00:00L'image que je veux retenir c'est celle-là, celle de la représentation nationale debout,
00:05cette minute de silence solennelle où pendant un instant au moins la représentation nationale
00:11était unie pour reconnaître la gravité du moment.
00:15J'ai pu observer comme vous toutes et tous une absence éloquente, celle de Marine Le Pen,
00:21la candidate du parti d'extrême droite qui n'a manifestement pas pu soutenir le regard de la famille de
00:26Pengo
00:27et qui a brillé par son absence.
00:30J'ai également envie de partager avec vous ma frustration,
00:34ma frustration d'avoir vu un ancien Premier ministre de la République consacrer 30 secondes à l'évocation de l
00:43'attentat
00:43et passer immédiatement, en balayant cette séquence d'un revers de la main,
00:49à l'évocation des troubles qui traversent le pays et des revendications sociales légitimes du week-end dernier.
00:57J'ai été frustré aussi de ne pas entendre ce que je continue d'espérer,
01:00une ministre répondant à plusieurs questions au gouvernement
01:04et qui ne trouve pas la force de regretter ses propos tenus sur un plateau télé
01:09où elle considérait que la théorie du grand remplacement était une théorie légitime qui méritait débat.
01:15J'ai également été surpris de voir le Premier ministre Sébastien Lecornu
01:20dans une réponse confuse à la présidente Châtelain
01:24évoquer le cas de Quentin de Ranque.
01:27Il y a une forme d'indécence, d'ailleurs, dans cette réponse à renvoyer dos à dos,
01:32je reprends ces termes, ultra-droite et ultra-gauche,
01:35alors que le discours de l'extrême droite vient d'armer la main d'un terroriste
01:39qui a tenté de faire des dizaines de morts.
01:43J'ai été surpris aussi et frustré de ne pas obtenir de réponse
01:46à la demande de la présidente Châtelain réitérée,
01:49de bien vouloir décider un hommage national dans les prochains jours
01:54pour marquer d'une pierre blanche cet événement traumatique pour la nation.
02:00Et enfin, j'aurais aussi aimé entendre prononcer le mot islamophobie
02:05dans la bouche des représentants du gouvernement,
02:08car le périple du tueur l'a mené auprès de deux mosquées,
02:12et ce n'est pas une coïncidence.
02:14Il l'a conduit à cibler une fillette et plusieurs femmes
02:19parce qu'elles portaient le voile.
02:20Et si certaines ont eu la vie sauve,
02:22c'est simplement parce que l'arme de l'assassin a déraillé.
02:29J'ai été glacé, je ne vous le cache pas,
02:32d'observer les rangs de l'extrême droite,
02:35qui matérialisent bien ce qu'est la montée en puissance
02:39de l'extrême droite dans les têtes, dans les esprits,
02:41et au sein de l'Assemblée nationale,
02:43au sein de la représentation du peuple français.
02:46J'observe qu'à l'occasion de ces deux derniers mandats,
02:48depuis dix ans, depuis que nous avons tous collectivement
02:50fait barrage à Marine Le Pen en 2017,
02:53les rangs de l'extrême droite se sont considérablement garnis,
02:56passant de huit députés à près de 90 aujourd'hui.
03:00J'observe aussi que dans cette Assemblée,
03:03deux vice-présidents sont issus des rangs du Rassemblement national.
03:09Les digues ont sauté successivement et nous avons été quelques-uns
03:12à le dénoncer et à voir venir les périls qui ne cessent de croître.
03:17La vice-présidente de l'Assemblée a été digne quand elle a appelé
03:19à la minute de silence et dans le choix de ses mots.
03:23Elle a été plus digne que quand elle a considéré
03:28que l'arc républicain, ce n'était pas le sujet
03:31au moment d'attribuer ces deux vice-présidences
03:33à l'extrême droite, il faudra, je le crois,
03:37dans les mois, les années qui viennent,
03:38se donner les moyens d'assainir cette institution,
03:42d'organiser le cordon sanitaire aussi ici,
03:45au sein de la représentation nationale,
03:46et de veiller à ce qu'aucun militant, député,
03:50élu de l'extrême droite ne puisse s'asseoir au perchoir à l'avenir.
