- il y a 12 minutes
Le mouvement de contestation ne redescend pas, et le 5 novembre pourrait donner lieu à une convergence des revendications. Au point d’avoir une France complètement à l’arrêt ? La marge de manœuvre du gouvernement est chaque jour plus étroite, et les conséquences économiques pour le pays plus pesantes. On en parle avec Marine Balansard (Ariseal), Patrice Huiban (Nouvel essor français) et Guillaume Vuillemey (HEC Paris).
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00:00...
00:11Le Cercle RH, notre débat d'actualité pour parler évidemment de ce qui domine cette actualité,
00:18c'est ce mouvement social qui s'est transformé en émeute, en pillage,
00:23en mouvement d'une violence absolument incroyable,
00:27et puis une manifestation samedi beaucoup plus calme,
00:30une manifestation avec plus de 400 000 personnes dans la rue pour revendiquer,
00:33alors des sujets très protéiformes, et c'est là où les choses se compliquent,
00:36et puis la CGT qui a lancé ce mot, comme ça, au visage des Français,
00:42nous demandons et nous réclamons la grève générale.
00:46On peut faire de la philosophie pendant longtemps,
00:47mais vous le professeur, cher Guillaume Buimet qui est avec nous,
00:51professeur HEC Paris, Marine Balançard, Patrice Huibant,
00:53Marine Dégé d'Arizéal, Patrice, président de Nouvel Essor français,
00:57mais je commence par vous, Guillaume, grève générale, vous qui êtes prof à HEC,
01:00vous avez des étudiants, face à vous, vous avez des étudiants,
01:04dans une des écoles les plus prestigieuses,
01:06qui reprennent ce mot de grève générale ?
01:08Est-ce que c'est en train d'imbiber le cerveau de notre jeunesse ?
01:12Alors, la jeunesse que je vois n'est qu'un échantillon extrêmement limité,
01:16et je dois dire, je pense que très peu pensent grève générale en ce moment,
01:20mais il y a évidemment une problématique beaucoup plus jeune en la société française,
01:24et je crois qu'il y a une question spécifique de la jeunesse,
01:27qu'il y a une petite partie des sujets actuels,
01:29mais qu'il y a l'état d'angoisse un peu latente qui traverse la jeunesse,
01:34il y a de vrais problèmes, probablement d'ailleurs encore plus que scolaires ou économiques,
01:40des problèmes presque psychologiques, qui sont très fondamentaux dont on pourra reparler.
01:44Oui, ce n'est pas que de l'économie, c'est pour ça que ce sujet va osciller,
01:47ce débat va osciller entre des sensations un peu d'ordre anthropologique et des débats d'économie.
01:53Marine Balançard, quand on vous dit grève générale, vous pensez à MS-68,
01:56je veux dire, c'était les slogans qui avaient été tagués.
01:58Oui, oui, grève générale, c'est un peu surprenant,
02:01parce que c'est un peu la dernière chose dont la France a besoin,
02:04on est déjà en panne de croissance par rapport à l'Europe,
02:07on n'est pas très bien au niveau de l'emploi,
02:10la dette explose, et tous ces remous ne font que renchérir le coût de la dette,
02:19et puis hypothèque la croissance,
02:21et donc hypothèque l'avenir des jeunes qui eux-mêmes manifestent pour leur avenir.
02:25Donc on est dans un mauvais engrenage, et donc c'était le mot à ne pas sortir.
02:29Et c'est la CGT qui a porté ce sujet, avec des mouvements d'extrême-gauche,
02:33et pour certains d'autres d'ultra-gauche.
02:36Tarnac est revenu dans la discussion avec le plateau de Millevaches,
02:38si vous avez bien lu l'actualité avec l'incendie de la mairie de Limoges.
02:42Patrice, j'entends Marine qui nous dit, globalement,
02:46pour parler de grève générale, il faut être un pays riche.
02:48Il faut être riche pour parler de grève générale.
02:50Après, ce qu'il faut voir, c'est que le pays va mal,
02:53donc il y a forcément de l'angoisse au sein de toute la population,
02:55que ce soit chez les jeunes ou chez les actifs.
