- il y a 13 minutes
Avec Aurore Médieux, Responsable de la transition écologique chez ESS France et Marie Castagné, Co-déléguée générale du Réseau national des ressourceries et recycleries.
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NewsTranscription
00:00Akhena, la reine des vérandas et des pergolas vous présente
00:03Sud Radio, la planète demain, Christophe Debiens
00:08Bienvenue sur Sud Radio pour la planète demain, l'émission où le futur commence dès maintenant
00:12avec des idées qui changent le monde, des solutions qui existent déjà, des femmes et des hommes qui créent, inventent
00:19et innovent.
00:19Ici on ne vous parle pas du monde dont on rêve mais celui qu'on est déjà en train de
00:24construire.
00:24Et pour en parler aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir dans les studios de Sud Radio, Aurore Médieu
00:29qui est responsable de la transition écologique chez ESS France
00:33et Marie Castanier qui elle est co-déléguée générale pour le réseau national des ressourceries et recycleries.
00:40Bonjour à toutes les deux.
00:42Bonjour.
00:42Bonjour.
00:43Alors créée en 2023, l'Union pour le réemploi solidaire fédère huit grands réseaux comme ceux que vous représentez mesdames
00:51pour défendre et promouvoir les spécificités du réemploi solidaire au service de la transition écologique et de la solidarité.
00:58Alors Aurore, le réemploi solidaire c'est quoi exactement et pourquoi est-ce devenu un sujet national aujourd'hui ?
01:05Le réemploi solidaire c'est un réemploi qui est porté par des structures associatives qui vont agir au niveau local.
01:11Le réemploi pourquoi c'est devenu un sujet au niveau national ?
01:14Pour deux raisons je dirais, la première c'est qu'il y a une vraie demande des consommateurs et consommatrices
01:18qui monte,
01:19d'avoir des produits de seconde main.
01:21Et la deuxième c'est qu'il y a une loi française, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire
01:26qui a vu le jour en 2020 et qui définit un certain nombre d'objectifs à atteindre en la matière.
01:30Donc le réemploi solidaire il est porté par des structures de l'économie sociale et solidaire
01:34et il a un certain nombre de points positifs sur les territoires.
01:37Il crée de l'emploi local, il évite la production de déchets
01:40et puis il donne des produits accessibles à des prix solidaires à tout le monde.
01:43Donc merci Brune Poirson d'avoir porté cette loi.
01:46C'est ça.
01:47Vous annoncez Marie 7 millions de clients par an.
01:50Est-ce que les Français ont réellement changé leur façon de consommer ?
01:54Alors je vous donne un chiffre d'abord du côté du réseau des ressourceries.
01:57On compte en 2024 6 millions de passages en caisse contre 4,3 millions en 2022.
02:02C'est plus 50%.
02:03Je pense qu'il y a peu d'enseignes de la grande distribution qui peuvent se vanter d'un bilan
02:08aussi positif.
02:09Cette augmentation de passages en caisse, elle traduit plusieurs choses.
02:12D'abord, il y a de plus en plus de structures du réemploi solidaire.
02:16Elles sont sur le terrain, elles gagnent en notoriété
02:18et donc de plus en plus de personnes viennent dans les ressourceries pour leurs achats.
02:22Mais aussi, ces associations sont utiles à nos concitoyens
02:27en ces temps quand même assez difficiles pour le pouvoir d'achat.
02:30Par contre, c'est important d'apporter un complément.
02:33Il y a un engouement notable pour la seconde main
02:36mais celui-ci se traduit aussi par l'utilisation des plateformes de vente en ligne comme Vinted
02:40avec deux conséquences assez négatives.
02:43Un effet rebond aujourd'hui.
02:45On achète du neuf en ayant en tête sa valeur de revente sur Vinted.
02:48Donc, ça encourage la consommation.
02:50Et on a une fausse impression de faire des économies.
02:52Par exemple, un jean d'une célèbre marque rouge sera à 50 euros sur Vinted
02:56alors qu'il sera seulement à 5 euros dans une ressourcerie, dans une boutique Emmaüs.
03:00C'est différent, oui.
03:01Effectivement, c'est différent.
03:02Alors, acheter d'occasion, réparer plutôt que jeter,
03:04est-ce désormais un choix écologique
03:06ou d'abord une nécessité économique pour beaucoup de Français ?
