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Le nom de de Lattre de Tassigny évoque le chef de la Première Armée française, la libération du pays, puis les combats d’Indochine. Mais derrière cette grande figure se dessine un autre destin : celui de Bernard, son fils unique. À quinze ans, il participe à la préparation de l’évasion de son père, emprisonné à Riom. À seize ans, il s’engage pour libérer la France. Blessé près d’Autun, décoré de la médaille militaire, il devient officier et rejoint le Tonkin. Il y trouve la mort, à Ninh-Binh, le 30 mai 1951. Il avait vingt-trois ans.
Qui était ce jeune homme, au-delà de son nom et de sa fin tragique ? Comment s’est-il construit auprès d’un père aussi prestigieux qu’exigeant ?
Pour évoquer ce destin fulgurant, "Passé-Présent" reçoit Alexis Neviaski qui lui consacre une biographie," Bernard de Lattre, Au nom du père", publiée chez Pierre de Taillac et Perrin.
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#histoiredefrance #indochine #arméefrançaise

Source YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=xnrYYFVIY00

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Transcription
00:21Bonjour à tous et bienvenue dans Passé Présent.
00:24Le nom de Delattre de Tassini évoque le chef de la première armée française, la libération du pays, puis les
00:31combats d'Indochine.
00:32Mais derrière cette grande figure se dessine un autre destin, celui de Bernard, son fils unique.
00:38A 15 ans, il participe à la préparation de l'évasion de son père, emprisonné à Rion.
00:43A 16 ans, il s'engage pour libérer la France.
00:46Blessé près d'Autun, décoré de la médaille militaire, il devient officier et rejoint le Tonkin.
00:51Il y trouve la mort à Ninbine, le 30 mai 1951, il avait 23 ans.
00:56Qui était ce jeune homme au-delà de son nom et de sa fin tragique ?
00:59Comment s'est-il construit auprès d'un père aussi prestigieux qu'exigeant ?
01:03Alexis Neviasky lui a consacré une biographie, Bernard Delattre, au nom du père,
01:08publiée chez Pierre de Taillac et Perrin, et il est mon invité aujourd'hui.
01:12Bonjour Alexis Neviasky.
01:13Je vous ai reçu la semaine dernière pour une émission consacrée au séminaire des barbelés
01:20et du père Franz Stock et la réconciliation franco-allemande.
01:26Alors, je rappelle pour nos téléspectateurs qui n'auraient pas vu cette émission
01:29que vous êtes conservateur général du patrimoine, docteur en histoire,
01:33ancien officier de la Légion étrangère, dont vous avez également dirigé le musée,
01:37et vos travaux portent sur l'histoire militaire et religieuse,
01:41avec une attention particulière aux parcours individuels.
01:44Alors, vous avez notamment publié « Képi blanc, casque d'acier et croix gammée »
01:48chez Fayard en 2012, c'est sur les rapports entre la Légion et l'Allemagne dans l'entre-deux-guerres.
01:54Puis, chez Talandier en 2015, le père Jacques, consacré à un carme éducateur et résistant.
02:01Et enfin, des martyrs d'orange chez Artej en 2019,
02:05sur les religieuses guillotinées sur la terreur.
02:08Et votre livre sur le séminaire des barbelés est paru chez Artej en 2026.
02:13Mais aujourd'hui, nous allons parler de Bernard Delattre.
02:18Alors, Bernard Delattre est surtout connu comme le fils du général, mort en Indochine.
02:22Mais quelle archive vous a donné envie de raconter sa vie ?
02:27Qu'avez-vous découvert sur lui ?
02:30Comment cette idée m'est venue ?
02:32D'abord, je me suis rendu compte qu'il n'y avait rien d'écrit sur Bernard Delattre.
02:36Après ça, j'ai compris pourquoi.
02:38Parce que les archives se trouvent en institut.
02:41Elles sont classées, mais non inventoriées.
02:43Donc, il y a une masse de documents assez phénoménales.
02:47Donc, ce n'est pas facile d'accès.
02:49Et donc, c'est en discutant avec un de mes anciens capitaines,
02:53on s'est rendu compte qu'il n'y avait rien du tout sur Bernard Delattre.
02:56Donc, je me suis dit, je vais aller voir ce qu'il y a.
02:58Et donc, j'ai trouvé un institut, une multitude de documents,
03:02au service historique également.
03:05Donc, je me suis accolé à cette biographie.
03:08Ça vous a pris combien de temps de dépouiller tous ces genres suivres et d'indexer ?
03:12Alors, je n'ai pas indexé.
03:14J'ai repéré dans les cartons la partie qui m'intéressait,
03:18donc qui concernait vraiment Bernard.
03:21C'était des recherches qui ont duré à peu près un an.
03:23Décrivez-nous rapidement le contexte familial.
03:26Dans quel contexte familial a-t-il vécu ce jeune Bernard ?
03:31C'est un fils unique.
03:32Il est né en 1928.
03:34Oui, il est né en février, le 11 février 1928.
03:38C'est un fils unique.
03:39Il a un père qui sera prestigieux,
03:42mais qui est aussi déjà assez connu quand il naît.
03:47Un père qui a plus de 40 ans quand il naît,
03:55avec une épouse qui est sa cadette d'une vingtaine d'années.
03:58Donc, il y a un décalage un petit peu entre ses parents,
04:01de génération.
04:03C'est un enfant qui sera pas mal malmené,
04:08parce que sa mère est malade.
04:11Et très vite, elle est séparée de son enfant.
04:13Et il vivra à peu près les cinq premières années de sa vie,
04:17loin de sa maman, qui va lui manquer.
04:20Qui va aussi faire qu'ils vont avoir après ça des liens très forts,
04:22parce que ce manque va être comblé ensuite.
04:26Le père, durant cette enfance, est très occupé.
04:30Il est chef de BOI, puis ensuite, il est à l'EMA.
04:37Il prend un régiment à Metz, le 15-1.
04:41Donc, il est très occupé,
04:43mais il essaie de consacrer du temps à son fils.
04:46Et je vais vous raconter une anecdote.
04:47Donc, le fils est placé, en fait,
04:49parce qu'ils ne peuvent pas s'en occuper.
04:51Donc, il est placé à la montagne, à Saint-Gervais.
04:55Et le papa, plusieurs fois,
04:58alors qu'il est à Paris,
04:59que la maman est hospitalisée du côté de Pau,
05:02fait l'aller-retour dans le week-end
05:03pour voir son jeune garçon,
05:06à quelques heures.
05:07Donc, il y a un lien aussi assez fort
05:09qui se crée avec le père.
05:11Avec son père, oui.
05:12Dès l'enfance.
05:15Donc, finalement, son enfance
05:16n'est pas aussi protégée
05:18que son milieu familial
05:19pouvait le laisser préserver.
05:21Alors, sa petite enfance, non.
05:24Ensuite, quand sa mère guérit Bernard
05:28entre 5 et 7 ans,
05:30et à ce moment-là,
05:34il y a une cellule familiale très forte
05:36qui se crée.
05:37Et là, il est d'abord très admiratif de son père.
05:41et très protégée par sa mère.
05:43Un peu moins par son père.
05:45Donc, est-ce qu'il y a déjà,
05:46on sent déjà une grande admiration pour le père ?
05:49Ah oui, oui, oui.
05:51Il est petit louveteau à Metz.
05:53Il a 8, 9 ans.
05:54Et il y a une de ses chef-taines
05:56qui lui dit que son papa est balayeur.
06:00Je ne sais pas si elle dit ça pour rigoler ou pas.
06:02Et lui, il dit,
06:03j'allais voir papa, il sera balayeur en chef.
06:06Donc, son père peut tout faire, en fait.
06:08Son père peut tout faire.
06:08Il y a aussi les grands-parents.
06:10Alors, il est très...
06:11Oui, parce que, du coup,
06:13l'absence de la cellule familiale
06:15dans les premières années
06:15fait que ses grands-parents sont très présents.
06:18D'abord, ses grands-parents maternels.
06:21Alors, il perd assez vite son grand-père paternel.
06:24Mais avec sa grand-mère maternelle,
06:26il y a aussi une présence très forte,
06:28surtout qu'elle est sur Paris.