03:53J'espère que les forces politiques républicaines
03:56sauront se rassembler, reconstituer cet arc républicain
03:59pour ne pas donner cette triste image que de voir des députés ARN
04:03présider au débat de l'Assemblée nationale.
04:06Mon sentiment général, c'est celui de la frustration,
04:09de la déception, un peu de colère, je ne vous le cache pas,
04:11et le sentiment que pas grand-chose ne changera,
04:13en tout cas pas dans cet hémicycle,
04:14pas dans sa configuration actuelle.
04:17L'espoir que les prochains mois seront l'occasion
04:19d'une prise de conscience collective au-delà des rangs
04:22de l'Assemblée nationale au sein du peuple français,
04:24dans la société française, dans vos médias y compris,
04:27et que nous nous donnerons les moyens de démasquer
04:30la dangerosité de l'extrême droite qui est singulière,
04:32qui ne se compare à aucune autre, qui fait des morts.
04:37Il n'y a pas, je crois, dans cette Assemblée
04:39de représentants des autres idéologies qui font des morts.
04:43En revanche, l'extrême droite française pèse lourd dans cette Assemblée.
04:48C'est la responsabilité des forces politiques,
04:50dans leur diversité, toutes celles de l'arc républicain,
04:53de créer les conditions pour que l'élection présidentielle
04:56et l'élection législative qui suivra
04:57ne permettent plus l'élection d'un nombre aussi massif
05:00de parlementaires du Rassemblement national
05:02qui prônent la discrimination raciale
05:05à travers la préférence nationale
05:07et qui préparent la guerre d'une France contre l'autre.
05:11Je l'ai dit et je le répète, nous sommes un seul peuple,
05:13un grand peuple qui doit être uni dans sa diversité
05:16et qui doit en faire une richesse.
05:18Je le dis aux Français qui nous regardent,
05:21l'Assemblée nationale telle qu'elle est composée
05:24n'oblure rien de bon pour l'avenir de notre pays,
05:27de notre grande nation.
05:29Pour ceux qui ont déjà élu des députés RN,
05:31pour ceux qui s'apprêtent à en élire de nouveau,
05:34pour ceux qui seraient tentés par le vote pour Marine Le Pen,
05:36je veux dire gravement que les événements
05:38que nous avons vécus ces derniers jours
05:40pourraient se répéter
05:41et qu'armer la main de ceux qui déjà considèrent
05:47qu'ils sont en croisade contre une partie de la population française,
05:51inciter des Français à se radicaliser davantage,
05:55persévérer dans des discours de haine
05:57sans respecter le minimum de délai de décence nécessaire
05:59après l'attentat terroriste qui a frappé ma ville vendredi dernier.
06:04L'extrême droite, dorénavant, n'est plus masquée.
06:07Vous la voyez dans toute la cruauté de sa violence.
06:11Vous devez, toutes et tous,
06:13prendre la conscience du péril qui nous menace collectivement
06:16et faire en sorte,
06:18dans les débats de la gauche,
06:20dans les débats des formations politiques républicaines,
06:22de ne jamais laisser penser
06:25à quelconque de nos compatriotes
06:27que les dangers se valent,
06:28que les menaces sont équivalentes.
06:31J'espère que le camp présidentiel,
06:35que la droite républicaine,
06:36retrouveront leurs esprits
06:37et sauront dire,
06:39dès maintenant, sans attendre un éventuel second tour
06:42avec la qualification de Marine Le Pen,
06:44qu'ils feront barrage à l'extrême droite
06:46en utilisant tout bulletin
06:48qui permettrait de préserver la République.
06:50Voilà ce que j'ai à vous dire en réaction luminaire
06:52à cette séance de questions au gouvernement
06:54qui, je crois, ne laissera pas un sentiment enthousiaste
06:59à la population de ma ville.
07:00Merci.
07:00Merci.