02:58Après, c'est plutôt une juxtaposition de revendications, un peu comme en 68.
03:02Il n'y a pas pour l'instant vraiment d'amalgame et de conjonction,
03:05puisque les revendications sont quand même assez différentes.
03:07Mais tout ça, ça traduit...
03:08Le pouvoir d'achat quand même, Patrice.
03:10Le pouvoir d'achat.
03:10Oui, pour les actifs.
03:11Les actifs.
03:12La qualité de l'enseignement pour les jeunes.
03:14Oui, c'est ça.
03:14Et avec une meilleure transparence, notamment dans Parcoursup,
03:17mais aussi l'adéquation entre les filières et les besoins du marché du travail,
03:20à travers, par exemple, France Compétences.
03:22France Compétences devrait jouer ce rôle-là avec les branches,
03:24de dire, voilà les besoins du marché du travail,
03:26et on va ensuite adapter les places dans les universités.
03:29J'ai entendu un ancien député,
03:31qui avait d'ailleurs été le rapporteur de la loi sur France Travail,
03:37qui disait, on dupe les jeunes aujourd'hui.
03:40Ils font des masters, ils font des études,
03:43alors pas privées forcément, publiques, dans de belles écoles.
03:45Et on leur fait croire qu'à la sortie,
03:47ils vont pouvoir vivre leur rêve professionnel et ils ne le vivent pas.
03:50Je vous repose la question, je reviens vers vous,
03:52mais est-ce qu'on n'est pas en train de duper notre jeunesse ?
03:55Alors je crois que c'est un problème absolument fondamental, évidemment.
03:57On va en venir au sujet.
03:58Ça fait très longtemps qu'on prend probablement beaucoup trop de monde
04:02dans des études qui mènent vers beaucoup trop peu de débouchés.
04:05Ça s'est probablement encore amplifié.
04:07Il y a eu une inflation, par exemple, y compris depuis le lycée,
04:09des notes ou des mentions au bac,
04:12où on fait croire à une réaction très importante de la population
04:15qui peut effectivement pousser des hauts études,
04:17ce qui n'est pas le cas réellement.
04:18Et puis, il y a par-dessus, par exemple, l'IA qui vient rajouter une couche,
04:22c'est-à-dire que ça remet en cause beaucoup de positions acquises.
04:25Et donc, il y a un vrai doute sur qu'est-ce qu'on pourra réellement faire
04:28après ces études qui, parfois, coûtent de plus en plus cher.
04:31Vous êtes d'accord, Marine ?
04:32Une espèce d'inadéquation.
04:33On voit des étudiants.
04:34Moi, quand j'étais au lycée, j'ai jamais, si j'avais fait grève,
04:37peut-être l'échefait, je ne m'en souviens plus,
04:39ou manifesté, jamais je n'aurais demandé à avoir plus de cours en classe.
04:44Je n'aurais pas revendiqué, il y a 30 ans, plus de profs et de meilleurs profs.
04:48J'aurais plutôt eu envie de m'amuser et d'aller faire du sport.
04:51Là, on a des jeunes qui, face caméra, devant des micros,
04:54disent qu'on veut plus de profs, on veut une qualité d'enseignement,
04:57on veut des locaux à la hauteur de nos ambitions.
04:59Ça dit quelque chose de notre jeunesse, ça aussi ?
05:01Je dirais que ça dit plutôt quelque chose de l'état de l'enseignement en France.
05:05C'est-à-dire qu'il y a énormément d'absentéisme parmi les professeurs,
05:08il y a des locaux très dégradés.
05:11Il y a peut-être une exigence un peu plus importante des jeunes.
05:14Mais pour revenir sur les diplômes, la France produit beaucoup de diplômés
05:18puisque maintenant, on considère qu'en France, il y a quasiment 26% de titulaires de master.
05:25Pour rappel, et donc 80 ou 85% d'une classe d'âge au bac.
05:30Et en 1980, c'était 26% de bacheliers dans une classe d'âge.
05:34Donc en fait, on produit plus de master que le reste de l'Europe sur des matières et pour des
05:40métiers qui n'ont pas besoin de diplômés.
