce
30:06deux morts
30:06dans l'explosion
30:07et sept décès
30:08à l'hôpital.
30:09Il ne dit pas
30:10un mot
30:11aux pays européens
30:12qui ont reçu le nuage
30:13et il passe
30:14une partie
30:15de son intervention
30:16à reprocher
30:17à la presse occidentale
30:18d'exagérer.
30:19En juillet 1986,
30:21le polybureau
30:22se réunit
30:22sur les causes.
30:23Le rapport
30:24qui lui est présenté
30:25conclut
30:25que les concepteurs
30:26du RBMK
30:27n'ont pas assuré
30:28le niveau
30:29de sûreté requis
30:29et qu'ils n'ont pas évolué
30:31sérieusement
30:32la fiabilité
30:33du réacteur.
30:34Gorbatchev
30:34s'en prend
30:35aux dirigeants
30:35de l'industrie nucléaire.
30:37Un an plus tard,
30:38le 7 juillet 1987,
30:40un procès s'ouvre
30:41dans la maison de la culture
30:42de la ville de Tchernobyl.
30:44Sur le banc,
30:44il y a le directeur
30:45de la centrale,
30:46Victor Brioukanov,
30:48l'ingénieur en chef
30:49Nikolai Fomin,
30:50un chef de car,
30:52un chef de réacteur,
30:53un inspecteur de sûreté.
30:55Et l'ingénieur en chef
30:56adjoint,
30:57Anatoly Dyatlov,
30:59celui qui dirigeait
30:59l'essai cette nuit-là.
31:01C'est lui
31:01que les opérateurs
31:02ont mis en cause.
31:04Ceux qui étaient
31:04dans la salle de commande
31:05cette nuit-là
31:06ont raconté
31:07qu'il avait refusé
31:08d'arrêter le test
31:09quand la puissance
31:10s'est effondrée
31:10et qu'il avait menacé
31:12de confier le car
31:13à quelqu'un d'autre.
31:14Anatoly nie.
31:15Il a survécu
31:16à cette nuit
31:16et il passera
31:17les 8 années
31:18qui lui restent
31:19à se défendre
31:20dans un livre
31:21et dans des articles.
31:22Pour lui,
31:23le réacteur était piégé.
31:24Personne ne l'avait dit
31:25aux hommes
31:26qu'il pilotait
31:26et on juge
31:27des opérateurs
31:28pour un défaut
31:29qu'ils ne pouvaient
31:29pas connaître.
31:33Ce réacteur
31:34n'aurait pas dû
31:35être en service.
31:37Les vrais coupables
31:38sont les autorités
31:39en charge du nucléaire.
31:46Nous n'avions pas
31:47la documentation nécessaire
31:49concernant ce réacteur.
31:50L'explosion
31:51était inévitable.
31:54Le 29 juillet,
31:55Victor,
31:56Nicolai
31:56et Anatoly
31:57prennent le maximum.
31:5910 ans de colonies pénitentiaires,
32:01c'est-à-dire
32:01de travail forcé.
32:02Ce que le tribunal
32:03ne juge pas en revanche,
32:05c'est le réacteur.
32:07Le défaut
32:07des barres de graphite
32:08connues depuis 1983
32:10n'est jamais évoqué.
32:11L'étude de 1980
32:13qui annonçait
32:14des accidents probables
32:15reste à Moscou.
32:16Et personne ne demande
32:17pourquoi ce réacteur
32:18n'avait pas d'enceinte
32:19de confinement.
32:20Ces 6 hommes
32:20sont condamnés
32:21pour avoir mal appliqué
32:22les règles de sécurité
32:23d'un réacteur
32:24dont on cache encore
32:25les défauts.
32:2614 autres réacteurs
32:28du même modèle
32:29tournent dans le pays
32:30au moment du verdict.
32:32L'État a menti
32:34sur les causes,
32:35sur les doses
32:35et sur les morts.
32:43Il restait une chose
32:45à faire disparaître
32:46et elle n'était pas
32:47dans les archives.
32:48Elle était
32:49sur le site
32:50et 600 000 hommes
32:52allaient la voir.
32:54Le réacteur brûle
32:55à l'air libre
32:56depuis 12 heures
32:57et personne au monde
32:58n'a jamais éteint
32:58un feu pareil.
32:59Alors,
33:00l'Union soviétique
33:01fait ce qu'elle sait faire,
33:03elle envoie des hommes.
33:03Entre 1986 et 1992,
33:08ils sont entre 500 000
33:09et 800 000
33:10à passer par Tchernobyl.
33:11Le chiffre
33:12le plus souvent retenu
33:13est 600 000.
33:14Des jeunes
33:15qui faisaient
33:15leur service militaire,
33:17des réservistes rappelés,
33:18des mineurs de charbon,
33:19des chauffeurs,
33:20des maçons,
33:21des ouvriers d'usines
33:22détachés par leurs entreprises.
33:24Presque aucun d'entre eux
33:25n'a choisi d'y aller.
33:26On convoque un homme
33:27et l'homme part.
33:28On les appelle
33:29les liquidateurs,
33:31ceux qui liquident
33:32les conséquences
33:33de l'accident.
33:34L'un d'eux s'appelle
33:36Anatolai Koliadine.
33:37Il est électricien,
33:39il arrive sur le site
33:39dans les heures
33:40qui suivent l'explosion
33:41et il y restera
33:42trois ans.
33:43Le premier chantier
33:44commence l'après-midi
33:45du 27 avril
33:46dans le ciel.
