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NewsTranscription
00:00Sud Radio, la tête dans le taf, Didier Meyran, avec Kéréa, l'expert des solutions de prévention en entreprise.
00:08Le travail c'est la santé, rien faire c'est la conserver, les prisonniers du boulot font pas de plus
00:22en haut.
00:25Bonjour, bonjour à toutes, bonjour à tous, je suis très heureux de vous retrouver pour la tête dans le taf
00:30sur Sud Radio et nous parlerons du travail.
00:33Ce travail qui nous entête, ce travail qui nous prend la tête comme dirait les plus jeunes et ce travail
00:39qui parfois est juste nécessaire pour remplir nos chariots de course quand il manque de sens.
00:45Et pour en parler, je reçois Jonathan Jérémias qui est le fondateur du Mouvès.
00:53Bonjour, nous parlerons également de lutter contre la sédentarité avec la chronique Bosson-Futé de Thibaut Fleury.
01:03Nous retrouverons Fabienne Brocarré qui est rédactrice en chef des magazines Courrier-Cadre et Rebondir.
01:10Et nous regarderons si le marché de l'emploi a vraiment changé ces dernières années.
01:14Et puis, nous irons du côté de Bordeaux retrouver Fabrice Pastor qui est neuropsychologue pour sa chronique Mon Cerveau au
01:22Boulot.
01:22Et c'est aussi une star sur LinkedIn avec des centaines de milliers d'abonnés.
01:28Essayons de comprendre, pour commencer, Jonathan Jérémias, qu'est-ce que le Mouvès ?
01:35Alors le Mouvès, c'est le mouvement des entreprises écologiques, sociales et solidaires.
01:39C'est-à-dire les entreprises qui sont 100% au service de l'intérêt général.
01:43C'est-à-dire qu'il est un monde où il est possible de concilier l'intérêt général et le
01:49business, l'intérêt général et le marché ?
01:52Alors, il y a un monde où il y a une économie au service de l'intérêt général, qui est
01:56sur le marché ou pas.
01:57Il y a des associations, des coopératives, des mutuelles, des fondations et donc des sociétés commerciales de l'économie sociale
02:03et solidaire.
02:04Donc c'est des SA, des SARL, des SAS qui ont une activité effectivement marchande,
02:09mais qui sont à lucrativité limitée, qui partagent leur gouvernance et dont l'activité d'utilité sociale à titre principal.
02:16Est-ce qu'on vous reproche parfois d'être utopique ?
02:21Oui, on nous reproche parfois de ne pas être suffisamment réaliste sur le plan économique,
02:27de ne pas être suffisamment performant financièrement.
02:31Mais je pense qu'en fait, on est des utopistes réalistes.
02:37C'est-à-dire qu'on met la performance économique, le dynamisme entrepreneurial au service de l'utilité sociale et
02:42environnementale.
02:42Si je vous demandais de nous citer deux entreprises que peut-être tout le monde connaît,
02:47qui sont dans le champ de l'économie sociale et solidaire.
02:51Par exemple, Enercop, vous devez connaître le fournisseur d'électricité d'origine à énergie renouvelable.
02:59Les magasins Biocop, que vous fréquentez peut-être, c'est une entreprise de l'économie sociale et solidaire.
03:05Les baskets Véja que certains d'entre vous portent, par exemple.
03:09Donc c'est des marques qui sont relativement peu connues ou connues,
03:14mais dont on ne sait pas qu'elles portent un projet d'intérêt général.
03:17Pas toujours en tout cas.
03:19Comment on en vient, en tant qu'homme, en tant que personne, à fonder le Mouvès ?
03:28Jonathan Jérémias et celui qui est le fondateur du Mouvès, ils ont quoi en commun ?
03:33Quelle est l'alliance qui anime le contenu de votre action ?
03:37C'est l'engagement. J'ai grandi dans une famille aux origines qui sont liées à une histoire tragique de
03:46part et d'autre.
03:46Donc il y a la Shoah du côté de mon père, de la famille de mon père,
03:50et puis il y a l'exil des pieds noirs du côté de ma mère.
03:52Et puis sur fond d'éducation politique de gauche, engagée pour l'intérêt général.
04:00Donc un justicier un peu ?
04:02Peut-être que j'ai été sensible assez jeune à la fragilité de l'existence, en tout cas c'est
04:08ce qu'on m'a transmis,
04:10et puis oui aux injustices, aux inégalités.
04:13Et vous n'êtes pas découragé tel le justicier avec son épée qui frôle l'eau sans jamais être efficace
04:20?
04:20Non parce que je suis efficace tout le temps, donc je ne suis pas découragé puisque je suis efficace tous
04:25les jours,
04:25puisque moi-même je mets en oeuvre des projets d'intérêt général au quotidien.