05:43Quand j'étais jeune, on appelait ça des boîtes à bac.
05:44C'est-à-dire qu'on payait une école et on avait un master à la sortie.
05:47Non mais là, on a des masters d'université.
05:49Alors dans les sciences molles, partout, sauf là où on en a besoin, c'est-à-dire dans les sciences,
05:54dans maths, physique, biologie.
05:56Là, on manque cruellement de diplômés.
05:58Donc en fait, on surproduit des diplômés qu'on ne peut pas caser, dont on dit qu'ils vont être
06:03cadres, mais ils n'encadrent personne.
06:05Et qu'ils finissent parfois au banc de la société.
06:09C'est ce que vous disiez, Patrice.
06:10L'angoisse d'une jeunesse et une inadéquation entre les besoins et ce qui sort de nos écoles.
06:15On voit que les métiers techniques ne sont pas pourvus.
06:17Et en même temps, on a beaucoup de masters en communication, en marketing et plein de sujets.
06:20Il y a un double phénomène.
06:21D'abord, l'hypocrisie du système.
06:22Plutôt que d'orienter les élèves en collège, lycée, finalement, on les met tous dans une voie générale,
06:27sachant que la France, elle a besoin d'une tête, de bras et de jambes.
06:30Il y a cette forme d'intelligence.
06:31On sélectionne les jeunes essentiellement sur l'intelligence linguistique et logico-mathématique.
06:35Et donc, ce qui fait qu'on repousse finalement l'orientation aux algorithmes peu transparents de Parcoursup.
06:42Et ensuite, cette orientation se fait davantage en fonction des capacités des universités et de l'enseignement supérieur,
06:47plutôt qu'en fonction des besoins qui devraient être validés par France Compétences du marché du travail.
06:52Donc, il y a ce double phénomène qui génère beaucoup de frustration.
06:56Et effectivement, vous avez beaucoup de besoins dans l'industrie, dans la santé du bâtiment qui ne sont pas couverts.
07:00Et à contrario, vous avez beaucoup de jeunes qui vont dans des filières où il y a trop d'étudiants,
07:05en lettres, en langue et en sciences économiques et sociales, en sciences humaines et sociales.
07:08Ce déballage, il y a 20 ans, quand je faisais des émissions politiques, on avait déjà ce débat sur l
07:13'inadéquation.
07:14Mais qu'est-ce qui se passe aujourd'hui de plus qui fasse qu'on ait le sentiment aujourd'hui
07:18qu'on est objectivement au bord du précipice ?
07:20C'est quoi les ingrédients, Guillaume, Marine ?
07:24Pour se dire, objectivement, là c'est presque, encore une fois, anthropologique,
07:28on a le sentiment qu'on est au bord du précipice.
07:30Alors, je crois qu'on sélectionne de plus en plus tard.
07:33Et ça, c'est très frustrant pour les jeunes.
07:35C'est-à-dire que pendant très longtemps, on sélectionnait au bac, voire avant.
07:39Puis, on sélectionnait en licence, où on avait des chiffres, où on disait 70% des licences n'ont pas
07:45leur licence.
07:46Et maintenant, on sélectionne de moins en moins, ni en licence, ni au master, mais de fait, à la sortie.
07:52Ce qui est extrêmement important.
07:53Et c'est l'entreprise qui sélectionne.
07:54Et c'est l'entreprise qui sélectionne.
07:55Quand on voit que le premier CDI, on l'a, je crois, en moyenne à 27 ou 28 ans aujourd
07:59'hui, c'est évidemment beaucoup trop tard.
08:01Quand dans le même temps, on a effectivement beaucoup de métiers manuels extrêmement respectables, qui méritent d'être provus.
08:07Le patron de NVIDIA, récemment, a déclaré qu'un plombier, dans quelques années, pourrait probablement avoir un salaire à 6
08:14chiffres.
08:15Parce qu'en fait, la pénurie, le rapport entre l'offre et la demande d'emplois manuels, ou par rapport
08:22aux emplois intellectuels, même si ce n'est pas forcément très intellectuel, a complètement changé.
08:27Et change de plus en plus.