33:47Il faut étouffer le cœur
33:48et la seule façon
33:49d'y arriver,
33:50c'est de l'enterrer
33:51sous du sable,
33:52du bord et du plomb.
34:05Deux MI8
34:05décollent de Kiev.
34:06Les pilotes traversent
34:07la forêt de pylône
34:08qui entoure la centrale,
34:10se placent en vol stationnaire
34:11à 100 mètres
34:12au-dessus du bâtiment
34:13et leur équipage
34:14pousse les sacs
34:15par la porte ouverte
34:16à la main
34:16en visant à l'œil.
34:18Il n'y a pas de plancher
34:19blindé dans ces appareils.
34:20Il y a une porte ouverte
34:21et en dessous
34:22un réacteur
34:23à ciel ouvert.
34:24Entre le 27 avril
34:26et le 10 mai,
34:27ils font plus de 5000 sorties
34:29et larguent environ
34:305000 tonnes de matériaux
34:32là-dedans.
34:32Le 2 octobre,
34:33un de ces hélicoptères
34:34passe au-dessus
34:35et accroche le câble
34:36d'une grue du chantier.
34:38Ses pâles se brisent,
34:40ils chutent,
34:41les quatre homains-bords
34:41sont tués.
34:42Mais ces 5000 tonnes
34:43lâchées d'en haut
34:44créent un autre problème.
34:46Elles écrasent
34:47ce qui reste du cœur
34:48contre la dalle de béton
34:50qui le porte.
34:50Et si le combustible fondu
34:52traverse,
34:53cette dalle,
34:54il descend jusqu'à la nappe phréatique,
34:56celle qui alimente
34:57le Pripyat,
34:58le Dniepr
34:58et l'eau potable de Kiev.
35:00Le contact entre
35:01du combustible en fusion
35:02et de l'eau
35:03produit une explosion de vapeur.
35:04Il faut passer
35:05sous le réacteur
35:06avant que ça n'arrive.
35:08En mai,
35:09400 mineurs de charbon
35:10arrivent à Tchernobyl.
35:11Ils viennent du bassin
35:12de Toulas en Russie
35:13et du Donbass en Ukraine.
35:16Ils creusent un tunnel
35:17de 168 mètres
35:18qui débouche exactement
35:19sous le réacteur.
35:21Ils travaillent par poste
35:22de trois heures, jour et nuit,
35:23sans jamais interrompre le chantier.
35:25La température sous terre monte
35:27jusqu'à 50 degrés
35:28et ils ne peuvent pas ventiler
35:30parce que ventiler reviendrait
35:31à aspirer l'air de dehors.
35:33Le tunnel est terminé
35:34le 24 juin,
35:3660 jours après l'explosion.
35:37Dedans, les ingénieurs
35:38installent un échangeur.
35:40C'est une machine chargée
35:41de pomper la chaleur
35:42sous le réacteur
35:43pour l'empêcher
35:44de descendre plus bas.
35:46Sauf que le cœur
35:47a fini de refroidir tout seul
35:48pendant qu'on creusait.
35:49La machine est posée quand même
35:51mais elle ne sera
35:52jamais mise en marche.
35:54Pendant que les mineurs creusent,
35:55personne ne monte sur les toits.
35:57L'explosion y a projeté
35:58des morceaux de graphite
35:59et de combustible.
36:00Il faut les enlever
36:02parce que c'est sur ces toits
36:04que doit reposer le couvercle de béton
36:05qui va refermer le réacteur.
36:07L'armée découpe la surface
36:08en trois secteurs
36:10et les baptise
36:10Katia, Nina et Macha.
36:12Sur Macha,
36:13les instruments affichent
36:14des valeurs qu'on ne trouve
36:15nulle part ailleurs sur Terre.
36:16Les soviétiques envoient
36:18d'abord des machines,
36:19ils sortent des robots
36:20dérivés de leurs engins lunaires
36:22et ils achètent à la police
36:23ouest-allemande
36:24un robot de déminage
36:25surnommé le Joker.
36:27Le Joker monte sur Macha
36:29mais son électronique lâche
36:30avant même qu'il ait pu
36:31déblayer quoi que ce soit.
36:32Alors l'armée soviétique
36:34fait remonter des hommes
36:35sur ces toits
36:35avec des pelles.
36:36Dans les documents,
36:37on les appelle
36:38les biorobots.
36:39Ils sont 3828
36:41entre l'été
36:42et l'automne 1986.
36:44Chacun monte une fois
36:46et il a 90 secondes
36:48montres en main.
36:49Une fois dans ce secteur,
36:50vous comptez jusqu'à 90.
36:52Après quoi,
36:53abandonnez vos outils
36:53et revenez à pas de course.
36:55Ils portent des tabliers
36:56et des plaques de plomb bricolées
36:58découpées dans des feuilles
36:59arrachées au mur
37:00des bureaux administratifs
37:01de Tchernobyl.
37:01Ce plomb réduit la dose
37:03d'environ un tiers
37:05mais le reste passe au travers.
37:06Ils courent,
37:07ils prennent 3 ou 4 pelletés
37:09de graphite,
37:09ils les jettent
37:10dans le trou du réacteur
37:11et ils redescendent.
37:12En 90 secondes là-haut,
37:14un homme reçoit la dose
37:15qu'un travailleur du nucléaire
37:16ne doit pas dépasser
37:17dans toute sa carrière.
37:19C'est pour ça
37:19qu'on ne monte qu'une fois.