04:31Donc vous n'êtes pas un doux rêveur ?
04:33Je ne sais pas si je suis doux, mais je suis un rêveur concret, réaliste, pragmatique.
04:39Bon, voilà le message est passé.
04:41Parlons de sédentarité avec Thibaut Fleury pour sa chronique Bosson-Futé.
04:47Est-ce que vous nous invitez aujourd'hui à quitter notre fauteuil ? Bonjour Thibaut.
04:52Bonjour Didier. Oui, tout à fait, le corps humain est fait pour bouger.
04:57Pourtant, assis dans les transports, assis au bureau, assis en réunion, et pour récupérer le soir, assis dans le canapé.
05:03Nos journées sont bien remplies, mais nos jambes n'y participent plus beaucoup.
05:07Or, bouger est un besoin fondamental, comme dormir ou manger.
05:10Il s'agit simplement de redonner à notre corps ce dont il a naturellement besoin, du mouvement.
05:16Alors, qu'est-ce qu'on gagne à quitter son fauteuil ou à sortir de sa couette ?
05:21En fait, l'activité...
05:22Comme moi, parfois, j'ai vraiment envie d'y rester.
05:23Et oui, mais on peut faire ça aussi, de temps en temps.
05:26Mais l'activité physique, elle contribue à prévenir les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers.
05:32Et notre santé mentale en profite aussi.
05:34Prenez 30 minutes de marche rapide, 5 jours par semaine.
05:37D'après une synthèse de 15 études publiées en 2002 dans JAMA Psychiatry, ce niveau d'activité est associé à
05:43une réduction de 25% du risque de dépression.
05:46Bref, quand le corps bouge, la tête en profite aussi.
05:49C'est une approche holistique.
05:51Le corps, la tête, ça va de pair.
05:53Alors, dans l'entreprise, est-ce qu'il faut aller jusqu'à offrir des abonnements à la salle de sport
05:58?
05:59Ou est-ce que là aussi, on n'est pas un peu dans sa bouche d'entreprise ?
06:02Je rêve un peu, j'en fais un peu trop.
06:05Pourquoi pas, mais je pense que la priorité de l'entreprise, c'est de permettre le mouvement pendant le travail.
06:11Car on peut être sportif et sédentaire.
06:13Le footing du dimanche ne dispense pas d'interrompre les longues périodes assises.
06:17Le cardiologue François Carré le dit ainsi.
06:19La chaise tue silencieusement et nous ment, car elle ne nous repose pas.
06:24Qu'est-ce que vous avez changé, vous, concrètement ?
06:26Alors, moi, j'ai changé depuis quelques années.
06:28Je suis parti sur un bureau réglable en hauteur pour travailler debout.
06:32J'ai supprimé poubelles, imprimantes individuelles, téléphones fixes.
06:34Bref, j'ai organisé tout mon environnement de travail pour multiplier les occasions de me déplacer.
06:39Vous travaillez debout toute la journée ?
06:41Alors non, l'objectif, c'est d'alterner, s'asseoir, se lever, marcher.
06:46Certains utilisent même un tapis de marche pour leur réunion en visio.
06:49Même le meilleur fauteuil du monde mérite qu'on lui fasse quelques infidélités dans la journée.
06:54Alors, quel est le réflexe bosson-futé de cette semaine côté entreprise et manager ?
06:59Alors, je dirais d'abord, penser les équipements et les habitudes ensemble.
07:03Du mobilier pour varier les positions, des équipements partagés pour se déplacer.
07:07Et au quotidien, un point d'équipe court, debout.
07:10Une pause pour bouger pendant les réunions, longue.
07:12Des visios qui finissent cinq minutes plus tôt pour se lever.
07:15On peut aussi échanger en marchant.
07:17Toutes les discussions n'ont pas besoin d'une table et d'un PowerPoint.
07:19Et le manager donne l'exemple.
07:21Un salarié qui se lève n'a pas forcément arrêté de travailler.
07:24Et pour le salarié ?
07:26Il doit saisir toutes les opportunités de bouger selon ses capacités.
07:29L'ANSES propose cinq minutes de marche, toutes les 30 minutes,
07:32pour interrompre les périodes assises prolongées.
07:36Téléphoner en marchant, prendre les escaliers en tenant la rampe,
07:38au lieu de l'ascenseur, se déplacer pour échanger avec un collègue,
07:42faire des étirements.
07:43Il n'y a pas de mauvaise occasion.
07:44Ce n'est pas besoin d'être dans une pression de JO,
07:49de préparer les Jeux Olympiques.
07:51Surtout pas de pression.