06:30Et ils habitent à un moment à Paris.
06:32Et puis, surtout, avec Madame Delattre,
06:38donc, sa grand-mère,
06:40c'est le premier contact qu'il a avec la mort
06:43puisqu'elle meurt il y a 10 ans.
06:45Il y était assez attaché.
06:47Et donc, c'est la première vraie rupture
06:48qu'il connaît à ce moment-là.
06:51Il aura quelques contacts avec son grand-père,
06:53mais moins importants que son grand-père Delattre,
06:56mais qu'il ira voir avant de partir en Indochine
06:58et avec qui il aura une longue séance
07:01d'histoire familiale.
07:03C'était le maire de la commune dans les registres.
07:06Et voilà, il y a eu une transmission à ce moment-là.
07:08– Le jeune Bernard n'a pas encore 15 ans
07:10quand son père est condamné à 10 ans de prison en 1942.
07:14Donc, est-ce que vous pouvez nous rappeler brièvement
07:16ce qu'il conduit à ce qu'il soit condamné ?
07:19– C'est le régime de Vichy qui le condamne.
07:21Ça fait suite au débarquement en Afrique du Nord,
07:30l'invasion de la zone libre par les Allemands.
07:33– Le combat fait partie de l'armée d'armistice.
07:35– Exactement, oui.
07:36Il se trouve alors à Montpellier
07:38et il décide de ne pas se rendre
07:41et de continuer le combat.
07:45Donc, ça serait trop long,
07:47mais à un moment, ça fut des directives
07:50qui ont changé,
07:51sauf que lui, il ne veut pas changer.
07:53Et donc, il part dans les Corbières,
07:57qui était le lieu de repli de son unité
07:58pour continuer le combat.
08:00Mais il se retrouve quasiment seul de son régiment
08:03puisque les autres officiers n'ont pas suivi.
08:06Et il est arrêté, reconnu, arrêté,
08:09et emmené en prison, et condamné.
08:12Il est condamné à 25 ans de prison.
08:13– À combien ?
08:14– Je crois que c'est 25 ans.
08:15– 25 ans, d'accord.
08:16Est-ce que le jeune, enfin, est-ce que Bernard comprend,
08:19est-ce qu'on sait s'il comprend la portée de ce choix ?
08:22– En tout cas, il le vit.
08:24Donc, je pense qu'au début, à un moment,
08:26il suit le procès, il est chez sa grand-mère maternelle.
08:30Il suit le procès et il n'a pas les infos,
08:33donc il aura les infos par la radio.
08:36Et il comprend, quand son père est condamné,
08:38qu'en fait, il ne va pas le voir pendant très longtemps
08:40et qu'il sera lui-même adulte
08:42quand son père sortira de prison.
08:43Et à partir de ce moment-là,
08:46il y avait déjà une révolte en lui,
08:50du fait de l'invasion et de la guerre.
08:53Mais là, pour lui, il ne tient plus en place,
08:56ce n'est plus possible.
08:57Donc, il faut qu'il voit son père,
09:00il faut qu'il participe au conflit.
09:03– Donc, il voit son père
09:04parce que le général est emprisonné à Rion,
09:09mais il peut recevoir, il reçoit la visite de sa famille.
09:13Donc, il voit son fils régulièrement, une fois en prison ?
09:16– Alors, il y a eu des épisodes,
09:18parce que Bernard, on ne sait pas non plus un très bon élève,
09:23donc il est à Montpellier.
09:26Après ça, il est mis chez un prêtre qui est son précepteur.
09:30Et puis, tout ça lui pèse.
09:32Et finalement, sa maman décide,
09:34elle s'est installée à Rion pour être près de son mari,
09:37de faire revenir Bernard à Rion
09:40pour qu'il puisse voir son père
09:42et vivre avec elle plutôt que…
09:47Et donc, à un moment, Bernard va être instruit par…
09:51C'est donc le général qui lui saliera de professeur.
09:55– Qui lui donne des cours, d'accord.
09:56– Qui lui donne des cours.
09:56Alors, il y a des histoires de cours par correspondance, etc.
09:57Mais enfin, c'est lui qui fait le professeur.
10:00Mais parfois, il y a des accès qui sont plus compliqués
10:04selon les événements au père.
10:06Donc, ce n'est pas quelque chose de fluide et de régulier.
10:10– D'accord, mais bon, il le voit quand même souvent.
10:13Je sais qu'ils échangent aussi pas mal de lettres.
10:16– Ils écrivent beaucoup.
10:17– Ils écrivent beaucoup.
10:18Donc, qu'est-ce que relèvent ces lettres
10:20sur la manière d'éduquer ?
10:22On est entre affection, exigence
10:25et aussi une grosse pression morale ?
10:26– C'est presque un jeune d'aujourd'hui.
10:28Un peu gauche, pas toujours très travailleur,
10:33plutôt dilettante.
10:34Ce que son père ne peut pas comprendre.
10:37Donc, il y a beaucoup d'exigences de la part de son père,
10:40beaucoup de conseils.
10:41Il peut être très dur.
10:42Quand il voit son fils,
10:43même si jamais il n'a pas vu pendant plusieurs semaines,
10:45plusieurs mois,
10:46qu'il voit que ça ne va pas,
10:48il le lui dit assez vertement.
10:51et cette correspondance est très belle
10:53parce qu'on comprend que ça s'est mal passé,
10:56mais on ne sait pas ce qui s'est passé pendant l'entretien,
10:57mais par la correspondance, en fait.
10:59Ensuite, le père réécrit au fils
11:02pour lui rappeler ce qu'il lui a dit
11:04et aussi pour s'excuser d'être aussi dur avec lui,
11:08mais que c'est pour son bien.
11:09Il y a vraiment une grande connivence
11:12qui commence à...
11:14qui point, en tout cas,
11:15qui s'entretient fortement au moment de Rion.
11:18Mais est-ce qu'on peut dire que finalement,
11:20il demande trop à son fils
11:22qui est quand même dans une situation difficile,
11:24un père prisonnier, c'est pas...
11:25Il demande trop.
11:26Je ne sais pas si on demande trop à son fils,
11:29mais il lui demande beaucoup
11:29parce qu'en plus, sa maman retombe malade
11:32et il doit être à la fois le garde malade de la maman,
11:36faire le lien entre la maman et le papa
11:37parce que la maman ne peut plus forcément
11:39venir voir le papa.
11:40En même temps, s'instruire, suivre ses cours.
11:44Donc, c'est sûr que pour Bernard,
11:45il n'y a pas beaucoup d'amis
11:46parce qu'il est assez isolé, en fait.
11:48Donc, c'est sûr que c'est quand même
11:51très compliqué pour lui.
11:54Et donc, Jean Delattre va s'évader
11:56de la forteresse où il est emprisonné.
12:00Est-ce qu'il y a une participation de Bernard
12:02à l'évasion de son père ?
12:04Est-ce que c'est solidement rétabli ou pas ?
12:06Là, vous êtes assez critique sur ce qu'il y a une légende.
12:09Alors, en fait, je pense qu'il y a vraiment
12:12une application de Bernard et de Simone,
12:15donc la femme de Jean, dans l'évasion.
12:19Oui.
12:20Le niveau d'implication, je n'arrive pas à le mesurer
12:25parce qu'après la libération, à la fin de la guerre,
12:30ils vont toujours raconter la même histoire.
12:33Il s'est créé une légende, vous croyez ?
12:34Je ne sais pas si c'est une légende,
12:36mais il y a des choses qui m'ont paru très étonnantes.
12:38C'est que, par exemple, il y a eu des colloques
12:40sur Jean Delattre.
12:42Alors, jamais on ne parle de son évasion.
12:45Or, ça devrait être quand même quelque chose d'incroyable.
12:49On y reviendra peut-être sur la façon dont ça s'est passé.
12:52Quoi qu'il arrive, c'était incroyable.
12:55Il y a eu des gens qui l'ont aidé à l'évasion.
12:57Il y a eu zéro témoignage de ces personnes
13:00qui sont citées dans l'évasion.
13:02Certains sont morts très rapidement après la guerre.
13:07Certains ont vécu, mais ils n'ont jamais parlé.