37:21Sauf que les registres
37:22montrent que certains
37:23sont remontés quand même.
37:24Une deuxième fois
37:25et parfois même une troisième.
37:26La plupart avaient entre 20 et 30 ans.
37:28La construction du sarcophage
37:30dure 206 jours
37:31de juin à fin novembre 1986.
37:34Les hommes montent
37:35400 000 m3 de béton
37:37et plus de 7 000 tonnes d'acier
37:38autour d'un réacteur
37:39qu'on ne peut pas approcher.
37:40Ce qu'ils enferment là-dedans,
37:42ce sont 740 000 m3 de débris
37:44et de terres contaminées.
37:45De quoi remplir
37:46300 piscines olympiques.
38:02Et la radiation est telle
38:04qu'ils travaillent
38:04sans jamais pouvoir vérifier
38:06ce qu'ils assemblent.
38:07Les plaques sont descendues
38:08à la grue
38:08et posées les unes
38:09contre les autres
38:10sans soudure.
38:11A la fin,
38:12il reste plus de 1000 m2
38:13de trous dans le toit
38:14là où les pièces
38:15ne se rejoignent pas.
38:16La première expédition
38:18a démontré
38:18que le sarcophage
38:19est tout
38:20sauf un cercueil
38:21de béton massif
38:22et étanche.
38:23C'est une mince couverture
38:25fissurée
38:26et trouée de partout
38:27dans laquelle
38:28les eaux de pluie
38:29s'infiltrent
38:29et dont les oiseaux
38:30ont pris possession.
38:32Ce sarcophage
38:33est prévu
38:33pour tenir 30 ans.
38:35En novembre 1986,
38:37le chantier se termine
38:38et les hommes
38:39rentrent chez eux.
38:41L'Union soviétique
38:42les traite alors
38:43en héros.
38:44Elle leur donne
38:44des médailles,
38:45un statut officiel,
38:46des pensions d'invalidité
38:48et parfois même
38:49un appartement.
38:50En 1991,
38:52l'Union soviétique
38:53cesse d'exister.
38:54La Russie,
38:55l'Ukraine
38:55et le Bélaruse
38:56récupèrent la charge.
38:58En 2011,
38:59l'Ukraine décide
39:00de réduire leurs pensions.
39:02Alors ces hommes
39:03descendent dans la rue
39:03et certains arrêtent
39:05de manger
39:05pour se faire entendre.
39:06Les heures ont débuté
39:08quand les policiers
39:08ont démonté la tente
39:09dans laquelle
39:10les grévistes
39:11se chauffaient.
39:14Mais que se passe-t-il
39:15dans ce pays
39:16a crié un protestateur.
39:19Ils ont tué un homme.
39:20Mais pourquoi ?
39:21A Donetsk,
39:22la police charge
39:23et l'un d'eux meurt.
39:24Le président ukrainien
39:26Viktor Yanukovitch
39:27répond que le pays
39:28n'a pas les moyens
39:29de tenir ce qu'on leur a promis.
39:30Au Bélarus,
39:31les baisses ont commencé
39:32encore plus tôt.
39:33Aujourd'hui,
39:34les plus basses
39:35de ces pensions
39:35tournent autour
39:36de 70 euros par mois.
39:38En octobre dernier,
39:39une centaine de liquidateurs
39:41sont venus à pied
39:41de Toulan à Moscou,
39:42200 kilomètres,
39:44devant les murailles
39:44du Kremlin
39:45pour protester
39:45contre un projet de loi
39:46qui réduirait encore
39:47leurs indemnités,
39:48qui priverait leur famille
39:49de pension après leur mort.
39:51Ils ont jeté leur médaille.
39:52Si nous devions encore
39:54quelque chose
39:54à notre patrie,
39:55dit le président
39:56de leur association,
39:57nous le lui avons rendu.
39:59Aucun État
39:59n'a jamais compté
40:01leurs morts.
40:01Ce sont les anciens
40:02de Tchernobyl
40:03eux-mêmes
40:03qui s'en chargent,
40:04en montant
40:05leurs propres associations.
40:06La plus importante
40:07avance 60 000 morts
40:09et 165 000 invalides
40:11sur 600 000 hommes.
40:13D'autres estimations
40:14descendent à 20 000 morts.
40:16Ce qu'on sait,
40:17c'est que 600 000 hommes
40:19ont enterré ce réacteur
40:20sous 400 000 mètres cubes
40:22de béton.
40:22Ils n'ont pas pu enterrer
40:24le nom de cet endroit.
40:24et ce nom était écrit
40:26quelque part
40:271900 ans plus tôt.
40:32Le dernier livre de la Bible
40:33a été écrit
40:34à la fin du 1er siècle
40:35sur une île grecque
40:36appelée Patmos.
40:37Il s'appelle
40:38l'Apocalypse.
40:40Il raconte la fin du monde
40:41en sept étapes.
40:43Cet ange
40:44sonne la trompette
40:45l'un après l'autre
40:46et chaque trompette
40:47déclenche une catastrophe.
40:49Voici ce que dit le texte
40:50pour le troisième ange.
40:52Le troisième ange
40:53sonna de la trompette
40:55et il tomba du ciel
40:57une grande étoile ardente
40:58comme un flambeau
40:59et elle tomba
41:01sur le tiers des fleuves
41:02et sur les sources des eaux.
41:04Le nom de cette étoile
41:05est Absinthe
41:06et le tiers des eaux
41:08fut changé en absinthe
41:09et beaucoup d'hommes
41:11moururent par les eaux
41:12parce qu'elles étaient
41:14devenues amères.