03:10Alors, les deux.
03:11Les personnes qui viennent dans nos structures,
03:13elles savent que leur achat va avoir cette double démarche.
03:16Et pour étayer ça, on peut parler du taux de transformation.
03:19C'est-à-dire la part des personnes qui entrent et qui achètent quelque chose.
03:22Dans nos magasins, des ressourceries, il est de 69%.
03:25Alors que dans une enseigne traditionnelle, il est de 8%.
03:28Ça dit quelque chose aussi de la volonté des gens qui entrent d'acheter.
03:34Et puis, un autre sujet, notre observatoire en 2024,
03:38montre que les structures du réemploi solidaire
03:40sont en première ligne face à la paupérisation de la société
03:43puisque le chiffre d'affaires d'une ressourcerie a baissé de 30%
03:47entre 2022 et 2024.
03:51notamment parce qu'on a moins de dons et de moins grande qualité,
03:55qui a une concurrence aussi des plateformes type Vinted,
03:58mais aussi la baisse du pouvoir d'achat, notamment liée à l'inflation.
04:02Et donc, nos structures, elles proposent toujours des prix très solidaires,
04:05c'est-à-dire accessibles pour le plus grand nombre.
04:09Alors, Aurore, votre réseau collecte 700 000 tonnes de produits usagés par an.
04:14Est-ce que la France jette encore beaucoup trop de choses
04:17qui pourraient être réutilisées, finalement ?
04:20Ce qui est sûr, c'est que les Françaises et les Français jettent encore beaucoup trop
04:23puisqu'on produit 500 kg par an par habitant en France chaque année.
04:28Ça coûte quand même 128 euros hors taxe par habitant
04:31et qui est pris en charge à 85% par le contribuable.
04:35Donc, ça a un coût, cette production de déchets.
04:37Aujourd'hui, il y a quand même un réflexe de la part des Françaises et des Français
04:40pour amener un certain nombre de biens dans nos structures
04:43ou pour les réemployer eux-mêmes auprès de leurs proches
04:45ou sur les plateformes dont parlait Marie.
04:48Je ne sais pas si la qualité de ce qui est jeté serait vraiment réemployable.
04:52Ce que je sais, c'est qu'il reste encore beaucoup de produits
04:55qui sont chez les gens, dans les armoires, dans les garages
04:58et dont on pourrait bénéficier justement s'ils nous les donnaient.
05:00On pourrait leur trouver une seconde vie alors qu'ils ne sont plus utilisés chez les gens.
05:03Alors, vous dites réemployer près de la moitié de ce que vous collectez.
05:07Mais qu'est-ce qui bloque pour aller beaucoup plus loin ?
05:11La première chose, c'est la qualité.
05:12C'est-à-dire que quand on récupère des produits de moindre qualité,
05:15Marie disait qu'on a de plus en plus de concurrence avec un certain nombre de structures,
05:18que ce soit les plateformes entre consommateurs
05:20ou des metteurs en marché eux-mêmes qui développent leur offre de réemploi.
05:24On a de moins en moins la qualité qui nous permet pourtant
05:26de mettre à l'équilibre notre modèle économique
05:28et qui nous permet de réemployer des choses de moindre qualité.
05:30On y passe en plus de temps.
05:32On a aussi peut-être aujourd'hui encore un manque de demande
05:36de la part des consommateurs et des consommatrices sur l'offre de seconde main.
05:39Et ça, c'est ce qui m'amène au troisième point qui peut être bloquant.
05:42C'est parce qu'en particulier, on a une offre du neuf low cost
05:46qui aujourd'hui est de plus en plus grande
05:49et de plus en plus concurrente à nos activités.
05:52Puisqu'en fait, quand vous avez un t-shirt neuf qui coûte 5 euros,
05:54qui est importé d'Asie, comment voulez-vous être compétitif même sur la seconde main ?
05:58La concurrence est difficile, effectivement.
06:00Alors, Marie, il existe aujourd'hui un véritable marché de la seconde main
06:03avec de grandes plateformes et des acteurs commerciaux.
06:06Pourquoi faut-il, selon vous, préserver le modèle solidaire associatif ?