07:52On ne parle pas de performance sportive,
07:54mais simplement de faire bouger davantage notre corps au fil de la journée.
07:58Bref, on peut être à fond dans son boulot,
08:00sans être vissé à son fauteuil.
08:01On retrouve votre chronique Bosson Futé sur le site Bosson Futé.
08:07Merci Thibaut Fleury.
08:09A très bientôt.
08:11Nous retrouvons Jonathan Jérimiaz, fondateur du mouvement Mouvès.
08:17Comment est-ce que vous regardez ces questions de sédentarité
08:20et de santé au travail dans l'univers de l'économie sociale et solidaire ?
08:25Ça m'a inspiré plein de choses, cette chronique très intéressante.
08:29La première, c'est que ça m'a rappelé que je ne bougeais pas assez.
08:32L'autre, c'est que je n'ai plus de bureau physique moi depuis 15 ans.
08:36Donc en fait, je suis avec mon ordinateur, mon téléphone et je vais d'un rendez-vous à l'autre.
08:41Donc je bouge un petit peu comme ça.
08:43Ce qui m'a amusé aussi, c'est que vous parlez beaucoup de fauteuil et d'être cloué à son
08:46fauteuil.
08:46Alors moi, il se trouve que parmi mes activités,
08:48il y a le fait d'accompagner des personnes handicapées moteurs après un accident,
08:52dans leur parcours de reconstruction après un accident,
08:54qui n'ont pas forcément le choix d'être sur leur fauteuil ou pas.
08:58Mais c'est juste pour le clin d'œil, il faut absolument bouger.
09:03C'est fondamental.
09:04C'est ce qu'on appelle parfois le sport santé.
09:06Il y a une très belle d'ailleurs entreprise sociale qui s'appelle Ciel Bleu,
09:10qui travaille, qui doit employer aujourd'hui quasiment 1000 personnes,
09:14qui travaille pour les entreprises notamment,
09:15et pour accompagner les besoins de sport au sein de l'entreprise,
09:21aussi dans des maisons de retraite, aussi pour des personnes handicapées,
09:24parce qu'il y a un lien très fort qui a été démontré entre activité physique et santé mentale.
09:29Et en particulier avec l'activité physique adaptée.
09:33Est-ce que vous pourriez nous dire ce que représente le champ économique
09:38de l'économie sociale et solidaire dans notre économie globale ?
09:42Alors, il y a une définition légale de l'économie sociale et solidaire
09:46qui additionne toutes les associations coopératives, mutuelles, fondations
09:50et sociétés commerciales de l'ESS.
09:52Et c'est ça, on a coutume de dire que c'est 7,5% du PIB,
09:5610% de l'emploi et 14% de l'emploi privé.
10:00Moi, je considère qu'au sein de cet ensemble,
10:02les structures qui sont pleinement au service de l'intérêt général,
10:05c'est-à-dire celles qui sont d'intérêt général,
10:07reconnues d'utilité publique ou agréées,
10:10ESUS, entreprise solidaire d'utilité sociale,
10:12ce serait plutôt la moitié de cet ensemble,
10:15parce qu'au sein de ce très vaste ensemble,
10:17il y a des structures qui sont assez éloignées
10:19de ce qu'on peut entendre dans le sens commun
10:21comme étant de l'économie sociale et solidaire.
10:23Des très grandes coopératives bancaires, agricoles,
10:26de distribution, des mutuelles,
10:29parfois dont les pratiques de rémunération sont assez éloignées
10:31de ce qu'on peut entendre par le mot solidaire.
10:35Donc, si on fait un petit peu le tri et qu'on est exigeant,
10:38je dirais que c'est 3-4% du PIB et puis...
10:42Donc, il y a une vraie marge de progrès
10:44pour que la conciliation entre l'intérêt général et l'économie
10:47soit plus forte, plus dense, plus représentative.
10:50Il y a tout un espace.
10:52Alors, le potentiel de développement, il est énorme
10:55puisqu'on parle de 3-4%.
10:57Par contre, là, on parle des structures
10:59qui sont pleinement au service de l'intérêt général.
11:01Et il y a tout un nuancier d'engagement au sein de l'économie.
11:05C'est-à-dire qu'il y a des entreprises qui ne sont pas de l'économie sociale et solidaire,
11:08mais qui ont des actions socialement et environnementalement responsables,
11:13qui ont des politiques de RSE, responsabilité sociale des entreprises.
11:17Il y a des sociétés à mission, des sociétés qui se donnent une raison d'être.
11:20Et puis après, il y a toutes les PME, le petit commerce, l'artisanat.
11:25Qui créent du lien social au quotidien
11:27et qui a un rôle au fait du lien social tourné vers l'intérêt général.
