00:01Ce bolide en train de foncer sur l'eau à plus de 80 km heure est l'un des trimarans
00:06de course
00:06au large les plus rapides du monde et s'il va aussi vite c'est qu'il est presque capable
00:11de
00:11voler au dessus de l'eau. Là on a le folle qui est en action on voit il y a
00:13la partie horizontale
00:15elle est complètement dans l'eau et c'est ça qui fait soulever en fait tout le flotteur, toute la
00:21coque
00:23d'abord la coque à gauche elle est complètement hors de l'eau et donc elle frotte plus dans l
00:28'eau
00:28et c'est ça qui permet d'accélérer d'aller vite. Voici une banque populaire 11, l'un des huit
00:33ultimes
00:33qui va prendre le départ de la route du rhum ce dimanche 1er novembre. La route du rhum est une
00:38transat en solitaire entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre. C'est l'une des plus célèbres courses à voile
00:42au
00:42monde et elle a lieu tous les quatre ans. Le skipper que l'on voit ici c'est Armel Lecléache,
00:48l'un des
00:48plus grands marins de sa génération. Ses adversaires le surnomment d'ailleurs le chacal pour sa capacité
00:54à ne jamais lâcher le morceau. Il m'a accueilli sur son bateau en juin dernier en pleine préparation
00:59de cette épreuve mythique. L'une des seules qui n'a pas encore gagné. Et ce jour là on peut
01:04dire
01:04c'est que les conditions étaient plus que favorables.
01:06On voit ça chante là ! Ce qu'il vient de dire là c'est que la dérive est en
01:10train de chanter. Ce gros aileron
01:12là sous la coque du bateau permet de maintenir le cap sans dériver. Ou son nom la dérive. Et quand
01:17cette dérive fait ce bruce trident, c'est qu'on va très très vite. Là on est à près de
01:2145 nœuds.
01:22C'est une vitesse hyper impressionnante qui m'a d'ailleurs valu quelques frayeurs pour filmer
01:25ces images. Et une vitesse aussi rapide démultiplie tous les dangers que peuvent rencontrer les marins
01:30lors des courses en solitaire.
01:31Si jamais à un moment donné le bateau brusquement ralentit fortement parce qu'il se prend une
01:36vague. Et le risque c'est que quand on est dans le bateau, si on n'est pas forcément vigilant,
01:42on peut se faire projeter en avant et venir se cogner la tête, venir se blesser au niveau
01:47du corps.
01:48D'ailleurs, un nouvel équipement a fait son apparition à bord.
01:51Ça c'est mon casque. Si ça devient un peu chaud, c'est un bon casque de vélo, voire un
01:57casque de ski. Quand on le porte en fait on oublie.
01:59C'est comme la ceinture en voiture. On la met et puis finalement, on conduit avec
02:04et on oublie.
02:05Et quand ça bastonne vraiment très fort, Armel peut aussi enfiler des vêtements équipés
02:09de protection. Parce que quand on est seul au milieu de l'océan, le scénario qui fait
02:13peur, c'est la mauvaise chute.
02:14Quand on est tout seul, si on tombe par terre et qu'on est inconscient, ça peut être très
02:19dangereux.
02:19Surtout au milieu de l'océan où les secours peuvent mettre du temps à se rendre sur
02:23place. D'ailleurs, une cellule médicale est joignable jour et nuit durant la course.
02:27C'est dans ce cockpit qu'Armel Leclage va passer quasiment tout son temps durant la
02:30traversée de l'océan, qui prendra près d'une semaine.
02:32Ici, c'est vraiment l'endroit où on fait tous les contrôles, les réglages du bateau.
02:36On a plusieurs types de réglages. On va avoir soit les winch qu'on fait avec la manivelle.
02:43Pour les tourner comme ça, ça permet de tendre la voile, de la monter, de la hisser ou de
02:49la rouler. Là, par exemple, si tu mets la main, là, il y a 5 tonnes. Donc là, tu ne
02:56peux pas
02:57la tendre à la main. Là, si je fais ça, je me fais arracher le bras. Par contre, le fait
03:00que j'ai fait plein de tours autour, ça va tenir la voile et après, je vais pouvoir faire
03:05tourner le winch avec ma colonne. Si je peux piloter le bateau, je vais venir ici. Je sors
03:12par là, je prends la barre et je dirige le bateau. Là, il y a du vent. On va bien
03:20attacher
03:20la casquette. Et ça, je peux le faire à tribord ou à bas bord, à droite ou à gauche.
03:26Là, par contre, j'ai lâché la barre. Pourquoi ? Parce que là, j'utilise le pilote automatique.
03:31Souvent, non ? Tout le temps, en solitaire. En fait, moi, je n'ai pas le temps de barrer.