06:10Alors, Aurore l'a dit, c'est un secteur qui fait face à de nombreuses concurrences,
06:14low cost, plateforme de seconde main en ligne, etc.
06:16Rappelons quand même que lorsqu'il y a du réemploi sur une filière,
06:20textile, meubles, électroniques, il est fait par 80% de nos structures.
06:24Donc, en fait, le modèle solidaire et associatif est déjà présent.
06:27Un rapport d'Oxfam montre aussi que la seconde main lucrative,
06:30elle a une empreinte carbone 5 fois plus élevée que les modèles solidaires.
06:33Côté pouvoir d'achat, le prix moyen d'un vêtement est 5 fois moins cher en moyenne
06:37dans une boutique solidaire que dans une boutique classique
06:40ou sur une plateforme de vente en ligne.
06:42Par ailleurs, pour un même volume traité,
06:44le réemploi solidaire crée jusqu'à 70 fois plus d'emplois que le réemploi lucratif.
06:49Et aujourd'hui, il faut revenir à ces fondamentaux-là,
06:51à savoir des associations qui créent des emplois non délocalisables,
06:57qui réemploient des objets, qui sont ancrés sur leur territoire,
07:00qui permettent aussi l'insertion des personnes éloignées de l'emploi
07:03et qui revitalisent à certains endroits des territoires où il n'y a plus de boutique.
07:08Alors, Aurore, vous affirmiez que le réemploi peut être un outil de réindustrialisation.
07:13Mais comment peut-on réindustrialiser la France
07:15en donnant une seconde vie à des produits déjà fabriqués ?
07:19Quand on récupère les produits, la majorité ne peuvent pas être réemployées en l'État.
07:22On doit passer un certain temps de remise en État, de réparation.
07:26Et aujourd'hui, on observe qu'on a un vrai déficit d'offres de réparation de proximité en France
07:30puisqu'on a notamment les bonus réparations qui ont été mis en place
07:34et qui sont à disposition des habitants et des habitantes
07:36et qui sont peu utilisés, en tout cas sous-consommés aujourd'hui.
07:39Nous, dans nos structures, qui en plus utilisent le réemploi
07:42comme un support d'insertion par l'activité économique
07:45pour un certain nombre de personnes éloignées de l'emploi,
07:47on a des cadres de formation très forts sur les questions de la réparation.
07:52Et donc finalement, on est en train de former aussi le tissu de réparateur de demain.
07:55Par ailleurs, sans parler même du métier seul de réparation,
07:59quand on collecte, quand on remet en État,
08:01quand on agence la boutique,
08:05quand on remet en vente,
08:06on produit des emplois.
08:07Nous, dans notre réseau, on considère qu'on emploie 40 000 personnes chaque année.
08:10Donc ça, pour nous, c'est une façon de réindustrialiser la France.
08:14Alors, nous allons faire une petite pause
08:16et nous retrouver dans un court instant sur Sud Radio
08:18avec nos deux invités
08:19et avec Thibaut, le French Trotter de La Planète Demain
08:22qui nous a rejoints et qui, cette semaine, nous présente
08:24comment protéger un milieu naturel remarquable.
08:29A tout de suite sur Sud Radio.
08:39Vous êtes toujours sur Sud Radio pour La Planète Demain,
08:42toujours en compagnie de nos deux invités,
08:44Aurore Médieu et Marie Castanier,
08:45mais aussi de Thibaut, le French Trotter de l'émission
08:48qui, aujourd'hui, nous donne un aperçu des écosystèmes du Médoc Atlantique.
08:52N'est-ce pas, Thibaut ?
08:52Absolument, Christophe.
08:54Je vous emmène en Sud Gironde, au cœur de la forêt de l'Acano,
08:57pour découvrir la réserve naturelle de l'étang de Cousseau,
09:00c'est un refuge majeur pour la biodiversité du littoral médocain.
09:03Heureusement, elle a été épargnée par les incendies de cet été.
09:06Et en compagnie de Cyril Forchelet, conservateur de la réserve naturelle,
09:10nous allons voir ce qui fait la richesse de ce milieu naturel
09:12et aussi quelles sont les actions mises en place pour le préserver.
09:16Écoutez.
09:16Donc la réserve naturelle, elle est assez vaste puisqu'elle fait 900 hectares
09:20et il y a à peu près trois environnements différents.