13:09Et puis, il y a toute la partie logistique, organisation.
13:13Il est quand même très connu.
13:15Il y a eu des échanges avec Londres.
13:19Et en fait, finalement, ce n'est pas tout de sortir de la prison.
13:22Mais une fois qu'on est sorti de la prison,
13:23il faut se faire récupérer par des réseaux.
13:24Il faut aller être exfiltré.
13:27Donc, ça pour dire qu'en fait, ce n'est pas une mère et un fils.
13:32Oui, tout seul.
13:32Tout seul.
13:33Et eux, ils n'évoquent pas l'écosystème de l'évasion.
13:37D'ailleurs, comment s'évoque-t-il ?
13:39Est-ce qu'il y a une version célèbre ?
13:42Il y a la version cinématographique, si je puis dire.
13:44Alors, la version célèbre, c'est que,
13:47comme Bernard va recevoir des cours de Jean,
13:50il fait passer du matériel à Jean.
13:52Notamment, il fait passer une corde.
13:54Une corde qui est quand même assez grosse.
13:56Donc, dans son cartable, déjà, rien que ça.
13:58On la voit toujours, cette corde.
14:01Donc, il dit que c'est dans son cartable.
14:03Ensuite, Jean a repéré qu'il y avait dans le système de ronde une faille.
14:09C'est-à-dire que celui qui descend de la garde va réveiller celui qui va prendre la garde.
14:13Donc, il y a un moment où il y a une faille.
14:16Il est dans une pièce où il n'y a pas de lumière, mais à 2,50 m, il y
14:20a des soupiraux.
14:21Donc, 2,50 m de hauteur.
14:22Donc, il arrive à monter, à dévisser, grâce au matériel que lui amène Bernard, les soupiraux,
14:30à se contorsionner pour en sortir.
14:31Il est à peu près à 10 m du sol.
14:34Avec sa corde qui est trop petite.
14:37Mais ça, il s'en rend compte.
14:39Il doit sauter de 3 mètres.
14:40Il se fait pas mal.
14:42Aussi, autre chose qui m'a étonné, c'est qu'il franchit le rempart grâce à Bernard et à des
14:46alliés
14:47qui sont de l'autre côté du rempart.
14:49Un rempart aussi qui fait 5 mètres de haut en se faisant à la courte échelle.
14:51Donc, c'est quand même assez...
14:53Et en amarrant une corde, mais sans point d'amarrage.
14:56et il tombe dans les bras de Bernard
14:58où il attend une voiture et il file ensuite...
15:01D'accord.
15:02Donc, ça, c'est la version cinématrice.
15:04C'est la version officielle.
15:05D'accord.
15:06Que défendra jusqu'à sa mort la maréchale.
15:08Oui.
15:08Et que, voilà, qui est...
15:10Et la version, ce qui vous semble être une...
15:12Je sais pas ce qui est possible, mais il y a eu d'autres tentatives d'évasion
15:16avec à chaque fois des connivences à l'intérieur de la prison
15:19où ils sortaient par la porte, par la porte, la grande porte,
15:24grâce à des complices.
15:27Ce qui est peut-être possible.
15:29Plus simplement.
15:30Mais sinon, alors après, il y a la cavale, si je puis dire.
15:32Oui.
15:33Avec la clandestinité, oui.
15:34Donc, il se retrouve...
15:36Il y a une voiture qui l'emmène.
15:37Ils vont où ?
15:38Au nord, vers la montagne noire.
15:39Là, il part avec sa famille ?
15:41Non, non.
15:41Il part juste avec Bernard.
15:42Parce qu'en fait, dans le plan, Bernard suit Jean.
15:46Et Simone monte à Paris.
15:48Parce que, de toute façon, ils ne peuvent pas tous s'évader.
15:51Et elle continue à avoir des réseaux sur Paris.
15:55Donc, c'est Jean et Bernard qui partent dans la montagne noire,
16:00dans une ferme très isolée.
16:02La montagne noire, c'est plutôt au nord de Castel-Naudary,
16:04dans ce coin-là.
16:06Ils vont rester dans une ferme très isolée.
16:08Là aussi, il va y avoir un moment de communion très important.
16:10Parce qu'en fait, ils vont vivre une forme de retraite à deux.
16:13Oui, j'imagine.
16:13Parce que là, ils sont tous les deux tout seuls.
16:15Parce qu'ils ne peuvent pas avoir de contact avec l'extérieur, non plus.
16:18Donc, ça va être un moment très important.
16:20Et il va y avoir des tractations.
16:22Les services de renseignement du BSRA pour récupérer Jean.
16:27Mais il y a des conditions de récupération qui font que…
16:31Donc, des considérations politiques.
16:32qui font que ça prend un peu plus de temps que prévu.
16:35Et que finalement, Bernard ne pourra pas suivre son père.
16:39Donc, le père part direction l'Angleterre
16:44pour rejoindre ensuite l'Algérie.
16:47Tandis que Bernard remonte à Paris dans la clandestinité
16:52pour reprendre des études
16:54au Collège des Jésuits de Saint-Joseph de Reims,
16:59momentanément.
17:00Donc là, il suit ses études sous un faux nom.
17:03Il suit ses études sous un faux nom
17:04avec une fausse histoire, avec une légende, en fait.
17:07D'accord.
17:07Tout ça, il ne peut pas inventer ça tout seul.
17:09Non, alors ça, c'est avéré, en revanche.
17:11Et là, il y a vraiment un réseau derrière lui.
17:13Oui, il y a vraiment un réseau.
17:14Tout ce qu'il faut, d'accord.
17:15Oui, oui.
17:16Et il le rejoint en Algérie de quelle manière ?
17:19Alors…
17:19On peut circuler entre les deux rives de la Méditerranée à ce moment-là ?
17:23Non.
17:24C'est compliqué.
17:24Non, non, c'est compliqué.
17:25Surtout que lui, il est clandestin, en fait.
17:28Oui.
17:28Donc, en fait, à un moment, Jean arrive à Alger
17:35et a besoin que sa famille le rejoigne.
17:37Donc, par les noms de codes, ils comprennent qu'il faut qu'il rejoigne.
17:40Et il passe par la frontière espagnole.
17:44Donc, il se divise à nouveau la mère et le fils.
17:48Elle prend l'itinéraire de la côte, qui est plus facile,
17:52parce qu'elle n'est pas non plus en très bonne santé.
17:54Alors que lui, il passe par les Pyrénées.
17:56Il franchit les Pyrénées avec un autre groupe.
18:00Et ils rejoindront…
18:02Ils se retrouveront ensuite, tous les deux, à Barcelone.
18:06Et ensuite, ils rejoindront l'Algérie ensemble.
18:09Donc, après l'Algérie, il ne reste pas très longtemps.
18:12Finalement, l'Algérie, il y reste à peine un an.
18:15Oui, il y reste à peu près un an, oui.
18:17Il y reste à peu près.
18:18Et donc, il va… il retourne en France.
18:21Cette fois-ci, il veut s'engager.
18:23Il a 16 ans.
18:24Oui, alors…
18:25Est-ce qu'il… comment il se débrouille pour avoir…
18:28Pour avoir une dérogation ?
18:29Il passe maître aux études.
18:31Oui.
18:31Et son papa crée une école de cadre, à côté de l'endroit où il réside.
18:37Alors déjà, il a vu… on n'en a pas tellement parlé,
18:38mais il y a eu un épisode à Hopm, qui était aussi une école,
18:42pas à Sentier de Jeunesse, parce que ce n'était pas encore à cette époque-là,
18:44mais où déjà, il y avait une petite formation, entre scouts militaires, voilà.
18:49Mais là, c'est vraiment du militaire.
18:50Et donc, Bernard, il n'y est pas du tout, mais il y va et il se fait… il passe
18:58son temps.
18:59Il y a une promotion qui passe, et la deuxième promotion, il parvient…
19:02En tout cas, l'entourage du général parvient à l'infléchir et à faire qu'il puisse suivre le cours.
19:10Donc, Bernard suit le cours, cette formation.
19:15Ce n'est pas des awards, c'est des classes, mais voilà.
19:18Donc, il porte l'uniforme.
19:19– Il va y avoir une préparation militaire aujourd'hui.