41:15Prenons ce texte
41:16ligne par ligne,
41:17s'il vous plaît.
41:17L'absinthe est une plante.
41:19Il existe une espèce précise,
41:21une mauvaise herbe
41:22qui pousse partout en Europe
41:23sur les bords de route
41:24et sur les terrains vagues.
41:26Elle monte à hauteur d'homme,
41:27elle est amère
41:28et ses tiges tirent sur le noir.
41:30En France,
41:31on l'appelle armoise.
41:33Dans le nord de l'Ukraine,
41:34on l'appelle
41:36tchornobyl
41:36de tchorni, noir
41:39et bilia, les tiges.
41:42Le nom de cette plante
41:44veut donc dire
41:45herbe noire.
41:46C'est elle
41:47qui a donné son nom
41:48à un bourg de la région.
41:49Et ce bourg
41:50a donné son nom
41:51à la centrale construite
41:5215 kilomètres plus loin.
41:54Le verset dit ensuite
41:55que l'étoile
41:56était ardente
41:57comme un flambeau.
41:58Le cœur du réacteur 4
41:59a brûlé à l'air libre
42:00pendant 10 jours.
42:021700 tonnes de graphite
42:04ont pris feu
42:04à plus de 1000 degrés.
42:06Et la colonne de lumière
42:07se voyait depuis
42:07les fenêtres de Pripyat.
42:09Le premier pompier
42:11arrivé sur place
42:12a signalé par radio
42:14que les flammes
42:15étaient bleues.
42:16Le verset dit ensuite
42:17que l'étoile est tombée
42:18sur les fleuves
42:19et sur les sources
42:20des eaux.
42:21La centrale est posée
42:22au bord du Pripyat,
42:24la rivière qui donne
42:25son nom à la ville.
42:26Cette rivière
42:27rejoint le Dniepr
42:29et le Dniepr
42:30donne à Kiev
42:31son eau potable.
42:32Dans les mois qui suivent,
42:33les soviétiques
42:34construisent des digues
42:36en urgence
42:36pour retenir
42:37ce qui descend
42:38vers le fleuve.
42:39Et la dernière ligne
42:40du verset
42:41dit que beaucoup d'hommes
42:42sont morts par ces eaux
42:43parce qu'elles étaient
42:44devenues amères.
42:46Après avril 1986,
42:48l'eau,
42:49le lait,
42:49les poissons
42:50et les légumes
42:51de toute la région
42:52deviennent impropres.
42:53Et rien ne le montre.
42:55L'eau a exactement
42:56le même goût qu'avant
42:57et c'est ce qui la rend dangereuse.
42:59Ce rapprochement,
43:00les Ukrainiens l'ont fait
43:01avant tout le monde.
43:02Et ils l'ont fait
43:03tout de suite.
43:04En 1986,
43:06très peu de gens
43:07possèdent une Bible
43:07en Union soviétique.
43:09Ceux qui en ont une
43:09ouvrent l'apocalypse
43:10dans les jours
43:11qui suivent l'explosion.
43:13Et ils tombent
43:14sur le nom de l'étoile.
43:15Dans leur langue,
43:16ce nom désigne
43:17la même famille de plantes
43:18que celle qui a donné
43:19son nom à la centrale.
43:21Les gens en parlent
43:21entre eux
43:22dans les files d'attente,
43:23dans les trains
43:23et en quelques semaines,
43:24l'information a traversé
43:26le pays.
43:27Le 26 juillet 1986,
43:29le New York Times
43:30publie un article
43:31de son correspondant
43:32à Moscou,
43:33Serge Schemann.
43:34Le titre est
43:35Tchernobyl Fall Out
43:36Apocalyptic Tale.
43:38Retombée de Tchernobyl,
43:39un récit apocalyptique.
43:41Et à Moscou,
43:42eh bien ça inquiète.
43:43Depuis 60 ans,
43:44ce pays combat la religion.
43:45Il a fermé les églises,
43:47il a emprisonné des prêtres
43:48et il enseigne
43:49l'athéisme à l'école.
43:50Alors en 1986,
43:52il fait passer
43:53des dirigeants
43:53de l'église orthodoxe
43:54russe à la télévision.
43:55Ils viennent dire aux gens
43:56que ce verset
43:57ne prédit rien
43:58et que personne ne peut savoir
44:00quand vient la fin des temps.
44:01Le même pouvoir
44:02qui ment sur les doses,
44:04sur les morts
44:05et sur la viande,
44:06a eu peur
44:07d'un vieux texte
44:08de 1900 ans.
44:10C'est étrange
44:11tout de même.
44:1325 ans plus tard,
44:15l'Ukraine indépendante
44:16fait exactement l'inverse.
44:18Le 26 avril 2011,
44:20elle inaugure
44:20un mémorial
44:21au centre de la ville
44:22de Tchernobyl
44:22en présence
44:23des présidents ukrainiens
44:24et russes.
44:25L'artiste
44:26Anatoly
44:26Aydamaka
44:27y a sculpté
44:28un ange de métal
44:29qui souffle
44:29dans une trompette.
44:30C'est le troisième ange,
44:32celui du verset.
44:32L'œuvre porte son nom
44:34et le parc entier
44:35s'appelle
44:35le mémorial
44:36de l'étoile absinthe.
44:38Un état
44:39a donc fait graver
44:40cette prophétie
44:41dans le paysage
44:42à 15 km du réacteur.