09:21Il y a l'étang de Cousseau et puis il y a deux grands environnements,
09:25une forêt d'Unerre qu'on a traversée en arrivant à la réserve
09:27et un grand marais qu'on a devant nous qui est généralement inondé l'hiver.
09:31Est-ce qu'on peut parler de la biodiversité dans ces trois milieux ?
09:34Alors effectivement, sur la réserve, il y a une biodiversité assez riche.
09:37On retrouve plusieurs milliers d'espèces,
09:40notamment des plantes protégées, des oiseaux migrateurs,
09:43des insectes, des poissons, etc.
09:45Il y a la loutre, évidemment, qui est une espèce bien connue de la réserve.
09:48Il y a aussi la grussandrée qui est un oiseau migrateur.
09:50Et puis on a des espèces aussi qui arrivent un peu plus récemment.
09:53Par exemple, cette année, on a eu la première nichée de balbusards pêcheurs,
09:56qui est aussi une espèce emblématique, mais qui est plus récente.
09:58Est-ce que c'est un environnement qui subit les effets du réchauffement climatique ?
10:01Effectivement. Alors nous, par nos actions de gestion aussi,
10:03on peut essayer de favoriser la résilience de ces milieux naturels au changement climatique,
10:08c'est-à-dire qu'ils s'adaptent le mieux.
10:09Par exemple, ici, on est sur une forêt qui est très différente des forêts
10:12que vous allez voir sur le reste de la Gironde.
10:14On est sur une forêt beaucoup plus mélangée, avec beaucoup plus de chênes,
10:17beaucoup plus d'autres essences que le pin.
10:18Et donc, notamment l'été, on a plusieurs degrés de moins sur cette forêt.
10:22Donc on a une forêt qui va être, par exemple, beaucoup plus résiliente.
10:25Mais il y a aussi des effets qu'on ne peut malheureusement pas contrôler.
10:28Par exemple, cette année, on a un marais qui est très sec.
10:30Malheureusement, on doit composer avec.
10:32Donc on essaye de jongler sur cet équilibre
10:33entre rendre les milieux les plus résilients possibles
10:36et puis aussi observer puis quantifier
10:39ces effets du changement climatique sur la réserve.
10:41Et on va continuer à marcher vers cet étang de Cousseau.
10:44Est-ce qu'on peut le décrire pour les auditeurs ?
10:46Donc c'est un petit étang d'eau douce.
10:47Donc c'est un étang vraiment naturel
10:49qui s'est formé naturellement il y a plusieurs milliers d'années
10:52et qui abirrite une faune, une flore diversifiée.
10:54Dans l'étang, on a de nombreux poissons,
10:56notamment le brochet, l'anguie.
10:58Et donc il y a toute une faune également d'oiseaux migrateurs
11:01qui peuvent s'arrêter sur l'étang.
11:02Quelles sont les espèces qui sont menacées ici ?
11:04Par exemple, dans les poissons, on a l'anguie.
11:06L'anguie, elle est en danger critique d'extinction.
11:07On a plein d'autres espèces, malheureusement,
11:09qui souffrent aussi du changement climatique,
11:11notamment le lézard vivipare.
11:12C'est un lézard qui aime plutôt les milieux froids,
11:17ce qu'on a, c'est une espèce qui est en train de se raréfier.
11:19Qu'est-ce qu'on fait concrètement pour éviter la régression
11:21de ces espèces menacées ?
11:22Alors ce qu'on fait, nous, c'est travailler à l'échelle de la réserve,
11:25notamment sur des actions de gestion,
11:27c'est-à-dire essayer de rendre les milieux naturels
11:29les plus favorables possibles.
11:31Donc on va travailler sur la gestion du marais, par exemple,
11:33en entretenant les milieux naturels.
11:35Notamment ici, on a un troupeau d'une race rustique de bovins
11:38qui s'appelle la vache marine landaise.
11:39C'est donc, entre guillemets, nos tondeuses écologiques.
11:42Par exemple, c'est elles qui permettent de maintenir le marais ouvert
11:45pour que les oiseaux migrateurs ou nicheurs s'y installent.
11:47Puis on peut aussi faire des actions un peu plus ambitieuses.
11:51Parfois, par exemple, travailler sur la réintroduction d'un bousier.