08:29Juste, je passe d'un pied à un autre.
08:31C'est-à-dire qu'il y a à la fois cette jeunesse dans une angoisse un peu existentielle de,
08:34vais-je avoir un travail à la hauteur de mes rêves ?
08:37M'a-t-on vendu du rêve ? Et je ne serai pas pourvu.
08:40Et puis, au même moment, on a dans les mêmes cortèges des salariés qui nous disent, de 45 ans,
08:45« je n'arrive pas à finir mes fins de mois, au 15 du mois, je n'ai plus rien
08:50pour vivre ».
08:51C'est quand même, ça aussi, un symptôme d'une crise profonde.
08:56Là aussi, un salarié qui travaille à plein temps et qui ne peut pas finir ses mois,
09:01je veux dire, pourquoi aller travailler ? Quel intérêt aller travailler ? Quel sens je donne à mon travail ?
09:05Tous les sujets qu'on aborde sur ce plateau, c'est un sujet profond quand même, là.
09:08Oui, mais c'est vrai qu'il y a une grosse inflation en ce moment, que c'est de plus
09:12en plus difficile de finir ses fins de mois.
09:13Il ne faut pas oublier que la plupart des Français vont travailler en voiture.
09:17Et par ailleurs, à cette difficulté de finir ses fins de mois, ce greffe des problèmes,
09:23ce qui est considéré comme un problème, c'est-à-dire l'arrivée de l'intelligence artificielle,
09:26on voit bien qu'au fur et à mesure, ça remplace une grande partie de nos tâches
09:30et donc rend notre travail de plus en plus, peut-être, efficace.
09:35Mais en tout cas, on se demande jusqu'à quand on va pouvoir tenir en concurrence ou en collaboration avec
09:42l'IA.
09:42Parce qu'une grande partie des métiers vont être remplacés ou, en tout cas, amoindris.
09:48Et donc, il y a vraiment un problème matériel.
09:52C'est-à-dire, dans la pyramide de Maslow, les gens se demandent quasiment comment ils vont se chauffer
09:57et donc parfois manger.
09:59Donc, on est vraiment tout en bas de la pyramide de Maslow.
10:03Donc ça, c'est hyper inquiétant pour eux et à juste titre.
10:07Et puis, qu'est-ce qu'on va devenir dans ce monde où, finalement, on a créé une intelligence extérieure,
10:13un réseau de neurones extérieurs qui travaillent plus vite et mieux que nous sur certains sujets ?
10:17Bon, Patrice, on a le sentiment.
10:19Alors, nouvel essor, travail, réfléchit.
10:21Il y a une forme d'alternative réflexive au sujet qu'on porte.
10:25C'est quoi les options qu'on a sur la table ?
10:27Parce que là, on a un gouvernement qui est dans les phares, on est en plein budget,
10:31qui dit « j'ai pas de marge ».
10:32On voit quand même des amendements qui augmentent les recettes.
10:35C'est-à-dire qu'on continue à augmenter les impôts pour continuer à essayer de remplir les caisses.
10:40On fait le chemin exactement à l'envers et on va régénérer de la dette.
10:42La dette qui va évidemment provoquer peut-être une crise grecque, nous dit-on.
10:47C'est quoi les options ?
10:48Qu'est-ce qu'on peut faire si d'aventure on peut encore faire quelque chose ?
10:51Il y a des mesures qu'on peut prendre à court terme,
10:53qui pourraient même passer dans la configuration du Parlement aujourd'hui.
10:56C'est notamment d'élargir l'assiette du financement de la protection sociale.
10:59Vous savez que la protection sociale, c'est 900 milliards sur 1 700 milliards.
11:01C'est énorme.
11:02Donc là, il y a des gisements importants.
11:04On l'élargit sur quoi ?
11:04Alors vous l'élargissez avec la CSG.
11:05Parce qu'aujourd'hui, par rapport aux autres pays européens,
11:07on finance encore beaucoup trop la protection sociale par l'entreprise, par le travail.
11:11Plus de 50%.
11:11La moyenne européenne, c'est 30%.
11:12Donc sur un SMIC, par exemple, vous avez encore...
11:14On augmente la CSG.