19:21– Voilà, mais il n'est pas affecté à l'issue, parce qu'il n'a pas l'âge,
19:25et qu'il n'est pas engagé, alors qu'ils sont tous engagés.
19:28Et donc, pour lui, c'est une catastrophe, parce qu'il retourne chez maman et papa,
19:32avec son uniforme, et il va tout le monde partir, sauf lui.
19:36Il avait défilé à Alger, et donc là, il avait vu Madame de Gaulle,
19:42enfin bon, parce qu'après le défilé, il avait été reçu,
19:44parce qu'à chaque fois, il est reçu, comme c'est quand même le fils du général.
19:47Et puis, de fil en aiguille, il arrive à convaincre son père
19:52qu'il apprend à conduire une jeep, enfin bon,
19:54il arrive à convaincre son père qu'il peut quand même faire quelque chose.
19:56Et quand son père part en Italie, il est suivi par Simone et par Bernard.
20:03Et à un moment, Bernard est appelé à Rome,
20:08et en fait, c'est là où il apprend que son engagement est autorisé,
20:12parce qu'il avait rencontré le général de Gaulle, tout seul,
20:15à qui il avait expliqué ses motivations.
20:17Et donc, le général l'a autorisé à baisser la limite d'âge,
20:22à s'engager pour la durée de la guerre.
20:23Mais alors, qu'en pensait Jean Delattre ?
20:26Est-ce qu'il souhaitait vraiment que son fils part au feu à 16 ans ?
20:28Ou on ne peut pas dire qu'il l'ait pistonné, dans ce cas ?
20:30Non, il n'a pas vraiment pistonné.
20:33Il en est fier.
20:35Il en est fier.
20:37Et d'ailleurs, il le prendra sous sa coupe au moment du débarquement de Provence.
20:41Il sera dans l'état-major du général, son affectation,
20:45avant de rejoindre le deuxième dragon.
20:47Pour lui, c'est trop tôt.
20:49Il voudrait que Bernard fasse des études.
20:52Mais Bernard...
20:53Il se sent peut-être aussi une responsabilité vis-à-vis de son fils et de son épouse, j'imagine.
20:56Est-ce que le côté paternel prend le dessus ?
21:00Oui, mais il ne voit pas le danger, en fait.
21:03Ce n'est pas le côté danger.
21:05C'est que pour lui, Bernard n'est pas formé,
21:08ni comme soldat, ni comme intellectuellement.
21:12Et que donc, il ne pourra pas mener une carrière militaire.
21:14Si Jemmy veut mener une carrière militaire,
21:16parce qu'il n'en a pas le niveau intellectuel.
21:19Donc, il y a toute une discussion, une tractation,
21:22pour qu'il puisse s'engager et éventuellement reprendre des études après.
21:27Pardon.
21:28Cette tractation, vous l'avez...
21:30Elle est écrite ? Elle est épistolaire ?
21:32Ou on a des témoignages de discussion ?
21:34Est-ce que ça chauffe un peu entre le père et le fils ?
21:36On a des témoignages de courriers, de correspondances ?
21:38Oui, oui, oui, oui.
21:39Ce n'est pas d'accord.
21:41L'une des anecdotes qui fait que, en plus,
21:43l'entourage de Bernard le pousse vraiment.
21:46Et donc, ils le font, par exemple,
21:48ils donnent le galon de première classe.
21:51Alors qu'en fait, il est encore civil,
21:52mais qu'il a mis en uniforme.
21:53Donc, voilà, il est vraiment très intégré dans le groupe.
21:56D'accord.
21:57Alors, il suit son père, vous dites, au volant d'une Jeep.
22:00Mais le 8 septembre 1944, près d'Autun,
22:03il est blessé en ravitaillant une auto-mitrailleuse sous le feu.
22:07Est-ce que vous pouvez nous raconter
22:08cette première journée de combat pour lui ?
22:10Et qu'est-ce qu'elle change ?
22:11Il n'a que 16 ans, il faut le rappeler.
22:12Oui, oui, il n'a que 16 ans.
22:13Et donc, il débarque avec son père sur les côtes de Provence,
22:17étant entendu qu'il doit rejoindre le deuxième dragon.
22:20Et donc, c'est avec le deuxième dragon
22:21qui remonte la vallée du Rhône,
22:24dans une forme d'euphorie.
22:26Parce qu'il n'y a pas encore...
22:27Enfin, l'armée allemande recule.
22:31Les Français sont contents de voir arriver leur libérateur.
22:35Et le premier gros combat auquel il est confronté,
22:38c'est effectivement à Autun.
22:40Où, en fait, Autun, c'est un nœud logistique allemand.
22:43Donc, si jamais les Allemands perdent Autun,
22:44ils perdent beaucoup de pétrole, beaucoup de carburant.
22:46Donc, c'est une résistance de force forte autour d'Autun.
22:51Et donc, c'est un combat assez décentralisé.
22:54Et donc, il est dans une escouade.
22:55Et l'une des autométrieuses de son escadron est mal prise.
23:00Elle va se faire détruire.
23:01Et elle n'a plus de munitions.
23:02Donc, il faut la ravitailler.
23:04Donc, une première Jeep de son escouade part.
23:07Le conducteur est tué.
23:08Et la Jeep est détruite.
23:11Et donc, le deuxième à partir, c'est Bernard.
23:14Donc, lui, il fait le choix de la vitesse,
23:17plus que de la cible.
23:18Donc, il fonce.
23:19Il se fait aussi tirer dessus.
23:22Il est blessé, mais il parvient.
23:24La Jeep parvient jusqu'à l'automitrailleuse.
23:26Il récupère les munitions.
23:28Mais lui, en revanche, il est blessé.
23:29Donc, il est mis sur le côté sur une haie.
23:32Et il est très liablement blessé au pied.
23:34Et donc, il sera évacué.
23:36Il prend toute la chaîne d'évacuation.
23:37Il sera opéré dans la soirée.
23:39Et amputé de deux orteils.
23:41De deux orteils, d'une partie du pied.
23:43Et quand même, il crie à sa mère.
23:45Jamais, je ne me consolerais de ne pas débarquer avec l'armée.
23:48Donc là, on peut dire qu'il a été...
23:50Ça, c'était la crise avec son père.
23:51La mère est appelée la médiatrice.
23:53Oui, question moi aussi, qu'est-ce qu'en pense sa mère ?
23:55Parce que j'imagine que la mère ne doit pas être très fanale
23:58que son fils aille se faire tuer.
24:00En tout cas, c'était son avocat.
24:01D'ailleurs, il l'appelle mon avocate.
24:03Ah oui ?
24:03Oui, oui.
24:05Elle, elle sent que c'est là où son fils est heureux.
24:07Donc, elle l'accepte.
24:11Et d'ailleurs, la façon dont elle apprend...
24:13Parce qu'évidemment, le fils du général blessé,
24:16ça se sait rapidement.
24:18Et donc, elle est à Paris.
24:19Elle a un coup de téléphone.
24:20On lui a dit qu'on a une mauvaise nouvelle pour elle.
24:22Et donc, elle quitte.
24:24Et les gens qui sont autour d'elle disent
24:25mais elle est livide.
24:26Elle croit que Bernard est mort.
24:29Donc, c'est le cœur d'une mère qui bat.
24:31Et donc, dès qu'elle sait qu'il n'est que blessé,
24:35elle part tout de suite à son chevet.
24:37Et le général, on sait comment il a réagi à ce moment-là ?
24:41Le général, il l'a appris 2-3 jours après, lui.
24:43Il l'a suivi un petit peu après.
24:47Non, il n'y a pas eu de réaction particulière.
24:50Il a bien suivi le fait qu'il fallait qu'il soit convalescent
24:54et qu'il aille jusqu'au bout.
24:55Donc, à un moment, Bernard veut revenir.
24:57Et en fait, son père est obligé de le mettre aux arrêts
25:00pour qu'il reste à l'hôpital.
25:02Donc, voilà.
25:03Mais il, lui, veut que les choses soient faites
25:06comme elles doivent être faites, le père.
25:07Alors, il est décoré.
25:09C'est le plus jeune décoré de la médaille militaire.
25:11Ah oui.