03:36Je vais barrer vraiment sur des passes très courtes. Comme le départ de la route du Rhône,
03:42là, je serai à la barre parce qu'il faudra éviter les bateaux qui seront à côté de
03:46moi. Mais une fois qu'on sera au large, je mets le bilote automatique et moi, je vais
03:51occuper de tout le reste. Ça prend beaucoup de temps. Parmi tous les dangers, il y en a un
03:55que redoutent particulièrement les skippers. Le risque principal, c'est le chavirage.
04:00Le multicoque, c'est un bateau qui peut éventuellement se mettre à l'envers. C'est
04:04vraiment game over. Il ne faut pas remettre le bateau à l'endroit en mer. C'est beaucoup
04:09de dégâts. On se met en danger. Et Armel sait très bien de quoi il parle. En 2018,
04:13sur la route du Rhône, son bateau de l'époque se retourne après une avarie au large des
04:17Aciens. Difficile, oui. Blessé aux côtes après avoir été éjecté, Armel réussit à se mettre
04:22à l'abri dans la coque du bateau, puis déclenche sa balise de détresse. Il attend près de
04:26dix heures avant que des pêcheurs viennent le récupérer. Remorqué par la suite, son bateau,
04:31lui, n'a pas pu être construit.
04:34Aujourd'hui, en fait, on a développé des systèmes dans notre milieu, notre sport, qui
04:39permettent justement d'éviter le chavirage. Quand le bateau commence à pencher, on dit
04:47que par exemple, à partir de 20 degrés de gîte, nous, on estime que ça commence à
04:53devenir dangereux. Et là, à ce moment-là, le logiciel qui est connecté à l'écoute de
04:59grand voile, ce qui tient à la grande voile principale, il va complètement lâcher l'écoute.
05:04Et donc, la grand voile va perdre sa puissance, ce qui va faire remettre le bateau à plat.
05:08Mais ces systèmes ne font pas tout, surtout quand un orage arrive et que le vent change
05:12du tout au tout.
05:13Le vent peut passer de 5 nœuds à 40 nœuds, donc de 10 km à 100 km en quelques secondes.
05:20Et là, il faudra peut-être avoir anticipé avant justement le fait de peut-être affaler
05:24les voiles ou avoir roulé les voiles parce que pendant une heure, ça va être trop dangereux.
05:29L'autre grand danger, ce sont les ophnis, les objets flottant non identifiés.
05:33En gros, tout ce qui flotte à la surface de l'eau, un conteneur tombé d'un cargo
05:36ou alors un mammifère marin comme la baleine. Car en allant 5 à 6 fois plus vite qu'un
05:40voilier classique, le skipper d'un ultime a beaucoup moins de temps pour voir venir.
05:44Alors là aussi, une plus de systèmes de détection sont branchés sur le bateau.
05:48On a un radar, on a aussi ce qu'on appelle l'AIS, donc c'est les balises qu'on
05:52a tous sur les bateaux.
05:54Et en gros, autour de moi, dans un rayon de 30 km, moi je détecte tous les bateaux qui ont
05:59une balise.
06:00Si jamais il y a un danger, en fait, je peux mettre une alarme sonore qui va me prévenir,
06:04me dire attention dans 10 minutes. Il peut y avoir un risque de collision.
06:09Par exemple, si je vais sur ce bateau-là, j'ai son nom, il s'appelle Roma, c'est un
06:14voilier.
06:16Il marche à telle vitesse, là il passe derrière, donc il n'y a pas de problème.
06:20Et j'ai encore un troisième élément qui me permet de détecter ce qui se passe devant.
06:23C'est une caméra thermique en tête de main.
06:25Et lui, dès qu'il y a quelque chose qui rentre dans son radar, c'est-à-dire le radar,
06:28c'est cette zone de camembert qui fait jusqu'à 1500 mètres.
06:33Dès qu'il y a quelque chose qui rentre, tout ce qui va être à la surface de l'eau
06:35ou au-dessus de l'eau, il va le détecter et il va sonner.
06:39Sauf qu'à 40 nœuds, ça laisse très peu de temps pour réagir, surtout en plein sommeil.
06:42Bah oui, parce qu'il faut bien dormir un peu pendant la course.
06:44Là, j'ai mon lit.
06:46Quand je vais dormir, je vais m'allonger ici, sur ma basette.
06:52Je mets les pieds vers l'avant.
06:54Comme ça, si jamais le bateau vient de taper dans une vague, je n'ai pas la tête qui se
06:57met en travers.
07:00Et là, je m'allonge.
07:02Avant de dormir, avant de m'allonger, je vais mettre un réveil.
07:06Donc ici, tu vois, j'ai un petit réveil avec un petit minuteur.
07:11Par exemple, je vais mettre une sieste de 30 minutes.
07:13Je l'allume, je viens m'endormir.
07:16Et au bout des 30 minutes, ça me réveille.