11:15Voilà, et vous baissez les cotisations.
11:16Et vous augmentez le salaire net, donc moins 10%.
11:18Donc sur un SMIC, vous avez encore 400 euros de charges salariales.
11:21Vous passez une bonne partie de ces charges sur la CSG.
11:24L'avantage de la CSG, c'est que tout le monde paye, sauf les minima sociaux.
11:26Donc au moins, la solidarité nationale est financée par tout le monde.
11:29Et donc là, vous pouvez augmenter le salaire net d'au moins 10%
11:31pour tous les salariés en particulier en bas de l'échelle.
11:33Et aussi les aides publiques aux entreprises.
11:36Aujourd'hui, les 100 milliards qu'on verse d'aides directes, je ne parle pas des prêts,
11:39sont accaparés à 70% par les grands groupes
11:41qui ont les compétences juridiques et de l'ingénierie administrative
11:46pour remplir les dossiers et être éligible.
11:48Dénoncé par Sophie Binet, la CSG.
11:50Et donc vous baissez 200 milliards, là vous donnez tout de suite de l'oxygène
11:52au cœur du réacteur économique, les PME,
11:54qui emploient 70% des actifs du privé
11:55et qui représentent 70% de la richesse nationale.
11:57Juste, je ne sais pas, vous avez peut-être vu sur,
11:59ça sort beaucoup, le général de Gaulle,
12:01en 68, mais le général de Gaulle en 47,
12:03qui parle du capitalisme,
12:05et en 68, il évoque le rapport au capitalisme,
12:07il dit que ce n'est pas le meilleur des systèmes,
12:09mais qu'il faut qu'impérativement celui qui a le capital puisse le partager.
12:12Et ce sont les mots du général de Gaulle,
12:14en étant un honnête actionnaire, dit-il,
12:17ce sont exactement les mots du général de Gaulle,
12:19et on arrive à la participation, à l'intéressement
12:21qu'il a porté et qu'il a développé,
12:22en faisant une critique assez directe du capitalisme.
12:25Vous, le professeur d'HEC,
12:28est-ce que cette question-là doit être reposée sur la table ?
12:30Je pense que la question qui est vraiment du sens,
12:33c'est du sens du capitalisme.
12:34Le capitalisme est un système relativement efficace
12:38quand il s'agit de produire des richesses.
12:40Alors aujourd'hui, évidemment,
12:40il est plus ou moins entravé par tout un tas de choses,
12:45mais le problème du capitalisme,
12:46et sa principale limite que beaucoup d'auteurs ont perçue depuis très longtemps,
12:50c'est le problème justement du sens,
12:52et comment justement est-ce qu'on arrive à recréer
12:54des formes de cohésion,
12:56de commun,
12:57dans un système productif,
12:59globalement capitaliste.
12:59Et ça, c'est la grande question qui s'est posée à très nombreuses reprises.
13:05Et elle est posée là,
13:06à travers ces manifs.
13:07Et qui, je crois, est posée là.
13:08Et qui se pose d'autant plus qu'on n'a pas de marge financière.
13:11On aurait, entre guillemets, des milliards à distribuer,
13:13ce serait relativement facile.
13:15Aujourd'hui, on les a beaucoup moins, en tout cas, très peu.
13:19Et donc, il faut arriver à trouver,
13:21à donner du sens qui aille au-delà du seul sens financier, je crois.
13:25Je vous ai posé une équation un peu philosophique,
13:26c'est-à-dire le général Legault qui pose la question du capitalisme,
13:29le modèle dans lequel nous vivons,
13:30dans lequel nous créons de la richesse,
13:33et où il explique qu'il ne faut pas laisser sur le bord du chemin
13:35les salariés qui doivent eux aussi,
13:37et on se souvient de la théorie du ruissellement,
13:39bon, ça a finalement assez peu ruisselé,
13:41mais c'était l'idée de Emmanuel Macron
13:43de faire ruisseler pour que tout le monde en profite.
13:46Comment vous regardez cette question ?
13:47Elle est posée dans les manifestations, régulièrement.
13:50Oui, mais elle est posée.