44:44Ce rapprochement
44:45a pourtant
44:46deux points faibles
44:47et ils sont connus.
44:48Le premier,
44:49c'est que dans
44:50les bibles slaves,
44:51le nom de l'étoile
44:52n'est pas de Tchernobyl,
44:53c'est Pauline,
44:55le nom de la famille entière.
44:56Tchernobyl
44:57n'est qu'une des plantes
44:58de cette famille,
44:59celle qui pousse
45:00dans le nord de l'Ukraine.
45:01Le second,
45:02c'est que le verset dit
45:02que les hommes
45:03sont morts par les eaux
45:04et à Tchernobyl,
45:06les morts d'avril
45:07et de mai 1986
45:09sont venus
45:09de l'air,
45:11du toit
45:11et du graphite.
45:12Cette objection
45:12est vraie
45:13pour les trois premiers mois.
45:15Elle ne l'est plus
45:15pour les 20 années
45:17qui suivent.
45:18Pendant les 10 jours
45:19où le cœur brûle
45:20à l'air libre,
45:21le réacteur
45:22ne rejette pas
45:22que du graphite.
45:23Il rejette aussi
45:24un gaz radioactif
45:25qui s'appelle
45:26l'iode-131.
45:28Ce gaz monte
45:29avec la fumée,
45:30il voyage
45:31avec le vent
45:32et il retombe
45:33sur les champs,
45:34sur les potagers
45:34et sur l'herbe
45:35des pâturages.
45:36Le vent l'emmène
45:37surtout vers le nord.
45:38Le Bélarus,
45:39le pays voisin,
45:40reçoit environ 70%
45:42de tout ce qui retombe
45:43sur l'Union soviétique.
45:44L'iode-131
45:45ne dure pas longtemps,
45:47sa radioactivité
45:48diminue de moitié
45:48tous les huit jours
45:49et au bout de deux mois,
45:51il n'en reste presque
45:52plus rien.
45:53Sauf que,
45:53pendant ces deux mois,
45:55les vaches mangent l'herbe
45:57et les gens
45:58boivent le lait.
45:59Le corps humain
46:00a besoin d'iode
46:00pour fonctionner.
46:01C'est la thyroïde
46:02qui s'en charge.
46:03Cette petite glande
46:04située à la base du cou,
46:06elle capte tout l'iode
46:08qui passe dans le sang
46:08et elle le stocke.
46:10Et elle ne fait
46:11aucune différence
46:12entre l'iode normal
46:14et l'iode radioactif.
46:17Chez un adulte,
46:18cette glande est assez grande
46:19pour que la dose se dilue.
46:21Chez un enfant,
46:22elle est minuscule.
46:23À quantité égale
46:25d'iode avalée,
46:25un nourrisson reçoit
46:26dans la thyroïde
46:27une dose plusieurs fois
46:29supérieure à celle
46:30d'un adulte.
46:30Il existait un moyen
46:31d'empêcher ça.
46:32Et il était connu
46:33de tous les services
46:34de radioprotection du monde.
46:36Il suffit de faire avaler
46:37à la population
46:38des comprimés
46:39d'iode ordinaire.
46:40La thyroïde se remplit,
46:42elle sature
46:43et quand l'iode radioactif arrive,
46:45elle n'a plus de place
46:46pour la prendre.
46:47La Pologne l'a fait.
46:48Le 28 avril,
46:50une station de mesure
46:50du nord du pays
46:51voit passer le nuage.
46:52Le lendemain,
46:53le gouvernement lance
46:54la distribution.
46:55En trois jours,
46:5610 millions d'enfants
46:57et 7 millions d'adultes
46:58reçoivent de l'iode.
47:00C'est la plus vaste
47:00opération préventive
47:01jamais menée
47:02en si peu de temps
47:03dans l'histoire de la médecine.
47:04Et en Pologne,
47:05contrairement au Bélarus,
47:06à l'Ukraine et à la Russie,
47:08on ne verra jamais
47:09augmenter les cancers
47:10de la thyroïde.
47:11L'Union soviétique,
47:12elle, a mis
47:13une semaine
47:14et elle n'a couvert
47:15qu'une partie
47:16de la population.
47:17Entre 1991
47:18et 2005,
47:206 848 cancers
47:22de la thyroïde
47:23sont diagnostiqués
47:24au Bélarus,
47:24en Ukraine
47:25et en Russie.
47:27Et tout ça
47:27chez des gens
47:28qui avaient moins de 18 ans
47:29en avril 1986.
47:31En 2015,
47:33ce total approche
47:34les 20 000.
47:35L'ONU estime
47:36qu'environ
47:36un cas sur quatre
47:37est directement attribuable
47:39aux radiations.
47:40Vous allez avoir
47:41l'investigation
47:42de votre sang
47:43et puis vous allez
47:45pour l'investigation
47:47de la thyroïde
47:49et puis vous allez
47:49à un autre docteur.
47:51Ce sont surtout
47:51ceux qui avaient
47:52moins de 4 ans
47:53à l'époque,
47:53ceux qui buvaient
47:54le plus de lait.
47:55On en meurt rarement
47:56quand il est pris à temps,
47:57mais par contre,
47:58on ne récupère pas
47:58une thyroïde
47:59qu'on a dû retirer
48:00à 12 ans.
48:00C'est la seule conséquence
48:01de Tchernobyl
48:02sur laquelle
48:02tout le monde est d'accord.