25:12De l'histoire, il n'y a pas eu de médaillé militaire à 16 ans.
25:15À 16 ans, il fait une longue convalescence.
25:17Et lui, il veut retourner à son régiment.
25:19Et là, est-ce que son père le pousse à reprendre des études ?
25:22Alors, en fait, il le poussera à prendre des études après le 8 mai 45.
25:32Mais jusqu'au moment où il doit être démobilisé,
25:36parce qu'il a un contrat pour la durée de la guerre.
25:38Donc, il n'y a plus la guerre.
25:40Quand, géodiquement, il n'y a plus la guerre,
25:41normalement, il n'est plus sous contrat.
25:42D'accord.
25:42Mais une fois blessé, il ne revient pas ?
25:45– Si, si, il reprend son unité.
25:47– Il reprend son unité.
25:47– Oui, il retrouve son unité vers le mois de mars.
25:50Il franchit le Rhin, il participe au combat.
25:53– Malgré sa blessure, il arrive encore à marcher.
25:56– Oui, oui, il arrive à marcher.
25:58Bon, il dit qu'il a un équilibre instable.
26:00D'ailleurs, ça lui jura des tours en Indochine,
26:02mais il est encore apte, en tout cas.
26:04– D'accord.
26:04– Et donc, effectivement, à la fin de la guerre,
26:06c'est à nouveau la dispute entre le père et le fils.
26:10L'un veut continuer à être militaire,
26:12l'autre lui dit, maintenant, tu vas aller faire tes études.
26:14– Et alors, finalement, il écoute le père ?
26:16– Là, non, il n'écoute pas le père.
26:18– Il se retrouve à Couette ?
26:20– Oui, mais il n'est pas à Couette pour une formation académique.
26:25Il est à Couette au titre de l'EMIA, comme médaillé militaire.
26:29Et il y a même, à un moment, un problème administratif,
26:32c'est que normalement, il est même libéré de ses obligations militaires
26:33puisqu'il était pour la durée de la guerre.
26:35Et qu'il n'a pas l'âge.
26:38Donc, il se retrouve effectivement à Couette,
26:40parce qu'à ce moment-là, il n'y a pas de concours vraiment d'entrée.
26:44Lui, il y est au titre de ses décorations.
26:48Et il arrive à Couette, effectivement, en août 1945.
26:51– Comment ça se passe ?
26:52Est-ce que finalement, son courage au combat,
26:54est-ce que ça fait de lui, finalement, un bon élève officier ?
26:56– Non, c'est un très mauvais élève officier.
26:58– C'est un très mauvais…
27:00– Alors, pour plusieurs raisons.
27:01D'ailleurs, il n'en a pas la maturité.
27:04– Oui, bah oui.
27:05– Il est très jeune.
27:06Donc, il prend punition sur punition.
27:10Il ne fait pas ce qu'il faut.
27:12Il n'a pas les connaissances militaires non plus.
27:16Il y est pour l'arme de la cavalerie.
27:17Il sait qu'il sortira dans l'arme des cavaleries.
27:20Mais en fait, lui, il n'a pas de connaissances militaires particulières.
27:24Il a conduit une Jeep.
27:25Il a fait une mini-formation de quelques mois en Algérie.
27:28Donc, c'est très compliqué pour lui.
27:31Et il sort très, très, très mal classé.
27:33Il sort dans les derniers de sa promotion.
27:34À tel point qu'à un moment, il se demande,
27:36même s'il va devoir recommencer ou pas une formation.
27:41Et finalement, il est quand même envoyé à Saumur.
27:43– À Saumur, là, il se spécialise ?
27:45C'est l'école de spécialité ?
27:47– Là, c'est l'école de spécialité.
27:50Et là…
27:50Oui, d'ailleurs, pour revenir sur Couette,
27:52il est tellement mauvais qu'à un moment,
27:54il y a un prêtre, connaissance des deux lattes,
27:57qui lui apprend même les connaissances générales.
28:01Parce qu'il n'a pas du tout le niveau.
28:02Et donc, à Saumur, il dit qu'il veut être le premier sans travailler.
28:07Ce qui est quand même assez compliqué.
28:10Donc, il ne travaille pas, mais il n'est pas le premier.
28:12Donc, il ne choisira pas vraiment le régiment qu'il veut.
28:16Il arrivera à Mourmelon.
28:18Et en fait, il choisit Mourmelon pour arriver avec des camarades,
28:20avec des amis, en fait.
28:22Puisqu'il n'a pas tellement le choix.
28:24– Ça ne doit pas être facile, finalement, pour ces jeunes gens qui ont combattu.
28:27Donc, ils estiment qu'ils ont une expérience du combat.
28:29Et de se dire, finalement, cette formation professionnelle,
28:31elle ne sert pas à grand-chose.
28:32C'est pas ce qu'ils se disent un petit peu ?
28:34C'est un point de passage aussi obligé.
28:36Donc, il sait qu'il faut qu'il passe par là.
28:41C'est sûr que, pour lui, ça lui passe un petit peu au-dessus de la tête, quand même, j
28:43'ai l'impression.
28:44Ses études militaires, il faudra d'ailleurs un très mauvais souvenir.
28:48Pour lui, en fait, c'est l'enfer.
28:51Et ce mur, ça s'appelle le purgatoire.
28:54– Et donc, il sort quand même dans les derniers.
28:56– Oui.
28:57– Et qu'est-ce qu'il choisit comme régiment ?
28:59– Donc, il choisit le quatrième curatier à Mourmelon, où là, il est mis à l'instruction.
29:04– Il écrit quand même à un ami,
29:07« Fini les écoles, je suis maintenant lancé et vole de mes propres ailes. »
29:10– Oui, parce qu'il avait l'impression d'être vraiment bridé.
29:13Donc, oui, il va être mis à l'instruction,
29:18dans une section, dans une compagnie d'instruction.
29:21Mais il va aussi parfaire sa propre instruction.
29:24C'est-à-dire qu'on va l'envoyer beaucoup en stage,
29:26il faut qu'il s'améliore.
29:28Et puis, parce que, aussi, entre les pelotons d'instruction, il y a du temps.
29:32Donc, il va faire un stage de nageur.
29:35Il va faire un stage de voile à voile.
29:36Il se passionne pour l'aviation.
29:38Donc, il va faire un stage de planeur.
29:41Il va demander à faire le mauvais parachutiste.
29:43Donc, il va aller faire son mauvais parachutiste.
29:44Donc, voilà, il...
29:46– Alors, ça a beau être un cancre,
29:50finalement, est-ce que c'est un bon chef ?
29:51Est-ce que c'est un bon soldat, un bon sportif ?
29:54– Alors, je pense que c'est un excellent soldat.
29:57En tout cas, il est adoré de ses...
29:59On a des témoignages de cette époque-là, des appelés,
30:03qui en gardent un excellent souvenir.
30:07Donc, c'est un chef qui est aimé, c'est un chef qui est exigeant.
30:11C'est un chef qui est au milieu de ses hommes.
30:15On verra après que ça sera un bon soldat.
30:17Comme il a été, en fait, il se révélera être un bon soldat.
30:19Donc, oui, c'est un bon militaire, c'est un bon soldat.
30:22Il a lié quelques étapes, quoi.
30:23– C'est ça.
30:25En revanche, là, il est toujours à l'instruction.
30:27Enfin, en février 49, il y a un drame.
30:30Il lance une grenade lors d'un exercice
30:33qui blesse très gravement un de ses camarades.
30:35Est-ce que c'est pour lui...
30:37Est-ce qu'il assume sa responsabilité ?
30:38Est-ce que c'est une épreuve pour lui ?
30:40Ça se passe comment ?
30:41– Alors, pour lui, c'est dramatique.
30:43Mais ça arrive...
30:44Parce que son problème aussi, c'est qu'il n'est pas majeur.
30:47Donc, son père lui dit, pas d'Indochine tant que tu n'es pas majeur.
30:49– Oui, c'est vrai que c'est 21 ans.
30:50– Oui, c'est 21 ans.
30:52Donc, il se porte volontaire pour la Palestine.
30:54À un moment, il y a un télécomme au régiment
30:56qui lui dit qu'il part en Palestine.