11:31Nous continuerons à en parler tout de suite après la pause.
11:34Et nous retrouverons Fabienne Brocarré.
11:37Il sera question des ajustements, des modifications
11:39sur le marché du travail de ces dernières années.
11:41Et puis, avec Fabrice Pastor, nous parlerons de notre cerveau
11:46et qu'il est parfois de mauvaise foi.
11:48A tout de suite.
11:49Sud Radio, la tête dans le taf.
11:52Didier Meyrand.
11:53Avec Kéréa, l'expert des solutions de prévention en entreprise.
11:56Le travail, c'est la santé.
12:00Rien faire, c'est la conserver.
12:05Les prisonniers des boulots
12:08font pas de vieux os.
12:13Mais nous allons tous faire de vieux os au travail et à la maison
12:18parce que nous sommes pleins d'espoir.
12:21Et peut-être que l'économie sociale et solidaire
12:23va progresser dans notre société.
12:25Et pour en parler, je reçois Jonathan Jérémias
12:29qui est le fondateur du Mouvès.
12:32Le Mouvès, c'est vous.
12:33C'est pour Belle Intention, qui n'est pas que philanthropique.
12:39Elle associe les modèles business vers l'intérêt général
12:44dans une forme de conciliation pragmatique.
12:48C'est difficile, mais c'est un langage qu'il faut avoir le courage de poser.
12:52Oui, puis il faut savoir ce que ça veut dire.
12:53Qu'est-ce que ça veut dire ?
12:54Ça veut dire que c'est des structures qui poursuivent une utilité sociale
12:58ou environnementale à titre principal, dont l'activité est tournée à l'intérêt général,
13:02mais qui en plus partagent.
13:04Partagent avec exigence.
13:05Donc elles partagent la valeur.
13:06Donc si c'est des sociétés commerciales,
13:08elles vont remettre au moins 50% de leurs résultats dans la structure, en réserve.
13:12Et puis, si elles ont l'agrément ESUS,
13:15Entreprise solidaire d'utilité sociale,
13:17elles vont limiter les rémunérations de leurs dirigeants.
13:20Elles vont encadrer les salaires.
13:21Et puis elles vont aussi partager la gouvernance.
13:22Donc elles vont associer les salariés ou d'autres parties prenantes à leur gouvernance.
13:28Alors vous ne le savez peut-être pas, Jonathan Jérémiaz,
13:31mais j'ai été un journaliste très, on va dire, un peu pionnier sur ces sujets.
13:36À but non lucratif, sur une autre antenne que je salue.
13:39Hommes et entreprises, sur une autre antenne que je salue.
13:42Tremplin vers l'emploi, sur une autre antenne que je salue.
13:44J'ai reçu 420 chefs d'entreprise, dont les patrons du CAC 40,
13:48les principaux patrons des ETI, des grandes organisations associatives.
13:53Et blablabli et blablabla, et blablabli et blablabla.
13:56On m'a fait RSE, on m'a fait mécénat, on m'a fait entreprise à mission.
14:01On va nous faire quoi maintenant pour que l'homme soit enfin au centre du projet de l'entreprise
14:07et considéré avec les valeurs qui sont celles qui lui sont dues
14:11lors de ce passage, ici maintenant, pour 7, 8, 9 ou 10 décennies.
14:16Alors, manifestement, vous avez subi beaucoup de blabla.
14:19Oui, par vous.
14:20Moi, je n'écoute plus trop parce que j'ai du cuir, mais vous aussi, normalement.
14:25Mais c'est qu'en fait, déjà, vous avez mélangé des choses qui ne sont pas du même ordre.
14:30Le mécénat, c'est de l'argent issu de l'économie classique
14:33qui va vers l'intérêt général, pleinement.
14:38Pleinement.
14:38On prend.
14:40Parfois, il y a un peu de greenwashing.
14:42Oui, quand il y a de l'acom, mais dans le mécénat, par définition,
14:45il ne doit pas tellement y avoir de contrepartie.
14:46Normalement, non.
14:48Ça peut arriver, mais disons que je pense que ça, il faut prendre, il faut favoriser.
14:52Ensuite, quand vous parlez de RSE, Société à mission,
14:55alors là, ça devient plus délicat.
14:57C'est-à-dire qu'il y a des démarches sincères et fortes et engagées
15:00avec un vrai impact.
15:02Et puis, il y en a d'autres qui relèvent peut-être un peu plus de la communication.
15:04Mais là où il y a quelque chose pour vous sauver, pour vous rassurer,
15:08c'est qu'il y a cette...
15:08On rechamant au service des auditeurs.
15:10Oui, mais vos auditeurs aussi, on va les sauver.