48:04Alors le verset dit
48:04« Beaucoup d'hommes
48:05sont morts par les eaux
48:06parce qu'elles étaient
48:07devenues amères ».
48:08À Tchernobyl,
48:09ce n'est pas le fleuve
48:09qui a fait le plus
48:10de malades,
48:11c'est le lait.
48:13C'est avant tout
48:14l'analyse de la fréquence
48:15des troubles génétiques
48:17dans les lymphocytes
48:18du sang
48:18qui doit permettre
48:19d'évaluer
48:20les doses reçues
48:21par le personnel
48:21de la centrale
48:22et ceux qui ont pris part
48:23à la liquidation
48:24des conséquences
48:25de l'accident.
48:26Il reste donc
48:27une objection
48:28sur les deux.
48:29Le verset nomme
48:30la famille de Plante
48:31mais pas la ville.
48:33À la fin du 1er siècle,
48:34quelqu'un a écrit
48:35le nom d'une plante.
48:36Il a raconté
48:37l'histoire d'un flambeau
48:38tombé sur les fleuves
48:39et des eaux
48:40devenues amères.
48:41En 1970,
48:43l'Union soviétique
48:44a construit
48:44sa plus grande centrale nucléaire
48:46à côté d'un bourg
48:48qui porte le nom
48:49de cette plante.
48:49Après la catastrophe,
48:51les autorités
48:51ont tracé un cercle
48:53de 30 km
48:53autour de la centrale
48:55et elles en ont fait sortir
48:57tout le monde.
48:58On appelle cet endroit
48:59la zone d'exclusion.
49:01Elle est fermée
49:02au public
49:03et personne n'est censé y vivre.
49:05Sauf qu'aujourd'hui,
49:06en 2026,
49:08la zone n'est pas vide.
49:12Autour de la centrale,
49:14il y a aujourd'hui
49:142600 km² interdits.
49:17C'est un rectangle
49:17de forêts,
49:18de villages vides
49:19et de routes fermées
49:20entourées d'une clôture
49:21gardées par des militaires
49:22et accessibles uniquement
49:24avec un laissé-passer.
49:2520 ans après l'explosion,
49:27autour de la centrale
49:28de Tchernobyl,
49:29l'accès aux zones contaminées
49:30reste très contrôlée
49:31à l'entrée
49:32comme à la sortie.
49:34Au centre de tout ça,
49:35il y a toujours
49:36le réacteur 4.
49:38Le sarcophage
49:39que 600 000 hommes
49:40ont monté autour de lui
49:41était prévu
49:42pour tenir 30 ans.
49:43Il a commencé
49:44à fissurer
49:45bien avant ça.
49:45Le sarcophage,
49:50la structure,
49:51sont instables.
49:53Il s'agissait
49:54d'une construction
49:55rudimentaire
49:56qui a été réalisée
49:57dans les conditions
49:57difficiles
49:58qui étaient celles
49:59de 1986.
50:01Le sarcophage
50:02censé isoler
50:03le réacteur détruit
50:04n'a en fait
50:05été rien d'autre
50:06qu'une mince couverture
50:07de fortune
50:08parcourue
50:09de fissures
50:10et de trous
50:11qui laissaient
50:12s'échapper
50:12les poussières
50:13radioactives.
50:14Alors en 2010,
50:15un chantier démarre
50:16pour recouvrir
50:17le sarcophage lui-même.
50:18Plus de 45 pays
50:20et organisations
50:20mettent l'argent
50:21parce que l'Ukraine seule
50:22ne peut pas payer
50:232 milliards d'euros.
50:24Parmi les donateurs
50:25de départ,
50:26il y a la Russie.
50:27Ce qu'ils construisent
50:28est une arche d'acier
50:29de 36 000 tonnes
50:30plus haute
50:31que la Statue de la Liberté
50:32et c'est la plus grande
50:34structure mobile
50:35jamais construite
50:36sur Terre.
50:37En novembre 2016,
50:39on l'a fait glisser
50:39sur des rails
50:40pendant 15 jours
50:41jusqu'à ce qu'elle recouvre
50:42entièrement le réacteur
50:44et son sarcophage.
50:45Elle est prévue
50:45pour durer 100 ans.
50:47En février 2022,
50:49l'armée russe
50:50entre dans la zone
50:50d'exclusion
50:51et prend la centrale.
50:53Les employés de garde
50:54restent enfermés
50:55sur place
50:55pendant un mois.
50:57Ces soldats
50:57installent leur position
50:58dans la forêt rousse,
51:00la partie la plus contaminée
51:01de toute la zone.
51:02Ils y creusent
51:03des tranchées
51:03à la pelle
51:04dans une terre
51:05où personne n'a le droit
51:06de retourner le sol
51:07depuis 1986.
51:09Les ingénieurs
51:10de la centrale
51:10les préviennent
51:11mais ils continuent.
51:12Les russes
51:13repartent le 31 mars.
51:15Le 5 avril,
51:16le directeur
51:16de l'agence ukrainienne
51:17qui gère la zone
51:18se rend sur place
51:19et photographie
51:20les tranchées.
51:21Depuis,
51:22la zone est fermée
51:23aux visiteurs.
51:24Et le 14 février 2025,
51:26à 1h50 du matin,
51:27un drone russe
51:28frappe le toit
51:29de l'Arche.
51:30L'explosion
51:31perce les deux enveloppes
51:32d'acier
51:32et l'incendie brûle
51:34pendant plus de deux semaines.
51:35En décembre 2025,
51:37l'Agence internationale
51:38de l'énergie atomique
51:39publie son évaluation.