13:51La participation, l'intéressement,
13:53dans les grands groupes, on en bénéficie,
13:55j'en ai bénéficié.
13:56Ça change la vie, c'est sûr.
13:58Ça change la vie des salariés.
14:00Donc, à généraliser, bien sûr,
14:03les entreprises sont leaders là-dessus.
14:06Elles peuvent le mettre en place.
14:08Les grandes, au moins les grandes.
14:08Les grandes, oui, très grandes.
14:11Comment vous regardez cette question ?
14:12Vous le savez, Patrice,
14:13c'est une question autour du capitalisme,
14:15la manière dont il l'accueille ou qu'il l'exclut,
14:17puisqu'en fait, dans les manifestations,
14:18certains disent « je travaille comme un fou ».
14:21Et on a d'ailleurs vu,
14:22vous avez vu les personnes arrêtées
14:23dans les premières arrestations des émeutes,
14:25c'était des caristes de chez Amazon,
14:27c'était des salariés chez Lidl,
14:29qui étaient des très bas salaires,
14:30qui n'étaient pas en fait des précaires
14:33exclus du travail,
14:34mais qui étaient des salariés.
14:35Il y a deux réponses possibles.
14:36Déjà, à moyen terme,
14:37c'est de réformer la sphère publique.
14:38On en est là aujourd'hui,
14:39il n'y a plus de marge de manœuvre,
14:40puisqu'on a été incapable
14:41de réparer le toit par beau temps.
14:43Donc, par conséquent,
14:43à force de différer les réformes,
14:45on se retrouve complètement coincé,
14:46sans marge de manœuvre,
14:47sachant que la mauvaise gestion de l'argent public
14:49asphyxie le pays à petit feu.
14:50Le pouvoir d'achat des salariés
14:51entre ce que verse l'employeur,
14:52est-ce que vous touchez sur 100 euros,
14:54vous touchez 50,
14:54en moyenne européenne,
14:55c'est 70 euros.
14:56Le débat du nat et du bruit.
14:57Ce ne sont pas des enfers sociaux.
14:59Nos petites et moyennes entreprises,
15:00qui constituent le cœur du réacteur économique,
15:03sont étouffées,
15:03sans pouvoir bénéficier des aides facilement,
15:05comme les grands groupes,
15:06et sans pouvoir optimiser
15:07avec des filiales à l'étranger.
15:08Et enfin, les agents publics eux-mêmes,
15:09qui, sur le terrain,
15:10n'ont pas les moyens
15:11de remplir leur mission.
15:12On a deux fois moins de magistrats
15:13pour 100 000 habitants
15:14que la moyenne européenne,
15:15alors qu'on est champion, pratiquement,
15:16du monde de la dépense publique
15:18rapportée à la région nationale.
15:18Et des fonctionnaires
15:19qui n'ont pas été revalorisés
15:20en termes de points d'indice
15:21depuis, je crois, près de 10 ans.
15:22Tout à fait.
15:24Et dont on a découvert
15:26que les problèmes des retraites,
15:27il y a quelques semaines.
15:29C'est-à-dire que ce qu'on appelle
15:30budget public,
15:31souvent, c'est en fait
15:32abonder des régimes de retraite
15:33sous couvert de dépenses des ministères.
15:37Mais vous, l'économiste,
15:39en tout cas celui qui travaille sur ce sujet,
15:41il y a une issue
15:42à cette problématique du capitalisme
15:45où il faut finalement s'accommoder
15:47à ces vagues de manifestations
15:48dont on nous dit,
15:49je parle sous votre contrôle,
15:50qu'elles vont encore durer.
15:52Le 5 novembre,
15:53il y a une grève syndicale
15:55qui risque d'être reconduite
15:56et des lycéens
15:57qui peuvent bloquer dès lundi.
15:58Alors, la question est bonne
15:59et peut-être d'un point de vue
16:00plus à plus historique,
16:01intéressante.
16:02Vous le savez,
16:03j'ai beaucoup travaillé
16:03sur l'histoire du capitalisme,
16:04justement.