15:13Parce qu'il y a une économie d'intérêt général.
15:15C'est celle qu'on évoque depuis tout à l'heure.
15:17Donc, c'est l'économie sociale et solidaire.
15:19C'est ces structures qui sont reconnues d'intérêt général.
15:22L'utilité publique ou ESUS, c'est 3-4% de l'économie.
15:26Donc, elles existent.
15:27Il faut qu'il y ait en plus de personnes qui les connaissent,
15:29qui achètent leurs biens ou services,
15:32qui viennent y travailler, qui viennent y faire leurs stages.
15:34Et qu'est-ce que ça change si je travaille dans une entreprise du périmètre de l'économie sociale et
15:40solidaire ?
15:40Qu'est-ce que ça change pour moi ?
15:42Alors, je pense que ce que ça change fondamentalement,
15:45c'est que quand vous vous réveillez le matin de mauvaise humeur,
15:47ce qui doit vous arriver de temps en temps,
15:50vous êtes vite détendu par l'idée que vous allez travailler pour l'intérêt général,
15:56pour une cause écologique, solidaire.
15:59Et ça, ça change beaucoup de choses.
16:00Ça ne change pas tout.
16:01Parce qu'on peut aussi avoir des conditions de travail qui ne sont pas bonnes,
16:05des collègues pas sympas,
16:06des supérieurs hiérarchiques qui ne se comportent pas bien.
16:08Tout ça, ça existe aussi dans l'économie sociale et solidaire.
16:11Ce n'est pas l'économie des bisounours.
16:12Mais quand même, de savoir qu'on va faire œuvre utile toute la journée,
16:16ça fait du bien.
16:18C'est ce qu'on appelle donner du sens à son travail.
16:20Et on dit souvent que les jeunes, particulièrement,
16:22mais pas que les jeunes, sont en quête de sens dans le travail.
16:26Fabienne Broucarré, vous êtes directrice éditoriale du magazine Courrier-Cadre
16:31et du magazine Rebondir.
16:33Dans votre chronique My Happy Job, vous allez nous éclairer.
16:37Est-ce que ces dernières années, le travail a réellement changé ?
16:41Alors, concernant le marché de l'emploi,
16:43la réponse dépend de quel côté on se place.
16:46Selon la dernière enquête de Hello Work,
16:48du côté des candidats, le sentiment est très net.
16:5088% trouvent qu'il est plus difficile aujourd'hui
16:52de trouver un emploi qu'il y a deux ans.
16:54Ils trouvent les recruteurs plus exigeants,
16:56les processus parfois trop compliqués
16:58et ils ont aussi le sentiment qu'il y a moins d'offres.
17:00Du côté des recruteurs, dans le même temps,
17:02le marché n'apparaît pas du tout changé,
17:04ou en tout cas à l'arrêt.
17:05La majorité des entreprises prévoient même
17:07de maintenir ou d'augmenter le recrutement.
17:09Mais elles rencontrent, elles, une autre difficulté,
17:11trouver les bonnes compétences.
17:13La pénurie de profils recherchés est même devenue
17:15leur premier défi.
17:16Ce qui a changé finalement,
17:17ce n'est peut-être pas l'envie de travailler ou de recruter,
17:20c'est surtout la difficulté à se trouver.
17:22Alors qu'est-ce qui coince exactement ?
17:25Pour les recruteurs, le vrai problème,
17:27ce n'est pas de recevoir des CV.
17:28C'est d'en recevoir qui correspondent vraiment au poste.
17:31Une large majorité estime que moins d'un quart
17:33des candidatures reçues sont réellement pertinentes.
17:36Côté candidat, le problème commence parfois même
17:39avant d'avoir postulé.
17:40Exigence jugée irréaliste,
17:42description trop floue,
17:43absence de fourchette de salaire.
17:45Et puis il y a un sujet où le fossé entre les deux
17:47est particulièrement important.
17:49La réponse après une candidature.
17:5193% des recruteurs affirment répondre systématiquement.
17:55De l'autre côté,
17:56deux candidats sur trois estiment ne pas recevoir
17:59ou en tout cas disent qu'ils ne reçoivent pas de réponse
18:01quand ils ne sont pas retenus.
18:02Et ça, c'est quand même un silence qui n'est pas neutre.
18:05C'est ce qu'on appelle le fameux phénomène du ghosting.
18:08Non seulement c'est frustrant,
18:09c'est usant, c'est fatigant,
18:10mais en plus ça entraîne une perte de confiance en soi
18:12pour les candidats.
18:13À force de ne pas savoir pourquoi on n'a pas été retenus,
18:16on finit par s'interroger.
18:17Est-ce que c'est mon profil ?