30:57Mais finalement, on s'aperçoit que,
30:59outre le fait qu'il n'ait pas le profil,
31:00parce qu'il n'est pas rabisant.
31:01De toute façon, il est aussi trop jeune.
31:03Donc, le jour de ses 21 ans, où il est majeur,
31:07arrive donc le 11 février, à 49,
31:10arrive cet incident où...
31:12Donc, là, il a été mutaire.
31:13Il est dans une école,
31:15c'est l'Anerhangen en Allemagne.
31:18Il fait un peu ton de sous-officier.
31:20Et dans des ateliers, lui, il doit...
31:23Donc, il gèle.
31:25Lui, il doit lancer des grenades
31:26pour faire activer, en fait,
31:29la progression des binômes.
31:31Et puis, malencontrieusement,
31:32il y en a un qui est un petit peu en retard,
31:34des binômes,
31:35qui se plongent dans un trou
31:36et la grenade fuse et tombe dans le trou.
31:38Et le temps que Bernard...
31:39Parce qu'il court pour lui dire de sortir
31:41et essayer de le sortir,
31:42mais la grenade explose avant.
31:44Et donc, il a la jambe sectionnée.
31:45La question bête,
31:46ce n'était pas des grenades à plâtre ?
31:48Non, non, non.
31:48C'était des grenades...
31:49À l'époque, on faisait ça avec des grenades...
31:52D'accord.
31:52Mais c'est autorisé dans les règlements.
31:54Oui, oui.
31:54Parce qu'en fait, il va y avoir une enquête, etc.
31:56On va dire qu'en fait, finalement,
31:59tu n'as pas de chance, mais pour lui, c'est dramatique.
32:01Parce qu'il y a ce jeune qui a perdu sa jambe.
32:03Et quand il part en Indochine,
32:05il demande à son père de s'occuper encore.
32:07Donc, il va voir l'hôpital
32:08et finalement, il se demande
32:10si le plus malade, ce n'est pas Bernard.
32:11Donc, il ne parle plus à ses parents.
32:13Enfin, il y a un moment où...
32:15Voilà, pendant un mois, un mois et demi...
32:17Il y a une vraie déprime.
32:18Et quand il part en Indochine,
32:20il demande à son père
32:21de continuer de s'occuper de ce jeune,
32:24de lui mettre une prothèse,
32:25enfin, de faire...
32:27C'était un jeune appelé.
32:28C'était un jeune appelé, oui.
32:29On ne peut pas dire que son départ en Indochine
32:30est une conséquence de cet accident.
32:32Non, non, ce n'est pas du tout une conséquence.
32:33C'est son régiment qui...
32:34Non, non, non, parce que ce n'est même pas son régiment.
32:36Il se porte volontaire.
32:37Il se porte volontaire pour le corps expéditionnaire
32:39comme il s'était déjà porté volontaire avant,
32:41mais il était trop jeune.
32:42Et donc, il se porte volontaire.
32:43Et il y a un tel besoin d'officier en Indochine
32:47que son tour arrive enfin.
32:49Et donc, il se retrouve dans le Tonquin.
32:52Et il est dans quel...
32:53Il est enrégimenté...
32:55Il est au 1er régiment de Curassier
32:57dans des postes isolés.
33:00Voilà, donc il commande un poste.
33:02Oui.
33:03Il construit, il recrute des miliciens,
33:05il organise du renseignement.
33:08Alors, quelle qualité de chef
33:11révèle-t-il dans cette guerre ?
33:12Est-ce que c'est très différent
33:13du conflit de 1944 qu'il a connu ?
33:15Ah oui, alors, c'est très différent.
33:17Ce n'est pas du tout le même type de combat.
33:18Ce n'est pas du tout le même type de climat
33:21parce qu'il y a eu une phase d'acclimatation aussi
33:23où il encaisse le climat.
33:27Il apprend aussi par son commandement d'unité
33:31le combat, comment on vit
33:33et comment ça se passe en Indochine.
33:35Et après seulement, on lui donne un poste.
33:38Et là, en fait, c'est un peu le seigneur
33:41d'une conscription territoriale
33:45où il organise tout.
33:46C'est-à-dire que ce sont des postes avancés ?
33:48Ce sont des postes isolés.
33:49isolés les uns des autres
33:51où en fait, il est responsable
33:52d'une zone géographique
33:54aussi bien de la partie militaire
33:57de faire qu'il y ait un calme
34:00pour que les gens puissent cultiver
34:02pour que les familles puissent y vivre
34:04pour que les écoles soient ouvertes
34:05pour que le commerce puisse se faire.
34:08Et donc, pour ça, il met en place
34:09des réseaux de renseignement.
34:11Il prend contact avec les autorités civiles
34:14avec qui il fait coutume, en fait.
34:16Ce sont des autorités civiles vietnamiennes.
34:18Oui, oui, oui, oui, vraiment local.
34:21Il construit des écoles.
34:22Il construit aussi...
34:23Il se rend compte qu'il y a beaucoup de trafic.
34:25Donc, il construit des tours
34:26de contrôle de zones de passage.
34:30Donc, il est à la fois presque préfet,
34:35militaire, instituteur,
34:38chef d'un service de renseignement,
34:40instructeur, parce qu'il recrute aussi
34:41des supplétifs, donc des miliciens.
34:45Donc, il est...
34:46Voilà.
34:46Et là, il va donner sa pleine mesure.
34:48Là, il se révèle vraiment un bon chef
34:50et un bon organisateur.
34:51Un bon organisateur,
34:53avec un jugement sûr.
34:56Il va vraiment s'épanouir dans...
34:59Il va donner sa pleine mesure.
35:00Quel rapport a-t-il avec les autochtones ?
35:03Ça se passe comment ?
35:03Oui, ça se passe vraiment très bien.
35:05Donc, il s'appuie aussi sur le clergé.
35:08Il s'appuie sur le clergé.
35:09Donc, il y a à la fois le clergé local,
35:11mais à la fois des missions,
35:12qui sont aussi des points d'anti-Viet Minh,
35:15si j'ose dire.
35:16Donc, il s'appuie beaucoup sur le clergé.
35:19Il s'appuie aussi beaucoup avec les chefs de village,
35:21sur les chefs de village.
35:23Et il arrive à recruter, d'ailleurs,
35:24assez facilement.
35:25Et quand il changera de poste,
35:26même parfois, ses miliciens
35:28demanderont à changer de poste avec lui.
35:30Ce n'est pas son père
35:31qui commande en Indochine encore.
35:33Mais il y a le désastre de la RC4.
35:40Très rapidement, en trois minutes,
35:41expliquez-nous ce qui s'est passé.
35:43Depuis longtemps, ce secteur
35:45qui couvre la frontière de Chine,
35:49on se posait la question
35:50de comment le défendre
35:52et de savoir s'il ne fallait pas reculer
35:55et donc l'abandonner
35:56pour faire une ligne plus sûre, finalement.
35:58À la faveur des changements
35:59de chefs militaires,
36:01on est resté sur la ligne.
36:04Sauf qu'on décide quand même
36:05de faire un bond en arrière trop tard.
36:07Et donc là, c'est l'invasion
36:10du Viet Minh sur les postes.
36:11Les unités qui replient,
36:14comme celles qui vont leur porter secours,
36:16sont toutes anéanties
36:18sur cette frontière de Chine.
36:20La route coloniale 4.
36:24C'est un traumatisme pour le corps d'expéditionnaire.
36:26C'est un traumatisme aussi pour Bernard
36:29qui a pas mal de ses amis
36:31qui ont participé au combat,
36:32qui sont soit disparus,
36:33soit qui voient juste après.
36:35Et puis, il va les visiter à l'hôpital.
36:40Par exemple, pour le premier BEP,
36:42il y a trois officiers qui reviennent
36:44qui sont à l'hôpital,
36:45et il dit qu'ils ont vieilli 10 ans.
36:47Ils ont pas regard à regard,
36:48ils ont vieilli 10 ans,
36:49tellement l'épreuve a été difficile
36:52et les troupes anéanties.
36:54Il écrit à sa mère,
36:55le chat huant devrait remettre
36:57sa salopette de travail.
36:59Savoir que le chat huant
37:01est le nom de code de gens
37:03dans la clandestinité.