16:05Au 19e siècle,
16:06quand il y a eu
16:07tous les mouvements de grève,
16:09évidemment,
16:09les écrits de Karl Marx,
16:11etc.,
16:11il y a eu
16:12un changement fondamental
16:14qui m'a beaucoup intéressé
16:15qui est l'introduction
16:16de l'action
16:17à responsabilité limitée
16:19qui avait pour but
16:20de faire participer
16:21tout le monde au capitalisme.
16:23Et à l'époque,
16:24beaucoup de réformateurs sociaux
16:25se sont dit
16:25si on veut éviter
16:26la lutte des classes
16:28et l'affrontement frontal
16:29du capitalisme du travail,
16:30il faut que chacun
16:31devienne en partie
16:32un associé
16:33du système capitaliste.
16:35C'était ça l'origine.
16:36Alors, il y a eu effectivement
16:37un bouleversement fondamental
16:38à l'époque.
16:39Quel pourrait être
16:40l'équivalent aujourd'hui ?
16:42Je ne sais pas,
16:42on voit qu'Elon Musk
16:43dit qu'il va distribuer
16:44une action de SpaceX
16:45à tous les Américains
16:47qui vont naître.
16:49Alors, c'est évidemment
16:50anecdotique,
16:50mais est-ce que...
16:51Non, mais c'est un symbole.
16:52C'est un symbole.
16:53Est-ce qu'il y a à l'avenir
16:54d'autres formes d'initiatives
16:56qui vont permettre
16:57de faire de chacun
16:58un associé plus conscient
17:00d'un système
17:01qui leur a intérêt
17:01à préserver et à chérir ?
17:03Chacun votre tour,
17:03mais il nous reste peu de temps.
17:04Mais en fait,
17:05l'idée de ce que nous dit Guillaume,
17:06c'est une forme
17:06de réenchantement du capitalisme.
17:08Et je dirais que
17:09l'entreprise,
17:10l'entreprise au sens propre,
17:12philosophique,
17:13doit le faire.
17:14Sinon,
17:14elle va disparaître
17:15ou elle va être impactée.
17:16Je pense qu'il faut
17:18déplacer le centre de gravité
17:19du dialogue social
17:19comme dans les autres pays européens
17:20où le dialogue social se passe mieux
17:22et on concilie mieux
17:23le capital et le travail.
17:23C'était le centre de gravité
17:24qui doit être la branche.
17:25Et aujourd'hui,
17:26alors certes,
17:26on a progressé
17:27avec la loi El Khomri de 2016
17:28et les ordonnances au Macron,
17:30mais il faut aller plus loin.
17:30Il faut vraiment
17:31que le centre de gravité
17:32soit au niveau de la branche
17:32et que le code du travail
17:34et les dispositions nationales
17:36soient des bornes
17:36pour éviter les excès.
17:37Donc plus de liberté
17:38à l'intérieur de cela ?
17:39Au niveau des branches,
17:40parce que là,
17:40on est plus proche du terrain
17:41avec des gens relativement pragmatiques.
17:42On est moins dans l'idéologie
17:43des représentants nationaux
17:45qui parfois sont un peu éloignés
17:50dans l'intérêt de la branche
17:52et des entreprises.
17:52Donc moins de pouvoir
17:53donner à la négociation
17:54dans l'entreprise,
17:55si je veux résumer.
17:55Non, plus au niveau de l'entreprise.
17:57En tout cas,
17:57entreprise,
17:58après ça dépend du volume,
17:59mais en tout cas,
17:59le centre de gravité,
18:00c'est la branche.
18:00Après,
18:01pour des très grandes entreprises,
18:02on peut lâcher l'abri
18:03sur le coup aux grandes entreprises.
18:04Mais en tout cas,
18:05le national doit donner des bornes,
18:07un peu comme le droit
18:08du travail européen.
18:09Ça ne revoit pas plus
18:09de 48 heures par semaine.
18:11Et à l'intérieur de ça ?
18:12C'est une journée de congé
18:13minimum par semaine,
18:144 semaines de congé payé minimum.
18:20On le réenchante comment
18:21avant de nous quitter ?
18:22Alors c'est une question
18:22qui peut nous prendre 8 heures.