18:17Est-ce que c'est mon CV ?
18:18Est-ce que ce sont mes compétences ?
18:20Donc derrière le recrutement,
18:21il y a un vrai sujet de confiance en soi
18:23et puis de confiance mutuelle.
18:25Est-ce que le phénomène intelligence artificielle
18:29améliore cette relation entre l'employeur
18:32et celui qui offre une compétence ?
18:35Alors pour l'instant, on va dire qu'à la fois elle peut l'améliorer
18:38mais qu'elle peut aussi la compliquer quand même.
18:40Les candidats l'utilisent surtout eux pour améliorer leur CV,
18:43une lettre de motivation ou préparer un entretien.
18:45Et la grande majorité assure retravailler ce que l'IA a envoyé
18:49et en tout cas eux avant de l'envoyer à un recruteur.
18:52Les recruteurs s'en servent principalement pour rédiger des offres,
18:55pour préparer des entretiens et pour gagner du temps.
18:57Beaucoup moins selon eux pour sélectionner directement les candidats.
19:00Mais ce qui est quand même assez révélateur,
19:02c'est que chacun se méfie beaucoup de l'usage que fait l'autre.
19:05Près de deux candidats sur trois pensent que leur candidature
19:07aujourd'hui n'est pas réellement lue par un humain.
19:10Pourtant, moins d'un recruteur sur dix
19:12dit en tout cas utiliser l'IA pour pré-sélectionner les CV.
19:16Donc les recruteurs, eux en plus, ils doutent des CV.
19:19Ils ont peur des CV standardisés, des CV moins personnels,
19:22voire moins pertinents.
19:23Finalement, on en revient toujours aux mêmes besoins.
19:24Besoin de visibilité, de transparence, de cohérence.
19:27Et ce qu'il faut retenir, c'est qu'il n'y a pas besoin
19:29que tout soit parfait d'un côté comme de l'autre.
19:31Le plus important, c'est d'avoir un discours de vérité dès le départ.
19:34Sur le poste, sur l'entreprise,
19:36mais aussi sur ce que le candidat peut réellement apporter.
19:39Ainsi, un recrutement, c'est pas chercher à convaincre
19:41ou à se vendre à tout prix.
19:42C'est plutôt de savoir s'il en a vraiment envie
19:44de travailler ensemble en toute connaissance de cause.
19:47Merci Fabienne.
19:48Fabienne Brocaret, directrice éditoriale des magazines
19:51Rebondir et Courrier-Cadre.
19:53On retrouve votre chronique, comme chaque semaine,
19:56sur le site My Happy Job.
20:00Jonathan Jérémias, fondateur du Mouvès,
20:03cette IA dans l'univers d'économie sociale et solidaire,
20:07c'est quoi ?
20:08C'est une opportunité, un méchant loup ?
20:12Je pense que c'est d'abord perçu comme le grand méchant loup,
20:18globalement, assez majoritairement,
20:20sauf dans la tech for good,
20:23qui de toute façon est très pro-tech.
20:27Après, il faut en faire un usage humaniste de l'IA,
20:31mais c'est pas gagné.
20:33C'est pas gagné,
20:34et dans l'économie sociale et solidaire,
20:36comme ailleurs, je pense que,
20:38en tout cas, côté employeur, chef d'entreprise,
20:41on a envie d'être compétitif,
20:43d'être performant,
20:44d'optimiser,
20:46d'être compétitif,
20:47y compris sur les prix.
20:49Ça peut être,
20:52est-ce qu'on utilise l'IA
20:54pour réduire la masse salariale ou pas ?
20:56C'est des dilemmes très complexes.
20:58Et puis, sur la relation employeur-employé,
21:01il y a un risque vraiment de polarisation,
21:03c'est-à-dire que le ghosting qui était évoqué avant,
21:06il est ressenti de part et d'autre.
21:08Donc, il faut continuer de vivre ensemble.
21:11Continuer de vivre ensemble,
21:12même en retard.
21:14Nous retrouvons Fabrice Pastor,
21:16qui est neuropsychologue,
21:18et qui va nous expliquer aujourd'hui
21:20pourquoi, au travail,
21:21quand un collègue arrive en retard,
21:23ça peut être un paresseux,
21:25quand c'est nous,
21:27et ça peut être de la faute du RER.
21:30Est-ce que notre cerveau,
21:32Fabrice, que je salue,
21:33bonjour,
21:35est-ce que ce cerveau,
21:36il est de mauvaise foi ?
21:37Alors, pire que ça, Didier,
21:38en fait, il est de bonne foi.
21:41Notre cerveau est surtout,
21:42je dirais, un grand radin.
21:44En fait, on le dit souvent,
21:45il économise ses efforts.