51:40L'Arche a perdu
51:42ses fonctions
51:42de sûreté principales,
51:43y compris celles
51:44de confiner
51:45ce qu'il y a dessous.
51:46Et ce qu'il y a dessous,
51:47ce sont environ
51:48190 tonnes
51:49de combustible nucléaire
51:51fondu.
51:52Les estimations
51:53de réparation
51:53vont de 100 millions
51:55d'euros
51:55pour la banque
51:56qui finance le site
51:56à près de 500 millions
51:59pour le gouvernement français.
52:00Des travaux provisoires
52:01sont prévus
52:02en 2026.
52:03La restauration complète,
52:05elle,
52:05attendra la fin de la guerre.
52:07Cette Arche prévue
52:08pour tenir un siècle
52:09a tenu
52:10moins de 10 ans.
52:11Officiellement,
52:12personne ne vit dans cette zone.
52:14En pratique,
52:15trois catégories de personnes
52:16y entrent depuis 40 ans.
52:17Et ce sont elles
52:18qui ont fabriqué
52:19tout ce qu'on raconte
52:20sur cet endroit.
52:21Les premiers,
52:22ce sont les touristes.
52:24Entre 2011 et 2022,
52:25l'Ukraine a ouvert
52:26cette zone aux visiteurs.
52:28Des agences
52:29ont organisé
52:29des visites guidées
52:30avec 2 y mètres obligatoires
52:32et parcours balisés.
52:33et des dizaines
52:34de milliers de gens
52:35sont venus chaque année.
52:36Puis,
52:37la guerre a tout arrêté.
52:39Ces 11 années
52:40ont laissé des histoires
52:41et les mêmes reviennent.
52:42Des visiteurs racontent
52:43avoir vu
52:44près du réacteur 4
52:45des silhouettes
52:46en tenue
52:47de pompiers soviétiques.
52:48Certains disent
52:49avoir entendu
52:49des voix
52:50qui se répondaient
52:50comme des hommes
52:51qui se coordonnent
52:52pendant une intervention.
52:53Dans l'hôpital,
52:55d'autres rapportent
52:56des gémissements.
52:57Dans les appartements
52:58de Pripyat,
52:59ils retrouvent des objets
53:00qui ne sont plus
53:01à la même place
53:01d'une visite à l'autre.
53:03Et dans le parc,
53:04il y a la grande roue jaune,
53:06celle qui devait tourner
53:07le 1er mai 1986.
53:09Certains racontent
53:10l'avoir entendu
53:11grincer les nuits sans vent.
53:13Vous allez me dire
53:14que des gens
53:14qui paient
53:15pour visiter une ville fantôme
53:16finissent toujours
53:17par voir des fantômes.
53:18Il y a pourtant
53:19une pièce de cette ville
53:20que les guides
53:21ont fini par condamner.
53:22Et ce n'est pas
53:23à cause des fantômes.
53:24C'est le sous-sol
53:25de l'hôpital 126,
53:27celui où on a descendu
53:28les tenues des pompiers
53:29la première nuit.
53:30Elles y sont toujours.
53:31Et les dosimètres
53:33y dépassent
53:34900 microsiverts
53:36par heure.
53:37Une heure dans cette pièce
53:38vaut une visite entière
53:40de la zone.
53:41Comme des touristes
53:41continuent à descendre
53:42malgré l'interdiction,
53:44les autorités
53:45ont fini par déverser
53:46une tonne de sable
53:47devant la porte.
53:48Mais la deuxième catégorie
53:49de gens qui entrent
53:50dans la zone
53:51n'en est jamais
53:52vraiment partie.
53:53On les appelle
53:55les samosélis.
53:56Ce sont des habitants
53:57qui sont rentrés
53:58chez eux
53:59après l'évacuation.
54:00Illégalement
54:01parce qu'ils ne voulaient
54:02pas finir leur vie ailleurs.
54:03Nous avons un bon potager,
54:05trois vaches,
54:05deux porcs,
54:0628 poules.
54:07Comment abandonner
54:08tout ce que nous avons
54:09gagné à la sueur
54:09de notre front ?
54:12Ils étaient environ 200.
54:14Ils sont aujourd'hui
54:15une centaine,
54:17presque tous très âgés
54:18et ils vivent
54:19de leur jardin
54:20et de ce qu'on leur apporte.
54:21Ce sont les seules personnes
54:23au monde
54:23qui dorment dans cette zone
54:25toutes les nuits
54:26et ce ne sont pas eux
54:27qui racontent
54:28des histoires de fantômes.
54:29Ceux qui les racontent
54:30forment la troisième catégorie
54:32et ils entrent de nuit
54:34sans autorisation.
54:35On les appelle
54:36les stalkers.
54:38On y voit des hommes
54:39franchir illégalement
54:40les barrières
54:40d'un territoire interdit
54:41qu'on appelle la zone.
54:44Les hommes qui franchissent
54:45la clôture de Tchernobyl
54:45se sont donnés le même nom.
54:47Ils viennent la nuit
54:48et traversent
54:50des dizaines de kilomètres
54:51de forêts contaminées
54:52pour atteindre Pripyat.
54:54Ils dorment
54:54dans les villages abandonnés
54:56et l'un d'eux
54:57raconte même
54:57avoir passé
54:58en cinq ans de voyage
54:59une année entière
55:01de sa vie
55:02à l'intérieur de la ville.
55:03Beaucoup n'emportent pas
55:04de dosimètres
55:05parce que ce qu'on ne mesure pas
55:06ne fait pas peur.
