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Vendredi dernier, l’agence de notation Moody’s n’a pas dégradé la note de la France. «C’est un véritable scandale, doublé d’une supercherie», a estimé  l’économiste Marc Touati. #LaMatinale

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00:00Voilà, vous l'avez dit, c'est un miracle, j'ai envie de dire, franchement, n'ayons pas peur des
00:03mots, c'est un véritable scandale doublé d'une supercherie, alors d'ailleurs ce n'est pas nouveau de la
00:08part de Moody's, je vous rappelle que quelques semaines avant que la crise des subprimes n'explose, cette même agence
00:14notait triple A les dettes subprimes, donc pour vous dire, et ensuite évidemment ces dettes ne valaient plus rien, pareil
00:21pour la Grèce en 2009, ils refusaient de dégrader l'un de la Grèce, et puis ensuite évidemment la crise
00:26a explosé, et là finalement ils ont dû avouer la réalité,
00:29et donc ce n'est pas nouveau, et donc là c'est la France qui fait l'objet de cette
00:32bienveillance miraculeuse, c'est vrai que ça c'est incroyable, c'est-à-dire que déjà, il faut savoir que
00:36Moody's a déjà une meilleure note que les autres agences de notation, notamment Fitch et Standard & Poor's, qui ont
00:42ce qu'on appelle un A+, c'est-à-dire c'est un cran en dessous, et bien Moody's
00:45a un cran au-dessus, donc c'est A à 3, voilà la note, et que c'est précise entre
00:50guillemets, avec castive négative certes, mais il nous dit que non, finalement tout va bien,
00:53et ça qui est complètement fou, c'est que la dernière fois qu'ils ont dégradé la note de la
00:56France, c'était en décembre 2024, vous voyez, il y a quasiment deux ans, et entre temps, qu'est-ce
01:02qui s'est passé ?
01:02Mais ce n'est pas compliqué, on a eu un dérapage des comptes publics, on a eu une dette publique
01:06qui a explosé, on a eu une croissance qui est en berne, et on a un budget 2027 qui n
01:11'est pas crédible,
01:11même déjà en 2026, on voit que le budget dérape complètement, et donc ça qui ne colle pas, c'est
01:16que normalement, tous ces arguments tout à fait objectifs
01:19devraient inciter, ou auraient dû inciter effectivement l'agence Moody's pour dégrader la note de la France, d'autant que
01:25les taux d'intérêt également ont explosé,
01:27et là, rien n'est fait, finalement, il n'y a pas eu de réaction, donc ça qui est extrêmement
01:31surprenant, et puis c'est également dangereux,
01:34parce que justement, ça montre que finalement, il n'y a pas de conséquences de tous ces dérapages.
01:37– Alors, c'est quand même une bonne nouvelle pour la France, parce que, alors vous nous dites, on va
01:43vous entendre,
01:44mais vous dites, c'est incroyable, mais finalement, cette non-dégradation du pays, ça fait plaisir, et c'est plutôt
01:52une bonne nouvelle, non ?
01:54– Oui, c'est vrai que ça fait plaisir comme ça, bien entendu, mais j'ai envie de dire, en
01:57fait, c'est un piège,
01:58c'est-à-dire que, c'est ce qu'on appelle en théorie des Jeux, un aléa moral, ou alors
02:02dans le langage plus populaire,
02:03c'était de la blague de Coluche, tant que je gagne, je joue, c'est-à-dire que, en fait,
02:07pour faire simple, qu'est-ce qui se passe ? Finalement, aujourd'hui, la France a beau déraper complètement
02:12sur ses déficits, sur sa dette, donc ne pas respecter ses engagements,
02:16ils nous disent, finalement, ce n'est pas grave, continuez comme ça, il n'y a aucune sanction,
02:20et donc, comme il n'y a pas de sanctions, évidemment, mécaniquement, on continue, c'est ça qui est grave,
02:25et puis, bien entendu, c'est très injuste par rapport à tous les pays de la zone euro qui ont
02:29fait des efforts.
02:30Regardez, je vous ai fait un petit graphique, très simple pour vous montrer, aujourd'hui, depuis 2002,
02:35sur 25 années au total, combien d'années la France n'a pas respecté son engagement
02:41de réduire le risque public sous les 3% de PIB ? Eh bien, la France n'a pas respecté
02:46pendant 22 ans,
02:4722 ans sur 25, vous vous rendez compte ? C'est-à-dire que, vraiment, on dépasse les bornes,
02:52et regardez, les deuxièmes pays, les échos, c'est la Grèce et l'Espagne,
02:57eux, pendant 16 ans, ils n'ont pas respecté, donc c'est quand même beaucoup.
02:59Nous, 22 ans, vous voyez, quand on pense aux pays qui, eux, ont respecté quasiment toutes les années,
03:05finalement, c'est évidemment un bon point pour les mauvais élèves, tout simplement.
03:09Et donc, c'est ça qui est très dangereux, c'est qu'on pourrait dire que c'est une bonne
03:12nouvelle,
03:13mais sauf qu'ensuite, quand on va réagir, eh bien, évidemment, ça va faire très mal,
03:17c'est-à-dire que ça va mettre de l'huile sur le feu, donc c'est ça qui ne
03:19colle pas.