07:20Pas terrible.
07:23Je vais faire des siestes entre 20 et 40 minutes, plusieurs fois par jour, dès que possible.
07:29L'idéal, ce serait de faire entre 5 et 6 heures de sommeil sur 24 heures, cumulées.
07:33Après, là, je vais pouvoir me faire à manger.
07:35Ma cuisine, en fait, c'est un peu mon camping.
07:38J'ai un petit réchaud, là, avec une bouteille de gaz.
07:41J'ai même une petite bouilloire ici.
07:44Je peux me faire chauffer de l'eau si je veux me faire un thé, un café.
07:47Il n'y a pas d'écrou-ondes, il n'y a pas de frigo, il n'y a pas
07:49de lave-vaisselle.
07:50J'ai de l'eau douce qui est fabriquée avec un dessalisateur qui est dans le bateau.
07:56Il est relié à ce petit robinet là, donc je peux remettre de l'eau dans mes gourdes
08:02ou éventuellement utiliser cette eau-là pour me laver.
08:06Sur la route du Rhum, ça ne va pas ?
08:09Si, parce que déjà, on essaie un petit peu de nettoyer un peu les extrémités, les mains, le visage,
08:16ce qui est tout le temps un peu pris dans l'humidité et surtout le sel.
08:20Donc ça, c'est bien quand même de nettoyer ça.
08:23Et après, quand on va aller vers la Guadeloupe, les températures vont augmenter.
08:27Et là, effectivement, à force de tourner les manivelles, de faire beaucoup de sport,
08:31on va beaucoup transpirer.
08:33Donc une petite douche ou deux, ça ne sera pas mal.
08:35Pendant une semaine, il n'y a rien de trop.
08:38Tous ces équipements doivent permettre à Armel Lecléage de rejoindre Pointe-à-Pitre sans encombre.
08:43La route du Rhum est une course en solitaire et sans escale entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre.
08:48Elle a lieu tous les 4 ans.
08:49Cette année, il y aura 120 bateaux au départ dans plusieurs catégories,
08:53dont 8 ultimes comme celui d'Armel.
08:55Et sauf grosse hécatombe, c'est l'un d'entre eux qui franchira la ligne en premier.
08:58C'est les bateaux qui vont les plus vite.
09:00Une route du Rhum en ultime, c'est une semaine de course.
09:03Donc ça va très vite.
09:05On compare souvent à 1 500 m, à 3 000 m en athlétisme.
09:08Il faut partir vite.
09:10Il faut rester dans le bon paquet.
09:12Et à la fin, il faut tenir l'accélération.
09:14Donc ça va être une course très engagée.
09:17On a un plateau incroyable cette année.
09:18L'un des favoris, c'est Charles Caudrelier.
09:21Vainqueur en 2022 et recordman de l'épreuve en 6 jours et 19 heures.
09:24Il revient cette année avec un bateau flambant neuf mis à l'eau en février dernier.
09:29Il faudra compter aussi entre autres sur Tom Laperche, Benjamin de la classe ultime.
09:32Et sur l'expérimenté Thomas Coville qui prendra le départ de l'épreuve pour la 8e fois.
09:37Pour Armel Lecléache, l'enjeu est énorme.
09:39Il a gagné plusieurs courses au large mythique.
09:41Mais la route du Rhum lui échappe toujours.
09:43En solitaire, c'est vrai que j'ai eu la chance de gagner pas mal de courses majeures
09:46comme le Vendée Globe, la solitaire du Figaro, la Transat anglaise.
09:50Donc il manque la route du Rhum.
09:52C'est sûr qu'il ne me reste pas 15 000 occasions.
09:55C'est un bateau que je connais très bien maintenant, avec lequel j'ai beaucoup navigué.
09:58J'ai fait un tour du monde en solitaire il y a deux ans.
10:01Donc j'espère que c'est la bonne année.
10:02C'est en effet sa dernière occasion d'accrocher la route du Rhum à son palmarès avec ce bateau.
10:07Car son équipe a déjà lancé la construction du successeur, Banque Populaire 15, qui est prévu pour 2030.
10:12Un ultime dont les performances seront encore repoussées d'un cran.
10:15Des bateaux qui vont vite, qui décollent plus tôt, mais qui sont aussi plus stables.
10:19Et ce qu'il y a d'important c'est de pouvoir aussi régler la hauteur à laquelle le bateau
10:24vole.
10:24Donc voler un peu plus haut quand il y a des vagues, voler un peu plus bas pour stabiliser le
10:29bateau.
10:30C'est tout un équilibre à choisir et à trouver surtout.
10:35Donc un trimaran encore plus rapide, qui devrait encore plus repousser les limites du seul homme à bord lors des
10:40courses au large en centre.
10:41Je vais prendre un Big Mac et une grande flette.
10:45Ketchup !
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