55:08Ce sont eux
55:08qui vont le plus loin
55:10la nuit
55:10sans guide
55:11et sans parcours balisé.
55:12Et ce sont eux
55:13qui rapportent
55:14le plus de choses
55:14sur cet endroit.
55:16Aucun d'eux
55:16n'a jamais vu
55:17la silhouette noire
55:18aux ailes ouvertes
55:19que cinq employés
55:19de la centrale
55:20disaient avoir aperçu
55:21au-dessus des bâtiments
55:22en avril 1986.
55:25Personne ne l'a revu.
55:26Pas un touriste,
55:28pas un habitant,
55:29pas un stalker,
55:31pas un travailleur
55:32de la centrale
55:33en 40 ans.
55:34C'est exactement
55:35ce qui s'est passé
55:36à Point plaisante.
55:37Pendant 13 mois,
55:38des dizaines de personnes
55:39signalent une forme
55:40aux yeux rouges.
55:41Le pont s'effondre
55:42le 15 décembre 1967
55:45et à partir de ce jour-là,
55:47plus rien.
55:48Les deux histoires
55:49s'arrêtent au même endroit
55:50le jour de la catastrophe.
55:52Personne ne sait
55:53d'où vient cette histoire.
55:54Aucune trace
55:55avant les années 1990.
55:58Aucun nom,
55:59aucun document de l'époque.
56:00Cette histoire de créature
56:01n'est sortie qu'après
56:02la chute de l'Union soviétique.
56:04Les cauchemars,
56:04les appels téléphoniques,
56:06la silhouette au-dessus
56:06des bâtiments,
56:07la forme dans la fumée
56:08du réacteur.
56:09Tout est arrivé
56:10après 1991
56:12quand plus personne
56:13ne pouvait les interroger.
56:14Pour beaucoup,
56:16ça règle la question.
56:17Une histoire
56:17qui n'apparaît qu'une fois
56:18les témoins disparus
56:19n'est pas un témoignage.
56:21Mais d'autres font remarquer
56:23autre chose.
56:25Entre 1986 et 1991,
56:29dans ce pays,
56:30tout ce qui touchait
56:30à Tchernobyl
56:31passait par le KGB.
56:33C'est lui qui a mis
56:34les appareils de mesure
56:35de Kiev sous-scellés.
56:36Il a fait signer
56:37des engagements
56:38de silence à des ouvriers.
56:39Il a surveillé
56:40les correspondants étrangers
56:42et il a fait passer
56:43des prêtres à la télévision
56:44pour démentir un verset.
56:46Cet État a menti
56:47sur les causes,
56:48sur les doses
56:49et sur les morts.
56:50Il a fait taire
56:51des ouvriers
56:52pour un incident
56:53en 1982
56:54et des scientifiques
56:56pour un relevé
56:56de radioactivité
56:57en 1986.
56:59Alors des employés
57:00qui racontent avoir vu
57:01une forme noire
57:02au-dessus d'un réacteur
57:03dans ce pays-là
57:04entre 1986
57:05et 1991,
57:08eh bien il y a deux façons
57:09d'expliquer
57:10qu'on ne les ait
57:11jamais entendus.
57:12Soit ces hommes
57:13n'ont jamais existé,
57:15soit quelqu'un
57:16a fait son travail.
57:22L'information n'a pas manqué
57:24à Tchernobyl.
57:25Ni les rapports du KGB,
57:27ni les essais de 1983,
57:29ni un vieux texte de 1900.
57:31Ce qui a manqué,
57:32c'est quelqu'un
57:33pour arrêter le réacteur
57:34et donc pour arrêter
57:35la production,
57:36tenir tête au ministère,
57:38mettre sa carrière en jeu
57:39et admettre devant Moscou
57:41que le réacteur national
57:42avait un défaut.
57:44Alors les rapports
57:45sont remontés
57:45et les réponses
57:46ne sont jamais redescendues.
57:48Le réacteur 4
57:49a explosé
57:50après 10 ans d'hommes
57:52qui savaient
57:52et qui se sont tus.
57:54Ce pays
57:54n'a pas manqué
57:55d'avertissement.
57:56Il en a reçu
57:57par écrit,
57:59tamponné,
57:59signé
58:00et il les a rangés.
58:02Il en a reçu
58:03par des ouvriers
58:03qui disaient avoir vu
58:04quelque chose
58:05au-dessus de leur centrale
58:06et il les a fait taire.
58:08Et il en avait
58:09un dernier,
58:10écrit bien avant
58:12que ce pays existe
58:13et qui nommait la plante.
58:15celui-là non plus.
58:16Personne ne l'a lu.
58:18Alors combien d'avertissements
58:19faut-il
58:19avant qu'on accepte
58:21de les lire ?
58:22Si demain,
58:23quelque part,
58:24quelqu'un jure
58:24avoir vu une forme noire
58:25aux yeux rouges
58:26au-dessus d'une ville,
58:27on lui dira
58:28qu'il a mal dormi,
58:29qu'il est fou
58:29et que ça n'existe pas.
58:31Et on aura probablement
58:32raison.
58:34Mais moi,
58:35je crois
58:36que je regarderai
58:37le ciel quand même.
58:42Si vous avez aimé
58:43cette histoire,
58:44je vous invite
58:44à aller regarder
58:45ma vidéo
58:45sur les prophéties
58:46qui se sont
58:47vraiment réalisées.
58:48au-dessus d'une ville.

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