11:54C'est la première réintroduction d'insectes en France.
11:57Donc là, par exemple, c'est une espèce qui était disparue de la réserve.
11:59On a été récupérer des individus dans une autre région,
12:02dans le sud de la France, qu'on a réintroduit sur la réserve.
12:05On peut aussi travailler, par exemple, sur la gestion de nos niveaux d'eau.
12:08On a des écluses qui nous permettent d'ajuster les niveaux d'eau
12:10en fonction de la saison.
12:11Donc cette réserve, elle aura toujours un rôle important ici au cœur du Médoc.
12:15Et ça restera toujours un territoire d'accueil pour la faune et la flore.
12:18Alors sachez que cette réserve naturelle se visite.
12:21C'est important car protéger un milieu naturel,
12:23c'est aussi apprendre à le connaître
12:25et à prendre conscience de sa fragilité.
12:28Merci encore Thibault.
12:29On vous retrouve dimanche prochain à 12h30 sur Sud Radio, bien entendu,
12:32pour un nouveau reportage en immersion.
12:34Et nous sommes de retour dans nos studios,
12:37toujours en présence de nos deux invités,
12:38Aurore Médieu qui est responsable de la transition écologique chez ESS France
12:42et Marie Castanier qui est co-déléguée générale
12:45pour le réseau national des ressourceries et recycleries
12:48pour évoquer, évidemment, le réemploi solidaire.
12:50Alors Marie, pourquoi les producteurs devraient-ils davantage financer
12:54la seconde vie de leurs produits ?
12:56Alors c'est le principe dit du pollueur-payeur.
12:59Tout simplement, celui qui produit un déchet doit prendre en charge
13:01le coût de sa gestion,
13:02mais il doit aussi mettre en œuvre des actions de prévention
13:04pour éviter la production de ses déchets.
13:07Aujourd'hui, on est face à deux sujets.
13:09D'une part, le fait que les actions de prévention sont quasiment inexistantes.
13:12Prévention, c'est-à-dire mettre moins de produits neufs sur les marchés
13:16et des produits de meilleure qualité.
13:18Et d'autre part, le soutien au réemploi n'est pas suffisant.
13:21D'une part, parce que les producteurs n'ont pas intérêt
13:23à ce que l'offre de réemploi vienne concurrencer la vente de neuf.
13:26Et d'autre part, les fonds réemploi qui existent
13:28et qui sont dédiés aux acteurs de l'économie sociale et solidaire
13:31ne représentent qu'aujourd'hui entre 2% et 10% du budget de nos structures,
13:35bien loin du coût réel du réemploi aujourd'hui.
13:38Alors, vous estimez que les éco-organismes ne prennent pas suffisamment en charge
13:42les coûts du réemploi.
13:43Où se situe aujourd'hui, selon vous, Aurore,
13:46le principal problème de financement ?
13:49Je dirais que c'est un sujet historique.
13:51En fait, les filières à responsabilité élargie du producteur,
13:54dont parlait Marie, ont toujours été plutôt sur le financement du recyclage.
13:57Et aujourd'hui, ça vient vraiment en concurrence du soutien au réemploi.
14:01On a un autre problème qui est qu'on a aujourd'hui
14:03un non-respect de la réglementation européenne
14:05qui dit que les producteurs devraient couvrir l'intégralité
14:09des coûts de prévention et de gestion des déchets.
14:12Or, le réemploi est considéré par l'Europe depuis 2008
14:15comme prioritaire face au recyclage.
14:17Donc, on devrait aujourd'hui avoir l'ensemble du reste à charge
14:19d'une structure qui devrait être financée.
14:21Alors que, comme le disait Marie,
14:23en moyenne toutes structures confondues,
14:24on est à peu près à 5% seulement du modèle économique
14:27de nos structures qui vient de ces filières.
14:28Ah oui, c'est peu ?
14:29Très peu.
14:31Le réemploi, Marie, nécessite des locaux,
14:34du stockage, du transport, du tri, de la réparation.
14:38Est-ce que les structures solidaires ont aujourd'hui
14:40les moyens matériels de changer d'échelle ?
14:43Peut-être un petit rappel pour ceux qui nous écoutent.
14:45Nous sommes déjà un secteur à l'échelle.