18:24Mais c'est un sujet,
18:26cette question du réenchantement
18:27du capitalisme.
18:28Parce qu'on en est là.
18:29Mais c'est un sujet.
18:30Mais en France,
18:31on est très peu syndiqués,
18:32en fait,
18:32puisque je crois que dans le privé,
18:33il y a 7 ou 8 %
18:34de personnes syndiquées.
18:36Un peu moins de 7 %.
18:36Donc avec qui est-ce
18:37que l'entreprise discute,
18:38en fait ?
18:39C'est un peu le sujet.
18:40Dans le public,
18:40c'est plus,
18:41je crois que c'est 18 %.
18:42Mais en fait,
18:43les corps intermédiaires
18:45sont complètement presque creux.
18:47Intermédiaires,
18:48selon vous,
18:49ça pourrait éviter
18:49la violence dans la rue ?
18:51On devrait obliger
18:52chaque salarié
18:53à se syndiquer,
18:53à choisir le syndicat
18:54qu'il souhaite,
18:55donc avec 100 %
18:56de personnes syndiquées.
18:57Et là,
18:57on peut commencer à négocier.
18:59C'est avec qui est-ce
19:00que l'entreprise négocie ?
19:01Parce qu'on ne peut pas
19:01leur lâcher la bride,
19:02même si les Français
19:03aiment leurs entreprises.
19:05On le voit,
19:06en fait,
19:06les Français n'ont plus confiance
19:07en personne,
19:07sauf dans les entreprises.
19:09C'est vrai.
19:09Parce qu'elles tournent
19:10à peu près,
19:10bonhomme à l'an.
19:11Et c'est le seul endroit
19:12où on ne casse pas
19:12la vitre de la DRH
19:13quand on n'est pas d'accord
19:14et on ne brûle pas
19:15sa photocopieuse.
19:16C'est vrai.
19:16Il n'y a pas
19:17ces violences-là.
19:17Oui,
19:18mais même les Français
19:19ont confiance
19:19dans leurs voisins
19:20et dans leur entreprise
19:21n'ont plus confiance
19:22ni dans la politique,
19:23ni dans le Parlement,
19:24ni dans les journalistes,
19:25ni dans l'État en général.
19:27Voilà,
19:27c'est ce que montrent les sondages.
19:28Les journalistes sont bas,
19:29les hommes politiques aussi.
19:30La démocratie sociale.
19:31C'est pour ça que pour moi,
19:31les partenaires sociaux
19:32font partie de l'équation
19:33du sursaut national,
19:34mais à condition,
19:35comme il y a 80 ans,
19:35à condition de déplacer
19:36sur nos gravités
19:37plus près du terrain
19:38avec des gens pragmatiques.
19:39Et de réduire nos dépenses,
19:41les dépenses dont vous nous parliez.
19:43Trop de gras,
19:43passer de mus,
19:44trop d'agents dans les bureaux,
19:45passer sur le terrain.
19:45Dégraisser le mammouth,
19:47comme disait un ministre feu,
19:48ministre de l'Éducation nationale.
19:50Merci à vous Marine Balançard
19:51d'être venue nous rendre visite,
19:52directrice générale d'Arice et Halle.
19:53Merci à Guillaume Vuillemet,
19:55professeur HEC Paris,
19:55avec ce livre merveilleux.
19:57Société,
19:57la responsabilité très limitée.
19:59Très limitée,
20:00absolument,
20:00qui était sortie
20:01et que vous étiez venue
20:05prendre visite,
20:05président de Nouvel Essor française
20:07à Cogite.
20:07Ça travaille sur tous ces sujets-là,
20:09sujets de réforme,
20:10puisque c'est des sujets
20:11de réflexion à long terme.
20:12Merci à vous,
20:13nous sommes en retard.
20:13Merci à Nicolas Juchat,
20:14évidemment.
20:15Merci à l'équipe technique,
20:16merci à Paul au son
20:17et merci évidemment à Mani.
20:19Merci à vous pour vos messages
20:20et l'intérêt que vous portez
20:21à notre émission.
20:23Je vous dis à très bientôt.
20:24Bye bye.
20:30Sous-titrage Société Radio-Canada