37:05Donc, il estime que son père
37:07doit venir et doit rétablir la situation.
37:10J'imagine qu'il n'est pas le seul à y penser,
37:12mais est-ce qu'il en parle aussi à son père ?
37:16Est-ce qu'il lui dit « reviens » ?
37:17Oui, oui, oui.
37:18Donc, c'est son nom de code,
37:20le chat huant.
37:21On revient en arrière.
37:22On revient, on revient plutôt, mais…
37:23Voilà, on a besoin de toi.
37:26En fait, il y a aussi une déprime
37:27du corps expéditionnaire.
37:29Il nous faut quelqu'un qui…
37:30Parce que aussi, Bernard a le sentiment
37:32qu'il y a ceux qui sont dans les postes
37:35et il y a ceux qui sont aussi en ville.
37:38Et qu'il y a finalement
37:39ceux qui sont en ville donnent les ordres,
37:41mais ils ne savent pas vraiment ce qui se passe.
37:42Et donc, il y a un décalage
37:44et finalement, il y a une perte de morale
37:46du corps expéditionnaire
37:48et que celui qui peut redonner,
37:50regonfler ce corps expéditionnaire,
37:53ses lieutenants et ses capitaines
37:54qui tiennent le terrain,
37:55c'est son père.
37:58Donc, il demande
37:59est-ce que le chat huant remette
38:00la salopette de travail
38:01pour revenir et donc refaire ce qu'il a…
38:04Là, c'est une lettre à sa mère,
38:05mais est-ce qu'il s'adresse
38:06à son père aussi directement ?
38:07Oui, oui.
38:07Est-ce que grâce à Bernard,
38:09finalement, Delattre a un retour
38:11de ce qui se passe sur le terrain ?
38:13Oui.
38:14Oui, oui, oui.
38:15Il écrit…
38:15Quand Bernard part,
38:17la séparation est difficile
38:19entre lui et ses parents
38:20qui l'accompagnent, d'ailleurs,
38:22quasiment jusqu'à Marseille,
38:23jusqu'au bateau.
38:24Jean fait promettre à Bernard
38:25d'écrire toutes les semaines.
38:26Et il écriera toutes les semaines,
38:28bon, sauf à la fin
38:28parce qu'il y a des opérations
38:30où il ne peut plus.
38:31Et donc, ils ont des nouvelles
38:33tout le temps.
38:33Et il y a une photo assez connue
38:34où on voit Jean et sa femme, Simone,
38:38sur une carte du Tonquin
38:40qui doit être aux Invalides.
38:41Et il montre le poste où est Bernard.
38:43Donc, il est très renseigné
38:44sur ce qui se passe.
38:45Et puis, tout l'écosystème de Jean
38:47suit Bernard.
38:48Dès qu'il a quelque chose à Bernard,
38:50quand Bernard est malade,
38:52Jean le sait tout de suite
38:52par le milieu militaire
38:54et ses anciens subordonnés
38:56qui sont sur le tête.
38:58Donc, finalement,
38:59son père est envoyé en Indochine.
39:01Est-ce que l'appel de son fils
39:03a été aussi décisionnaire
39:05dans l'affaire ?
39:06D'abord, ce n'était pas
39:07l'homme pressenti.
39:09C'est que tous ceux
39:10qui ont été pressentis
39:11ont décliné.
39:11Alors que lui, Jean,
39:13il avait fait savoir
39:13qu'il était prêt à y aller.
39:15Finalement, on se range
39:16à celui qui est d'accord
39:18pour venir,
39:18celui qui est volontaire.
39:20Et Simone, encore,
39:21a été l'avocate de Bernard.
39:24Bernard et Jean aussi
39:27sait que son fils,
39:30ce que lui dit son fils,
39:31c'est vrai.
39:31Il faut qu'il aille là-bas
39:32rétablir un petit peu
39:34les dispositifs
39:35et regalvaniser les troupes.
39:37D'ailleurs, quand il arrivera,
39:37il dira...
39:38Donc, il y a toute une cérémonie.
39:40Il demande à voir
39:40ce qui n'était pas prévu,
39:41les offices subalternes.
39:43Et il dit,
39:43je suis venu pour les lieutenants,
39:44il est capitaine,
39:45je suis venu pour vous.
39:46Est-ce que l'arrivée du père
39:47en Indochine
39:48met Bernard
39:49dans une situation
39:50plus confortable ?
39:50Est-ce que ça change
39:51quelque chose à sa...
39:53situation ?
39:54Non, ça ne change pas grand-chose.
39:56La seule chose
39:57qui va changer,
39:57c'est la venue de sa mère.
39:58Il dit à sa mère,
40:00viens pas m'envahir.
40:01Oui, c'est ça.
40:02Voilà, tu restes avec papa
40:03et voilà, tu...
40:04Donc, elle viendra
40:05quand même sur son poste.
40:06Oui.
40:07Elle viendra sur son poste
40:08et il lui fera...
40:09Voilà, il lui fera
40:10avoir son poste, ses hommes.
40:11D'accord.
40:11Mais voilà.
40:13Enfin, c'est un peu
40:14que lorsque nous allions
40:15chercher nos enfants
40:15à la sortie de l'école,
40:16il fallait se tenir
40:17un peu loin.
40:19Ça dépend à partir
40:20de quel âge.
40:20mais il refuse quand même
40:23une affectation
40:24à l'école des cadres.
40:25Il veut vraiment
40:27poursuivre une mission
40:28opérationnelle.
40:29À un moment,
40:30Jean se dit que...
40:33C'est l'exposition
40:34qu'il a.
40:34Bernard va se faire buter.
40:36Donc, il parle
40:38et il dit
40:38il faut que je le retire
40:39des unités combattantes.
40:41Il faut que je le préserve.
40:43Et donc, il fait affecter
40:45Bernard en état-major.
40:47Bernard ne l'entend pas
40:48du tout de cette oreille-là.
40:49Dès qu'il a l'ordre
40:49de mutation,
40:50il va voir son père.
40:51Il engueule.
40:52Il lui dit
40:52non, ça, c'est pas possible.
40:54Jean rétropédale.
40:55Ah oui.
40:55Et son fils
40:56est maintenu dans son unité.
40:58Et donc, il prend la tête
40:59d'un escadron
41:00de jeunes vietnamiens.
41:02Oui.
41:02Et l'enjeu de cette unité,
41:04est-ce qu'on peut réellement
41:05les former en quelques semaines ?
41:06Enfin, comment ça se fait ?
41:06Alors, l'enjeu,
41:07c'est l'idée
41:08selon laquelle, en fait,
41:09le corps expéditionnaire
41:12se bat,
41:13mais les Indochinois
41:14ne se battent pas
41:15pour leur pays.
41:17Et donc, Bernard,
41:18pas Bernard, pardon,
41:19Jean, quand il arrive,
41:20il va voir l'empereur Baodai
41:22et il lui dit
41:22il faut lever une armée
41:23vietnamienne
41:24et il faut qu'elle participe
41:26à la libération du pays.
41:27Et donc, il organise
41:28ses unités
41:30et Bernard veut montrer
41:31l'exemple
41:31et donc, il prend la tête
41:33d'un de ses escadrons
41:34qu'il forme
41:35et avec lequel
41:36il part au combat.
41:36Il part au combat,
41:37donc là, il quitte le poste,
41:38bien sûr,
41:39ils sont envoyés
41:40où ?
41:41Alors, ce sont des unités
41:42d'intervention
41:43donc, il participe
41:45aux opérations
41:46donc, il fait
41:47il fait plusieurs
41:49il forme à peu près
41:50pendant 2-3 mois
41:51son escadron
41:52donc là, on est passé
41:53du peloton à l'escadron
41:54donc c'est aussi un changement
41:54d'échelle pour Bernard.
41:56Ils font plusieurs opérations
41:57jusqu'à la mi-mai
41:59où d'ailleurs,
41:59il est à nouveau cité
42:00et Jean a la joie
42:02de lui remettre
42:03la croix de guerre
42:04des TOE
42:05alors qu'il ne savait pas
42:06qu'il était dans les décorés.