14:47Aujourd'hui, le réemploi solidaire, c'est 2500 structures,
14:5040 000 personnes en activité, 7 millions de clients.
14:52C'est déjà considérable.
14:54C'est considérable, effectivement.
14:5580 % du réemploi est assuré par nos structures.
14:58Et avec un modèle économique qui répond à différentes exigences.
15:02Être en capacité de réemployer tous les objets réemployables,
15:04en pratiquant des prix solidaires,
15:06en faisant de la sensibilisation.
15:08Et même avec ça, on arrive à avoir des capacités d'autofinancement.
15:11Aujourd'hui, plus qu'un changement d'échelle,
15:13ce qu'on demande, c'est un cadre qui nous permet
15:17de préserver l'exercice de nos missions.
15:19Alors que le secteur associatif est fragilisé de toutes parts,
15:23que les acteurs économiques nous font concurrence sur le réemploi,
15:26que la qualité des produits baisse.
15:28Et on demande aussi, en plus de cette préservation,
15:30un soutien au développement de nos activités,
15:32avec une véritable stratégie au soutien du réemploi solidaire,
15:36avec des objectifs ambitieux,
15:38un changement dans la gouvernance de ces fameuses filières,
15:41et puis un financement, comme le disait Aurore,
15:43qui est conforme à la législation européenne,
15:45pour couvrir l'intégralité des coûts du réemploi.
15:47Alors, vous défendez des prix solidaires.
15:50Aurore, comment concilier des prix très bas pour les consommateurs
15:55et une rémunération correcte pour les salariés
15:58qui travaillent dans ces structures ?
15:59C'est certain qu'il s'agit là d'une équation complexe.
16:03Néanmoins, ça fait près de 80 ans aujourd'hui
16:05qu'on maintient ce modèle économique
16:07et qu'on fait la démonstration que c'est possible,
16:09notamment historiquement par des structures
16:10comme celle du mouvement Emmaüs,
16:12que vous connaissez évidemment toutes et tous.
16:15Comment on s'en sort ?
16:17Déjà parce qu'on fait agir une grande partie de...
16:19On a un grand nombre de bénévoles
16:21qui agissent en fait dans nos structures.
16:23Ça prend beaucoup de temps, par exemple,
16:24de reconstituer un pulse de 2000 pièces
16:26et de compter chacune des pièces.
16:27Bon, ça, on le fait par du travail bénévole.
16:29On utilise aussi le réemploi
16:32comme un support d'insertion à l'activité économique.
16:34Et donc, c'est aussi le coût des aides au poste
16:37pour le travail qui finance le modèle.
16:40Et puis, il faut le dire, en fait,
16:41les salariés de ces structures sont peu rémunérés.
16:43On a des directions de structures qui sont payées au SMIC.
16:46Donc, il est grand temps aujourd'hui
16:48que la législation, comme on le disait tout à l'heure,
16:50soit respectée et que le reste à charge des structures
16:52soit pris en charge par les metteurs en marché.
16:54Alors, il existe les premières assises nationales du réemploi.
16:59Qu'est-ce que vous attendez concrètement du gouvernement
17:03à l'issue de cet événement ?
17:05Alors, d'abord, une reconnaissance du rôle des acteurs de l'ESS.
17:09Historiquement, nous sommes un pilier de ce secteur
17:10et nous continuerons à l'être
17:11grâce à la mobilisation des structures sur le terrain.
17:14Et j'en profite pour leur rendre hommage aujourd'hui
17:16parce que sans elles, il n'y aurait pas de réemploi solidaire.
17:19On demande aussi à sortir des caricatures.
17:21Nos structures sont des modèles économiques sérieux.
17:23On ne repose pas à 100% sur les subventions,
17:25comme on peut l'entendre dire à droite, à gauche.
17:28On a une part d'autofinancement.
17:29Et aujourd'hui, Aurore l'a dit,
17:31c'est surtout la politique de l'insertion par l'emploi
17:33qui va venir financer les emplois dans nos structures
17:35et ces fameux fonds réemploi
17:37qui ne couvrent qu'entre 2 et 8% des budgets.
17:40Donc aujourd'hui, il nous faut une feuille de route
17:42qui prenne en compte nos modèles
17:44et les modalités de soutien qui doivent aller avec.