21:47En gros, quand vous arrivez en retard,
21:49vous savez tout ce qui s'est passé.
21:51Le RER, justement,
21:53qui était arrêté en pleine voie,
21:54vous avez eu trois urgences
21:56avant même d'enlever votre veste.
21:57Et puis, par exemple,
21:58votre ordinateur,
21:59il s'est mis à jour
22:00juste avant, à 9h02.
22:02Alors que votre collègue, lui,
22:03vous ne voyez que le résultat.
22:04En fait, il est arrivé à 9h20.
22:06Donc, c'est là que votre cerveau
22:08va combler le vide
22:09avec une explication
22:11qui ne lui coûte pas cher,
22:12qui lui coûte le moins.
22:13En gros, votre collègue,
22:14il s'en fiche.
22:15Ou alors, il est brouillon.
22:16Ou alors, il n'est pas motivé.
22:17Ça, les chercheurs appellent ça,
22:19c'est un biais cognitif
22:20qu'on appelle l'erreur fondamentale
22:22d'attribution.
22:23Pour faire simple,
22:24quand on juge les gens,
22:25on donne souvent beaucoup trop de poids
22:27à leur caractère
22:28et pas assez à leur situation.
22:30Donc là, vous voyez,
22:31on a le même retard
22:31et on a finalement
22:32deux réponses, deux verdicts.
22:33Pour lui,
22:34c'est un peu un défaut de personnalité
22:36alors que pour nous,
22:36c'était la faute du RER, justement.
22:38Et ça empire, justement,
22:39quand on est débordé.
22:41Parce que penser,
22:42voir se projeter
22:43sur la situation d'autrui,
22:44ça demande un certain effort.
22:46Et alors, en plus,
22:47notre cerveau,
22:48s'il est occupé,
22:49il va sauter cette étape.
22:50Donc, les jours
22:51où vous êtes en plein rush,
22:53c'est là que vous allez coller,
22:54je dirais,
22:54les étiquettes le plus vite.
22:56Alors, comment on peut faire
22:57dans l'entreprise ?
22:58Ça donne quoi ?
23:00Alors, dans l'entreprise,
23:01ça peut donner des managers
23:02qui, justement,
23:03collent des étiquettes.
23:05Il y a un dossier en retard,
23:06c'est parce que
23:07le collaborateur est négligent.
23:08Sauf qu'on oublie
23:09que l'équipe,
23:10elle est passée
23:10de 6 à 4 personnes
23:12ou que 3 services
23:13ont changé les consignes
23:14en cours de route.
23:15Et d'ailleurs,
23:15c'est là qu'on arrive
23:16à un deuxième biais
23:17qui est particulièrement intéressant.
23:19Vous connaissez peut-être Didier.
23:20C'est ce qu'on appelle
23:20le biais de confirmation.
23:22Je vous explique.
23:23Une fois que vous avez décidé
23:24que Jean-Charles, par exemple,
23:27est négligent,
23:28votre cerveau...
23:29Voilà, c'est de sa faute.
23:30Voilà.
23:30Votre cerveau, en fait,
23:31ça va être de sa faute.
23:32Et en plus,
23:33votre cerveau va faire
23:34un travail très zélé.
23:36Il va essayer
23:38de trouver des éléments
23:38à charge.
23:39Jean-Charles se trompe.
23:41Ah !
23:41Justement, je le savais.
23:42Jean-Charles réussit.
23:44Ah !
23:44Mais c'est peut-être
23:44parce qu'il a eu de la chance.
23:46C'est un peu comme si votre cerveau
23:48gardait précieusement
23:50les preuves qui vous arrangent
23:52et il jetait un peu les autres.
23:53Alors, justement,
23:54souvenez-vous du premier jour
23:56de Jean-Charles.
23:57Il oubliait le code de l'imprimante.
23:58Ça, vous ne l'avez pas oublié.
24:00Votre pensée,
24:01à ce moment-là,
24:02c'était...
24:02Ah ben voilà,
24:03il commence bien son emploi.
24:04Un mois plus tard,
24:05il se trompe de commande.
24:06Ah ben justement,
24:07je le savais.
24:08Trois mois plus tard,
24:09par contre,
24:10il vous sauve un dossier.
24:11Là,
24:12il a eu de la chance.
24:13Et à ce rythme,
24:14Jean-Charles peut décrocher
24:15le prix de l'employé de l'année.
24:17Il restera toujours pour vous
24:18celui qui ne sait pas
24:20se servir de l'imprimante.
24:21Donc, nous avons deux biais,
24:23puisque vous êtes un expert
24:24des biais cognitifs,
24:25qui travaillent ensemble.