03:20Et d'ailleurs, aujourd'hui, si on regarde, eh bien, les marchés ont déjà dégradé la note de la France,
03:25c'est ça qui est très important, c'est qu'en fait, la note de la France a déjà été
03:29dégradée par les investisseurs financiers.
03:30Regardez, je vous laisse faire un petit tableau très simple pour vous montrer justement le décalage,
03:34c'est-à-dire que là, on a finalement la France à la meilleure note parmi tous ces pays,
03:38mais elle a également le taux d'intérêt le plus élevé, donc ce qui ne colle pas.
03:41Normalement, quand on a une bonne note, on a un taux d'intérêt bas, et là, c'est exactement l
03:45'inverse.
03:46Regardez, alors, la guerre par rapport à la Belgique, ça va encore, c'est une note correcte par rapport au
03:49taux d'intérêt.
03:50Mais regardez le Portugal, ils ont une bien moins bonne note que nous,
03:52alors qu'ils ont un taux d'intérêt à 3,9%. Pareil pour l'Italie, pareil pour la Grèce.
03:57Donc, c'est ça qui, effectivement, est très dangereux, ça ne colle pas.
04:00Donc, c'est ce qui fait que, malheureusement, la France risque de continuer de déraper,
04:04on voit sur le défi de 2027, et donc, ça veut dire que la sanction va être évidemment encore plus
04:08grave par la suite.
04:09C'est quoi l'intérêt de Moody's de ne pas baisser la note de la France, selon vous, Marc ?
04:15Alors, c'est simple, c'est qu'il n'y a pas vraiment d'intérêt, peut-être une connivence,
04:19peut-être un accord avec le gouvernement, parce que ça aussi, c'est incroyable.
04:22Moody's nous dit que, finalement, elle croit, elle pense tout simplement que le budget 2027
04:27va générer une baisse du déficit, donc que tout va bien se passer dans le meilleur des mondes.
04:32Or, il y a des éléments tout à fait objectifs. Je vous donne un exemple.
04:34Par exemple, dans le budget 2027, donc, il n'est pas encore voté, mais admettons qu'il soit voté.
04:39Eh bien, le gouvernement dit que, pour faire son budget,
04:42il regarde des taux d'intérêt à 4,3% sur la dette publique.
04:46Or, on est déjà à 5%. Vous voyez ? Et ça, c'est objectif.
04:50Comment les analystes de Moody's ont pu rater une telle news, une telle information ?
04:55On voit bien qu'il y a un décalage dans le budget même. Le budget est déjà caduque.
04:58Je ne parle même pas des prévisions de croissance qui sont ultra-optimistes ou de taux de chômage.
05:02Donc, tout ça, c'est ce qu'on demande justement à une agence sérieuse de faire son travail.
05:06Aujourd'hui, ce n'est pas pour faire du French-bashing ou faire de la peine à la France.
05:11Simplement, par rapport aux autres pays qui respectent leurs engagements, qui réduisent leurs déficits,
05:16il n'est pas normal que nous ayons une meilleure note que ces pays-là.
05:18Alors, on dit oui, mais parce qu'on ne veut pas que si la France en la dégrade,
05:22ça arrive d'avoir une crise de la zone euro.
05:24Sauf qu'aujourd'hui, encore une fois, c'est ce qu'on demande aux agences de notation.
05:27Marc, vous pensez que c'est un coup de main pour le président de la République ?
05:33Oui, certainement. C'est évident.
05:35Et surtout, le problème, c'est quoi ?
05:37C'est que si on regarde historiquement,
05:39tout à l'heure, je parlais des subprimes ou de la Grèce,
05:41quand Moudiise a refusé de dégrader,
05:43alors qu'on voyait très bien qu'il y avait des problèmes,
05:45elle ne voulait pas le faire.
05:46Pourquoi ? Alors, peut-être que c'est de l'incompétence,
05:48peut-être de la connivence, on ne sait pas, mais il y a quand même un problème.
05:50Sauf que quand la crise a commencé, la crise grecque,
05:52alors là, évidemment, Moudiise a dit,
05:54ah ben non, ça va très mal, c'est une catastrophe.
05:56Donc, elle a dégradé très fortement la note de la Grèce.
05:58Donc, c'est ça qui est dramatique,
05:59c'est qu'une fois que le mal est fait,
06:01alors là, évidemment, on dégrade,
06:02mais ce n'est pas ce qu'on demande à une agence de notation.
06:04On demande, justement, de prévenir un petit peu le monde,
06:08les investisseurs, mais également les gouvernements,
06:10avant qu'il ne soit trop tard.
06:11Et donc, pour conclure, c'est un peu ça, je dis.
06:13Justement, les agences de notation,
06:14c'est un peu comme la cavalerie dans le western américain.
06:16Ils arrivent toujours après la bataille, malheureusement,
06:19et donc, bien entendu, ça met de l'huile sur le feu,
06:21et donc, ça casse l'activité économique.
06:22Donc, disons-le, c'est quand même pitoyable.
06:25Merci.

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