17:47Alors, le gouvernement a présenté en octobre
17:49sa feuille de route sur les six filières prioritaires.
17:54Qu'est-ce que vous attendiez, vous, de votre côté,
17:57avant cette annonce, en priorité
17:59dans cette future stratégie nationale ?
18:02Deux priorités.
18:03La première, c'est qu'il faut pouvoir rendre
18:04le réemploi compétitif face aux différents marchés.
18:07Donc, il faut une régulation des marchés de neuf,
18:09notamment sur les marchés locaux,
18:11c'est en portée d'Asie,
18:12avec des très bas coût qui rentrent en compétition
18:14avec nos modèles.
18:15Si on ne fait pas ça,
18:16on ne peut pas permettre au réemploi
18:18de se développer en France.
18:19La deuxième, c'est qu'il faut rendre visible
18:20notre offre à tout le monde.
18:22Aujourd'hui, quand vous allez dans un centre-ville,
18:24il y a très peu d'offres de réemploi
18:26face aux offres de neuf.
18:27On a besoin de pouvoir accéder à du foncier
18:29pour que les personnes qui se promènent
18:31et qui veulent acheter des biens
18:32puissent avoir une offre de seconde main
18:34à proximité de chez elles et de chez eux
18:36et qui leur donne envie.
18:38Alors, Marie, si vous aviez, vous,
18:40une seule décision à faire prendre au gouvernement
18:42dès demain pour accélérer le réemploi en France,
18:46laquelle serait-elle ?
18:47Je rejoins ce que disait Aurore sur le fait
18:49qu'il faut soutenir ce réemploi solidaire
18:50de proximité pour le rendre visible
18:52et que les gens aient accès à cette offre.
18:54Je dirais aussi qu'un levier
18:55sur lequel on attend beaucoup de choses
18:56et qui n'est pas traité aujourd'hui,
18:58c'est vraiment la réduction
19:00de la production de déchets,
19:01à savoir faire baisser la mise en circulation
19:03de produits neufs.
19:05On a vécu six canicules cet été.
19:07L'industrie du textile,
19:09c'est 8% des émissions de gaz à effet de serre.
19:11Je pense qu'on n'a plus le choix aujourd'hui.
19:12Le réemploi, c'est un levier
19:13à condition de limiter la production de neufs.
19:17Un message pour nos auditeurs,
19:19justement, dans ce sens,
19:20quel serait-il ?
19:21Eh bien, de pousser la porte
19:23d'une boutique de réemploi solidaire
19:25à la fois pour des questions de pouvoir d'achat
19:27mais aussi pour participer
19:28à des ateliers de réparation.
19:30Quand on répare son grippin,
19:31on ne le regarde vraiment plus pareil.
19:33Et puis, en tant que citoyen,
19:34s'interroger aussi sur ce qui permet
19:35de favoriser le développement du réemploi
19:37plutôt qu'une économie
19:38qui tire les prix vers le bas
19:40au détriment des droits humains
19:41mais aussi de notre planète.
19:42Donc, dès aujourd'hui,
19:44une nouvelle manière d'acheter,
19:46de réparer et de consommer,
19:47c'est le message que vous souhaitez
19:48faire passer aux auditeurs.
19:50Il est important, donc,
19:52de vous rendre dans les recycleries,
19:54dans les ressourceries
19:55et de faire un geste
19:57à la fois pour la planète
19:58mais aussi pour l'humanité.
20:00Merci à toutes les deux
20:02d'avoir participé à mon émission
20:04dédiée au réemploi solidaire.
20:06Il est déjà l'heure de nous quitter
20:07mais je vous donne rendez-vous
20:09dimanche prochain à 12h30
20:10sur Sud Radio pour La Planète Demain.
20:13L'émission Où le Futur
20:14commence dès maintenant.
20:16Bonne dégustation
20:16avec Alain Marty
20:17à qui je cède le micro
20:19pour In Vino,
20:20l'émission à déguster
20:21sans modération.
20:22Bon dimanche,
20:23prenez soin de vous,
20:24de vos proches
20:24et bien entendu
20:25de La Planète.
20:26Akhena, experte en carport
20:28et pergola solaire
20:30pour des économies
20:31et un avenir durable
20:32vous a présenté
20:33Sud Radio,
20:34La Planète Demain,
20:36Christophe Debiens.