42:07Il y a eu une photo
42:08assez connue
42:08où en fait, ensuite
42:09Jean part pour Singapour
42:11où il embrasse Bernard
42:13depuis son avion
42:14et Bernard a sa décoration
42:16tout accrochée.
42:16Nous allons arriver
42:17au dernier combat
42:20nous sommes en mai 1951
42:25et Bernard et son unité
42:27sont envoyés à Ninh Binh
42:30alors, est-ce que vous pouvez
42:32nous faire comprendre
42:32ce dernier combat ?
42:34Il fallait tenir un piton
42:36comment ça s'est passé ?
42:38Qu'est-ce qu'ils avaient
42:38comme moyens ?
42:39Et comment ils se sont retrouvés
42:41si vite exposés ?
42:42Alors, donc, on est au Tonkin
42:45il y a le D qui est une rivière
42:46et il y a une grande offensive
42:48Viet Minh
42:50pour aller vers le Delta
42:52Bernard est en permission
42:55le 29 et le 30 mai
42:57il est en permission
42:59et il apprend que son unité
43:02a été appelée
43:03donc il prend sa Jeep
43:06il fait trois heures de route
43:07pour rejoindre
43:08son lieu d'affectation
43:10il apprend que son unité
43:11est partie le matin
43:13et qu'elle n'est plus là
43:13donc il va la rejoindre
43:14et donc il arrive
43:15alors que l'action
43:16a déjà débuté
43:19et il participe
43:21avec l'état-major
43:22à la manœuvre
43:23à la construction
43:23de la manœuvre
43:24et il y a deux éperons rocheux
43:27qui permettent
43:28de tenir le terrain
43:29et donc il demande
43:30à être positionné
43:31quand il récupérera
43:33son escadron
43:33sur l'un de ses pitons
43:36qui commande le terrain
43:37et si jamais
43:38les pitons tombent
43:40ça s'ouvre
43:41sur la plaine
43:45c'est des pitons rocheux
43:46assez difficiles
43:48un terrain compliqué
43:49avec des grottes
43:50donc il récupère
43:51son escadron
43:53il installe
43:54il y a aussi
43:55des étangs
43:56enfin c'est un terrain
43:57très compliqué
43:57il installe
43:59comme il peut
44:00son escadron
44:01sur le piton
44:03et
44:04donc là
44:05c'est
44:06c'est le début de la nuit
44:09le colonel
44:10fait le tour
44:10il peut même pas monter
44:12donc il parle à voix
44:13avec Bernard
44:14Bernard lui dit
44:14tout va très bien
44:17il se repose
44:18il s'organise
44:19avec son adjoint
44:20dans la nuit
44:23commence à y avoir
44:23d'abord
44:24des haut-parleurs
44:25puis de l'artillerie
44:26puis
44:28un assaut
44:29Bernard
44:30a le poste
44:31radio
44:32il est à peu près
44:33une heure
44:34une heure et demie
44:35du matin
44:36il lance le message
44:37en disant que
44:38cette fois-ci
44:39l'assaut
44:39et qu'il leur faut
44:40des renforts
44:41lui il dit
44:41à ses hommes
44:42il faudra tenir
44:43jusqu'à 6h
44:43jusqu'à l'arrivée
44:44des renforts
44:45et il y a
44:45un obus
44:46qui tombe
44:47à proximité
44:49qui le fout droit
44:50et qui fout droit
44:51tout son entourage
44:53donc il meurt sur le coup
44:54il meurt sur le coup
44:55il meurt sur le coup
44:56donc le piton
44:57donc le piton
44:58le piton est perdu
44:59non
44:59alors le piton
45:02va tenir
45:03puis va être pris
45:04et va être repris
45:05le lendemain
45:06le célèbre commando
45:07von den Berg
45:07va aller
45:11pour reprendre le piton
45:12et von den Berg
45:13sera lui-même blessé
45:15en reprenant le piton
45:16et il perdra
45:17à peu près 15 hommes
45:18donc le corps de Bernard
45:19enfin les corps
45:20sont récupérés
45:20oui
45:21ils sont positionnés
45:22dans une grotte
45:23et ensuite
45:23dans la journée
45:24ils sont redescendus
45:25mais à ce moment-là
45:26on n'a pas de nouvelles
45:26de Bernard
45:27il est porté disparu
45:28et la nouvelle
45:29qui arrive à Jean
45:30c'est que
45:31pour l'instant
45:32on n'a pas de nouvelles
45:32de son fils
45:33et quand il apprend
45:33donc la terrible nouvelle
45:35j'imagine que le plus dur
45:36est de l'annoncer
45:37à Simone
45:39la mère
45:39oui
45:40et là il l'annonce
45:42comment ?
45:42alors d'abord
45:44quand son fils
45:45quand il apprend
45:46que son fils
45:46est parti disparu
45:48il demande son chapelet
45:48il prie
45:49et quand on lui apprend
45:50qu'il est mort
45:51il fond en larmes
45:52et il rédige
45:54un télégramme
45:54un brouillon
45:56en vue du télégramme
45:57pour sa femme
45:58qui est dans les archives
45:59et c'est une archive
46:00complètement incroyable
46:01parce qu'on voit
46:02que la main tremble
46:03il n'arrive pas à écrire
46:05les larmes coulent
46:06le papier est déformé
46:08et il dit
46:09il demande pardon
46:10à sa femme
46:11parce qu'il n'a pas su
46:11protéger son fils
46:12est-ce qu'il arrive
46:13à poursuivre sa mission
46:14finalement ?
46:15alors il poursuivra sa mission
46:16oui
46:16donc il rentre
46:17pour les obsèques
46:19de Bernard
46:20les honneurs militaires
46:22d'ailleurs c'est ce que
46:23le Viet Minh
46:24utilisera cet argument
46:25en disant que
46:26il en profite pour déserter
46:28qu'il n'a pas de cran
46:30etc
46:30mais il repartira en Indochine
46:33à l'été en fait
46:34c'est la réponse
46:35de la mère
46:36à Jean Delattre
46:37est-ce qu'elle lui en veut ?
46:39très difficile
46:40à voir s'ensemble
46:41elle est effondrée
46:43mais il n'y a pas de
46:45non je sais
46:46elle est effondrée
46:47mais je ne sais pas
46:48quelles ont été
46:49leurs relations
46:49à ce sujet
46:50finalement Jean Delattre
46:51va survivre à son fils
46:53pour 6 mois
46:54pas beaucoup plus
46:55mais est-ce qu'il a voulu
46:57quand même
46:57que la vie de Bernard
46:58serve d'exemple
46:59qu'est-ce qu'il a fait ?
47:02en fait
47:04Jean meurt en janvier 1952
47:05mais dès novembre 1951
47:07il demande à François Valentin
47:10qui était à la fois
47:11un député
47:13mais aussi un de ses anciens
47:14un de ses anciens subordonnés
47:16d'écrire
47:17dans la revue des deux mondes
47:18un article sur Bernard
47:19et il demande aussi
47:20qu'un livre
47:23soit écrit
47:24il y a un livre qui sort
47:24donc dès 1952
47:25sur Bernard
47:26il y a des centres
47:27qui sont créés
47:29avec le nom de Bernard
47:30et donc il fait
47:31que le nom de Bernard
47:32perdure et persiste
47:33et que Bernard soit connu
47:36Alexis Neversky
47:37merci infiniment
47:38de nous avoir raconté
47:39la vie courte
47:41et fulgurante
47:42de Bernard Delattre
47:44de Tassini
47:45c'est un livre
47:46enfin il y a beaucoup de documents
47:47c'est un livre
47:48très émouvant
47:50par moment
47:50donc
47:52Bernard Delattre
47:53de Tassini
47:53au nom du père
47:54qui est paru
47:55chez Pierre de Tagac
47:56et Perrin
47:57merci beaucoup
47:59c'était passé présent
48:01l'émission historique
48:02de TVL
48:03réalisée en partenariat
48:05avec la revue
48:07d'histoire européenne
48:08alors avant de nous quitter
48:09vous n'oubliez pas
48:10de cliquer bien sûr
48:11sur le pouce levé
48:11sous la vidéo
48:12et de vous abonner
48:14à notre chaîne YouTube
48:15merci
48:15à bientôt
48:16à bientôt

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