24:27On a deux biais
24:28qui travaillent même en équipe.
24:30Le premier,
24:30qu'on a vu,
24:31il fabrique un peu l'étiquette
24:32et le second,
24:33il va coller cette étiquette
24:35avec de la glu.
24:36Et le pire,
24:37c'est que bien souvent,
24:38la personne étiquetée,
24:39elle le sent
24:40et elle peut finir
24:41par se démotiver
24:42pour de bon.
24:43Mais comment s'en débarrasser,
24:44Fabrice ?
24:45C'est un peu le problème,
24:46c'est qu'on ne peut pas
24:47se débarrasser
24:47de nos biais cognitifs.
24:49Ce n'est pas possible.
24:49Par contre,
24:50on peut essayer
24:50de mettre en place
24:51des techniques
24:52pour les ralentir.
24:53Par exemple,
24:53avec deux questions.
24:55Par rapport à ce qu'on a raconté,
24:56déjà, la première,
24:57c'est face à une erreur,
24:58ce serait de se demander,
24:59de vous demander
25:00qu'est-ce qui,
25:01dans la situation,
25:02a pu rendre cette erreur
25:03probable.
25:04Vous vous la posez,
25:04évidemment,
25:05avant de,
25:06entre guillemets,
25:06juger la personne.
25:07La seconde,
25:09quand vous êtes sûr de vous,
25:13vous faire changer ma vie
25:14ou mieux de chercher,
25:15justement,
25:17volontairement,
25:17un exemple
25:18où Jean-Charles a bien fait.
25:20Se forger
25:21à envisager
25:22l'hypothèse inverse,
25:23ça marche mieux
25:24que de se promettre
25:25d'essayer d'être objectif.
25:27Et justement,
25:28si vous êtes manager,
25:29une petite astuce,
25:30c'est avant de vous dire,
25:31en gros,
25:31il est comme ça,
25:32de lui demander,
25:33à lui,
25:34qu'est-ce qui t'a manqué,
25:35qu'est-ce qui n'allait pas.
25:36Et vous voyez que là,
25:37vous passez du procès,
25:38on va dire,
25:38à l'enquête.
25:39Bon, c'est certes
25:40moins excitant,
25:41mais c'est bien plus efficace.
25:43Merci beaucoup,
25:44Fabrice Pastore.
25:44Je rappelle que vous êtes
25:45neuropsychologue
25:46et que vous êtes
25:48un de ces influenceurs majeurs
25:50sur LinkedIn
25:50avec des centaines de milliers
25:52non pas d'abonnés,
25:53mais de followers.
25:55On vous retrouvera
25:56la semaine prochaine
25:56et nous terminons
25:58avec Jonathan Jérémias
26:00par cette question
26:01à monsieur le fondateur
26:03du Mouvès.
26:03Si demain,
26:04vous étiez président de la République,
26:06qu'est-ce que vous feriez ?
26:08Demain,
26:09si j'étais président de la République,
26:10je mettrai en œuvre
26:11une grande politique publique
26:12en faveur des entreprises
26:13au service de l'intérêt général.
26:15Ça commencerait
26:16par une grande campagne
26:16d'information
26:17et de communication
26:18grand public
26:19sur ces structures.
26:21Et puis ensuite,
26:21je mettrai en œuvre
26:23une politique de soutien
26:25financier massif
26:26avec de la fiscalité favorable.
26:28Et tout ça
26:29avec un système
26:29de bonus-malus,
26:30c'est-à-dire
26:30pour zéro euro
26:31de dépense publique en plus.
26:33On prend l'argent
26:34là où il y a
26:35dans l'économie
26:35de la destruction sociale
26:36et environnementale.
26:37Et il y en a
26:38à certains endroits.
26:39C'est un beau projet.
26:41Espérons
26:42qu'il sera entendu.
26:44Il y a des échéances
26:45cette année.
26:45Et vous allez porter
26:46ce discours.
26:47Merci beaucoup
26:48d'être venu
26:49nous expliquer
26:50ce qu'est
26:51le secteur
26:52de l'économie sociale
26:53et solidaire.
26:54Je rappelle
26:56Jonathan Jérémias,
26:57que vous êtes
26:57le fondateur
26:58du Mouvès.
26:59Je vous laisse.
27:00Nous nous retrouverons
27:00la semaine prochaine
27:01pour un autre numéro
27:02de La Tête dans le Taf
27:03avec plaisir.
27:04Merci à toutes.
27:04à tous.
27:05Au revoir.
27:05Kérea,
27:06l'expert des solutions
27:07de prévention
27:08en entreprise,
27:09vous a présenté
27:10Sud Radio,
27:11La Tête dans le Taf,
27:12Didier Meyran.